It's New York City bitches ! And it's my motherfucking dream

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even & ebba - we should just kiss like real people do

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MessageSujet: even & ebba - we should just kiss like real people do Dim 3 Mai - 0:15



we should just kiss like real people do
Je ne l’avais pas revu. À croire qu’il m’avait oublié. Je l’avais presque fait, moi. Enfin pas vraiment oublié, puisqu’il faisait partie de ces rencontres qu’on n’oublie pas, mais oublié qu’à un moment j’avais eu envie qu’il fasse partie de ma vie, ou plutôt l’inverse, que j’avais eu envie de faire partie de la sienne. J’avais pas le temps, pas le temps de regretter, de me questionner, de m’interroger ou même de me morfondre -bien que je n’ai jamais été à ce stade-là-. Un jour, peut-être qu’il réapparaitrait, mais en attendant, j’avais des choses à faire, une vie à vivre, je n’étais pas de celles qui attendaient sagement en fantasmant les intentions d’autrui. Mon seul regret ? Irina. Elle ne m’appréciait plus trop. Je suppose que ça avait un rapport avec le dessin accroché au miroir dans la loge que nous partagions, mais elle m’évitait, et lorsqu’elle ne le faisait pas, ses répliques assassines ponctuaient nos entretiens. Est-ce qu’elle posait toujours pour lui ? Je n’en avais aucune idée, je n’avais pas osé lui poser la question. Pourtant, elle tournait dans ma tête, celle-là. Mais je voulais arranger les choses avec elle, et cette question ne ferait qu’aggraver la situation. Pourquoi ? Aucune idée, mais je le sentais, sans me l’expliquer. « Merci. » tonna la voix dans l’ombre. « Ce sera tout. » ajouta-t-elle tandis que j’arrêtais mon mouvement et reprenais mon souffle le plus discrètement possible. Je voulais paraitre plus endurante que ce que je n’étais, et peiner à respirer c’était pas un bon plan. Bien droite, j’observais l’ombre, tentant de la percer, et mettre à jour ses occupants. En vain, les projecteurs braqués sur moi m’en empêchant complètement. Je venais de présenter le travail de plusieurs mois. Presque une année de répétitions, essais, réflexions, et dur labeur qui s’achevait en quelques minutes sur cette scène devant des juges invisibles. J’avais même pas le droit à une petite appréciation ? Savoir si j’avais bien fait, tout de même, ou si je m’étais totalement égarée ? Non ? Non... Je les entendais chuchoter, débattre de mon sort, tout en sachant que je n’aurais pas la réponse avant plusieurs semaines. Alors, je m’éloignais, récupérais mon sac au passage, et quittais la scène, mes pointes toujours au pieds, le front perlé de sueur. J’avais tout donné, j’avais vraiment tout donné. Et désormais ? Désormais je me sentais totalement dépossédée, désoeuvrée. J’avais travaillé dans ce but pendant tellement de temps que, désormais, je ne savais plus quoi faire. J’allais occuper mon temps à quoi ? J’avais encore le corps de ballet, les cours que je dispensais, la tournée qui approchait, mais, malgré tout, je n’avais plus cette audition omniprésente dans ma tête. Je n’avais plus qu’à attendre le résultat et... Et ça faisait un vide énorme. C’est en sortant de la douche que je la remarquais, Irina, découvrant mon reflet dans le miroir qu’elle observait. Je perçu son air contrarié à la manière dont elle levait les yeux au ciel et pinçait les lèvres, mais je n’en fis pas grand cas. « Tu as assisté à l’audition ? » je demandais, en nouant la serviette au-dessus de ma poitrine. « Non. » Ok, elle ne m’aidait vraiment pas. « Irina, s’il te plait... » je tentais, approchant ma main de son avant-bras qu’elle retira avant même que je ne la touche. « Oh, fais pas ta gentille toute douce avec moi. Peut-être que ça trompe la terre entière, mais moi je vois clair dans ton jeu ! Tu joues la naïve ingénue qu’on a envie de protéger, dont on ne se méfie pas, et dès que l’occasion se présente, tu prends toute la lumière ! D’abord l’audition, puis le mec que je voulais, et... » Et ? Incapable de retrouver ma voix face à tant de colère, je reculais, et reculais encore, la laissant perdre la sienne à son tour, et nous plonger dans le silence. Un long, très long silence que je ne brisais qu’avec beaucoup de précaution. « Je suis désolée, Irina, je... Je ne sais pas pourquoi ils ne te proposent pas d’auditionner, j’ai cru que... J’ai cru que tu postulais aussi. » C’est vrai. Après tout, j’avais le moins d’ancienneté dans la troupe, je devrais être la dernière à auditionner, et pourtant... « Et je n’ai pris personne. Irina, tu dois me croire. » J’essayais de lui expliquer, lui expliquer qu’il ne s’était rien passé avec Even, que je ne le voyais ni ne le fréquentais, qu’il était passé une seule fois et s’était contenté de me raccompagner chez moi. « Vous ne vous voyez plus ? » répéta-t-elle, radoucie. « Plus du tout ? » je secouais la tête tandis qu’elle esquissait une ébauche de sourire. « Tu veux qu’on aille boire un verre, ce soir ? » proposa-t-elle, même, alors que je tirais mon portable de mon sac, afin de lire le texto que je venais de recevoir. Sérieusement ? Là, maintenant, tout de suite, après plusieurs semaines de silence ? Il fallait qu’il m’envoie un texto alors même que je venais d’affirmer à mon amie que je ne le voyais plus ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Non, je n’allais pas y aller, je n’allais pas le voir, il ne me ferait pas mentir à Irina. Et pourtant... « Pas ce soir, j’ai déjà un truc de prévu. » je m’entendais lui dire, tout en répondant à mon sms. J’arrive. Et j’arrivais, oui. Parce que ce que je n’avais pas dit à Irina c’est que, si je ne le voyais pas ce n’est pas parce que je n’avais pas envie de le voir, mais parce que lui ne me le proposait pas. Je le regretterais certainement, et j’avais déjà l’impression de perdre un peu de mon âme si pure, mais sur le coup, ce fut avec le sourire que je me rhabillais en vitesse et quittais la salle de spectacle pour cavaler jusqu’à la première bouche de métro. Ligne AC direction Brooklyn, puis un changement à Atlantic Terminal pour la ligne D. Ce n’est qu’à ce moment là que les questions commencèrent a affluer dans mon crâne. Et si ? Et quoi ? Et pourquoi ? Et comment ? Pourquoi voulait-il me voir maintenant, après tout ce temps ? Pourquoi n’avait-il pas cherché à me joindre avant si, finalement, il ne s’était pas lassé de moi ? Comment devais-je agir, me comporter ? Comment lui dire bonjour ? Et surtout, pourquoi avais-je cessé d’agir naturellement ? Depuis quand devais-je réfléchir avant d’agir ? Ces questions me suivirent jusqu’à son adresse, ou plutôt celle de l’entrepôt lui faisant office d’atelier. Le soleil tombait, mais je ne craignais rien, malgré les rues désertes ou presque, malgré cette ambiance de docks industriels. J’aimais ça. J’aimais la proximité de la mer aussi. Et j’avais d’autres préoccupations aussi. Comme mon coeur s’accélérant tandis que je grimpais l’escalier jusqu’à son étage, et ma respiration se bloquant au moment des coups que je portais à sa porte. « Salut... » je soufflais, d’ailleurs, malhabile, en le découvrant là, si grand, dans la découpe de la porte. J’esquissais même un sourire en entrant sur invitation, attendant qu’il me dicte ou me montre la marche à suivre. Il voulait que je pose pour lui, mais... Je ne savais pas où, je ne savais pas comment, je n’avais aucune expérience dans ce domaine. Alors, je déposais mon sac et ma veste sur l’une des chaises, sortais mon chien de sa cachette et m’approchais du divan où j’avais sévis la dernière fois. Et je restais là, immobile, silencieuse, un peu mal à l’aise, en ne l’interrogeant que du regard. C’était quoi, la suite ?


with: Even | date: 02/05/15
cassie at atf.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Lun 4 Mai - 22:49


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
Un texto. Un simple texto. « Viens poser pour moi. » Quatre mots qui compensaient — ou du moins, essayaient de compenser — sept semaines de silence. Sept semaines sans même un bonjour. Mais je n’étais pas de ceux qui parlaient pour ne rien dire, pas vrai? Mais pourtant, j’avais des tas de choses à lui dire non? Ne lui devais-je pas une explication? Mais une explication à quoi? Ne me devais-je pas une explication, à moi-même premièrement? C’était cliché au plus haut point, et je détestais les clichés, mais elle m’avait changé. Depuis sa rencontre, je n’avais jamais l’esprit en paix. J’avais la tête toujours dérangée par telle ou telle question, tel ou tel doute, et jamais, ô jamais je ne semblais trouver de réponse assez satisfaisante pour mon cerveau torturé. Je m’étais plongé dans l’art — alors que je ne pensais même pas que plus que ce que je faisais déjà était possible — parce que je n’avais aucun autre moyen de décompresser, de me vider la tête. Sauf que même ça, ça ne marchait plus qu’à moitié. Mes traits étaient vifs, frustrés ; mes esquisses brutes et grossières. J’avais même démarré un projet d’autoportraits usant la photographie argentique, ayant pensé longuement à sa remarque lors de notre première rencontre. « J’arrive. » recevais-je en retour. Elle arrivait. Elle venait alors? Au fond, je pensais que ça aurait été plus dur de la faire venir à moi. Qu’elle n’aurait pas accepté aussi facilement. Qu’elle n’aurait pas dit oui instantanément, après ces longues semaines de silence. Et pourtant, elle arrivait. Il fallait que je m’occupe. Que je me remettre au travail. Et du travail, j’en avais, avec ce nouveau projet. Je devais développer les films, et c’était quelque chose de pas très difficile mais assez minutieux. J’avais déjà enroulé le film sur la spire et l’avait inséré dans la cuve hermétique. Maintenant, je devais passer au développement en lui même. Un révélateur dont je mets une dose dans la cuve, accompagnée de dix-neuf doses d’eau à 20°C, à laisser six minutes. J’agitais la cuve pendant la première minute, puis la retournais toutes les trente secondes pendant les cinq prochaines. Au-dessus de l’évier, je rinçais ensuite la cuve en la vidant quatre à cinq fois. Une dose de fixateur et quatre doses d’eau à 20°C. Six autres minutes. Même méthode. Rinçage final qui me prenait un quart d’heure puisque je rinçais et vidais la cuve environ vingt fois, en prenant mon temps. Pour éviter les dépôts de sels calcaires pendant le séchage du film, je le laissais tremper dans un bain d’eau mélangée à un agent mouillant pendant une à deux minutes puis le retirais de la spire en me dirigeant vers un coin de l’atelier où je ne passais que très peu pour l’opération séchage. Ça faisait maintenant une demie heure qu’Ebba m’avait dit qu’elle arrivait, et j’attendais toujours. Je n’étais pas quelqu’un d’impatient, pourtant. Peu importe. J’accrochais donc les films à l’aide de pinces au lieu qui leur était dédié, alors que j’entendais trois petits coups contre la porte au loin, et qui pourtant résonnait vu le grand espace de l’atelier. Les films accrochés, je me dirigeais vers la porte en attrapant un chiffon au passage. Je lui ouvrais, me séchant les mains. « Salut... » Je la regardais, mystérieusement silencieux pendant un instant. Elle était là, elle était bien là. Et dire que le premier jour, j’avais cru ne jamais la revoir quand elle avait passé cette porte à la vitesse grand V, me laissant planté là avec mon esquisse non-terminée, et la sienne par la même occasion. « Salut. » lui répondis-je dans un petit sourire amusé. Je ne disais pas ‘salut’. Ça ne me ressemblait pas. Et pourtant, je ne me voyais pas lui dire « bonsoir ». Ça sonnait trop sérieux, trop formal. « Je t’en prie. » lui dis-je en me reculant quelque peu de l’ouverture de la porte pour la laisser passer. Pas d’Irina cette fois, c’était juste elle et moi. Juste elle et moi. Et ce sentiment me dérangeait l’échine. Me picotait, agréablement. Je refermais la porte une fois qu’elle fut entrée, et elle posait son sac et sa veste sur un dossier de chaise, avant d’aller vers le sofa sur lequel je l’avais installée la dernière fois. La première fois. Et de relever les yeux vers moi, le regard interrogateur, attendant que je la guide. Je la détaillais du regard, à mon tour. Mais de façon professionnelle, cette fois. Comment voulais-je la représenter? Je pensais à la photo, en premier lieu. Mais il me tarderait dix minutes pour faire une cinquantaine de clichés. Et dix minutes, c’était trop peu. C’était trop peu, pour sept semaines d’absence. Sept semaines d’absence qui, assumais-je, étaient de ma faute. J’avais son numéro, elle n’avait pas le mien. Elle n’aurait pu me contacter. Oui, mais elle savait où j’habitais après tout, alors si elle avait voulu me voir, elle serait venue. Merde alors, l’avais-je forcée à se rendre ici? Non, elle était maître de ses choix après tout, si elle n’avait pas voulu se trouver là, elle ne s’y trouverait pas. Je lui fis signe de me suivre et allais dans la pièce d’où Irina était sortie vêtue d’un lourd drap l’autre fois. J’attrapais un autre drap blanc, plus fin, plus léger, qui correspondait beaucoup plus à Ebba. « Je ne sais pas si tu te sens assez confiante à ne garder que ton bas de sous-vêtement. Sinon, arrange-toi comme tu préfères. Je t’attends là bas. » Je lui déposais le drap sur la table qui se trouvait un peu plus loin, puis tournais les talons et repartais dans la pièce principale. Je préparais mon matériel sur le chevalet, une nouvelle feuille, des crayons à papier de différentes tailles, des fusains… J’étais enfin décidé. Je la dessinerai comme Fowler peignit Aphrodite. Alanguie, détendue, légère, une beauté naturelle émanant d’elle sans même qu’elle n’en ait conscience. C’était ça, Ebba. Elle était belle naturellement, une beauté sans artifices, et j’étais sûr qu’elle ne s’en doutait même pas une seule seconde. Mais j’allais lui montrer.
electric bird.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Dim 17 Mai - 1:00



we should just kiss like real people do
Poser... Je n’étais pas là pour ça. Enfin si, mais non. Je me pliais à l’exercice parce qu’il s’agissait de sa première manifestation depuis des jours, des semaines, des mois, mais ça n’avait rien de naturel pour moi. Je l’avais fait, quelques minutes, la dernière fois, mais... Je l’avais vécu comme un jeu, quelque chose d’improbable et donc tentant. Aujourd’hui, c’était différent. J’appréhendais. J’appréhendais plein de choses en réalité, de la manière dont il allait me dire bonjour jusqu’au rougissement de mes pommettes. Et il y avait ça, aussi, la manière dont il voudrait me faire poser, et ma capacité à rester immobile pendant un long moment. Irina n’avait eu qu’un drap pour la recouvrir. Moi, j’avais eu le droit de rester complètement vêtue, mais cette fois c’était encore autre chose, non ? Je n’y connaissais pas grand chose, ni aux hommes, ni à ce type d’art consistant à capturer un modèle vivant, mais je crois qu’en frappant à cette porte, j’avais encore la naïveté de penser qu’il pouvait s’agir d’un prétexte, que je n’allais pas réellement devoir faire comme Irina, qu’il se contenterait de mon inexpérience, brosserait un portrait très approximatif tout en discutant... Et puis j’avais frappé et il avait ouvert. D’abord silencieux, simplement observateur, il s’était rapidement fendu d’un « Salut. » glissé dans un sourire amusé. Quoi ? J’avais des restes de maquillage sur le nez ? Une coiffure étrange ? Dans ma précipitation à fuir Irina et le rejoindre, j’avais oublié de jeter un oeil à mon reflet dans le miroir, et j’avais fini par m’attacher les cheveux dans le métro. Le résultat ne devait pas être plus fantastique, mais... De là à l’amuser ? « Je t’en prie. » J’entrais sans trop savoir pourquoi tout se bousculait dans ma tête, sans trop comprendre pourquoi j’avais le trac comme avant une représentation importante. Je me délestais de sac, chien et veste sur une chaise, puis me tournais vers lui une fois à hauteur de divan. Il allait me dire de m’installer là, n’est-ce pas ? Sauf qu’il ne me disait rien, ne me demandait rien, et comme un peu plus tôt sur le seuil de la porte, il m’observait en silence, me détaillait en silence, se montrait tellement insistant et vif dans son regard, que j’éprouvais le besoin de nouer mes bras autour de mon buste, comme pour le cacher à son indécence. Un réflexe idiot et incontrôlable, inconscient aussi, puisque je ne m’en rendais compte que plus tard, lorsqu’il me faisait signe de le suivre. Pour où ? Oh, Seigneur ! C’était de là qu’était sortie Irina, la dernière fois, non ? Il y avait quoi derrière cette porte ? Il n’allait pas me demander de me changer ? Pourtant, je le suivais tout de même, poussée par la curiosité et un petit quelque chose d’autre assez indéfinissable. Ce ne fut qu’en le voyant s’emparer d’un drap que je comprenais que mes doutes et mes appréhensions étaient fondés. J’allais devoir me déshabiller. La seule question restante : jusqu’à quel point ? « Je ne sais pas si tu te sens assez confiante à ne garder que ton bas de sous-vêtement. Sinon, arrange-toi comme tu préfères. Je t’attends là bas. » Au moins, il m’offrait le choix, et j’hochais de la tête avant de l’observer sortir et me laisser seule. C’était quoi le problème de mes vêtements ? Un jean, un pull, j’étais tout ce qu’il y a de plus sobre... Mais peut-être souhaitait-il utiliser mes traits pour quelque chose de moins contemporain ? J’hésitais un moment... J’hésitais un long, très long moment. Il y avait là, dans un coin, un miroir en pied, et mon reflet tentait plusieurs alternatives afin que le drap recouvre intégralement mes vêtements. Ça ne marchait jamais. Le jean apparaissait, ou bien le pull. Ce fut, d’ailleurs, la première pièce que j’ôtais, mon pull, ne conservant que mon débardeur dont les bretelles étaient toujours apparentes. Et puis, on percevait le bas de mon jean aussi, même en le roulant haut sur les chevilles. Je sais, j’avais essayé. Alors, je le quittais aussi, mon jean. C’était mieux, mais pas encore ça, et mes hésitations s’éternisaient. Je prenais même le temps de plier, consciencieusement, mes vêtements. Je n’étais pas une maniaque de l’ordre et du rangement, mais la perspective de poser nue sous un drap me transformait en plein de choses que je n’avais jamais été. Portant, lorsque j’étais sur scène, simplement vêtue d’un justaucorps, j’étais bien moins couverte qu’avec ce drap. Et surtout, j’étais livrée aux regards de tous, et pas à son seul regard à lui. C’était peut-être ça, le problème, peut-être que son regard en valait des milliers réunis ? Et puis, j’avais pas de projecteurs braqués sur moi, cette fois, je verrais celui qui me verrait. Étrange. Me sentant ridicule, j’enlevais mon débardeur, ne gardant que mes sous-vêtements sous ce drap fin. Mais on percevait encore les bretelles. Je tentais bien de les retirer et de les rentrer dans l’élastique me scindant le buste, mais... Non, c’était idiot. Et puis, j’avais déjà danser torse-nu, alors qu’avais-je à craindre ? Ça ne pouvait pas être pire, n’est-ce pas ? Alors, après une profonde inspiration, je me séparais de la dentelle, et la laissais tomber au sol. Si je prenais le temps de la ranger avec le reste, je prenais le risque de changer d’avis, et puisqu’il patientait depuis une éternité, déjà... Un dernier regard à mon reflet, et je détachais mes cheveux à la hâte, il les préfèrerait probablement ainsi. Ce fut avec le drap remonté si haut sur ma poitrine qu’il m’en cachait à moitié le menton et la bouche, les doigts agrippés au tissu, que je quittais la petite pièce pour rejoindre l’atelier. Je ne m’arrêtais que pour récupérer le tissu trainant au sol, et le ramasser afin de ne pas le salir. Je me sentais tellement idiote et gauche perdue au milieu de ces vagues de blanc que je n’osais le regarder que par à-coups, tout en progressant jusqu’au divan. Je me rappelais Irina dans la même tenue, si belle, si sûre, si majestueuse. D’ailleurs, en parlant d’elle... « Est-ce que... » je commençais, peinant à faire sortir ma voix tant le silence s’était installé depuis mon « salut. », et me mordais la lèvre un instant. « Est-ce qu’on pourrait garder ça entre nous ? Je veux dire... Est-ce que tu pourrais garder pour toi que je suis venue aujourd’hui ? Est-ce que tu pourrais ne pas le dire à Irina ? » je me sentais mal face à cette demande, je me sentais malhonnête. Moi, la franchise absolue, je me sentais un peu traitresse pour l’occasion, cachant à mon amie où je me trouvais pour ne pas lui faire de mal. C’était la version acceptée, plus ou moins, par ma conscience, alors qu’en réalité, je savais très bien par égoïsme, parce que j’en avais envie. J’aurais pu, j’aurais pu ne pas venir, ne pas prendre le risque de briser définitivement la confiance d’Irina. Mais je n’avais pas hésité, pas une seule seconde, et je lui avais mentit. Par omission, certes, mais tout de même. Et j’étais plus très sûre de me reconnaître vraiment. Ça ne me ressemblait pas. Je ne savais pas si elle posait toujours pour lui, mais si c’était le cas, je venais de me mettre dans de beaux draps. Sans mauvais jeu de mots. « Là ? » j’interrogeais, brièvement, en désignant le sofa, avant de m’y installer comme la fois précédente, dans la même position, mais avec beaucoup plus de précaution et mouvements calculés, afin de ne rien dévoiler de mon corps qui ne devrait pas l’être. Je n’étais pas d’une pudeur excessive, et j’avais toujours été à l’aise avec mon corps, il était mon outil de travail, mais cette fois, il y avait comme une forme de réserve. Je n’étais pas dans le cadre de mon art, je n’étais pas en compagnie d’autres danseurs... Il ne s’agissait pas d’une question de confiance, j’avais confiance en lui je crois, c’était... C’était juste moi, le problème, j’étais bizarre. Il avait déjà installé tout son matériel et m’observait depuis derrière son chevalet. Et moi ? Moi, je me dissimulais toujours la moitié du visage, derrière ce bout de drap roulé en boule entre mes paumes. « Je me sens idiote. » je soufflais, comme une confession, comme pour excuser le fait de ne pas être à l’aise, de ne pas être faite pour ça, de ne pas lui convenir, finalement. Il avait le droit de changer d’avis, de me demander de repartir et de se trouver un modèle plus compétant que moi. Je ne me vexerais pas.


with: Even | date: 02/05/15
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mar 26 Mai - 2:20


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Ebba et Even
Elle entrait, paraissait moins à l’aise que la première fois, et pourtant déposait ses affaires sur la chaise comme si elle était chez elle. Elle se dirigeait vers le sofa et s’arrêtait là. Elle attendait une indication, que je la guide, et pourtant, je ne faisais que l’observer, la transpercer du regard, à me demander comment je pouvais la représenter. À peser le pour et le contre entre telle ou telle technique, ce qui serait mieux ou moins bien, en oubliant presque le temps qui passait. Elle finit par nouer ses bras contre sa poitrine, ce qui me sortit de ma réflexion existentielle. L’avais-je trop regardée? L’avais-je mise mal à l’aise? J’hésitais à m’excuser, puis me rétractais avant même d’avoir ouvert la bouche. Je lui fis un signe pour qu’elle me suive. Elle paraissait hésiter un moment, avant que je ne perçoive ses pas de velours derrière les miens. J’attrapais un drap, et bien qu’il paraissait choisi au hasard, il ne l’était pas du tout. Bien différent de celui duquel Irina s’était vêtue l’autre jour, son exact opposé. Fin, léger, à peine transparent. Innocent. Comme Ebba. Un drap fait pour elle, qui l’attendait, au fond du placard. J’étais sûr d’ailleurs de de jamais encore l’avoir utilisé, pour personne. Mais là, pour Ebba, je n’avais pas hésité. Il était pour elle. À son image. Je me retournais pour lui tendre, en lui précisant que je lui laissais le choix de s’arranger comme elle voulait pour ses vêtements. Je ne sais pas pourquoi je ne lui avais pas ordonné de se déshabiller au point de n’être vêtue que de son bas de sous-vêtement. Après tout, ce n’était que professionnel, n’est-ce pas? Alors pourquoi ça me dérangeait, la perspective de la forcer à quelque chose qui ne lui plairait pas? Irina, jamais je ne lui avais laissé le choix. Mais à croire qu’avec Ebba, c’était différent. Encore et toujours, elle me faisait changer mes habitudes. Et je ne savais toujours pas si ça me plaisait ou non. J’étais toujours en procès, à me demander pourquoi et comment cela pouvait bien être arrivé. Elle hochait la tête et je la laissais là, seule, retournant face à mon chevalet pour préparer mon matériel. Je pris mon temps puisqu’elle prenait le sien, évitant d’être impatient, chose que je n’étais pas d’ordre général. Mais même avec tous les efforts du monde, elle prenait son temps, bien trop longtemps. Avait-elle un problème? Devrais-je aller la voir? Ou bien devrais-je l’attendre sagement ici, sans m’impatienter? Sauf que son entrée dans la pièce principale coupait mes questions. Les cheveux lâchés, le drap remonté bien haut jusqu’à couvrir son menton, elle s’avançait lentement, hésitante, mal à l’aise, n’osant à peine croiser mon regard. L’Albatros. Encore. J’étais sûre qu’elle était en train d’y penser, là, perdue entre les vagues blanches qui l’entouraient et l’empêchaient d’être elle-même. « Est-ce que... » Sa voix s’élevait, résonnant un peu contre les planches de bois de l’atelier silencieux. « Est-ce qu’on pourrait garder ça entre nous ? Je veux dire... Est-ce que tu pourrais garder pour toi que je suis venue aujourd’hui ? Est-ce que tu pourrais ne pas le dire à Irina ? » Irina? C’était ça, alors, le problème? « Ebba. » commençais-je alors, la voix grave. Un peu trop, sûrement. « Irina n’est pas revenue depuis le jour où tu es entrée ici. Et pour être honnête avec toi, je pense qu’elle ne reviendra pas. » Parce que je ne l’y inviterai pas, et parce qu’elle n’était pas assez bête pour venir frapper à la porte d’elle même. Irina était vide, et bien que je le savais depuis le début, ça avait été bien plus clair quand Ebba avait été postée à ses côtés. J’avais pu comparer, et me rendre compte de la réalité déjà flagrante auparavant. Je ne voulais plus dessiner Irina. Je ne voulais plus lui intégrer cette lueur qu’elle n’avait pas pour rendre mon oeuvre intéressante. Il y avait des tas d’autres modèles qui eux, avaient naturellement ce petit quelque chose qui rend la session unique, intéressante. J’étais content, au final, de m’être débarrassé d’Irina. Elle avait fini par m’ennuyer, m’irriter, et disons qu’Ebba n’avait fait qu’accélérer le procédé, mais qu’un jour ou l’autre, je ne l’aurais jamais rappelée. « Là ? » m’interrogeait-elle, répondant elle-même à sa question alors qu’elle s’installait en tailleur sur le sofa, bien qu’elle mesurait précisément chacun de ses gestes pour ne dévoiler aucun centimètre de peau inutile. Je ne faisais que l’observer en silence, assis derrière mon chevalet. Mais elle s’immobilisait, tenant fermement le drap blanc entre ses poings fermés, toujours au niveau de sa bouche. On s’observait mutuellement, durant de longues secondes, avant qu’elle ne finisse par murmurer : « Je me sens idiote. » Je fronçais les sourcils à cet aveu. Idiote? Qu’est-ce qu’elle attendait de moi? Une réponse? Un geste? Qu’est-ce que j’étais censé faire? Après un moment de réflexion, je décidais de me lever. Il fallait sûrement que je la guide. C’était sa première fois, et elle devait se sentir perdue. De mon côté, je n’avais pas non plus l’habitude de cette situation. En général, mes modèles savaient ce qu’ils devaient faire. C’était leur métier. Mais Ebba n’en faisait pas parti. Elle, elle était danseuse. Elle n’avait pas pour habitude de rester passive pendant trois heures, allongée dans un sofa sans bouger d’un pouce. J’allais chercher un porte-vues qui se trouvait non loin de là sur une étagère, qui regroupait toutes les peintures classiques dont j’aimais particulièrement m’inspirer. Je le tendais à Ebba, ouvert à la page de l'Aphrodite de Fowler. Peut-être cela l’aiderait-elle à visualiser mon travail? Et si elle s’allongeait sur le dos en regardant le plafond pendant qu’on discutait, comme si je n’étais pas en train de travailler? « Comment tu te sentirais le plus à l’aise? » lui demandais-je finalement. Je lui laissais encore le choix. Bien sûr, j’attendais qu’elle s’inspire de la peinture que je venais de lui montrer, mais elle était libre, au final. « Je ne sais pas, peut-être pourrais-tu être sur le dos, détendue, sans être obligée de me regarder, et on discuterait comme si de rien n’était? » Après tout, elle avait sûrement d’autres questions pour moi, la connaissant. Je ne savais pas. Pour la première fois, je prenais en compte le confort de mon modèle. Mais c’était bien parce que c’était Ebba, et qu’Ebba était spéciale.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mer 27 Mai - 23:14



we should just kiss like real people do
Je n’étais pas à l’aise. Forcément, puisque je n’étais pas du tout dans mon élément. Il faut dire que mon élément se résumait à pas grand chose : la scène et la danse. Alors il m’était facile de me trouver hors de ma zone de confort. Mais là, nous étions au-delà de ça, c’était l’antipode de mon élément. Je devais poser ? Moi qui n’étais que mouvement ? Est-ce que j’allais au moins savoir faire ? Ne pas bouger du tout, c’était presque un challenge pour moi. Qui plus est, cette semi-nudité face à lui, ça avait quelque chose de très dérangeant pour la pudique que j’étais. Peut-être que devant un autre l’obstacle aurait été moins important ? Je ne sais pas. J’étais pourtant habituée à danser en tenue légère, mais sur scène, ça n’avait rien à voir. Face à des regards anonymes, ça n’avait rien à voir. Et puis, il y avait Irina. Irina qui semblait, enfin, disposée à cesser de m’éviter, et que je trahissais, un peu, je crois, en venant jusqu’ici pour faire ça. C’était idiot parce que... Parce qu’il ne se passait rien du tout, parce qu’il voulait juste que je fasse office de modèle pour l’une de ses toiles, et que ça avait donc un caractère professionnel, mais... Je ne sais pas, j’avais cet arrière-goût amer de trahison, comme si je lui donnais raison de croire que je lui avais dérobé quelque chose. Pas Even, puisqu’il ne lui appartenait pas, mais peut-être son attention, l’attention de l’artiste, sa compagnie aussi ? Et peut-être aussi, un peu de ces envies étranges qui me parcouraient l’esprit. Parce que, lorsque je prétendais qu’il ne se passait rien, ce n’était pas totalement vrai. Il ne se passait rien, évidemment, mais je crois que j’avais envie qu’il se passe quelque chose. Au moins autant que la dernière fois, autant que des semaines en arrière. Et c’était sûrement rien pour le commun des mortels, mais pour moi, c’était beaucoup. Et je savais que, pour Irina aussi, ce serait beaucoup. Beaucoup trop à encaisser, beaucoup trop pour me pardonner à nouveau. Alors il devait se taire, il ne devait rien lui dire, rien lui laisser voir. Je ne savais pas trop comment c’était possible, sachant qu’il s’apprêtait à me représenter moi, mais... J’espérais qu’il trouverait une solution, une idée. Enfin, s’il acceptait qu’on garde ça entre nous. « Ebba. » Je m’immobilisais. C’était plus fort que moi, j’avais l’habitude des ordres et du timbre autoritaire. Mon corps réagissait par anticipation de ce qui allait suivre. D’ordinaire, un reproche, une injonction, une réprimande. Mais pas là. Non, pas là. « Irina n’est pas revenue depuis le jour où tu es entrée ici. Et pour être honnête avec toi, je pense qu’elle ne reviendra pas. » A cause de moi ? C’est la première réaction qui m'effleurait l’esprit. Et pour une fois, je n’étais pas la seule fautive. C’était lui, lui qui avait utilisé mon existence pour justifier l’absence d’Irina. Comme un système de vase communiquant, j’entrais, elle sortait. N’aurait-il pas pu dire qu’elle n’était pas revenue depuis la dernière fois, plutôt que de dire qu’elle n’était pas revenue depuis que j’étais entrée ? Alors, forcément, dans mon esprit culpabilisant, cette toute petite phrase trouvait un écho redoutable. Néanmoins, je gardais cette interrogation pour moi, préférant ne pas lui imposer mes doutes et mes maux, ni le mêler à ces histoires de filles que j’expérimentais, moi-même, pour la première fois. À la place, j’hochais de la tête avant de changer de sujet, m’intéressant à l’endroit où je devais m’installer et la position à adopter. J’étais gauche, pas très à l’aise, et terriblement idiote. Un dernier point que j’évoquais à voix haute, le lui avouant sans fausse pudeur. D’ailleurs, il pouvait le constater de lui-même et décider de changer d’avis, je n’aurais aucune objection a formuler. Je ne voulais pas le décevoir, et pourtant c’était, inévitablement, ce que j’allais faire, ce que j’étais, peut-être, déjà en train de faire. Alors pourquoi fronçait-il des sourcils comme si, ce que je venais de dire, n’avait aucun sens ? C’était moi, à moitié nue, dans ce sofa, qui n’avais pas de sens, pas le fait que je puisse me sentir idiote. Si ? Il se levait, toujours silencieux, mais n’approchait pas pour autant. Non, il allait chercher un gros protège-documents, dont les pages tournoyaient à mesure qu’il avançait, vers moi cette fois.  C’est une Aphrodite qu’il me montra. Une Aphrodite par je ne sais plus qui, j’étais pas très douée pour les noms d’artistes. Mais je l’avais déjà vu, et je savais qu’il s’agissait d’Aphrodite, lascive, contre un rocher. Je n’avais rien à voir avec cette dernière. Elle était aussi châtain que j’étais blonde, et aussi chaloupée que j’étais chétive. Mais sa position, ça, je pouvais la copier. Était-ce ce qu’il attendait de moi ? « Comment tu te sentirais le plus à l’aise? » Vraiment ? C’était une vraie question ? Fallait pas qu’il me laisse faire, sinon... « Comme ça. » je lançais, alors, pour toute réponse, en m’allongeant sur le dos, avant de ramener mes jambes sur le dossier du canapé, la tête quasiment à la renverse. Démonstration plus que probante de l’inutilité de me demander comment je me sentirais à l’aise. « Je crois pas que ce soit ce que tu recherches. » J’étais lucide, au moins, et puis je lui offrais un joli sourire amusé. Certes, renversé, le sourire, mais j’étais un peu moins intimidée, c’était déjà ça. « Je ne sais pas, peut-être pourrais-tu être sur le dos, détendue, sans être obligée de me regarder, et on discuterait comme si de rien n’était? » Oh ? J’étais en train de me redresser, lorsqu’il avait dit ça, et immédiatement mon regard s’était fait surpris, puis ravi, et enfin reconnaissant. « J’ai le droit de parler ? » Ô soulagement ! Je ne sais pas pourquoi, je m’étais imaginé devoir me murer dans le silence pour ne pas troubler sa concentration. J’aurais le droit de parler, alors ? De poser des questions ? Et il me répondrait ? Oui, forcément, puisqu’il avait dit qu’on discuterait, ça laissait entendre que ce serait à double sens, et non pas un simple et insupportable monologue de mon côté. « Tu parleras aussi ? » Oui, je préférais vérifier, tout de même, tout en m’installant comme sur l’oeuvre. Non pas sur le dos, donc, mais sur le flanc, le menton soutenu par ma paume, et le regard tourné vers la fenêtre, ou plutôt la baie vitré hors d’âge donnant sur les quais. « Tu vas me transformer en Aphrodite, alors ? » J’avais encore du mal à comprendre qu’il m’ait choisi moi pour prêter mes traits à la déesse. J’étais pas un peu l’opposée de cette dernière. « Oh, au fait, cette fois, c’est ton tour de poser les questions. » j’ajoutais, tant que j’y pensais, tournant le regard -mais pas la tête- dans sa direction. « J’y répondrais. » Parce que moi, j’avais pas de problème avec les questions, contrairement à lui.   


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Jeu 28 Mai - 3:24


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Ebba et Even
Elle s’immobilisait quand j’énonçais son prénom, raide comme les lattes de plancher qui recouvraient le sol de l’atelier. C’était ce genre de choses que mon oeil d’artiste percevait. Le body language. Elle était habituée aux ordres. Ou aux rappels à l’ordre, du moins. Mais je n’aimais pas ça. Pas face à moi. Je ne voulais pas qu’elle se sente dominée et qu’elle se réduise à n’être qu’une simple petite fille docile. J’aimais bien l’Ebba qui prenait ses aises chez moi comme si elle était chez elle, bien que déconcertante. J’aimais bien l’Ebba libre de tout, et de la société en premier. Alors non, pour rien au monde je voulais qu’elle se sente contrainte à quoi que ce soit ici. Et pas de ma part. Du coup, je repris la parole, le ton moins sec, pour lui expliquer gentiment qu’Irina n’était pas revenue depuis notre rencontre, et ne reviendra probablement pas. Bien sûr, je passais outre le pourquoi. A quoi bon lui dire que je ne la rappèlerai pas, qu’elle ne m’intéressait pas, qu’elle était vide, une coquille résonnante que j’avais pourtant essayé de continuer à creuser, alors que je la savais déjà épuisée depuis le départ? A quoi bon gâcher ma salive pour les raisons, quand je pouvais exposer les faits en une seule phrase, et que ce n’était que ce qui comptait? Sauf qu’évidemment, dans ma phrase, je n’avais pas pu contenir le fait qu’Ebba n’y était pas pour rien dans cette décision. Et moi, ça m’arrangeait, même si je voyais bien qu’elle, ça la troublait. Mais elle ne posait pas plus de questions et hochait simplement la tête, avant de s’intéresser à sa tâche du jour, qui devait sûrement être plus compliqué pour elle que ça en avait l’air pour moi. Moi, ça ne changeait pas. J’allais utiliser mes mains, produire quelque chose d’artistique, comme à chaque fois. Mais elle, c’était sa première fois en tant que modèle. Et elle était perdue. Et malgré moi, malgré mon égoïsme et mon arrogance, je voulais l’aider. C’est pour cela que je décidais de lui ramener mon porte-vues de peintures classiques, tournant les pages au fur et à mesure que je comblais la distance, avant de lui tendre ouvert à la page de mon Aphrodite préférée, et dont je voulais m’inspirer aujourd’hui. J’en venais même à lui demander comment elle se sentirait le mieux, alors que normalement, je savais exactement ce que je voulais et je l’exigeais. Non, à elle, je lui laissais le choix. « Comme ça. » Et elle finissait dans une position renversée, pieds accrochés au dossier du canapé et tête dans le vide, avant d’ajouter « Je crois pas que ce soit ce que tu recherches. », ce qui me décrocha un sourire auquel elle répondit instantanément. « Pas vraiment, non. » Il fallait effectivement rester lucide. Je réfléchissais à quelque chose qui pourrait me satisfaire moi, et la satisfaire elle en même temps, ce qui était bien plus dur que ce que j’avais imaginé. Et si elle était sur le dos, mais que je brisais un peu la structure formelle de la session? Par exemple, elle pourrait me parler, on pourrait discuter, et peut-être que ça, ça l’aiderait à oublier que je la dessinerais et elle serait plus à l’aise? Elle se redressait, me considérait avec deux ou trois expressions différentes, avant de reprendre la parole. « J’ai le droit de parler ? » J’hochais la tête. « Si tu le souhaites. » Elle avait l’air plutôt positive à cette idée, en tout cas. A croire que se taire lui était vraiment impossible. Pourtant, à son arrivée quelques minutes plus tôt, elle était restée muette comme une tombe. Étrange. « Tu parleras aussi ? » Moi? Pourquoi je… Oh. On « discuterait », avais-je dit. Oui. Un dialogue, ça incluait deux personnes, n’est-ce pas? « Je ferai du mieux que je peux. » C’était mieux que rien, non? Mais je ne pouvais pas me concentrer sur mes doigts et réfléchir à ce que je pouvais bien lui dire. J’essayerai, c’était déjà pas mal n’est-ce pas? Elle prenait donc place, comme sur l’oeuvre-modèle, sur le flanc, sa paume retenant son menton, le visage tourné vers la grande fenêtre, dont la vue offrait les quais de l’East River, zone industrielle. « Tu vas me transformer en Aphrodite, alors ? » Je la regardais, là, alanguie sur le sofa marqué par le temps. « Je n’ai pas besoin de te transformer. » Oh, est-ce que je m’essayais vraiment aux compliments? Certes, c’était un compliment dissimulé, mais elle le comprendrait, pas vrai? « Oh, au fait, cette fois, c’est ton tour de poser les questions. J’y répondrais. » Elle me regardait à présent, sans pour autant avoir tourné la tête, d’un regard en biais suggestif. Moi aussi, j’avais répondu à ses questions l’autre soir. Elle en attendait plus? Je ne sais pas. J’en avais déjà dit beaucoup à mon goût. Elle savait bien plus de choses sur moi que le monde entier réuni. « Je préfère répondre aux questions plutôt que de les poser. Faire la conversation n’est pas vraiment mon fort. » Au cas ou elle ne l’avait pas déjà remarqué… Je m’approchais d’elle, la scrutant d’un oeil purement professionnel. « Tu permets? » Mais même sans attendre sa permission, je venais arranger son drap. La façon dont il cascadait sur le plancher gris, au pied du sofa, remontant petit à petit pour rendre chaque pli un peu plus artistique. Arrivé à sa hauteur, je venais nouer deux extrémités du fin tissu autour d’une épaule pour qu’elle soit assurée que si elle bougeait, elle ne serait pas malencontreusement mise à nue. Je m’accroupissais, posté à son flanc. « Fais-moi confiance. » Je ne savais pas vraiment si ces mots étaient un avertissement, une tentative de confort, ou quoi que ce soit. Mais mes doigts remontaient le long de ses côtes jusqu’à arriver au niveau du sein que je serais amené à représenter plus tard. Je tirais un peu sur le drap, avec une douceur de geste qu’on me savait adopter que dans mon art, pour dévoiler à peine un morceau de sa féminité. Et pourtant, je faisais attention à ne pas frôler sa peau, même pas par inattention. Le tissu était pourtant bien trop fin pour que quelques frissons ne m’échappent. Mais je ne m’attardais pas et retournais bien vite m’assoir sur mon petit tabouret de bois derrière mon chevalet, déjà le crayon à main. « On y va. » Et je couchais mon premier trait sur le papier à grains encore vierge.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Sam 30 Mai - 1:58



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« Pas vraiment, non. » Au moins, il avait sourit, ce qui contrebalançait un peu son sérieux habituel. Parfois, je me demandais s’il était capable d’un fou-rire. Un vrai, un pas calculé, un qui part des poumons et cisaille le ventre. Et rien que le fait de pouvoir se poser cette question avait quelque chose d’infiniment triste. Je n’avais pas l’âme d’une infirmière, je ne l’avais jamais eu, mais lui, j’avais parfois envie de le soigner. Encore fallait-il connaître sa maladie. C’était comme pour Connard, j’avais vu ses grands yeux tristes et j’avais su que je devais faire quelque chose, j’avais ressenti le besoin de faire quelque chose. En attendant de savoir quoi, je me redressais et adoptais une position plus à son goût, je supposais. Et pendant que je faisais, il m’annonçait qu’on allait discuter. Discuter ? Genre je parle et il me répond ? Je savais même pas que j’en avais le droit. J’imaginais déjà immobilisme et silence durant plusieurs heures. Une performance que je n’étais pas certaine de pouvoir réaliser, pour être honnête. J’aurais vraiment le droit de parler ? « Si tu le souhaites. » Evidemment que je le souhaitais ! C’était même plus de l’ordre du simple souhait, c’était une question de survie. J’avais déjà suffisamment peur des crampes dues à cette future position que je devrais tenir. Alors parler, oui, je voulais. Je voulais parler. Mais ça n’allait pas le déconcentrer ? Et si je parlais, il allait me répondre ? Après tout, il avait dit qu’on discuterait. « Je ferai du mieux que je peux. » C’est à dire ? Je voulais pas qu’il n’ait à faire le moindre effort, pas à cause de moi, pas simplement pour mon confort personnel ou pour me faire plaisir. Après tout, pour l’occasion, j’étais à son service et non l’inverse. « Je parlerais pas, si tu préfères. » je proposais, d’ailleurs, en plagiant la position d’Aphrodite du mieux que je pouvais. Je n’étais pas certaine que c’était ce qu’il souhaitait, mais... Au moins, j’essayais, je sortais de la zone de confort dans laquelle il voulait me murer. J’étais pas si incapable que ça, après tout. Et si Irina pouvait le faire, alors moi aussi. Oui, moi aussi. Suffisait que je m’en convainque, voilà tout. Cela dit, mon silence ne dura pas bien longtemps, puisqu’à peine en position, je l’interrogeais sur les traits qu’il allait me prêter, ou plutôt l’inverse, sur la déesse à laquelle il allait prêter mes traits. Aphrodite, donc. Il allait me transformer en Aphrodite ? « Je n’ai pas besoin de te transformer. » Quoi ? Il avait bien vu la même oeuvre que moi, ou quoi ? J’avais au moins vingt kilos de moins, j’étais loin d’être rousse, et mon profil était bien plus enfantin que celui de la personnification de la Femme. À la rigueur, nous avions le teint diaphane en commun, c’est tout. « Je ne lui ressemble pas du tout. » je commentais, perplexe, fronçant les sourcils et hasardant un nouveau regard sur le porte-documents resté ouvert sur le sol. Il trouvait que je lui ressemblais ? C’était comme ça qu’il me voyait ? Rousse et bien portante ? Il y avait définitivement des zones d’ombre dans le portrait-robot qu’il avait dressé de moi. D’ailleurs, c’était à son tour de me poser des questions, je l’informais, afin qu’il en apprenne un peu plus sur moi, et qu’il cesse de me percevoir rousse et grosse. « Je préfère répondre aux questions plutôt que de les poser. Faire la conversation n’est pas vraiment mon fort. » Faire la conversation ? « Apprendre à me connaître c’est pas faire la conversation, si ? » je demandais, pas vexée, juste... Je sais pas... Peut-être qu’il avait raison et que c’était aussi peu passionnant que de discuter de la météo et des jours qui rallongent, mais j’espérais que non. Je ne prétendais pas être passionnante, loin de là, mais il en connaissait si peu sur moi que, finalement, ça pouvait être au moins un peu ludique. « Et puis tu n’aimes pas répondre aux questions. » Et cette affirmation, je ne la sortais pas de nulle part, il me l’avait suffisamment prouvé. Il avait fait un effort, la dernière fois, pour répondre à chacune des miennes, et je voulais lui rendre la politesse en m’y efforçant à mon tour. Cela dit, pour ça, encore fallait-il qu’il ait des questions pour moi, que je l’intéresse au moins un peu. « Tu permets? » Quoi ? Oh grands dieux, je ne l’avais même pas sentit s’approcher, et brusquement il se trouvait tout proche, ajustant les plis de mon drap. Heu... D’accord. Pour le coup, je restais à la fois interdite et silencieuse, concentrée sur ce qu’il faisait, et ses doigts toujours trop proches de ma peau. Enfin ma peau à travers le drap fin, trop fin. Ou pas assez fin... Je ne savais plus trop. Était-il trop proche ou pas assez ? Pourquoi c’était tout brouillé dans ma tête ? Et pourquoi je ne ressentais plus le besoin de parler ? Je ne savais même pas quoi dire. Même après qu’il m’ait annoncé « Fais-moi confiance. » en allant nouer les pans du drap au-dessus d’une épaule dont je lui facilitais l’accès en penchant la tête d’un côté, je ne savais quoi dire. Si, en fait, si, j’avais lâché un tout petit « D’accord. » pas très brillant, ni très intelligent, avec un large temps de retard. Pas très convaincante, quoi. Est-ce que j’avais confiance en lui ? Oui, je crois. Du moins, assez pour laisser ses doigts chahuter le long de mes côtes, avant d'agripper un bout de drap avec délicatesse, avant de le faire glisser le long de l’une de mes très rares formes. J’aurais pu l’en empêcher, ma pudeur étant plus que légendaire, mais j’étais incapable d’autre chose que d’observer le tissu se dérober de mon sein, opérant une légère résistance au niveau de la pointe que je n’avais jamais vu si fière, avant de se dévoiler complètement. C’était étrange comme sensation. J’avais froid, je crois, puisque ma peau réagissait par frissons, mais fondamentalement j’avais chaud. Je rougissais, non ? Si, je devais rougir, je devais même être écarlate. Et je détournais le regard. De toute façon, il s’éloignait déjà, me laissant là, un sein à l’air, le regard perdu dans le vague, mais l’esprit tourné vers cette rondeur indécente qu’il aurait tout le loisir, lui, d’observer, de scruter, de détailler. « On y va. » Comment faisait-il pour paraître si... Normal ? Oh oui, je le savais, il en avait vu des dizaines, déjà, voire des centaines, peut-être des milliers, et bien pire que ça. Je n’avais qu’un sein de découvert. Combien avaient posé entièrement nues pour lui ? Je ne devais pas montrer que ça me perturbait, je ne devais rien laisser paraître, je devais me mettre à son niveau afin de ne pas trop me ridiculiser. Après tout, ça n’avait rien de grave, ni d’insurmontable pour le commun des mortels. C’était moi la bizarre. Il avait l’air tellement concentré. Oui, parce que je venais d’oser un regard dans sa direction, avant de me détourner presque immédiatement. Il n’avait pas encore son attention fixée sur le buste, mais ça viendrait. Forcément, c’était logique, il n’avait pas dévoilé un sein s’il ne comptait l’observer. Sinon, il l’aurait fait de mémoire. Il fallait que j’évite d’y penser, que je fixe mon esprit sur tout autre chose. Sauf que la vue ne m’offrait pas vraiment le divertissement espéré. Les quais, tu les avais vu une fois, tu avais tout vu. « Pose-moi des questions, s’il te plait... » je me retrouvais, alors, à quémander, à presque supplier. Il fallait qu’il le fasse, vraiment, parce que j’en étais incapable. Du moins, pour le moment. Peut-être que ça viendrait, avec le temps, lorsque je me serais habituée à cette nudité partielle, et à son regard se promenant dessus.   


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mar 2 Juin - 3:12


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Ebba et Even
Prenant position, les traits de son visage semblaient considérablement se détendre lorsque je lui annonçais que, oui, elle aurait le droit à la parole. C’était si surprenant que ça? Oui, en fait. Même pour moi. J’aimais travailler en silence, j’aimais entendre mon crayon glisser sur le papier canson, accrochant chaque grain qui le composait. Ça me détendait. C’était mon Invitation au voyage. C’était ma mélodie paradisiaque, celle qui me plongeait dans un état de subconscience tranquille et délicat. Mais est-ce que moi j’allais être capable de parler? De lui répondre, oui, sûrement. Mais de parler… De moi-même, ça s’avérait être assez dur. J’étais loin d’être bavard — très loin, même. Je ne disais que l’essentiel, usant le moins de mots possible, ne gaspillant ma salive que pour des occasions qui en valaient la peine. Mais je ne pouvais pas fermer les yeux sur le fait que depuis que je connaissais Ebba, je m’étais amélioré, sur ce point. J’avais répondu à ses questions, à notre dernière entrevue, et je ne me contentais plus d’un simple « oui » ou « non », j’argumentais. Du moins, un peu. Ça devait toujours sembler trop peu pour elle, mais pour moi c’était beaucoup. « Je parlerais pas, si tu préfères. » Un fin sourire étira mes lèvres, de nouveau. Un sourire qui voulait dire « et tu arrives à y croire, à tes mots, toi? » Parce qu’il fallait avouer qu’Ebba silencieuse, ça n’existait pas. Ça relevait du record dans le livre des Guinness, c’était une performance à ne pas manquer. Ce qu’elle me confirma d’ailleurs quand elle reprenait la parole, ayant apparemment oublié les mots prononcés trente secondes plus tôt. Si je vais la transformer en Aphrodite? Pas besoin de transformation, lui rétorquais-je alors. C’était un compliment déguisé, une périphrase, ne énigme qu’elle devait trouver elle-même. J’étais direct, à ma façon. Elle ne comprendrait sûrement pas mes mots comme je les entendais, j’aurais du lui dire « Tu es mon Aphrodite » pour qu’elle me comprenne clairement, mais je n’étais pas de ce genre. Pas encore, du moins. Maintenant, avec elle, je m’attendais à tout. A tout et à rien, à la fois. C’était assez embêtant, comme vision des choses. « Je ne lui ressemble pas du tout. » Je lâchais un léger rire. Comme quoi, je m’y attendais. « Ne prends pas en compte le physique uniquement. C’est la valeur métaphorique qu’il y a derrière. Aphrodite, la déesse de l’amour, de la beauté. » Et de la sexualité. Mais ça, cet aspect-là, je ne le retrouvais pas en Ebba. Bien sûr, c’était évident qu’elle éveillait quelque chose en moi. Quelque chose de différent de ce que les autres femmes qui avaient temporairement accès à mon lit me faisaient ressentir — quand elles me faisaient ressentir quelque chose. Ebba, c’était un désir interdit, qui me rendait coupable. Ebba, c’était le fruit défendu. Celui auquel je n’avais pas le droit de toucher. Celui auquel je ne toucherai pas. Pourquoi la ternir pour mon propre plaisir? J’étais égoïste et arrogant, mais je savais également faire preuve d’exactitude et d’objectivité quand c’était nécessaire. Adam n’aurait pas du croquer dans la pomme. Ça a entraîné la chute de l’humanité et sa condamnation du Paradis pour l’éternité. Ce n’était pas rien, quand même… Alors moi, qu’est-ce que ça pourrait engendrer, si j’avais le malheur de goûter à cette peau blanche? Je ne craignais rien pour moi, j’étais déjà damné, j’étais déjà maudit. Mais elle… Je m’autorisais un regard lascif vers elle. Non. Je ne devais pas. Ce n’était même pas une mauvaise conscience, ni un désir de laisser mon égoïsme de côté. Non, là, je ne pensais juste qu’à son bien. Qu’à la vie rayonnante qu’elle avait devant elle. Et qui souffrirait de profondes zones d’ombres si je venais à en faire parti. D’ailleurs, elle clôturait mes pensées au bon moment, à me dire que c’était mon tour de poser les questions. Sauf que je préférais largement répondre aux questions que de les poser. Manque d’interêt, manque de patience, manque de curiosité, manque d’imagination. Faire la conversation, ce n’était pas mon fort. « Apprendre à me connaître c’est pas faire la conversation, si ? » Je notais là une pointe de contrariété dans la tonalité de sa voix. L’avais-je malencontreusement vexée? Non parce que, ce n’avait jamais été mon but. « Et puis tu n’aimes pas répondre aux questions. » Qu’est-ce que je pouvais bien répliquer face à ça? C’était vrai, je n’allais pas dire le contraire. Ou du moins, ce n’était pas entièrement vrai… Avec elle, les questions, ce n’était plus un supplice. C’était loin d’être une partie de plaisir, mais disons que ça ne me dérangeait presque pas. Je n’aimais pas les questions quand je n’aimais pas que la personne en face essaye d’en savoir plus sur moi. Mais encore une fois, là, avec Ebba, c’était différent. Je n’avais pas tellement de problèmes à me dévoiler face à elle. A savoir qu’elle savait qui j’étais. Je ne me sentais pas en danger. Au contraire, même — je me sentais confiant. Mais n’ayant aucune réponse digne de ce nom, je m’approchais d’elle après une observation minutieuse. Je lui demandais sa permission, sans pour autant attendre sa réponse, et j’ajustais quelques plis de son drap qui me plaisaient plus de telle manière que d’une autre. Détails d’artiste trop pointilleux, j’imagine. Elle restait immobile, silencieuse. Une Venus de Milo coincée dans son marbre pâle. Fais-moi confiance, lui demandais-je alors, comme si c’était une des choses les plus simples à faire, alors que j’étais le premier qui ne faisait pas confiance à n’importe qui. Qui ne faisait confiance à personne, en réalité. Lorsqu’elle sortait un petit « D’accord. », j’avais pourtant déjà noué un bout de drap autour de son épaule et elle avait même instinctivement penché la tête pour m’y faciliter l’accès, sans réfléchir une seule seconde. Alors elle me faisait confiance? A croire, puisqu’elle me laissait faire sans broncher, alors que mes doigts couraient près de ses côtes avant de faire glisser le tissu sur son sein maintenant dévoilé. J’avais quand même pris garde à ne pas toucher sa peau. C’était interdit. C’était du moins ce que me criait sa chair blanchâtre. « Attention à ce que tu fais », ça me disait. Du coup, en très peu de temps, j’étais déjà de nouveau assis sur mon tabouret derrière mon chevalet, crayon en main, lui commentant que je commençais. Pourquoi je lui disais ça? C’était une parole inutile. Elle n’avait pas besoin de savoir. Pourquoi je me mettais à énoncer des choses qui n’avaient pas besoin d’être dites? Depuis quand je faisais ça, moi? Silence. La seule chose qui brisait ça, c’était le bruit de mes coups de crayon sur le papier. Est-ce qu’elle les entendait, elle? Où étais-je le seul? Je dessinais grossièrement les contours les plus importants, les gros détails. J’affinerai ensuite. C’était toujours comme ça que je procédais. Je polissais et repolissais mon travail, encore et encore, jusqu’à ce qu’il soit fin et parfait. Un silence très long, très inhabituel, et pour la première fois de ma vie, qui me résultait inconfortable. Jamais le silence ne m’avait dérangé, au contraire. Et là, je commençais à me sentir légèrement mal à l’aise. Mal à l’aise pour moi, ou pour elle, je n’en savais trop rien. Pour les deux, sûrement. Mais ce fut elle qui rompit cela en première. « Pose-moi des questions, s’il te plait... » Ça avait le ton d’une imploration, comme si ce silence était effectivement un supplice pour elle, qu’elle ne pouvait déjà plus tenir. Des questions. J’en avais? Oui, bien sûr, j’en avais des tas. Mais ce n’était en rien le genre de questions qu’elle attendait. Qu’est-ce qu’elle attendait, d’ailleurs? Quelle était sa couleur préférée? Son plat préféré? Je n’étais pas ce genre d’homme. J’étais… plus. Moins superficiel. Plus profond. « Est-ce qu’il y a quelque chose que tu as toujours rêvé de faire et que tu n’as encore pas fait? Qu’est-ce qui t’empêche de le faire? » J’en avais des tas, de questions, qui jaillissaient dans ma tête à ce moment là, comme si la première avait été le déclenchement. Du coup, je profitais de toutes les poser. « Quel est ton meilleur souvenir? Et ton pire? » Le pire, elle n’était pas obligée de le dire. Je ne sais pas franchement si j’aurais les crans de lui dire, pour les circonstances de la mort de mon père. « De quoi es-tu le plus reconnaissante, jusqu’au jour d’aujourd’hui? » C’était des questions importantes ça, non? Pour moi, oui. C’était mieux que lui demander sa couleur ou son plat préféré.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Ven 5 Juin - 0:33



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« Ne prends pas en compte le physique uniquement. C’est la valeur métaphorique qu’il y a derrière. Aphrodite, la déesse de l’amour, de la beauté. » Avait-il dit. Et j’avais froissé les sourcils et retroussé le nez, je crois. J’avais fait tout ça parce que je n’étais pas très sûre de savoir où il voulait en venir et, de ce fait, pas très sûre d’avoir réellement compris ce qu’il venait de dire. Donc, c’était pas le physique. Oui, ça, ça me semblait assez évident, le modèle initiale étant nettement plus charnue que je l’étais, et totalement plus rousse, aussi. Mais qu’est-ce qu’il entendait par valeur métaphorique ? C’était trop de mots compliqués pour moi. Surtout lorsque amour et beauté suivaient juste derrière. Est-ce que, selon lui, j’étais le modèle qu’il fallait parce que j’incarnais l’amour et la beauté ? Mais pour qui ? Il était au courant que probablement personne ne partagerait cet avis ? Y avait que lui qui pensait ça... Oh, Sainte Marie ! Il pensait ça de moi ? Lui ? Even ? C’est ce qu’il pensait ? Que j’incarnais la beauté et l’amour ? Noooon, il ne pouvait pas penser ça... Ou si ? Est-ce qu’il le pensait ? Ça semblait tellement surréaliste que je n’osais poser la question. J’aurais eu l’air de quoi, moi, si ce n’était pas le cas ? D’une prétentieuse. Et ce n’était pas le cas, ça ne pouvait clairement pas être le cas, qui pourrait bien penser que j’incarnais la beauté et l’amour. Tssss, n’importe quoi. De toute façon, ce n’était plus la question, ça n’avait plus été la question sitôt qu’il s’était approché de moi, et m’avait fait je ne sais quoi dans le cerveau, m’obligeant à l’observer remettre les plis de mon drap en place, sans dire un mot. Je ne pouvais pas tout faire, contrôler ma respiration, penser et parler. Je ne pensais plus du tout, ce qui réduisait considérablement mes activités simultanées, et, lasse, j’avais décidé de simplement retenir ma respiration plutôt que de chercher, vainement, à la contrôler. Et puisque je ne parlais pas non plus, disons que je ne faisais rien du tout, si ce n’est l’observer bêtement. J’étais une sportive, alors respirer de manière régulière malgré l’effort, n’avait aucun secret pour moi. Et pourtant, là, totalement inerte, je me trouvais presque essoufflée. C’était bizarre, non ? J’avais peut-être un problème aux poumons ? Je devrais peut-être passer une radio... J’allais noter ça dans un coin de ma tête, et prendre un rendez-vous pour la semaine suivante, parce que c’était quand même très étrange, cette capacité a être à bout de souffle. Mais le pire fut lorsqu’il dévoila l’un de mes seins, le laissant à nu en m’invitant à lui faire confiance. Là, ce n’était plus seulement mon souffle, le problème, c’était une tachycardie, comme si je venais de courir plusieurs marathons de suite, sans même m’arrêter pour boire. D’ailleurs, j’avais chaud. Mais c’était normal, après plusieurs marathons sans boire. Est-ce que j’étais embarrassée ? Non, pas réellement. Son oeil sur moi n’avait rien d’inquisiteur ou de lubrique. Il m’observait dans mon intégralité, comme un tout, un ensemble à la féminité partiellement dénudée. Je n’étais pas gênée par son regard, j’étais gênée par cette féminité, justement, que je ne parvenais à assumer. Je me sentais gauche, maladroite dans cette position, et absolument pas légitime. Je me sentais ridicule avec ce sein à nu, ce sein qu’aucun homme n’avait jamais observé aussi longuement. Ridicule et chamboulée. J’aurais voulu le cacher, ce sein, mais pas le cacher dans le drap, bizarrement, et c’est ce qui me faisait m’interroger sur ma santé mentale, je voulais que ce soit lui qui le cache, qu’il me prenne dans ses bras et noie ma nudité dans une étreinte. Sauf qu’au lieu de lui demander ça -ce qui aurait été complètement stupide-, je l’implorais de me poser des questions, de me changer les idées, de me distraire de cette grippe que je couvais. Bah oui, la fièvre, la respiration bizarre et la tachycardie, c’était certaine une bonne grippe, ou tout au mieux, un rhume colossal. Alors oui, je voulais des questions, n’importe quelles questions parce que, finalement, il ignorait tout de moi. Lorsque j’avais posé des questions, il s’était contenté d’y répondre sans me les retourner. Et ça aussi c’était bizarre. Est-ce qu’il ne se posait pas la moindre question ? Ou bien il ne les formulait jamais à haute voix ? « Est-ce qu’il y a quelque chose que tu as toujours rêvé de faire et que tu n’as encore pas fait? Qu’est-ce qui t’empêche de le faire? » Oula, il posait des questions pour lesquelles il me fallait réellement réfléchir. J’ouvrais la bouche pour lui répondre par un bruit de bouche très infantile, avant de la refermer aussitôt en voyant une nouvelle question se profiler. « Quel est ton meilleur souvenir? Et ton pire? » Ca, c’était facile. Mais, encore une fois, il ne me laissa pas le temps d’y répondre, enchainant comme j’aurais pu le faire moi-même. Sauf que de sa part, c’était surprenant. « De quoi es-tu le plus reconnaissante, jusqu’au jour d’aujourd’hui? » Ca, c’était plus compliqué, comme question. Mais cette fois, je ne cherchais même pas à y répondre. J’attendais. J’attendais de voir si d’autres lui venaient, où si je pouvais prendre le temps de la réflexion... Ok, il semblait avoir terminé, et moi... Moi, comme une enfant, je faisais vibrer mes lèvres en soufflant très fort, bouche fermée. Oui, voilà, comme un gamin qui mimerait le vrombissement d’un moteur, ou comme ces chanteurs préparant leur voix. Moi, je ne faisais que préparer mes réponses. C’était quoi la première question, déjà ? Ah oui, ce que je rêvais de faire et que je n’avais pas encore fait. « J’ai toujours rêvé de voler. » Et qu’est-ce qui m’empêchait de le faire ? « Mais j’ai pas d’aile. » j’énonçais, le plus naturellement du monde, en haussant des épaules. Avant de me rappeler que j’étais pas supposée bouger. « Pardon. » je murmurais, alors, en retrouvant mon immobilisme. « C’est pour ça que je danse, c’est pour ça que je m’entrainais à sauter toujours plus haut, et c’est pour ça, aussi, que je surveille autant mon poids. J’veux toujours aller le plus haut possible, et peut-être qu’un jour je ne retomberais pas. » Je savais que c’était stupide, mais c’était ce que je voulais le plus au monde, ne jamais-jamais retomber sur le sol, simple décoller et voler haut, très haut. Peut-être que tout le monde avait raison et que j’étais immature, mais... Tant pis. C’était mieux comme rêve, que de souhaiter une grosse voiture, une maison ou simplement passer à la télé. Non ? « Concernant mon plus beau souvenir, c’est compliqué... Y en a tellement ! » Avec ce type de réponses, j’allais passer pour la fille pourrie gâtée par la vie, sans aucune ombre au tableau, sans obstacle, sans expérience un tant soit peu traumatisante. Il n’en était rien, j’avais une vie que même Zola n’aurait pas osé écrire, mais... Mais cette vie avait été ponctuée de si beaux moments... « Il y a eu lorsque la grande Alekseïeva m’a annoncé que j’étais une danseuse née, et non une gymnaste peu talentueuse. Jusque là, j’avais toujours cru être une déception ambulante, j’avais beau m’entraîner dur, j’avais beau améliorer ma souplesse au point de dépasser toutes les autres, il me manquait quelque chose d’important. Ce quelque chose qui représenterait mon ticket de sortie, ce quelque chose dans lequel ma grand-mère avait placé tous ses espoirs. Et puis, Alekseïeva est venue, un jour... Elle était si belle, si gracieuse, si élégante dans chacun de ses mouvements... Et tu sais, c’est ça qu’on me reprochait. Une gymnase ne doit pas être élégante, ni gracieuse, elle doit être performante et élastique... » J’avais encore bougé, zut ! Emportée par l’enthousiasme de mon récit, j’avais encore incliné le buste dans sa direction, avant de me repositionner rapidement, dans de vagues excuses. Et puis reprendre... « Et c’est ce qu’Alekseïeva m’a annoncé ce soir-là, elle m’avait observé durant l’entrainement, et elle avait vu ce qu’elle seule pouvait voir... Que j’étais une danseuse, pas une gymnaste. Et le soulagement dans le regard de Baboushka... Son soulagement et sa fierté, ça a été mon premier plus beau souvenir. Après, il y a eu mon admission à l’Académie Vaganova. J’avais onze ans, et je déménageais pour Saint Pétersbourg. C’était tout ce que ma mère et ma grand-mère avaient toujours voulu, que je quitte la Sibérie. Sans quoi, ma vie n’aurait été que mariage précoce et alternance de grossesses et d’accouchements. » Ou la prostitution, comme ma mère. Mais ça, je le gardais pour moi. « Et puis il y a eu le jour où ma mère m’a dit qu’elle était fière de moi. Ou encore, le jour où elle m’a avouée qu’elle avait été amoureuse de mon... de mon père. Jusque là, je pensais que j’étais un accident, et je ne comprenais pas pourquoi elle m’avait gardé, ni pourquoi elle m’aimait. Et ce jour-là, j’ai su. » Ce jour-là n’était pas un bon souvenir, mais ses mots l’étaient, et plutôt que de me rappeler le décès de ma mère, je préférais focaliser mon esprit sur ces mots-là, cet aveu. « Et puis, il y a le concours final de l’Académie, mon intégration au Mariinsky huit jours plus tard. Et puis ma rencontre avec Kevin Mackenzie, et mon arrivée à New York, aussi. Il y a la rencontre avec ma soeur... Et puis il y a aujourd’hui... Aujourd’hui c’est un des plus beaux souvenirs de ma vie. J’ai passé l’audition pour devenir Soliste, il y a quelques heures, et peu importe le résultat, je suis vraiment contente d’avoir eu cette chance. » Donc oui, j’étais la personnification de la niaiserie, la fille insupportable qui voyait toujours le verre à moitié plein et s’enthousiasmait de tout et de rien. Mais j’avais mon lot de mauvais souvenirs, également. Simplement, je préférais ne pas y penser, ne pas me concentrer dessus. Sauf que là, il me le demandait. « Mon plus mauvais souvenir... Le décès de ma grand-mère alors que j’étais en tournée en Europe. Le temps que je l’apprenne et que je revienne, les fleurs sur sa tombe avaient eu le temps de faner, et la neige de les recouvrir... J’aurais voulu qu’elle me prévienne, que quelqu’un le fasse. Au lieu de quoi, elle n’a pas voulu qu’on me dérange. Son but avait toujours été de me faire quitter la Sibérie, elle n’a pas voulu que j’y revienne, pas même pour son enterrement. Trois ans plus tôt, j’avais fait le même trajet pour ma mère. Elle ne voulait pas que je vive ça à nouveau. Elle ne s’est pas rendue compte que, quelque part, c’était pire ainsi. Se retrouver seule au monde sans pouvoir faire son deuil. J’aurais voulu être auprès d’elle, comme je l’avais été pour ma mère. C’est quelque chose que je n’accepte pas, que je ne me pardonne pas, et... Non, ne me dis pas que ce n’était pas ma faute, que je n’aurais pas pu faire autrement, que c’était son choix et non le mien, les choses sont ainsi... J’aurais du savoir, j’aurais du lui rendre visite plus souvent, j’aurais pu être là, au lieu de danser sur une scène étrangère, entourée par des étrangers qui me remarquaient à peine et m’oubliaient dès le lendemain. Je ne me le pardonne pas, et j’accepte de vivre avec ça. » Chacun sa croix. La mienne n’était pas pire qu’une autre, elle était même, certainement, moins lourde que beaucoup d’autres croix. J’en avais conscience. Et ça aussi, je l’acceptais. « Et concernant ma reconnaissance... » j’enchainais rapidement, ne souhaitant pas m'appesantir sur le macabre. « Ca, c’est compliqué... Je suis reconnaissante d’énormément de choses... Hum... Je suis reconnaissante de la vie qu’on m’a offert. Je suis reconnaissante, surtout, des sacrifices que ma mère a fait pour me permettre de vivre bien, d’avoir une enfance heureuse, même si, ici, on considère mon enfance comme un désastre de désespoir, j’ai vraiment été heureuse. Peut-être que ça ne correspond pas à l’idéal occidental, encore moins à l’enfance fantasmée par les américains, mais je n’ai jamais eu à me plaindre. J’ai été aimée et protégée. La vie n’était pas facile, mais elle était belle. Je regrette juste que ça n’ait pas duré plus longtemps... J’aurais voulu que ça dure toujours... » J’aurais voulu qu’elles soient encore là, l’une comme l’autre, j’aurais voulu qu’elles me laissent le temps de devenir quelqu’un avant de disparaitre. J’aurais voulu les sortir de leur cauchemar, ma grand-mère de Sibérie, ma mère de la prostitution, et les amener avec moi, ici, en Amérique. On aurait été tellement heureuses, toutes ensembles, mais... Le destin en avait décidé autrement. « Et toi, alors ? Chiche de répondre à toutes ces questions ? Sinon, faut que tu m’en poses d’autres. » Je lui laissais le choix. S’il ne voulait pas répondre à ses propres questions -ce que je pouvais parfaitement comprendre- il devrait m’en poser d’autres, pour me permettre de ne pas penser à mon immobilisme et tout le reste. Jusqu’à présent, ça marchait plutôt bien. Il était une distraction très efficace.   


with: Even | date: 02/05/15
cassie at atf.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Ven 12 Juin - 4:10


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
Elle voulait des questions pour éviter de trop réfléchir, et au final, je jouais le jeu. Sauf que mes questions, à moi, ce n’était pas des questions habituelles, que deux personnes partageaient pour apprendre à se connaître. Parce que c’était bien ça, ce qu’on faisait là, non? On apprenait à se connaître. Pourtant, je n’avais jamais pris le temps d’apprendre à connaître qui que ce soit. Pas pris le temps, pas eu l’intérêt. C’était du pareil au même. Mais je ne voulais pas qu’Ebba pense que je ne m’intéressais pas à elle — qu’elle ne m’intéressait pas — car c’était, en fait, tout le contraire. Alors, progressant sur ma feuille de papier déjà ternie de traces grises, je la questionnais sur ses rêves, ses regrets, ses bons et mauvais souvenirs, envers quoi elle était reconnaissante. Ces choses bien plus profondes et bien plus représentatives d’une personne. Et bien plus intéressantes à mes yeux, aussi. Parce que sa couleur préférée, je n’étais pas contre le fait de la savoir, en soi, mais ce n’était pas la première chose qui me venait à l’esprit quand je voyais Ebba. Elle faisait vibrer ses lèvres en soufflant, pareil aux bruits des enfants. Enfin, je crois. Après tout, je ne côtoie pas d’enfants. Pourtant, imperturbable, je continuais mon esquisse qui commençait à bien prendre forme déjà, attendant patiemment ses réponses. « J’ai toujours rêvé de voler. » Ah. Et donc, je voyais bien la raison pour laquelle elle n’avait jamais pu atteindre ce rêve… « Mais j’ai pas d’aile. » Triste réalité. Elle était la parfaite personnification de l’Albatros. Et je ne savais pas si ça me rendait triste ou admiratif. J’avais toujours eu tendance à penser que ce poème, ce prince des nuées qui est la risée de tous sur le sol, était pleins d’illusions qui se transformaient sous mes yeux en désillusions, en une fraction de seconde, en un hémistiche. « Pardon. » Hum? Je relevais les yeux, pour voir qu’elle se remettait en place. Oh, elle avait bougé? « C’est pour ça que je danse, c’est pour ça que je m’entrainais à sauter toujours plus haut, et c’est pour ça, aussi, que je surveille autant mon poids. J’veux toujours aller le plus haut possible, et peut-être qu’un jour je ne retomberais pas. » Oui, j’avais vu qu’elle était mince. Très mince. Le genre de « mince » qu’on colle aux danseurs classiques. On ne dit pas qu’ils sont en sous-poids, non, on dit que c’est la profession qui veut ça, que c’est normal. Je ne pouvais trop rien dire car moi-même j’étais le premier à façonner mon corps en parallèle à mon art. La musculation, d’un côté, mais aussi les tatouages de l’autre. Tatouages que j’avais moi-même évidemment dessiné. Chaque corps était un tableau, et chaque peau vierge était une toile qui n’attendait que d’être peinte. Du moins, c’était ma façon de voir les choses. « Concernant mon plus beau souvenir, c’est compliqué... Y en a tellement ! » Et elle semblait réfléchir, d’ailleurs, auquel choisir. « Il y a eu lorsque la grande Alekseïeva m’a annoncé que j’étais une danseuse née, et non une gymnaste peu talentueuse. Jusque là, j’avais toujours cru être une déception ambulante, j’avais beau m’entraîner dur, j’avais beau améliorer ma souplesse au point de dépasser toutes les autres, il me manquait quelque chose d’important. Ce quelque chose qui représenterait mon ticket de sortie, ce quelque chose dans lequel ma grand-mère avait placé tous ses espoirs. Et puis, Alekseïeva est venue, un jour... Elle était si belle, si gracieuse, si élégante dans chacun de ses mouvements... Et tu sais, c’est ça qu’on me reprochait. Une gymnase ne doit pas être élégante, ni gracieuse, elle doit être performante et élastique... » Dans son discours, elle s’était tournée vers moi, croisant mon regard planté sur elle. Alors elle s’était de nouveau confondue en excuses avant de reprendre sa position initiale, un faible sourire ornant mon visage. C’était mignon, après tout, cette attention de bien faire, d’être parfaite. Et moi utilisant le mot « mignon », ça devait être comique. « Et c’est ce qu’Alekseïeva m’a annoncé ce soir-là, elle m’avait observé durant l’entrainement, et elle avait vu ce qu’elle seule pouvait voir... Que j’étais une danseuse, pas une gymnaste. Et le soulagement dans le regard de Baboushka... Son soulagement et sa fierté, ça a été mon premier plus beau souvenir. Après, il y a eu mon admission à l’Académie Vaganova. J’avais onze ans, et je déménageais pour Saint Pétersbourg. C’était tout ce que ma mère et ma grand-mère avaient toujours voulu, que je quitte la Sibérie. Sans quoi, ma vie n’aurait été que mariage précoce et alternance de grossesses et d’accouchements. » Ils sont durs, les européens de l’est. C’était vraiment ça, du côté de la Russie, Sibérie et autres pays dans le genre? Et dire que je pensais qu’en Scandinavie, on n’était pas gâtés… « Et puis il y a eu le jour où ma mère m’a dit qu’elle était fière de moi. Ou encore, le jour où elle m’a avouée qu’elle avait été amoureuse de mon... de mon père. Jusque là, je pensais que j’étais un accident, et je ne comprenais pas pourquoi elle m’avait gardé, ni pourquoi elle m’aimait. Et ce jour-là, j’ai su. » Si elle ne l’avait pas gardé, me disais-je, elle aurait privé le monde d’un beau cadeau. D’une douceur qui avait la force de rester intacte malgré la société qui l’entoure. Ça aurait été franchement bête. « Et puis, il y a le concours final de l’Académie, mon intégration au Mariinsky huit jours plus tard. Et puis ma rencontre avec Kevin Mackenzie, et mon arrivée à New York, aussi. Il y a la rencontre avec ma soeur... Et puis il y a aujourd’hui... Aujourd’hui c’est un des plus beaux souvenirs de ma vie. J’ai passé l’audition pour devenir Soliste, il y a quelques heures, et peu importe le résultat, je suis vraiment contente d’avoir eu cette chance. » Ah, tiens? Et pourquoi ne me l’avait-elle pas dit plus tôt? N’empêche, ça en faisait, des bons souvenirs. C'était le genre de personne qui restait positive dans tous les cas de figure, j’avais l’impression. Mon parfait opposé, au final. Moi, j’étais pessimiste sans arrêt, c’était ma philosophie de vie. Si on s’attendait toujours au pire, on ne pouvait jamais finir déçu. On obtiendrait toujours mieux que ce que l’on espérait en premier lieu. « Mon plus mauvais souvenir... Le décès de ma grand-mère alors que j’étais en tournée en Europe. Le temps que je l’apprenne et que je revienne, les fleurs sur sa tombe avaient eu le temps de faner, et la neige de les recouvrir... J’aurais voulu qu’elle me prévienne, que quelqu’un le fasse. Au lieu de quoi, elle n’a pas voulu qu’on me dérange. Son but avait toujours été de me faire quitter la Sibérie, elle n’a pas voulu que j’y revienne, pas même pour son enterrement. Trois ans plus tôt, j’avais fait le même trajet pour ma mère. Elle ne voulait pas que je vive ça à nouveau. Elle ne s’est pas rendue compte que, quelque part, c’était pire ainsi. Se retrouver seule au monde sans pouvoir faire son deuil. J’aurais voulu être auprès d’elle, comme je l’avais été pour ma mère. C’est quelque chose que je n’accepte pas, que je ne me pardonne pas, et... Non, ne me dis pas que ce n’était pas ma faute, que je n’aurais pas pu faire autrement, que c’était son choix et non le mien, les choses sont ainsi... J’aurais du savoir, j’aurais du lui rendre visite plus souvent, j’aurais pu être là, au lieu de danser sur une scène étrangère, entourée par des étrangers qui me remarquaient à peine et m’oubliaient dès le lendemain. Je ne me le pardonne pas, et j’accepte de vivre avec ça. » Je n’allais pas lui dire que ce n’était pas de sa faute. Ça ne m’empêchait pas de le penser, mais je n’allais pas lui dire. Je n’étais pas ce type de personne. Elle acceptait de vivre avec ça, comme elle avait dit, alors pourquoi remuer le couteau dans la plaie en continuant d’en parler encore et encore? Sa mère et sa grand-mère étaient décédées, ma mère et mon père aussi. Et je savais comment on se sentait. Et je n’aimais pas forcément en parler pendant des heures durant. Même après toutes ces années, même si j’étais endurci et froid comme la pierre aujourd’hui, j’avais toujours ce manque — bien caché, au plus profond de moi ; mais il était là. « Et concernant ma reconnaissance... Ca, c’est compliqué... Je suis reconnaissante d’énormément de choses... Hum... Je suis reconnaissante de la vie qu’on m’a offert. Je suis reconnaissante, surtout, des sacrifices que ma mère a fait pour me permettre de vivre bien, d’avoir une enfance heureuse, même si, ici, on considère mon enfance comme un désastre de désespoir, j’ai vraiment été heureuse. Peut-être que ça ne correspond pas à l’idéal occidental, encore moins à l’enfance fantasmée par les américains, mais je n’ai jamais eu à me plaindre. J’ai été aimée et protégée. La vie n’était pas facile, mais elle était belle. Je regrette juste que ça n’ait pas duré plus longtemps... J’aurais voulu que ça dure toujours... » Après tout, moi aussi, j’avais eu une belle enfance. Du moins, jusqu’à l’accident de ma mère. Après, mon paternel avait déraillé, et tout avait déraillé, plus ou moins. Mais sinon… « Et toi, alors ? Chiche de répondre à toutes ces questions ? Sinon, faut que tu m’en poses d’autres. » Moi? Donc j’étais pris au piège de mon propre jeu? Ces questions trop personnelles, j’aurais du m’attendre à ce qu’elle me les retourne. J’étais resté muet durant ses réponses, buvant ses paroles, absorbant toutes les informations qu'elle me donnait sur elle et sa vie passée, ce qu’involontairement elle me dévoilait sur sa façon d’être, sa philosophie, son état d’esprit, sa personnalité. J’avais pris l’habitude d’analyser le monde qui m’entourait, ce n’était aucune surprise que ce principe s’appliquait maintenant pour elle aussi. « Moi… » commençais-je alors, visiblement prêt à répondre à mes propres questions. Juste que je ne savais pas comment commencer. Par où, de quelle façon, quels mots utiliser. Je n’étais pas habitué à avoir la parole aussi longtemps, à devoir dire autant de choses, et surtout à devoir parler de moi. Ça, je crois, c’était la partie la plus difficile. Parce que j’étais bon en élocution, je savais obtenir ce que je voulais grâce aux bons mots, mais parler de moi… C’était tout une autre affaire. Qu’est-ce que j’avais toujours rêvé de faire et que je n’avais jamais fait? Et qu’est-ce qui m’empêchait de le faire? « J’aimerais bien faire une exposition de mes oeuvres. Ça serait grand. Somptueux. Beau. Impressionnant. Des tableaux, des esquisses, des sculptures, des photos, et peut-être même une performance. Et un autoportrait, si tu veux. Juste pour te faire plaisir. » Un sourire taquin en sa direction. « Et je ne l’ai jamais fait parce que… » Parce que quoi? Rien en m’en empêchait, en réalité. « L’orgueil. » En fait, je ne savais pas si c’était exactement le mot que je recherchais. Mais j’étais fier, et mes meilleures oeuvres étaient les plus personnelles, celles qui restaient couvertes d’un drap dans mon atelier et que je ne voulais dévoiler. « Et l’argent, aussi. » Je n’allais pas mentir, je ne roulais pas sur l’or. Le métier d’artiste, ce n’est pas avec une paye fixe à la fin du mois et garantie au dessus du smic. Bien que je possédais mon atelier, c’était tout ce que j’avais. Je vivais ici, et l’argent que je gagnais de mes ventes pas très légales, je le réinvestissais dans du matériel. Alors vu tout les coups financiers qu’une exposition engendre, ce n’était même pas dans le coup du réalisable pour moi. Pour l’instant, du moins. J’avais toujours de l’espoir en ce qui concernait certaines choses. Ensuite… Mon meilleur souvenir et mon pire. Le pire, il n’était pas difficile. Mais en tant que pessimiste légendaire, j’avais du mal à trouver un bon souvenir. Et encore moins, du coup, le meilleur. « Je crois que le meilleur souvenir que j’ai c’était quand j’ai reçu la réponse positive à ma candidature à la NYSS. Tu sais, l’école de dessin, peinture et sculpture? » précisais-je, parce que tout le monde qui ne s’intéressait pas à l’art ne la connaissait pas forcément. Bien qu’Ebba s’intéressait à l’art et faisait même parti de ce monde, c’était un autre type d’art. Moi, les noms qu’elle m’avait cité dans son plus beau souvenir, jamais je ne les avais entendus. Elle en parlait comme les gens parlent de Brad et Angelina, mais moi, l’un comme l’autre en fait, ça ne me sonnait pas. « J’habitais encore en Norvège — ja, jeg elsker dette Landet — »  Petite référence à notre bel hymne national, Ja, vi elsker dette Landet — soit Oui, nous aimons ce pays — mais remanié légèrement à la première personne du singulier pour faire surtout part de mon sentiment patriotique personnel. « J’avais dix-sept ans, et une semaine avant j’avais assisté à l’enterrement de mon père. J’avais besoin de m’éloigner, de prendre du recul. J’avais toujours rêvé d’intégrer la NYSS, et j’avais envoyé ma candidature à la dernière minute — je crois même que les inscriptions étaient closes, mais je me suis dit « tant pis, je ne peux rien y perdre ». Et leur réponse est arrivée neuf jours après. En lettre de retour « haute priorité ». Quand j’étais gamin, j’avais cette manie de tous les jours aller voir dans notre boite aux lettres si j’avais du courrier, pour moi, à mon nom. Bien sûr, il n’y avait jamais rien. Je crois que c’était la toute première lettre que je recevais à mon nom, de toute ma vie. » Je m’étais arrêté de dessiner, je parlais juste maintenant. Ça faisait bizarre de repenser à tout ça. « Bref, réponse positive, et deux jours après j’atterrissais à New York avec 115 dollars en poche pour commencer ma nouvelle vie. » Et voilà donc mon meilleur souvenir. Du moins, celui que j’avais su trouver en fouillant dans ma mémoire. Et pour mon pire, c’était pas difficile. « Le pire, c’est la mort de ma mère, puis de mon père. Les deux ont été terribles, de deux façons totalement différentes mais terribles quand même. » Est-ce que je lui contais l’histoire? Les deux histoires? Après tout, elle avait été honnête avec moi, elle m’avait dévoilé sa vie et ses sentiments. Je ne me sentais pas redevable, ni obligé à faire quoi que ce soit. Mais… J’avais comme le sentiment que c’était ce qui était le plus juste. Pour une fois, je pouvais retirer l’armure de bronze que je portais sur le dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre et me confier sans préjugés. Et pour une fois, j’en avais même envie. J’en ressentais le besoin. Étrange. « Ma mère est morte quand j’avais onze ans. Un accident de voiture. Elle est partie au travail un matin, et le soir, alors que j’attendais qu’elle rentre, la police a frappé a la porte pour nous annoncer la nouvelle. Elle n’est jamais revenue. Je ne me souviens même pas des derniers mots que je lui ai dit. Même le jour de l’évènement, je ne m’en souvenais déjà pas. Elle, m’a probablement dit je t’aime avant de quitter la maison. Moi, je ne sais pas ce que je lui ai répondu, ou si même je lui ai répondu. » Je n’avais pas de regrets, non. C'était imprévisible, c’était la fatalité. Ah, je me souvenais de Flaubert qui écrivait dans son premier roman, Madame Bovary : « Ô mon Dieu ! non, non, n’en accusez que la fatalité ! – Voilà un mot qui fait toujours de l’effet, se dit-il. ». « Ma mère était une femme merveilleuse, Ebba. On avait une relation très forte, elle et moi. Ce genre de lien spécial entre une mère et son fils dont on parle tout le temps, tu sais? Même quand j’étais gosse je savais que mon rôle dans la vie c'était de la protéger à n’importe quel prix. » Malheureusement, la vie est parfois cruellement injuste. « Et pour mon père… Disons que c’est un peu plus compliqué. J’ai énormément de mauvais souvenirs avec lui. Tellement qu’ils ont réussi à effacer les bons que j’ai pu avoir, un jour, dans mon enfance. » Triste réalité, une nouvelle fois. « Quand ma mère est morte, il est tombé très bas. Moi, j’ai eu mal, mais je me suis « remis ». Je savais qu’elle voudrait me voir fort plutôt que me lamentant tous les jours à pleurer sur mon sort. Mais ça n’a pas marché comme ça dans la tête de mon père. Il est entré en dépression, et a fini par y mêler l’alcool. Il a eu l’alcool très mauvais, et est devenu… très violent. » Pas besoin de préciser envers moi, elle le devinerait assez facilement. « Ça a duré cinq ans. Et ça aurait duré plus s’il n’était pas mort. Je suis rentré du lycée — j’avais dix-sept à l’époque — et il m’attendait. Trop ivre pour y voir clair, il s’approche et oublie la petite marche qui différenciait notre salon de la cuisine. Il est tombé et s’est cogné la table contre le coin du buffet, s’ouvrant le crâne. J’ai appelé les secours, mais je n’ai rien dit. J'ai juste donné l’adresse. Puis, je suis resté là, à le regarder suffoquer dans sa flaque rougeâtre. J’ai prié, Ebba, j’ai prié pour que les secours n’arrivent pas à temps. Et mes prières ont été entendues. Il est mort sous mes yeux, et je n’ai rien fait pour empêcher ça, parce que je ne voulais pas l’empêcher. C’était ma sortie de secours. Sauf que je l’ai tué pour mon propre bien. Je l’ai tué, et pourtant, ne te méprends pas, je ne ressens aucune culpabilité. Mais à partir de ce moment même où son pouls s'est arrêté de battre, ce bien, je ne le méritais déjà plus. » Et là, elle était libre de s’enfuir, si elle voulait. Parce que dans le genre sadique psychopathe, elle était bien servie. Bref. « Je suis reconnaissant envers la NYSS qui m’a ouvert ses portes alors que je n’ai rien fait dans les règles de l’art. Je suis reconnaissant que les États-Unis m’ont offert une nouvelle vie, une vie meilleure. Une possibilité de recommencer à zéro et de ne pas forcément avoir un passé. » terminais-je donc. Et pendant tout ce temps, je n’avais pas tracé un seul trait, la regardant dans les yeux sans jamais détourner le regard. Pourtant, mon monologue maintenant terminé, je baissais la tête vers mon chevalet et reprenais le travail, les lèvres pincées. Ça faisait bizarre, de se confier.  
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Dim 14 Juin - 0:59



we should just kiss like real people do
Il avait simplement posé des questions et j’y avais, tout aussi simplement, répondu. J’avais pas réellement réfléchi à ce que j’allais dire, c’était souvent le cas avec moi, j’avais juste été honnête. Peut-être un peu trop ? J’en savais rien, j’étais pas très douée pour définir ce genre de choses. J’avais l’habitude de mettre les gens mal à l’aise face à trop de franchise simplement parce que... Parce que je disais les choses, je me racontais sans cette pseudo pudeur, cette feinte pudeur dont les autres, usaient et abusaient. Je ne minaudais pas, je ne cherchais pas à attirer sympathie ou pitié, affection ou protection, j’avais rien besoin de tout ça, je me contentais de répondre, juste ça, sans mentir, sans rougir. De toute façon, je n’avais pas de quoi rougir de mon histoire, ni même en pleurer, j’avais, certes, perdu des êtres chers et vécus loin des standards de l’enfance de rêve, mais j’avais été parfaitement heureuse, et je l’étais encore. Alors non, ça ne me dérangeait pas de lui avoir raconté tout ça, pas plus que je ne le regretterais plus tard. Je n’avais rien à cacher, je n’avais honte de rien. Au contraire, j’étais fière. Pas fière de moi, non, mais fière de celles qui m’avaient faite. Ma mère, ma grand-mère, mon mentor aussi. C’était grâce à ces femmes que j’étais là aujourd’hui. Peut-être pas exactement là où elles rêvaient que je sois, mais j’avais pas achevé ma route encore. Dans l’avenir, tout était possible. Qu’est-ce qui m’empêchait de toucher les étoiles ? Rien. Mais voilà, mes confessions achevées, il me fallait le relancer, lui, afin qu’il continue de me distraire. Qu’il me parle ou qu’il m’interroge, peu importait, qu’il réponde à ses propres questions ou qu’il m’en pose d’autres, je voulais juste qui accapare ma tête et m’empêche de penser à l’immobilisme, la nudité, et mes crampes imaginaires. Je ne le poussais pas à la confession, il avait le choix, je le lui avais laissé, et pourtant, son « Moi… » me laissa entendre qu’il avait opté pour la première solution. Il allait vraiment répondre à tout ça ? Lui ? Pourtant, il n’aimait pas les questions, je le savais, encore moins les questions aussi personnelles... Alors oui, j’étais surprise, mais agréablement surprise, au point d’être frustrée de le voir mettre autant de temps à reprendre la parole. « J’aimerais bien faire une exposition de mes oeuvres. Ça serait grand. Somptueux. Beau. Impressionnant. Des tableaux, des esquisses, des sculptures, des photos, et peut-être même une performance. Et un autoportrait, si tu veux. Juste pour te faire plaisir. » Bah oui, l’autoportrait c’était la moindre des choses, la base même. « Et je ne l’ai jamais fait parce que… » Parce que...? « L’orgueil. » Comment ça, l’orgueil ? Je ne comprenais pas. En quoi l’orgueil l’empêchait de faire une grande, belle, somptueuse et impressionnante exposition ? Au contraire, l’orgueil devrait le pousser à la faire, cette expo. À moins qu’il ait peur du jugement ? Ça, je pouvais le comprendre. « Et l’argent, aussi. » Ah oui, je comprenais également. « Je crois que le meilleur souvenir que j’ai c’était quand j’ai reçu la réponse positive à ma candidature à la NYSS. Tu sais, l’école de dessin, peinture et sculpture? » Non, je ne savais pas, mais j’hochais quand même la tête. Je n’étais pas à NY depuis suffisamment longtemps pour connaître ce genre de choses. Mais Nasta devait savoir, je lui demanderais. « J’habitais encore en Norvège — ja, jeg elsker dette Landet — » A tes souhaits. « J’avais dix-sept ans, et une semaine avant j’avais assisté à l’enterrement de mon père. J’avais besoin de m’éloigner, de prendre du recul. J’avais toujours rêvé d’intégrer la NYSS, et j’avais envoyé ma candidature à la dernière minute — je crois même que les inscriptions étaient closes, mais je me suis dit « tant pis, je ne peux rien y perdre ». Et leur réponse est arrivée neuf jours après. En lettre de retour « haute priorité ». Quand j’étais gamin, j’avais cette manie de tous les jours aller voir dans notre boite aux lettres si j’avais du courrier, pour moi, à mon nom. Bien sûr, il n’y avait jamais rien. Je crois que c’était la toute première lettre que je recevais à mon nom, de toute ma vie. » Il avait perdu son père à dix-sept ans ? C’est tout ce que je retenais. Enfin, le reste aussi, évidemment, mais dans ma tête, cette simple information engendrait plein de nouvelles questions que je n’oserais, de toute manière, jamais poser. L’une d’elles étant : et sa mère ? Elle était où, sa mère ? « Le pire, c’est la mort de ma mère, puis de mon père. Les deux ont été terribles, de deux façons totalement différentes mais terribles quand même. » Voilà, j’avais ma réponse. Je l’aurais souhaité différente, mais je n’en montrais rien. Étant passée par là, je savais à quel point il était compliqué de faire avec les réactions des autres, que ce soit de la pitié, de la confusion, ou des gestes encourageants, tous incluaient une notion de supériorité de celui qui n’a perdu personne face à celui qui a perdu quelqu’un. C’est vrai, ça, pourquoi celui qui n’a jamais connu le deuil s’estime mieux loti que l’autre ? C’était idiot, son tour viendrait immanquablement. « Ma mère est morte quand j’avais onze ans. Un accident de voiture. Elle est partie au travail un matin, et le soir, alors que j’attendais qu’elle rentre, la police a frappé a la porte pour nous annoncer la nouvelle. Elle n’est jamais revenue. Je ne me souviens même pas des derniers mots que je lui ai dit. Même le jour de l’évènement, je ne m’en souvenais déjà pas. Elle, m’a probablement dit je t’aime avant de quitter la maison. Moi, je ne sais pas ce que je lui ai répondu, ou si même je lui ai répondu. » J’hochais la tête, à croire que je n’étais bonne qu’à ça... Mais... C’est parce que je comprenais, encore une fois. Lorsqu’un évènement est aussi imprévisible et brutal, comment se rappeler des derniers mots échangés ? Je me souvenais de mes derniers mots pour ma mère, mais c’est parce que je la savais mourante. Et pour ma grand-mère, c’est parce qu’il s’agissait d’un échange téléphonique, et qu’ils s’achevaient tous de la même manière. « Ma mère était une femme merveilleuse, Ebba. On avait une relation très forte, elle et moi. Ce genre de lien spécial entre une mère et son fils dont on parle tout le temps, tu sais? Même quand j’étais gosse je savais que mon rôle dans la vie c'était de la protéger à n’importe quel prix. » Et pas son père ? Non... À la manière dont il évoquait sa mère, je soupçonnais que son père avait été le parfait opposé. Aussi froid et austère que sa mère avait été rayonnante et chaleureuse... « Et pour mon père… Disons que c’est un peu plus compliqué. J’ai énormément de mauvais souvenirs avec lui. Tellement qu’ils ont réussi à effacer les bons que j’ai pu avoir, un jour, dans mon enfance. Quand ma mère est morte, il est tombé très bas. Moi, j’ai eu mal, mais je me suis « remis ». Je savais qu’elle voudrait me voir fort plutôt que me lamentant tous les jours à pleurer sur mon sort. Mais ça n’a pas marché comme ça dans la tête de mon père. Il est entré en dépression, et a fini par y mêler l’alcool. Il a eu l’alcool très mauvais, et est devenu… très violent. » Violent ? Violent envers lui aussi ? Où juste envers lui-même, genre autodestructeur ? J’imaginais bien la réponse à cette question, mais ma naïveté me poussait à n’envisager que la seconde option. Quelque chose en moi me rendait la première, bizarrement, insupportable. Je me souvenais de Dimitri, mon seul ami dans mon village natal, et... Et je me souvenais aussi des bleus qu’il affichait, de l’errance dans son regard lorsqu’il venait se cacher sous mon lit, à bout de souffle et tremblant. C’était pas quelque chose qui m’étais étranger, bien au contraire, j’avais connu ça. Enfin pas personnellement, mais j’en avais été le témoin, de nombreuses fois, sur de nombreuses personnes. Alors, pourquoi la perspective qu’il puisse venir en gonfler les rangs je ne le tolérais pas ? « Ça a duré cinq ans. Et ça aurait duré plus s’il n’était pas mort. Je suis rentré du lycée — j’avais dix-sept à l’époque — et il m’attendait. Trop ivre pour y voir clair, il s’approche et oublie la petite marche qui différenciait notre salon de la cuisine. Il est tombé et s’est cogné la tête contre le coin du buffet, s’ouvrant le crâne. J’ai appelé les secours, mais je n’ai rien dit. J'ai juste donné l’adresse. Puis, je suis resté là, à le regarder suffoquer dans sa flaque rougeâtre. J’ai prié, Ebba, j’ai prié pour que les secours n’arrivent pas à temps. Et mes prières ont été entendues. Il est mort sous mes yeux, et je n’ai rien fait pour empêcher ça, parce que je ne voulais pas l’empêcher. C’était ma sortie de secours. Sauf que je l’ai tué pour mon propre bien. Je l’ai tué, et pourtant, ne te méprends pas, je ne ressens aucune culpabilité. Mais à partir de ce moment même où son pouls s'est arrêté de battre, ce bien, je ne le méritais déjà plus. » Je m’étais redressée... Pas d’un coup, non, ça avait été plus lent, par étape, à mesure que je visualisais la scène et le gouffre se formant dans l’âme dans cet adolescent, celui qu’il était. Je n’avais pas peur, je n’avais pas pitié, je n’étais pas scandalisée ni offusquée, j’étais... J’étais... Je ne sais pas. J’avais mal, je crois. Mal pour lui. Comme de la... mince, c’était quoi le nom déjà ? De l’empathie ! Alors, je m’étais redressée, achevant ma progression assise sur le sofa, le drap ramassé contre moi, et je l’observais. Pire que ça, je ne le lâchais pas du regard, comme s’il s’agissait du dernier lien avec le monde qui lui permettait de ne pas sombrer totalement. « Je suis reconnaissant envers la NYSS qui m’a ouvert ses portes alors que je n’ai rien fait dans les règles de l’art. Je suis reconnaissant que les États-Unis m’ont offert une nouvelle vie, une vie meilleure. Une possibilité de recommencer à zéro et de ne pas forcément avoir un passé. » Non, c’était idiot, ça. « C’est idiot, ça ! » je disais même, d’ailleurs, sur l’instant, incapable de retenir mes pensées et légèrement contrariée qu’il puisse reprendre sa tâche aussi simplement, facilement, comme si de rien était, comme s’il ne m’avait rien confié, comme si j’étais toujours alanguie sur le canapé, et non dressée comme un ‘i’. Parce qu’il avait arrêté. Lorsqu’il parlait, lorsqu’il me parlait, il avait cessé de dessiner, se contentant, se consacrant à se confier. Et maintenant qu’il avait achevé, il retournait à sa besogne, comme s’il ne venait, pas du tout, de bousculer ma vie. « On ne peut pas ne pas avoir de passé. » j’ajoutais en le disputant. Oui, moi, Ebba, je le disputais, lui offrant même le regard sévère que je réservais à mes petites élèves. Celui qui ne fonctionnait jamais, mais j’y mettais du coeur. « Si tu n’as pas de passé, tu n’as pas d’avenir, puisque tu n’as pas de présent. Tu comprends ce que je veux dire ? Ce qui te définit, ce qui fait que tu es toi, aujourd’hui, c’est ton passé. Si t’en as pas, tu n’existes pas, ou alors de manière très creuse. Et t’es pas creux, toi, si ? C’est peut-être l’impression que tu te fais, c’est peut-être ce que tu cherches à te convaincre que tu es, mais c’est pas vrai. » je poursuivais, tout en cherchant à me remettre en place afin qu’il puisse continuer son oeuvre. Sauf qu’au troisième pli que je tentais de replacer, je baissais les bras, et me relevais en lâchant un « Crotte de brique ! » sommet de ma vulgarité. J’étais même pas apte à formuler correctement une insulte, si c’était pas pathétique, ça. Qu’importe, toujours est-il que, ramassant et soulevant un bout de ma toge-drap afin qu’elle ne traine pas au sol, j’avançais en direction de l’artiste jusqu’à me planter devant lui, entre son chevalet et son tabouret. Alors, j’attrapais chacun de ses poignets pour lui écarter les bras le plus possible. « Premièrement tu dis que tu culpabilises pas, mais comment t’appelles quelqu’un qui estime ne pas mériter d’être heureux, toi ? Un coupable, Bongo ! Ou Bango, ou Bingo, je sais plus ce qu’on dit. Et deuxièmement... » je poursuivais, me faisant plus douce -oui parce que j’avais été pseudo autoritaire dans un premier temps, autant que je puisse l’être, à savoir pas beaucoup- sur le deuxièmement. « Mets pas tes mains sur le drap, faut pas le tâcher. » Bah oui, avec le fusain, ses doigts étaient aussi noirs que ma peau était blanche. Et ce fut, toujours en lui maintenant les bras écartés, que je me posais en biais, et avec une délicatesse infinie, sur ses cuisses. Je fus moins délicate lorsqu’il s’agit de lâcher ses bras pour nouer les miens autour de ses épaules, manquant l’éborgner au passage. J’avais perdu ma famille trop tôt, mais je les avais suffisamment côtoyée pour savoir comment donner et recevoir du réconfort. C’est ce que je faisais, là, du moins ce que j’essayais de faire, administrant de lentes caresses dans son dos, remontant jusqu’à sa nuque, comme ma grand-mère le faisait pour moi, étant enfant. « La dernière chose que j’ai dit à ma mère c’est : Me laisse pas. Et je le souhaitais, je le souhaitais vraiment, de toutes mes forces, qu’elle ne me laisse pas. Mais si penser quelque chose, souhaiter quelque chose suffisait pour que ça se réalise, ça se saurait. » Ou alors, on m’aurait mentit ? « Sinon, faut que tu m’apprennes comment on fait, je dois pas bien m’y prendre. Parfois, je souhaite que des gens meurent. Comme ces monstres qui violent, pillent, détruisent au nom d’un Dieu qui n’a jamais rien demandé de tel, au nom de l’intolérance et l’ignorance. Ils finiront par mourir, ces gens, est-ce que ça fera de moi une tueuse ? Est-ce que je serais responsable de leur mort parce que je l’aurais souhaité très fort ? » j’expliquais, je racontais, j’interrogeais, le menton contre son épaule, le regard fixant le vide dans son dos. « Ecoute... » je reprenais, en quittant son épaule pour l’observer, encadrant son visage de mes mains. « Je dis pas que tu as eu raison de souhaiter sa mort, pas plus que je ne dis que tu as eu tort, c’est ton histoire à toi, je ne peux ni ne veux juger, ça ne me regarde pas, ça ne devrait regarder personne d’autre que toi. Je dis juste que t’es pas médecin, que tu avais dix-sept ans, et que tu as appelé les secours. Alors non, tu ne l’as pas tué... » Pas même un peu, puisqu’il les avait appelé, ces fichus secours. « Par contre, en pensant ne pas mériter ce bien, ton propre bien, à cause de ça, tu lui permets d’avoir encore de l’emprise sur toi par-delà la tombe, comme si, finalement, il n’était pas mort, qu’il était toujours là. Comme Hamlet, tu es hanté par le fantôme de ton père, hanté par ce passé que tu penses bêtement avoir abandonné derrière toi, et qui est tellement là qu’il t’empêche de vivre le présent, ou même d’avoir un avenir. C’est idiot, tu es idiot. » je concluais, toujours aussi douce, malgré mes mots qui ne devaient pas l’être, et toujours avec ce fin sourire aux lèvres, bien que je sois en train de le traiter d’idiot, tout en promenant mes pouces contre ses pommettes. « Faut que tu arrêtes d’être idiot. » j’ajoutais, comme une évidence, comme s’il n’y avait rien de plus simple, laissant mes mains venir découvrir son front de ses boucles. « Et faut que tu m’aides à tout remettre en place, parce que j’ai tout détruit. » j’achevais, relâchant son visage pour étudier le drap qui me recouvrait entièrement, sans plus aucune trace de l’installation qu’il avait fait sur moi, au préalable. Et s’il ne se souvenait plus ? Et s’il était impossible de refaire exactement la même position, celle dont il avait absolument besoin, avec les mêmes plis et les mêmes ombres ? Et si, avec mon incapacité à l’immobilisme, j’avais ruiné son travail tout juste entamé ? « J’ai tout gâché ? » je demandais alors, la peur au ventre. Et si je souhaitais très très fort de ne pas avoir tout gâché, est-ce que ça allait se réaliser ?   


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mar 16 Juin - 19:53


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
J’avais trop parlé. Beaucoup trop. J’avais la gorge sèche, ça me démangeait. Alors c’était comme ça qu’elle se sentait en continu, Ebba? Désagréable, franchement désagréable. Et puis, pourquoi j’avais autant parlé? Qu’est-ce qui m’avait poussé à me confier aussi aisément, à lui fournir ma vie entière sur un plateau d’argent? Tout en détails? Ça ne me ressemblait pas. Et pourtant, je ne savais pas si ça me plaisait ou non. Ce n’était pas une question de confiance, non, puisque je ne pouvais imaginer Ebba dans le mauvais rôle. Je ne pouvais pas l’imaginer avec une seule pensée fausse, une seule pensée mauvaise. C’était le Bien incarné à mes yeux. Peut-être que c’était ma trop grande confiance qui m’avait transformé en un moulin à parole pendant un certain temps. Sauf que je m’étais finalement arrêté, ayant répondu aux questions que j’avais moi-même posé, et ayant repris mon croquis comme si toutes ces confessions n’avaient pas été faites, ou du moins, que ce n’était pas si important que ça. Sauf que quand je relevais les yeux une fraction de seconde pour recalquer sa pose dans mon esprit, elle était en position assise sur le sofa, le drap serré contre sa poitrine. Elle me fixait, et je maintenais son regard, alors que j’avais volontairement ignoré son « C’est idiot, ça ! », quand j’avais dit que j’étais reconnaissant que la NYSS et les USA m’aient ouvert leurs portes en me permettant de vivre une nouvelle vie sans aucun passé tumultueux. Mais elle continuait. « On ne peut pas ne pas avoir de passé. » Son ton s’essayait plus dur, et elle fronçait les sourcils. Quoi, elle essayait de… me réprimander? Elle? « Si tu n’as pas de passé, tu n’as pas d’avenir, puisque tu n’as pas de présent. Tu comprends ce que je veux dire ? Ce qui te définit, ce qui fait que tu es toi, aujourd’hui, c’est ton passé. Si t’en as pas, tu n’existes pas, ou alors de manière très creuse. Et t’es pas creux, toi, si ? C’est peut-être l’impression que tu te fais, c’est peut-être ce que tu cherches à te convaincre que tu es, mais c’est pas vrai. » Creux, j’en sais rien. Mais évidemment, je savais que celui que j’étais aujourd’hui venait de mon passé douloureux. Si je restais muet, hautain, arrogant et égoïste, c’était parce que j’avais appris à m’occuper de moi-même, j’avais grandi seul, et je m’étais forgé avec mes propres moyens. Moyens qui n’étaient peut-être pas les meilleurs, mais qui m’avait mené là ou j’en étais aujourd’hui. Elle daigna enfin se remettre en place, essayant elle-même d’arranger les plis de son drap. « Crotte de brique ! » lâchait-elle face à son échec, ou sa frustration. Elle se levait et ramassait un bout de son tissu, avançant jusqu’à se planter devant moi, devant mon oeuvre. Elle me prit les poignets et m’écartait les bras le plus possibles, et comme un idiot, je la laissais faire. « Premièrement tu dis que tu culpabilises pas, mais comment t’appelles quelqu’un qui estime ne pas mériter d’être heureux, toi ? Un coupable, Bongo ! Ou Bango, ou Bingo, je sais plus ce qu’on dit. Et deuxièmement... » C’était pas me sentir coupable, c’était juste faire justice… Se sentir coupable, ça serait regretter ce qu’on a fait. Moi, je ne regrettais pas. J’acceptais juste ma peine. « Mets pas tes mains sur le drap, faut pas le tâcher. » Je tournais la tête pour regarder l’une de mes mains bloquée dans sa poigne, noircie du fusain avec lequel je dessinais. Et elle se posa sur mes cuisses. Doucement, à sa façon, et je la laissais faire, encore une fois. Elle lâchait mes poignets et venait passer ses bras autour de ma nuque, ses doigts frôlant la peau de mon dos et remontant sur ma nuque, allant et venant en d’agréables caresses. « La dernière chose que j’ai dit à ma mère c’est : Me laisse pas. Et je le souhaitais, je le souhaitais vraiment, de toutes mes forces, qu’elle ne me laisse pas. Mais si penser quelque chose, souhaiter quelque chose suffisait pour que ça se réalise, ça se saurait. Sinon, faut que tu m’apprennes comment on fait, je dois pas bien m’y prendre. Parfois, je souhaite que des gens meurent. Comme ces monstres qui violent, pillent, détruisent au nom d’un Dieu qui n’a jamais rien demandé de tel, au nom de l’intolérance et l’ignorance. Ils finiront par mourir, ces gens, est-ce que ça fera de moi une tueuse ? Est-ce que je serais responsable de leur mort parce que je l’aurais souhaité très fort ? » Non, mais… Ce n’était pas pareil. Pourtant, je gardais toujours le silence, méditant lentement ses mots alors qu’elle se reposait contre moi. « Ecoute... » me dit-elle alors, se redressant quelque peu pour rencontrer mon regard, entourant mon visage de ses mains. « Je dis pas que tu as eu raison de souhaiter sa mort, pas plus que je ne dis que tu as eu tort, c’est ton histoire à toi, je ne peux ni ne veux juger, ça ne me regarde pas, ça ne devrait regarder personne d’autre que toi. Je dis juste que t’es pas médecin, que tu avais dix-sept ans, et que tu as appelé les secours. Alors non, tu ne l’as pas tué… Par contre, en pensant ne pas mériter ce bien, ton propre bien, à cause de ça, tu lui permets d’avoir encore de l’emprise sur toi par-delà la tombe, comme si, finalement, il n’était pas mort, qu’il était toujours là. Comme Hamlet, tu es hanté par le fantôme de ton père, hanté par ce passé que tu penses bêtement avoir abandonné derrière toi, et qui est tellement là qu’il t’empêche de vivre le présent, ou même d’avoir un avenir. C’est idiot, tu es idiot. » Je la regardais dans les yeux, écoutant attentivement ses paroles en silence, appréciant ses caresses sur le haut de mes joues et son fin sourire compatissant. Merde, depuis quand j’étais devenu aussi passif? J’aurais aimé attraper sa taille de mes doigts ternis, la serrer contre moi, l’embrasser à en oublier de reprendre mon souffle, comme la première fois, comme la dernière fois. J’aurais aimé juste me perdre, arrêter de réfléchir, enlever le malaise qui régnait de mes confessions prématurées, j’aurais juste voulu pouvoir détendre mes nerfs, juste cette fois, pour une fois, contre elle. Mais je restais là à la regarder simplement. Je ne pouvais pas. Ce n’était pas correcte. Elle était trop bonne pour ça, et j’étais trop… Trop différent. Trop opposé. « Faut que tu arrêtes d’être idiot. » Au contraire, j’étais le raisonné dans cette pièce, et elle était l’insensée. A réduire la distance entre nous, à venir là sur mes genoux, à me sourire comme si tout allait bien et tout continuerait d’aller bien dans le futur. Sauf que moi, je savais que ce n’était pas le cas. C’était un peu la Belle et la Bête, elle et moi. Mais moi, je ne reproduirai pas les mêmes erreurs que la Bête, je ne la forcerai pas à rester, je ne la séquestrerai pas. Je n’essayerai pas de la conquérir. Non. Ses doigts passaient dans mes cheveux. « Et faut que tu m’aides à tout remettre en place, parce que j’ai tout détruit. » lâcha-t-elle en retirant ses mains de mes joues, avant de considérer le drap qu’elle portait d’un regard inquisiteur. « J’ai tout gâché ? » Je la considérais quelques secondes à mon tour, avant de secouer lentement la tête négativement, dans un léger sourire. « Tu es sûre que tu veux toujours faire ça? » Je ne me sentais plus vraiment dans l’ambiance de session purement professionnelle, à vrai dire. Après tout ça, c’était un peu plus compliqué de se remettre dans le bain. « J’ai ta pose en tête. Donc si tu veux te promener dans l’atelier le temps que je finisse… J’en aurai pas pour longtemps. » Parce que malgré tout, j’avais déjà bien avancé sur mon esquisse. Et Ebba en Aphrodite, ce n’était pas aussi facile de se le sortir de la tête.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mar 16 Juin - 23:34



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Je n’attendais rien. Du moins, c’est ce que je croyais. Mes intentions étaient pures, comme toujours, je ne voulais que le réconforter et le raisonner, parce que oui, il était idiot de penser ainsi, de vivre ainsi, et ça n’avait que trop duré. Je ne songeais à rien d’autre, et cette promiscuité n’était le résultat d’envies égoïstes, pas du tout. Je n’étais pas de ce genre-là, je n’étais tellement pas de ce genre-là que je n’envisageais, ni n’avais jamais envisagé quoique ce soit sous cet aspect-là. Si j’étais tactile, en effet, je l’étais comme une enfant. Comme une enfant qui attrape la main d’un adulte avant de traverser, comme une enfant qui s’empresse d’aller câliner un individu blessé. Je n’avais aucune mauvaise intention, aucune intention charnelle. Enfin... Du moins, dans un premier temps. Parce que là, en cet instant, à l’observer ainsi, je ne sais pas... Quelque chose, en moi, s’éveilla. Une envie. Et pas quelque chose d’incompréhensible, c’était pas comme brusquement avoir envie de goûter un aliment nouveau pour en découvrir le goût. Pas du tout. Je connaissais le goût de cette envie-là, je le connaissais à cause de lui. C’était sa faute à lui, il avait commencé.  C’était lui qui m’avait appris cette envie, la saveur de sa bouche contre la mienne. Et là, tout de suite, sur l’instant, je n’avais plus besoin que de ça. C’était incroyablement égoïste, j’en avais parfaitement conscience, mais ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait contrôler, je m’en rendais compte. Je le découvrais, puisque jusqu’à présent, j’ignorais tout de ces choses-là. Et je m’en voulais. Il venait de me confier avoir tué son père -du moins c’est ce qu’il croyait- et tout ce à quoi j’étais capable de penser c’était mon envie d’être embrassée. Et pourquoi il le faisait pas, d’ailleurs ? J’étais nulle pour ça, mais... Il en avait envie aussi, pas vrai ? C’est ce que j’avais cru voir dans son regard. Mais encore une fois, j’étais nulle pour ça. J’avais pas du bien voir, ou alors très mal interpréter, parce qu’il n’en fit rien. Il ne m’embrassa pas, pas plus qu’il ne me désobéit, conservant ses mains bien loin de moi. Et je m’en voulais d’être déçue, je m’en voulais de désirer pareilles choses en pareil moment, et je m’en voulais de, bizarrement, lui en vouloir l’espace d’une fraction de seconde. Et pourtant, j’espérais encore, relevant le regard du drap jusqu’au sien dans l’espoir d’y lire quelque chose qui s’y trouvait peut-être, ou peut-être pas... Pourquoi je me fatiguais, franchement ? J’y connaissais tellement rien que je pourrais tout aussi bien tenter de traduire un texte en chinois antique, ça reviendrait au même. Pour autant que je savais, j’avais sûrement imaginé tout ça, j’avais vu ce que je voulais voir, et transféré mes propres désirs sur lui. Il m’avait embrassé, certes, mais c’était il y a longtemps, très longtemps, et il n’avait pas vraiment cherché à me revoir ensuite. Donc... En bonne cartésienne, je me devais de sauter à la conclusion qui s’imposait : il n’en avait pas envie. Pas du tout, même. « Tu es sûre que tu veux toujours faire ça? » Bah oui, j’en étais sûre. Enfin je crois. Et lui, il voulait toujours ? Attendez... Il parlait de quoi, là ? Clairement pas de la même chose que moi. Si ? « J’ai ta pose en tête. Donc si tu veux te promener dans l’atelier le temps que je finisse… J’en aurai pas pour longtemps. » Oh, ok, il ne faisait que parler de ça, de la pose et de l’esquisse, et absolument pas de mon envie stupide. Stupidement forte. Cela dit, malgré la déception passagère, j’éprouvais un brusque soulagement. J’étais plus obligée de poser ? « Vraiment ? Vraiment vraiment ? Tu peux faire ça ? Je veux dire, tu peux vraiment poursuivre sans que je sois sous ton nez ? » J’allais pas devoir reprendre ma position immobile pendant des heures ? J’allais pouvoir bouger, remuer, et parler aussi ? C’était la meilleure des nouvelles qu’il pouvait m’apporter. À moins que... Pourquoi moi je ne posais que si peu de temps, là où Irina -d’après ce qu’elle m’en avait dit- posait pendant des heures ? « Je suis nulle, c’est ça ? J’arrête pas de bouger, de parler, je change tout le temps de position, je suis désolée... Je t’avais dit que je serais un très mauvais modèle. Déjà quand il faut poser pour les photos qu’on met dans les programmes, je suis toujours celle qui passe le plus de temps avec le photographe. Il doit toujours s’y reprendre tout plein de fois parce que... Je sais pas rester immobile. » je m’inquiétais, m’excusais puis m’expliquais. Je parlais vite, trop vite peut-être pour vraiment réfléchir à ce que je disais, jusqu’à ajouter : « Je suis hyperactive... Même au lit. Surtout au lit, d’ailleurs. » le plus naturellement du monde, et avec beaucoup de sérieux, hochant même la tête pour l’occasion. Ce qui me fit réagir sur ce que je venais de dire, fut peut-être une ombre dans son regard. Je connaissais ça, c’était l’indice qui me permettait, à chaque fois, de savoir lorsque je venais de faire une erreur de langage ou de sortir une énorme bourde. C’était le cas, ici, et je m’empressais de rectifier. « Je veux dire quand je dors ! Pas quand... Enfin, pas quand je fais autre chose. Bien que je ne fasse pas autre chose. Enfin si, mais non. Je fais d’autres choses, mais pas... Oh zut ! Ce que je voulais dire c’est que je bouge beaucoup quand je dors, aussi. Voilà. C’est tout. J’ai fini. Et j’vais aller... Par là, maintenant. » J’avais observé autour de moi, avant de désigner un coin, tout kà-bas, super loin dans son atelier. Tellement loin, le plus loin possible de lui, en réalité. Un coin où je pourrais calmer le rougissement de mes joues loin de ses yeux. D’ailleurs, je ne perdais pas un instant pour me lever, quitter ses cuisses que je n’avais que trop parasité, et creuser la distance entre nous. Dans un premier temps, je ne faisais que ça, m’éloigner le plus possible en resserrant le drap tout autour de moi, façon rouleau de printemps, mais à mesure que j’avançais, ma gêne diminuait et ma curiosité s’accroissait. C’était quoi toutes ces oeuvres couvertes de draps ? Je n’osais pas m’en approcher, pas encore. Certes, j’étais curieuse, mais respectueuse et peut-être un peu craintive aussi. Je ne voulais pas voir ce qu’il ne souhaitait pas que l’on voit. Alors, je me contentais de rejoindre les baies vitrées, profitant de la vue à la lumière déclinante. J’y restais un moment, d’ailleurs, longeant les carreaux de verres qui mériteraient un bon coup de chiffon. Et Connard profita de l’animation pour sortir de sa sieste et venir me rejoindre. Puisque je n’avais pas envie qu’il se mette à fureter partout, je le soulevais du sol pour le loger dans mes bras, puis retourner sur mes pas. Maintenant que la curiosité avait grimpé en flèche et qu’elle occupait toutes mes pensées, je me retrouvais, bien malgré moi, au centre de ces draps fantomatiques. Un coup d’oeil rapide dans mon dos, pour m’assurer qu’Even ne regardait pas, et je soulevais un coin, découvrant un bout d’une oeuvre très sombre. Oui, non, j’aimais pas. Suivante. Et suivante, et suivante, et suivante... Certaines étaient plus colorées que d’autres, certaines étaient même, bizarrement, familières, mais, à chaque fois, je n’y jetais qu’un coup d’oeil rapide, par crainte d’être surprise en pleine culpabilité d’espionnage. Du moins, jusqu’à ce dernier drap. Celui que je soulevais et que je ne rabaissais pas. Non, je gardais le bras en l’air, et le regard fixé sur la toile. Je connaissais, ça. « C’est Fragonard. » Non, ce n’était pas lui, sinon ce ne serait pas ici, mais... « C’est le Verrou ? » Question rhétorique, je voyais bien qu’il s’agissait du Verrou. Une copie. Une excellente copie. Une copie incroyable. J’étais pas experte, mais c’était vraiment... Vraiment... C’était parfait, non ? Oh, je savais bien que les artistes avaient pour habitude de copier les grands maîtres pour s’entrainer, n’était-ce pas ainsi qu’ils étudiaient dans les écoles, d’ailleurs ? Mais jamais encore avec un tel niveau d’excellence. On aurait dit l’original. C’était l’original ? Non, ça ne pouvait être l’original, puisque... « Je l’ai vu... Au Louvre... À Paris... Y a longtemps... » Trois ans ? Quatre ans ? J’avais adoré cette oeuvre. « J’aime qu’on ne sache pas vraiment sa signification, j’aime qu’il y ait autant de mystères tout autour. Ils disent que ça pourrait représenter un viol, mais... Moi j’y vois pas du tout un viol. Une femme ne s’accroche pas ainsi à un homme si elle a peur de lui. Et puis le verrou, en lui-même, il n’est pas là pour l’empêcher de sortir, il est là pour empêcher d’autres d’entrer dans leur intimité... » Enfin, c’était ma vision des choses, mais elle était personnelle. C’était l’intérêt de l’Art, d’ailleurs, chacun voyait ce qu’il avait envie de voir. Sauf que, peut-être, n’étais-je pas supposée voir du tout ? Rabaissant le drap sur la toile, je reculais en me pinçant les lèvres. « Je suis trop curieuse, pardon. Je vais aller me changer. » Oui, ça valait mieux, je crois. Ça m’empêcherait de fourrer mon nez dans ce qui ne me regardait pas, et puis... Ça m’éviterait de déambuler de manière aussi indécente plus longtemps...   


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mer 17 Juin - 0:39


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
Est-ce qu’elle voulait vraiment reposer? Moi, je n’en avais pas besoin, comme je lui précisais. Je faisais très bien sans, et elle pouvait « visiter » mon atelier, si elle en avait envie. Je savais que c’était un supplice pour elle d’être là, alanguie sur le sofa, le sein découvert, devant rester parfaitement immobile et silencieuse. « Vraiment ? Vraiment vraiment ? Tu peux faire ça ? Je veux dire, tu peux vraiment poursuivre sans que je sois sous ton nez ? » Si je peux? J’avais bien envie de lui répondre que je pouvais tout faire, mais elle me répliquerait sûrement que j’étais trop prétentieux. Du coup, je me contentais d’un simple sourire évocateur qui transmettait toutes mes pensées — du moins, c’était ce que je pensais. « Bien sûr, Ebba. J’ai ton image collée en tête. C’est pas si facile de s’en défaire. » Bon, ça suffit. Sinon, l’idée de l’embrasser reviendrait en force dans mon esprit, et je risquerais de céder à mes instincts. Je pinçais même les lèvres, la mâchoire crispée sous la tension. Merde, je pouvais bien me comporter en être humain raisonné et non en animal, pas vrai? Je fis craquer mes doigts en refermant mon poing d’une pression. « Je suis nulle, c’est ça ? J’arrête pas de bouger, de parler, je change tout le temps de position, je suis désolée... Je t’avais dit que je serais un très mauvais modèle. Déjà quand il faut poser pour les photos qu’on met dans les programmes, je suis toujours celle qui passe le plus de temps avec le photographe. Il doit toujours s’y reprendre tout plein de fois parce que... Je sais pas rester immobile. » Elle parlait vite, trop vite. « Je suis hyperactive... Même au lit. Surtout au lit, d’ailleurs. » Et inévitablement, un sourire en coin étira mes fines lèvres. J’étais un homme après tout, c’était légitime d’avoir ce genre de dérivation de l’esprit, non? Sauf que je savais qu’Ebba ne l’avait pas dit dans ce but, qu’elle avait encore fait une faute de langue. « Je veux dire quand je dors ! Pas quand... Enfin, pas quand je fais autre chose. Bien que je ne fasse pas autre chose. Enfin si, mais non. Je fais d’autres choses, mais pas... Oh zut ! Ce que je voulais dire c’est que je bouge beaucoup quand je dors, aussi. Voilà. C’est tout. J’ai fini. Et j’vais aller... Par là, maintenant. » Je riais légèrement tout en secouant la tête à sa réaction. Elle regardait partout autour d’elle, ne sachant finalement pas où aller. Elle désignait machinalement le recoin le plus éloigné de là où on se trouvait. « Ça va Ebba, du calme. C’est pas grave, j’avais très bien compris. » Un petit sourire qui se voulait — malgré lui — réconfortant, et elle marchait déjà rapidement vers son issue de secours. Moi, lui voulant laisser de l’intimité quand même, je retournais à mon travail qui attendait d’être fini, mes doigts noircissant encore plus au fur et à mesure de mes traits. Ses traits à elle, sur mon papier, se faisaient plus fins, plus détaillés, et je m’attaquais aux ombres, ma partie préférée. À vrai dire, j’adorais avoir les mains couvertes de fusain, le t-shirt blanc éclaboussé de peinture de toutes les couleurs, le sol tâché de quelques gouttes colorées par ci par là ou de traces qui ne partaient même pas au lavage. J’aimais ça, c’était me plonger corps et âme dans mon univers, dans mon paradis personnel. Du coin de l’oeil, je la voyais se prélasser le long des grandes baies vitrées qui donnaient sur la baie et le soleil maintenant couchant. Elle revenait un peu vers moi et je la voyais, son chien dans les bras. « Alors comme ça tu ne veux surtout pas que je pose mes mains sur ton drap mais tu laisses ton animal y poser ses pattes sales? » lançais-je ironiquement, bien qu’un peu vrai tout de même. Mes mains, j’avais voulu les poser sur son drap, j’avais voulu y laisser ma trace, réduire la distance entre sa poitrine et la mienne et lui rendre son élan de tendresse. Mais je ne la regardais pas, je restais toujours concentré sur mon oeuvre qui touchait presque à sa fin. Silence. J’entendais ses pas et le frottement du tissu glissant sur le plancher, accompagnés de mes traits de crayons qui butaient contre les grains du papier canson. « C’est Fragonard. » Je me tournais vers le son de sa voix et la voyais face à un tableau qui était censé être couvert, mais dont elle tenait le tissu relevé d’un bout entre ses doigts. « C’est le Verrou ? » Pause. Je la regardais simplement, attendant la suite. Je savais qu’elle réfléchissait. « Je l’ai vu... Au Louvre... À Paris... Y a longtemps... » J’hochais la tête. « Ce n’est pas le Verrou. C’est mon Verrou. » proclamais-je donc, affirmant par sous-entendu que c’était effectivement qu’une copie de cette célèbre oeuvre. J’étais étonné qu’elle connaisse, il me semblait. Agréablement surpris. « J’aime qu’on ne sache pas vraiment sa signification, j’aime qu’il y ait autant de mystères tout autour. Ils disent que ça pourrait représenter un viol, mais... Moi j’y vois pas du tout un viol. Une femme ne s’accroche pas ainsi à un homme si elle a peur de lui. Et puis le verrou, en lui-même, il n’est pas là pour l’empêcher de sortir, il est là pour empêcher d’autres d’entrer dans leur intimité... » J’écoutais sa théorie, la regardant toujours fixement. « Je n’y vois pas du tout un viol non plus. Loin de là. » la rassurais-je alors, confirmant l’explication qu’elle venait de me fournir. Elle laissait ensuite retomber le drap sur la toile dans un brassage d’air et reculait de quelque pas. « Je suis trop curieuse, pardon. Je vais aller me changer. » Hmm… « Aucun soucis. » me contentais-je de dire. Pour le tableau, pour son voeu d’aller se changer. Elle faisait comme elle veut après tout, elle était libre. Et moi, j’étais encore super passif. Et ça commençait à m’agacer.
electric bird.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Jeu 18 Juin - 0:00



we should just kiss like real people do
« Bien sûr, Ebba. J’ai ton image collée en tête. C’est pas si facile de s’en défaire. » Il disait ça pour me rassurer, c’était évident. Parce que mon image elle collait nulle part. C’était pas comme si j’étais mémorable. En général, on se rappelait de moi à cause de mes cheveux, trop blonds, qui détonnaient radicalement parmi tous les autres chignons. C’est d’ailleurs la toute première réflexion que m’avait faite le directeur de l’American Ballet, lorsqu’il était venu me débaucher du Mariinsky. Il m’avait demandé si j’étais une Lannister, en fixant longuement mes cheveux. J’avais pas compris sa question -je ne le comprenais pas plus maintenant- mais ça avait fait rire l’ami qui l’accompagnait. Donc, il y avait un truc avec mes cheveux. Mais puisque Even me figurait en noir et blanc, ça n’avait aucun intérêt sur sa feuille. Alors oui, c’était évident qu’il disait ça pour pas que je m’en veuille trop de ne pas faire l’affaire. Mais je savais, moi, qu’après ça, il ne me rappellerait plus jamais pour poser. D’ailleurs, c’est ce que je m’empressais de lui faire savoir, que je n’étais pas dupe, en m’excusant d’être aussi mauvaise dans l’immobilisme. Je poussais même jusqu’à lui expliquer à quel point je n’étais pas douée pour ça, me retrouvant à écorcher la langue de Shakespeare en lui offrant une de mes célèbres phrases à double voire triple sens. C’est son regard, puis son sourire qui me fit réaliser ma maladresse, et aussitôt, je tentais de me rattraper en m’enfonçant davantage. J’étais aussi peu douée en rattrapage qu’en immobilisme, c’est dire... « Ça va Ebba, du calme. C’est pas grave, j’avais très bien compris. » Oui, heu... J’étais peut-être naïve, mais pas au point d’avoir su ignorer son précédent sourire en coin. Il avait fini par comprendre ce que je voulais dire en réalisant que c’était moi, et que moi, je ne pouvais pas dire des choses comme ça. Mais dans un premier temps, il y avait eu ce doute, et sa réaction. En soi, ce n’était pas très grave, comme il le disait, mais... J’avais quand même envie de disparaitre dans un trou de sourire, et de me cacher moi et mes joues en feu. Alors, je m’éloignais, j’évitais soigneusement son regard, et partais dans le coin le plus opposé au sien. C’était mieux ainsi. Il allait pouvoir se concentrer à nouveau, sans avoir une idiote collée sur ses genoux -Seigneur, combien de temps étais-je restée ainsi ? Maintenant que je n’y étais plus, je réalisais l’audace et l’inconvenance de mon geste que j’avais prolongé de manière indécente- et je pourrais calmer mon sang, mon coeur et ma température corporelle. Tiens, la théorie de la grippe refaisait son apparition dans mon esprit. J’étais peut-être vraiment malade, finalement. D’ailleurs, je touchais mon front, avant de ramasser mon chien au sol. Non, j’avais pas l’air d’avoir de fièvre. En fait, j’avais même froid, à présent. Quelques minutes plus tôt j’avais chaud au point que ma peau me brûlait, et désormais je frissonnais sous mon drap. C’était bizarre, non ? « Alors comme ça tu ne veux surtout pas que je pose mes mains sur ton drap mais tu laisses ton animal y poser ses pattes sales? » Hein ? Face à la baie vitrée, je me retournais pour ne plus lui présenter mon dos, mais il ne me regardait pas. Ou plus. « Il a pas les pattes sales. » je me trouvais à lui répondre, bêtement, tout en vérifiant les pattes de mon chien, avant de réaliser que ce n’était peut-être pas l’information la plus importante de sa répartie. Mon drap ? Surtout pas ? Je n’avais pas vu les choses ainsi. Est-ce que je l’avais vexé ? Est-ce qu’il aurait voulu poser les mains sur moi ? C’était ça ? Oh, tiens, ayé, je brûlais à nouveau. « C’est ton drap, je voulais pas l’abimer. Et puis, je pensais que tu aurais encore besoin que je pose. » Et poser dans un drap sans trace de doigts, c’était forcément un peu moins déstabilisant pour l’artiste, pas vrai ? Parce qu’en réalité, j’aurais voulu qu’il les pose ses doigts, qu’il le salisse, ce drap, et peut-être même qu’il... Oui, c’est ça, qu’il le retire de sur moi, qu’il m’en débarasse, qu’il m’en délivre comme il l’avait fait pour mon sein. Je m’en rendais compte, maintenant, je prenais conscience de l’étendue et la profondeur de ces drôles d’envies, ces envies inavouables... Et je paniquais. Je paniquais parce que ce n’était pas moi, ça, ça ne me ressemblait absolument pas. Je ne comprenais pas. La grippe, encore une fois ? Oui, voilà, c’était tellement plus simple de penser ça, de me dire que j’avais attrapé une maladie bizarre et que je déraisonnais à cause de la fièvre. Une fièvre qui me désertait à nouveau, tandis que je reprenais mon exploration, soulevant les draps à mesure que j’avançais dans son atelier. Du moins, jusqu’à ce que je m’arrête devant cette copie de Fragonard. Le verrou. « Ce n’est pas le Verrou. C’est mon Verrou. » me reprit-il comme si je pouvais me méprendre. « Je sais. » je soufflais sans quitter l’oeuvre des yeux. Je savais qu’il ne s’agissait pas de l’original, puisque l’original se trouvait à Paris. Et qu’en bien même il n’y serait plus, on en aurait entendu parler, et surtout il ne se serait pas trouvé dans le fond d’un atelier de Brooklyn. Ce qui n’empêchait pas cette reproduction d’être absolument admirable. Il avait un oeil fascinant, un oeil qui lui permettait de copier ce qu’il voyait, qu’il s’agisse d’un paysage, d’un modèle, ou d’un autre tableau. Je retrouvais tout de l’atmosphère que j’avais observé au Louvre, cette intimité qu’on assimilait, parfois, à un viol. Pas pour moi, pas à mes yeux, ça ne pouvait être un viol. Ça ne collait pas. « Je n’y vois pas du tout un viol non plus. Loin de là. » Il avait beau être de mon avis, et me l’offrir sans grognement ou réprimande, j’avais tout de même conscience de déborder des limites en furetant ainsi, telle une intruse dans son intimité. La présence d’un drap recouvrant ces oeuvres-là n’était pas anodine, et je n’avais aucun droit de les soulever pour assouvir ma curiosité. Alors, comme une mauvaise habitude, je présentais de nouvelles excuses, et concluais en annonçant que j’allais aller me changer, c’était moins risqué. « Aucun soucis. » A quel propos ? Le fait de me changer ou de fouiner ? Dans le doute, j’imaginais qu’il parlait de me rhabiller. Il devait même l’espérer depuis un moment, puisque je ne lui étais plus d’aucune utilité. Sentant ma température redescendre de manière fulgurante, je pressais le pas en direction de cette pièce attenante, resserrant le drap contre ma poitrine, ne reprenant ma respiration qu’une fois à l’abri de son regard. Là, je m’installais au sol, recroquevillée sur moi-même, tâchant de reprendre mes esprits, ou du moins de calmer mon esprit pour essayer d’analyser et comprendre pourquoi j’étais bizarre comme ça. Je n’étais pas de celles qu’on vexent facilement, et ce n’était pas le cas, d’ailleurs, je n’étais pas vexée. Il fallait avoir de l’égo pour se vexer, il fallait avoir du caractère. C’était pas mon cas. Mais quelque part, j’étais un peu dérangée, comme une piqûre de moustique qui nous agace la peau et qu’il ne faut surtout pas gratter. Ça démangeait, ça m’attristait aussi. Parce que j’aurais voulu être un bon modèle, j’aurais voulu qu’il soit content de moi. Pour lui, déjà, pour son travail, mais aussi -et assez égoïstement- pour qu’il puisse avoir encore besoin de moi dans le futur. Mais c’était fini, je le savais, c’était fini, il ne m’appellerait plus pour poser. Et s’il ne m’appelait pas pour ça, pourquoi m’appellerait-il tout court ? Et pourquoi alors qu’il venait de me confier l'événement le plus traumatisant de sa vie, je demeurais terrée dans une annexe à me lamenter sur mon sort ? Je me relevais rapidement, me rhabillais en vitesse, et quittais cette pièce en agrafant un sourire à mes lèvres. Voilà, c’était mieux comme ça. J’avais soigneusement replié le drap que j’avais laissé derrière moi. Il devrait probablement le laver, mais... Je ne savais pas quelles étaient ses habitudes concernant ces choses là. Alors, silencieuse pour une fois, je retournais m’installer sur le sofa, toute habillée, parfait contraste avec ce que j’avais été auparavant, et à l’aise, dans une position inconfortable qui m’était confortable. J’étais un élastique, aussi mes jambes devaient former un angle étrange pour le commun des mortels, mais ainsi, j’étais bien, moi. Mon chien aussi, la gueule posée sur ma cuisse, tandis que j’observais l’observateur captivé par sa toile. C’était fascinant de voir ses doigts glisser de manière à la fois brusque, précise, et presque tendre sur le papier Canson. Son attention était sur moi mais pas sur moi. Sur le moi figuré au fusain, et... Et ça me faisait comme des chatouilles sous le cuir chevelu. Ça me relaxait et ça m’énervait en même temps. Mais pas l’énervement de la colère, non, l’énervement qui peut résulter d’une surdose de café dans le sang. De l’excitation, oui, voilà. Ça aussi, c’était bizarre. « Je crois que j’ai attrapé froid. » j’avouais, d’ailleurs, brisant le silence en récupérant ce qui devait être une sorte de couverture, pour m’en couvrir les épaules et le buste. « J’ai chaud, et puis d’un coup j’ai froid, et ma tension n’est pas normale non plus. » je poursuivais en me collant deux doigts contre la gorge pour prendre mon pouls. « Et mes mains sont moites, aussi. » je réalisais, alors, dans une grimace, en les ouvrant pour les observer. Mais je n’avais mal nulle part, ni à la tête, ni à la gorge, et je n’avais pas la moindre trace de courbature. « Ca doit pas être grand chose... » je le rassurais, dans un haussement d’épaules, consciente que c’était effectivement le cas, pas grand chose, et qu’il était idiot de l’importuner avec mes petits bobos et autres bizarreries. « Dis... » je reprenais, avec l’envie de lui demander pourquoi il réservait cette esquisse, et toutes ses oeuvres en général, puisqu’il ne projetait pas vraiment de les exposer. Mais, c’est tout autre chose qui força mes lèvres. J’allais lui poser cette question, je jure même que c’était les mots qui se formaient dans ma tête et ma gorge, et pourtant, ce fut un « J’ai fait quelque chose de mal ? » qui s’extirpa sans que je n’ai rien prémédité. « Pardon, ce n’est pas la question que je voulais poser. C’est idiot de demander ça. « Si tu n’as plus besoin de moi, je ne vais pas te déranger plus longtemps. » Parce qu’il devait en avoir marre de moi, simplement, il n’osait pas m’ordonner de partir. Enfin, c’est ce que j’imaginais. À tort, oui, mais ça, je ne le savais pas encore.    


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Sam 4 Juil - 23:22


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
« Il a pas les pattes sales. » rétorquait-elle bêtement après ma réflexion un peu trop lynchante. Elle semblait vérifier ses propos, avant de poursuivre. « C’est ton drap, je voulais pas l’abimer. Et puis, je pensais que tu aurais encore besoin que je pose. » Hmm. « Un artiste peut ajouter ou supprimer des détails dans son esprit. Comme des traces de doigts sur un drap blanc. » Est-ce que j’étais vexé? Non, du moins, je ne voulais pas laisser de place à cette théorie. J’étais… énervé. J’étais énervé contre moi-même. Pas contre Ebba, surement pas. Elle s’éloignait de nouveau dans l’atelier, alors que mes coups de fusain se faisaient plus agressifs, inconsciemment. J’étais énervé contre moi-même, d’être aussi passif, d’être aussi… Raah, je ne trouvais même pas les mots justes. J’étais dans l’attente. Dans l’attente de quoi? Je savais très bien qu’Ebba n’était pas ce genre de fille, ça se voyait, ça se sentait, ou alors elle cachait très bien son jeu. En temps normal, j’étais celui qui prenait les choses en main, celui qui faisait le premier pas — et les suivants, s’il le fallait. Je contrôlais tout, je savais dans quoi je m’aventurais et j’assumais mes choix et mes envies. Alors pourquoi, là, je serais assis en silence à peaufiner mon esquisse, laissant cette grande blonde s’imprégner de mon territoire, fourrer son petit nez innocent dans ma vie personnelle, dans mes oeuvres privées? Tout comme à l’instant, où elle commentait ma copie du Verrou de Fragonard. Je me contentais de répondre bêtement que c’était une copie, en qualifiant le verrou de « mien ». « Je sais. » Ah. Oui, enfin forcément qu’elle savait que ce n’était pas l’original. Premièrement puisque l’original était à Paris, et que si c’était l’original, j’étais en réalité un voleur détenant une oeuvre d’art très très chère. J’acquesciais au sens de l’oeuvre qu’elle me confiait, scène d’amour et non de viol comme certains pensaient. Mais elle relâchait le drap qui retombait dans un brassage d’air sur la toile en s’excusant, suggérant ensuite qu’elle irait se changer. Comme elle voulait, après tout. Parce que plus j’y pensais, et plus j’avais l’impression que le Verrou n’était qu’une mise en abîme ici. J’avais moi aussi l’impression d’être en train de vivre ce tableau, mais la situation présente m’amenait aussi à deux théories. La première était celle du « viol ». J’avais l’impression de retenir Ebba contre son gré ici, j’avais l’impression qu’elle avait accepté de venir poser pour moi par peur de répressions. La seconde étant du coup celle de la scène, disons… « d’amour ». Si elle était là, c’est qu’elle en avait envie, non? Sinon, pourquoi aurait-elle accepté mon invitation? Elle était adulte, maître de ses propres choix et décisions, et aurait très bien pu dire non. Si elle avait accepté de poser comme je le voulais, c’était que ça ne la dérangeait pas. Si elle était venue s’asseoir sur mes genoux, si elle m’avait confié tout ça sur elle et son passé, n’était-ce donc pas par pure volonté? Elle revenait en habits de civil, s’asseyant sur le sofa en silence mais avec le sourire aux lèvres, expression qui me parut fausse vu celle qu’elle affichait quand elle était partie se rhabiller. Merde, quel était donc le problème? C’était elle ou c’était moi? Tant d’interrogations que je gardais silencieuses comme à mon habitude, jusqu’à ce soit de nouveau elle qui brisa le calme qui devenait trop calme. « Je crois que j’ai attrapé froid. » Je relevais les yeux vers elle, sans pour autant arrêter mes mouvements de doigts qui adoucissait les traits noirs du fusain sur le papier. Elle se tapait d’une couverture qui se trouvait au bout du vieux canapé, et je fronçais les sourcils. Elle avait attrapé froid là, pendant la session? Vraiment? Je savais très bien que le chauffage n’était pas vraiment top ici, et qu’il ne marchait qu’une fois sur quinze, mais quand même, dehors, il ne faisait pas froid. Ou bien était-ce moi qui avait anormalement chaud? « J’ai chaud, et puis d’un coup j’ai froid, et ma tension n’est pas normale non plus. » expliquait-elle en vérifiant son pouls. « Et mes mains sont moites, aussi. Ca doit pas être grand chose… » Terminant les derniers petits détails de mon dessin, je réfléchissais. Maintenant que j’y pensais, ça m’était aussi arrivé aujourd’hui, sûrement beaucoup moins prononcé qu’à elle. Franchement, je détestais être malade alors j’espérais que ça n’irait pas plus loin, mais honnêtement, ça ne ressemblait pas vraiment à un coup de froid… Pour moi, ça me faisait plus penser à… « Dis... » « Hmm? » je relevais la tête, coupé dans mes pensées au bon moment. « J’ai fait quelque chose de mal ? » Quoi? Je fronçais les sourcils, ayant peur de ne pas comprendre ce qu’elle essayait de me dire. « Pardon, ce n’est pas la question que je voulais poser. C’est idiot de demander ça. Si tu n’as plus besoin de moi, je ne vais pas te déranger plus longtemps. » Je passais et repassais en boucle ses mots dans ma tête, essayant de savoir quoi faire ou quoi dire, parce qu’elle m’avait pris de court. Je ne m’attendais pas à cette question, pas du tout. Avais-je agi d’une façon qui à un moment donné lui avait laissé croire qu’elle avait fait quelque chose de mal? Avais-je dit quelque chose de mal? « Ebba… » commençais-je après plusieurs longues, très longues secondes de réflexion, qui apparemment continuaient en ce moment. Merde. J’étais toujours énervé contre moi-même, contre mon manque de prises de décisions, contre ma passivité inhabituelle. Et si je ne disais rien, elle allait partir. Et qui sait quand est-ce que je la reverrais? Qui sait si je la reverrais? Et j’avais envie de la revoir. J’avais irrésistiblement envie de la revoir, chaque petite parcelle de mon corps avait envie de revoir le sien. Que ce soit dans un cadre professionnel ou personnel, peu importe, je saurais m’en contenter. Enfin… A bien y penser, me contenterais-je vraiment d’une relation uniquement professionnelle? Je désirais ardemment ses lèvres, depuis la dernière fois. Et bien que je m’étais fixé les limites à ne pas dépasser, bien que je m’étais convaincu que je ne pouvais pas me permettre de franchir le pas, à présent, face à elle, après cette session, c’était comme si plus aucune résolution importait. Et c’est d’ailleurs grâce à mon impulsivité que je me levais, réduisais la distance qui me séparait du sofa en deux grands pas déterminés et que je posais un genoux sur le coussin, la dominant de par ma carrure et ma position. Cette proximité criait un beau « oh et puis merde » à ma raison et, les doigts noirs de fusain, je prenais son visage blanc entre mes mains avant de plaquer mes lèvres sur les siennes, peut-être un peu trop brusquement. Mais je mettrai ça sur le compte de l’attente, de l’urgence — du désir.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mer 8 Juil - 11:24



we should just kiss like real people do
Vraiment, je n’avais pas envie d’être ainsi, ça n’avait rien d’agréable. C’était tout bizarre dans ma tête, et dans mon corps aussi, comme si... Comme si... Je ne sais pas, comme si j’avais attrapé un truc, une maladie, un vilain virus. Sauf que ça ne ressemblait à rien de ce que j’avais pu expérimenter jusque là. En vrai, j’étais très rarement malade, et je soignais tous mes petits coups de froid avec un thé bien chaud. Mais il ne devait pas y avoir de thé, ici. N’est-ce pas ? Et le seul mug devait lui faire office de range-pinceaux, je supposais. Et quand bien même il aurait eu tout ça, je savais d’avance que ce remède ne servirait à rien. Parce que c’était sa faute à lui si j’étais comme ça, pas vrai ? Je veux dire que... J’y connaissais rien, mais j’avais comme l’intuition que ça avait quelque chose à voir avec la valses des émotions que je subissais. J’avais pas de nom à mettre dessus, mais c’était pas agréable, ça me rendait même un peu triste parfois. Et perdue. Je savais tout de moi et de mon corps, dans mon métier on ne pouvait rien faire sans une parfaite connaissance de ses capacités et limites. Mais là... Là, je ne me comprenais pas, je ne me connaissais pas. J’étais ravie par moment, apaisée à d’autres, et frustrée la seconde suivante. Je crois que j’avais attendu trop de choses de ce soir, je crois que c’était ma faute. J’avais peut-être un peu idéalisé cette entrevue, m’imaginant qu’il pouvait avoir envie de me voir, de me voir comme la dernière fois. J’avais refoulé cette idée dans un coin très reculé de mon crâne parce que, parce que j’étais pas comme ça, parce que je venais, avant tout, pour l’aider. Mais ça avait été quand même là, cette option, ce voeu, comme une petite voix dans ma tête. Et je n’aimais pas ça, ça me faisait me sentir sournoise. Est-ce que j’étais sournoise ? Est-ce que venir ici en ayant un peu envie qu’il m’embrasse encore, c’était sournois ? Est-ce que j’avais fait quelque chose de mal pour qu’il ne souhaite plus vraiment m’embrasser ? Est-ce que c’était commun ? Est-ce que les gens normaux faisaient ça souvent, embrasser quelqu’un une fois, puis ne plus le faire du tout ? À moins qu’il n’ait pas aimé ? Après tout, j’étais pas vraiment pro dans ce domaine. Ou alors, il avait changé d’avis, se ravisant sur l’intérêt qu’il me portait ? Peut-être que je n’étais que ça, une curiosité assouvie. La dernière fois, il avait dit qu’il n’arrivait pas à me dessiner et que ça le frustrait, alors peut-être que m’embrasser faisait partie du processus de capture de mon image ? Et maintenant, il n’avait plus du tout besoin de moi. Il l’avait dit lui même, un artiste pouvait ajouter ou supprimer des détails dans son esprit, il m’avait aussi affirmé que j’étais difficile à oublier. Donc, il avait ce qu’il voulait, ce dont il avait besoin. Partant de ce principe, je n’avais plus aucune utilité. Pourtant... Je ne sais pas, il semblait y avoir autre chose. Un quelque chose que je ne comprenais pas. C’était sûrement pour ça que la question m’avait échappé. Je ne voulais pas du tout lui demander ça, je voulais l’interroger sur tout autre chose, mais c’était ça qui était sortit à la place. Est-ce que j’avais fait quelque chose de mal ? La question immédiatement posée, je l’avais regretté, et m’excusais. Parce que c’était stupide, comme question. Pourtant, j’avais l’habitude des questions idiotes... Mais cette fois, ça n’avait rien à voir avec la gêne habituelle, cette fois, je voulais disparaitre, partir vite et me faire oublier. Aussi, je m’excusais encore, et annonçais mon départ. Du moins, l’amorçais-je ce départ, passablement rougissante, le regard fuyant, et les mains dans les cheveux histoire de les occuper. « Ebba... » Oui ? C’était pas vraiment un soupir agacé, pas du tout même, mais c’était pas non plus un appel. C’était comme... Comme le début d’une phrase. Une phrase qu’il n’achevait pas. Je le voyais bien, puisque j’avais relevé le nez vers lui, je le voyais bien qu’il cherchait quoi dire sans savoir. En réalité, y avait pas grand chose à dire. Peut-être qu’il s’imaginait que j’étais vexée ? Je ne l’étais pas. J’étais simplement consciente de mon inutilité. Fallait pas qu’il s’encombre avec mon égo ou ma fierté, j’en avais pas. Néanmoins, j’attendais. J’attendais parce que j’étais docile, mais aussi parce que j’avais réellement envie et besoin de savoir ce qu’il allait dire. J’étais curieuse, mais pas de cette curiosité habituelle qui me poussait à tout vouloir voir et connaître, là c’était plus... Insidieux... Sauf qu’il n’ajouta rien, probablement résigné, mais se leva, quittant son tabouret pour... Fondre sur moi ? C’est l’impression que ça m’avait fait. Il n’avait eu besoin que de deux enjambées, et deux enjambées c’est très très court, croyez-moi, pour comprendre ce qu’il se passe et ce qui va arriver. Un pas supplémentaire, et il avait été tout au-dessus de moi, un genou s’enfonçant dans le matelas du sofa, et ses grandes mains s’approchant pour encadrer mon visage. Peut-être que je savais avant même de savoir, quoiqu’il en soit, mon coeur tambourinait comme un fou bien avant qu’il n’amène mon visage contre le sien, mes lèvres contre les siennes. Cette fois je savais, je savais qu’il ne me disait pas aurevoir, pas plus qu’il ne réagissait à une idiotie que j’aurais dit, il le faisait parce qu’il en avait envie. Autant que moi. Peut-être même plus que moi. Parce qu’il l’avait fait brusquement comme pressé. Pressé de me voir partir ? Non, il fallait que j’arrête de penser comme ça, que j’arrête de m’étonner et d’envisager le pire scénario possible, ça m’empêchait de profiter pleinement de ce que j’avais, pourtant, ardemment désiré depuis des heures. Et ça aussi, c’était nouveau pour moi, désirer autant et si fort quelque chose d’aussi futile. Sortir de ma passivité, l’était tout autant. Et pourtant, c’est ce que je fis, décroisant jambes et bras pour les emmêler tout autour de lui. Les jambes autour de son bassin, l’obligeant à plus de proximité encore, et les bras autour de ses épaules et son cou, l’empêchant de s’éloigner. J’étais une pieuvre. Une douce pieuvre, mais une pieuvre très en demande, répondant avec la même envie, la même frustration. Ça n’aurait pas du être naturel pour moi, mais bizarrement ça l’était. Tout l’était, comme mes lèvres s’entrouvrant à la recherche de son souffle à lui, comme ma bouche goûtant la sienne, comme... Comme tout plein de choses que je ne m’expliquais pas vraiment mais dont j’avais envie et besoin tout en les expérimentant pour la première fois. Et j’avais surtout pas envie que ça s’arrête, j’avais ce truc en moi qui me poussait à appréhender l’après. Parce que pour l’instant, il n’était rien qu’à moi, ce qui ne serait plus le cas après. Peut-être que ce n’était rien pour lui, peut-être qu’il faisait ça souvent, ou juste parfois, mais même parfois c’était toujours plus que moi, et quelque part, l’écho était forcément plus important chez moi que chez lui. Je n’avais jamais été aussi intime avec quiconque, et à vrai dire, je ne pensais pas l’être de sitôt, voire jamais. Ça n’avait jamais été mon but, ni même une ambition ou volonté, pas même une frustration. Ne pas savoir ne m’avait jamais dérangé. Mais lui, lui c’était différent. Ce n’était pas embrasser dont j’avais eu très envie, c’était de l’embrasser lui, c’était cette proximité, cette intimité, cette douceur avec lui, peu importe comment je devais m’y prendre, je voulais juste sa tendresse. Une tendresse que je diluais, moi-même, dans chacun de mes gestes, de ma paume caressant sa nuque jusqu’à ces petits baisers que je disposais contre sa bouche et qui me réchauffaient d’en dedans. Peut-être que c’était son histoire qui me rendait si douce à son égard, à moins que ce ne soit ce que j’étais de nature, mais j’avais envie de lui faire du bien, d’apaiser un peu tout ce mal qu’il avait accumulé en lui, tout en ayant parfaitement conscience qu’il me faudrait plus que quelques petits bisous. Quoiqu’il en soit, lorsque je reculais un tout petit peu afin de capter ses yeux, c’était pour m’entendre dire que... « C’est vraiment bien, en fait. » sur le ton de la surprise. Certes, il ne devait pas vraiment comprendre mon affirmation, mais moi je découvrais tout ça, je découvrais comment deux bouches l’une sur l’autre pouvaient être délicieusement plaisantes. Parce que, sur le papier, s’embrasser ça semble idiot, tout de même. Coller ses lèvres sur d’autres ça aurait du être bizarre, voire carrément plat, pas amusant du tout. Sauf que ça l’était, amusant, et stimulant aussi, et excitant, ça me chatouillait de partout, me donnait envie d’y retourner immédiatement et de recommencer encore et encore. Ce que je ne fis pas, préférant déposer ma bouche sur le bout de son nez dans un geste tendre et affectueux, puis contre sa paume dans cette même lignée. « J’ai du noir de partout, c’est ça ? » je demandais en observant ses doigts ternis de fusain. Ça ne me dérangeait pas, je trouvais ça amusant, même. Pire que ça, je crois que j’aimais bien l’idée d’être marquée, visiblement, de son empreinte. Suffisamment pour que je réclame « Encore ? » sous forme de question, de demande, sans attendre la réponse pour tendre le cou, à nouveau, et venir me déposer sur sa bouche. Il m’avait rendue accro à ses baisers. Juste les siens.     


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mar 14 Juil - 23:42


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
C’était bon, de relâcher un peu prise, de laisser mes stupides résolutions de côté. Stupides en fait, ce n’était pas forcément ce que je pensais. Je les trouvais même assez légitimes. Pourtant, là, elle m’ennuyaient vraiment. Elles me dérangeaient à tel point que je n’étais plus moi-même — plus d’impulsivité, passage d’actif à passif… Et ça, ça me dérangeait encore plus. Je me sentais finalement inconfortable, comme une force supérieure qui me tirait vers le fruit défendu. J’ai toujours entendu dire que ce qui était interdit attirait toujours bien plus que ce qui était autorisé et à portée de main… Si ça ce n’est pas une preuve de l’illogique humaine. N’empêche que toutes mes reflexions s’effaçaient en un claquement de doigts lorsque je scellais un peu trop hâtivement les lèvres d’Ebba des miennes. Un genou sur le coussin du sofa qui suffisait à me maintenir en équilibre, la dominant de part ma carrure, mes mains noires emprisonnant son visage — tout ça comme une assurance qu’elle ne s’en irait nulle part, puisque j’avais le contrôle. J’avais de nouveau le contrôle sur la situation, je sentais enfin que je pouvais gérer ça. Et pourtant, mon baiser ardent s’adoucit quelque peu quand l’image de ma blonde me revenait en tête, si innocente et si fragile — du moins, ce qu’elle laissait paraître. L’avais-je brusquée? L’avais-je mise mal à l’aise? Encore plus qu’elle ne l’était déjà? Pourtant, naturellement, elle venait enrouler les jambes autour de mon bassin, cuisses contre mes hanches, alors que ses bras eux aussi s’emmêlaient autour de mes épaules et mon cou. Je pouvais presque entendre les battements de son coeur résonner contre les murs de mon atelier, son rythme cardiaque s’accélérant de façon considérable. Et à ma surprise, mon propre organe vital s’affolait également. Pouvais-je moi aussi prétendre que c’était la grippe, ou alors ce n’était déjà plus croyable? Elle s’accrochait à moi — et pour mon grand plaisir ne semblait pas prête à lâcher prise — ce qui me penchait de plus en plus sur elle. Tellement que si ça continuait, j’allais bientôt perdre l’équilibre. Je descendais mes mains sur le creux de sa taille et la soulevais pour la faire un peu glisser plus bas dans le sofa, pour que je puisse me caler entre ses jambes de façon plus confortable. Elle répondait à mes baisers avec la même passion qui m’animait, avant de finalement se reculer de quelques millimètres pour planter ses yeux dans les miens. « C’est vraiment bien, en fait. » lâchait-elle, d’un ton surpris. De quoi était-elle surprise? Que ça soit bien avec moi? L’une de mes mains remontait à nouveau contre sa joue. Était-elle surprise que je sois capable de tendresse, malgré mon aspect qui laissait penser tout le contraire? Je la regardais donc intensément, essayant à nouveau de percer son âme et de découvrir ses pensées les plus intimes. Elle déposait un petit baiser sur le bout de mon nez, chose que personne n’avait jamais fait jusqu’à alors. C’était trop tendre, trop anodin, trop enfantin, trop… Trop « couple ». Et je n’étais pas le genre de gars à entamer des relations sérieuses. Puis ses lèvres glissaient sur l’intérieur de ma paume, avant qu’elle ne regarde mes doigts. « J’ai du noir de partout, c’est ça ? » Je riais quelque peu à sa question, avant d’hocher doucement la tête en silence. « Encore ? » Un sourire étirait mes lèvres, qu’elle venait déjà camoufler dans un nouveau baiser. Baiser que je prenais évidement plaisir à prolonger, intensifier, dévier sur sa mâchoire jusqu’au haut de son cou, avant de reprendre ses lèvres d’assault. Je mentirais si j’avançais que je n’avais pas d’expérience dans ce domaine, avec les femmes en général. J’avais eu beaucoup d’expériences. Mais aucune comme celle-ci. Je n’avais jamais ressenti ce qui me traversait là, en ce moment, avec Ebba. Ça avait toujours été mécanique, comme une nécessité pour survivre plutôt qu’un réel intérêt en la personne et en la chose. Je faisais ça comme ça, comme ça venait, sans me poser de questions. Et là, ce n’était pas que je me posais des milliers de questions, mais je savais que je ressentais un peu d’appréhension derrière tout ça. Et je me demandais ce qu’elle ressentait elle, ce qu’elle aimerait, ce qui lui ferait plaisir, ce qu’elle pensait. Je me reléguais au second plan sans même m’en rendre compte. Ça ne me faisait pas peur, non. Ça m’intriguait. C’était toujours la même question qu’au début, au final : pourquoi me faisait-elle cet effet? Qu’avait-elle de si spécial?
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mer 15 Juil - 13:07



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J’aimais tellement ça. C’était surprenant puisque je me connaissais suffisamment pour savoir tout ce que j’aimais dans la vie. J’aimais danser, j’aimais avoir le contrôle de mon corps, j’aimais les animaux, j’aimais l’hiver et le froid, j’aimais le beurre de cacahuètes étalé sur des Oreo -et j’étais la seule au monde, à ma connaissance, à aimer ça-, j’aimais enfiler un nouveau costume du scène, j’aimais l’odeur des pointes neuves, j’aimais qu’on me grattouille les cheveux, j’aimais secouer les mains pour que le vernis sèche tout en sachant que ça n’avait aucun effet, j’aimais visionner un vieux dessin animé et couper le son pour faire moi-même les dialogues et les voix, j’aimais aller au parc et faire de la balançoire avec ma nièce, j’aimais m’allonger dans la neige et m’imaginer sur un nuage, j’aimais me lever tôt le matin et surprendre le soleil à son réveil, j’aimais éclater les bulles du papier-bulle, j’aimais me faire des dents de vampire avec les gressins des chaque restaurant italien, j’aimais me plonger dans un bain chaud et sentir mes muscles se décontracter un à un, j’aimais le dressing de ma soeur si imposant, si scintillant, j’aimais l’odeur de la peinture et le bruit du crayon sur le papier, j’aimais sentir le plancher de la scène vibrer à chaque saut, et... Et j’aimais l’embrasser. Je ne savais pas vraiment si j’aimais embrasser, mais j’aimais l’embrasser. Est-ce que ce serait pareil avec un autre ? Probablement, dans le sens où j’avais du mal, en cet instant, à imaginer qu’on puisse éventuellement mal embrasser. Ça semblait si simple, si naturel. Cela dit, je savais aussi que ça ne pourrait pas être pareil avec un autre, dans le sens où durant mes vingt-trois années de vie, il avait été le seul à me donner cette envie. Donc ça ne pourrait pas être pareil, puisque ça ne pourrait pas être, tout simplement. J’avais pas envie d’autres baisers ou d’autres lèvres. À moins qu’il ait réveillé un truc en moi et que, brusquement, je me retrouve à avoir envie d’embrasser tout le monde ? C’était possible, ça ? Est-ce que ça me ferait pareil, je veux dire les frémissements dans le bas ventre, l’étourdissement de mon cerveau, et l’embrasement de mon épiderme ? Probablement pas, et j’avais pas vraiment envie de savoir ou même vérifier cette théorie. Je voulais juste recommencer encore et encore et encore. J’aimais tellement ça que même son rire, même de savoir que j’avais le visage tout noir, ne m’empêchaient pas d’en vouloir toujours plus, et de prendre sans vraiment demander la permission. Il n’avait pas l’air contre l’idée, de toute façon, il souriait. Enfin, du moins, avait-il le temps d’une ébauche de sourire avant que je n’y revienne y planter mes lèvres et savourer les siennes. C’était tout doux et c’était plus que ça aussi. Il m’avait rapproché de lui, un peu plus tôt, pour plus de confort, je présume -le sien de confort, puisque moi j’étais confortable dans à peu près n’importe quelle position-, aussi, je ne pouvais pas être plus proche, à moins de fusionner avec lui, mais j’étais pas sûre que ce soit possible, ça. La science avait encore tellement de progrès à faire. Néanmoins, je cherchais à réduire ce qui n’existait pas, à savoir la distance, resserrant l’étreinte de mes cuisses jusqu’à ce qu’il se soit totalement glissé sous moi. C’était un peu comme tout à l’heure, lorsque je cherchais à le réconforter, sauf que là, je ne cherchais plus du tout à le réconforter et que, contrairement à cette fois-là, je n’étais plus frustrée qu’il ne m’embrasse pas. Parce qu’il m’embrassait, ha ça oui, il ne faisait pas que se laisser faire, il rendait coup pour coup et innovait, même. Comme lorsqu’il glissait contre ma mâchoire, puis jusque dans mon cou. J’avais beau fouiller ma mémoire, je crois bien que c’était la première fois qu’on m’embrassait là. Ma mère avait l’habitude de m’embrasser sur la nuque, mais ça n’avait rien à voir, c’était pas le même endroit, c’était pas le même baiser, et c’était pas du tout le même effet. La preuve, j’étais contrainte de pincer les lèvres pour m’empêcher de trop laisser échapper ma respiration satisfaite et surprise. Même que je penchais un peu la tête sur le côté, pour lui aménager plus de place. Sauf qu’il n’y resta pas, remontant jusqu’à ma bouche pour s’y planter. J’aurais aimé pouvoir me dupliquer ou me créer un corps astral afin de pouvoir m’observer de l’extérieur, pouvoir nous observer de l’extérieur. Est-ce qu’on ressemblait à ces gens dans les films ? Ou alors à un cliché de Doisneau comme j’avais vu à Paris ? J’adorais Doisneau, j’avais même acheté des cartes postales dans une petite boutique des Halles. Aujourd’hui, elles étaient sur la porte de mon frigo. C’était pas comme voir les vrais clichés, c’était juste des reproductions de moindre qualité, mais c’était pas grave, je les aimais quand même, mes cartes postales. Pas que Doisneau, d’ailleurs, j’avais toutes sortes de reproduction, notamment La Femme en Or achetée à nyc, quelques pré-raphaélites achetés à Londres, un Botticelli acheté à Rome... Y avait même le Baiser de Rodin. Est-ce qu’on ressemblait au Baiser de Rodin ? Probablement pas. De toute façon, je n’étais plus sur sa bouche, j’avais laissé la mienne dériver jusqu’à son cou. Forcément, moi aussi je voulais savoir ce que ça faisait, quel goût ça avait. Je copiais, certes, mais n’était-ce pas justement ce qu’on faisait lorsqu’on avait pas révisé ? Et j’avais pas du tout révisé, j’avais même pas les bases. Alors je faisais comme lui, je suivais son exemple, sauf que j’y restais plus longtemps que lui, et j’explorais même davantage, descendant le long de son cou jusqu’à sa gorge, écartant juste un peu le col de son tee-shirt pour voir si la peau toute fine, juste là, accusait les mêmes réactions que le reste de son cou. Si lui, accusait les mêmes réactions que lorsque j’embrassais ailleurs. Même que je quittais sa peau pour relever le nez et étudier ses traits. Non, c’était pas pareil, il avait l’air plus... Il avait l’air moins... Je sais pas, mais je crois qu’il aimait ça. Sauf que moi, ce que j’aimais, c’était un peu plus haut, à la rencontre de son cou et sa mâchoire, là où, contre mes lèvres, frémissaient les battements de son coeur. J’aimais ça parce que c’était rassurant, je n’étais pas la seule à avoir un pouls trop rapide, et du coup, je crois, ça voulait dire que c’était normal, que c’était un effet de tout ça, et non une grippe ou autre. À moins que ce ne soit contagieux ? C’était possible, ça ? Pour le vérifier, je sortais le nez de son cou, me rehaussais jusqu’à être à hauteur de regard, et passais mes deux paumes, lentement, doucement, de son front jusqu’à ses tempes. « T’as chaud. » je constatais presque inquiète. C’était la différence entre toutes les autres et moi. Les autres, celles avec de l’expérience, auraient été ravies de ce constat. Moi, je m’inquiétais de lui avoir transmis un virus à incubation fulgurante. Ce qui ne m’empêchait pas de venir, rapidement, déposer un baiser furtif sur ses lèvres. Hey, c’était pas de ma faute, c’était trop tentant et addictif. Tellement que je n’avais plus tenu compte de rien, ni du temps, ni de l’espace, et, à présent, me surprenais du changement de luminosité dans l’atelier. Peu importe, j’étais à nouveau contre sa bouche. Et je pourrais faire ça toute la nuit. La nuit. La nuit... La nuit ? Sans cesser de l’embrasser, j’ouvrais un oeil, puis deux, observant avec surprise la baie vitrée et les quais que je ne discernais plus du tout, au-delà. « Nom d’un p’tit biscuit ! » Voilà, l’information était enfin arrivée jusqu’au cerveau. « Il va faire nuit, faut que je rentre. » j’expliquais, c’était la moindre des choses après mon exclamation étrange et mon interruption des programmes buccodentaires. Enfin, presque interruption, parce que j’y revenais quand même, furtivement, picorant ses lèvres sans parvenir à m’en empêcher. C’était assez agaçant d’ailleurs, mais puisque je ne savais pas quand j’y aurais droit à nouveau, ni si j’y aurais droit à nouveau, d’ailleurs... « J’avais pas vu l’heure. » j’avais encore tout le trajet retour, et il n’était pas des moindres, je devais rejoindre Manhattan. Quelle idée d’avoir son atelier si loin du centre ? Non, en fait, j’aimais bien cet endroit, j’aimais bien ce coin de Brooklyn, sauf que ce soir ça ne m’arrangeait pas du tout. Sans compter que je devais encore me débarbouiller de toutes ses empreintes digitales. J’avais beau les apprécier sur ma peau, si elles n’avaient pu être visibles que de moi, ça aurait été encore mieux. Aussi, je quittais ses cuisses en une contorsion habile et rapide -surtout rapide, pour ne pas me laisser le temps de changer d’avis- et cherchais des yeux le moindre support apte à me renvoyer mon reflet. La vitre ferait l’affaire. Je m’y plantais et des doigts tentais d’effacer les traces de fusain que j’aimais, pourtant, bien. Oui, je sais, une autre que moi ne se serait jamais inquiétée du trajet retour pour la bonne et simple raison qu’elle n’aurait pas quitté l’atelier. Elle aurait laissé les choses s’enchainer, et aurait fini par s’endormir, éventuellement, au petit matin, sur ce même sofa. Peut-être, d’ailleurs, que c’est ce qu’il avait en tête. Sûrement, même. C’était légitime et logique. Sauf que je n’étais pas une autre, et moi je n’avais pas l’impression d’interrompre quoique ce soit, j’avais pas le sentiment de le laisser sur sa faim, ou même de renoncer à ce que toutes les autres voulaient. Moi j’étais Ebba, et Ebba ne voulait pas arpenter les ruelles de Fort Hamilton à la nuit tombée. Ebba, elle voulait rentrer chez elle, se lover contre son oreiller, et sourire bêtement en repensant à tout ça, comme une adolescente. Exactement comme une adolescente.


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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Mer 29 Juil - 12:31


we should just kiss like real people do
Ebba et Even
Au premier abord, je venais à penser que la Ebba qui m’embrassait était très différente de la Ebba que je connaissais généralement. Libérée, entreprenante, innocente, prenant ce qu’elle voulait quand elle voulait, tant ça lui paraissait naturel. Mais au fur et à mesure que je listais dans ma tête ces potentielles différences, je me rendais compte qu’elle n’était pas différente. La Ebba que je connaissais mais aussi celle qui m’embrassait était la même : libérée, entreprenante, innocente, prenant ce qu’elle voulait quand elle voulait, tant ça lui paraissait naturel. Juste d’une façon différente. Jamais je l’aurais imaginée ainsi en demande de mes lèvres, tout comme moi je demandais les siennes. Jamais je n’aurais pensé rire de façon si légère rien qu’à la vue de son visage terni de traces de fusain à cause de mes doigts. J’avais vite laissé mon instinct gérer le reste. Je l’avais rapprochée de moi et elle avait même resserré l’étreinte, avant que je me retrouve sous elle. Pas démuni pour autant, puisque mes baisers glissaient sur sa mâchoire pour que mes lèvres goûtent à la fine peau de son cou. Sauf que je n’y restais pas longtemps, remontant déjà sur ses lèvres alors qu’elle déviait déjà à son tour jusqu’à mon propre cou. Je resserrais mes doigts sur ses hanches à au contact de ses lèvres contre ma peau. Et elle s’aventurait même plus que moi, à ma grande et agréable surprise, puisque je sentais sa bouche goûter à ma gorge, avec toute sa sensualité naturelle. Et malgré moi, je lâchais un râle grave. Je n’étais pas expressif en temps normal, dans ce genre de situation. Mais Ebba me faisait un tout autre effet, un effet intense, addictif. Elle me faisait tout remettre en question, elle retournait mon univers. Tout comme là, quand elle me regardait ainsi pour essayer de lire mes pensées et mes réactions, d’un air concentré. Elle venait même à me tâter le front et les tempes. « T’as chaud. » Un rire s’échappait d’entre mes lèvres, qu’elle fit taire rapidement d’un nouveau baiser. « C’est normal, vu la situation… » répliquais-je alors tout aussi naturellement. Merde, de quoi avait-on l’air là? Deux tourtereaux à se bécoter et rire naïvement? Et puis, depuis quand je riais, moi? Mon dernier rire remontait à tellement loin, à vrai dire je ne me souvenais même pas en avoir bénéficié depuis mon arrivée à New York il y a plusieurs années. Et ça faisait tout drôle. C’était bien, c’était agréable. C’était comme si les soucis s’envolaient le temps de deux ou trois petites secondes, qui, sur le coup, semblaient bien plus longues. Comme à cet instant d’ailleurs, où elle m’embrassait comme si rien d’autre ne comptait. « Nom d’un p’tit biscuit ! » Hva? J’étais perturbé. J’avais fait quelque chose de mal? « Il va faire nuit, faut que je rentre. » Quoi? Elle était vraiment sérieuse là? Je jetais un coup d’oeil vers les baies vitrées. Il faisait déjà noir — bon, d’accord, pas nuit noire mais c’était déjà assez sombre dehors. « J’avais pas vu l’heure. » Et elle se levait rapidement dans une souplesse que j’admirais, allant se planter devant la fenêtre. Je la voyais lutter pour effacer le fusain que mes doigts avaient laissé sur sa peau blanche. Je soupirais vaguement en me levant, allais et revenais pour lui tendre un chiffon humide. « Je vais t’appeler un taxi. » C’était un chauffeur que je connaissais puisque je prenais le taxi assez souvent, et j’étais sûr qu’avec lui, Ebba ne finirait pas toute pâle et bleutée au fond d’un caniveau après avoir été violée. Ce n’est pas que je voyais le mal partout mais… Enfin si. Je voyais le mal partout, et encore plus à New York, et encore plus envers Ebba. Si j’avais une voiture, je la ramènerais bien chez elle, mais je ne vends pas assez pour avoir les moyens de m’en acheter une. Je m’éloignais un peu d’elle et allais appeler ce fameux chauffeur, qui promit arriver dans cinq minutes. Je raccrochais, puis allais chercher mon porte-feuille avant d’en sortir un billet vert de cinquante dollars que je lui donnais, sans aucune chance de refuser avec le regard soutenu que je lui adressais. Je lui écrivais également mon numéro de téléphone sur l’avant bras, au fusain (qui serait plus simple à laver que du stylo). « Envoie-moi un message quand tu arrives. » Et ça, c’était bien un ordre. Je voulais savoir quand elle refermerait la porte de son appartement et serait saine et sauve et non seule à arpenter les rues new-yorkaises la nuit. Bruit de roues en bas de l’immeuble. Merde. J’aurais voulu qu’elle ne parte pas. J’aurais voulu qu’elle reste.
electric bird.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do Jeu 30 Juil - 1:15



we should just kiss like real people do
« C’est normal, vu la situation… » Ha bon ? Elle avait quoi la situation ? J’en avais aucune idée, mais je le croyais sur parole. C’était pas comme si j’étais en position de remettre en question son savoir sur le sujet. Je découvrais, moi, je tâtonnais, et m’étonnais des effets secondaires. Comme cette fièvre étrange qu’on semblait partager -du coup, je comprenais mieux les paroles de ‘you give me fever’, jusqu’à présent je m’étais interrogée sur la nécessité de créer un morceau sur la grippe-, et ma propension à perdre toute notion de temps. C’est ce dernier point que je découvrais sur le tard, et qui m’obligeais à quitter son étreinte au profit des vitres. Ce n’était pas vraiment l’envie de partir qui m’animait, c’était le besoin de rentrer avant la nuit tombée. J’aurais pu rester et profiter encore, mais je ne l’envisageais même pas parce que ça ne faisait pas partie des choses que je parvenais à concevoir. On n’allait pas s’embrasser toute la nuit, quand même, si ? Alors qu’est-ce qu’on ferait lorsqu’on en aurait marre, ou plutôt lorsqu’il en aurait marre, puisque je n’étais pas certaine de pouvoir me lasser un jour ? Il allait me faire à manger ? J’étais pas certaine d’avoir faim, ni de pouvoir avaler quoique ce soit... Il allait me proposer de dormir ? Je pensais pas pouvoir fermer l’oeil après ça, encore moins s’il était à proximité... Non, évidemment que rien de tout ça n’était envisageable, il allait simplement me renvoyer chez moi tôt ou tard. Et tard, ce n’était pas possible. Voilà pourquoi je tentais de me débarbouiller devant la vitre me renvoyant mon reflet, tout ça à l’aide de mes mains, puis du chiffon qu’il m’apporta. « Je vais t’appeler un taxi. » Quoi ? Nooon ! « Je peux rentrer en train, c’est comme ça que je suis venue. » Il n’était pas encore assez tard pour que ça pose le moindre problème, loin de là. C’était même pour ça que je partais maintenant, parce que c’était encore tranquille. Sauf que mes protestations, il en avait que faire, et la minute suivante, je l’entendais commander un taxi pour moi. Si j’avais su... Si j’avais su, je serais restée plus longtemps. Quitte à rentrer en taxi, autant en profiter pour le faire à une heure absolument indécente. Sauf qu’il ne m’écoutait pas, il refaisait son autoritaire mutique. Comme lorsqu’il me tendit le billet de cinquante. Il voulait que j’en fasse quoi, moi, de ça ? C’était pour me remercier de la séance ? Il payait tous ses modèles ? Ou bien c’était pour le taxi ? Est-ce qu’il s’imaginait que je n’avais pas les moyens de le faire moi-même ? J’aurais bien aimé protester, encore, mais il détourna mon attention en attrapant mon bras pour y inscrire quelque chose au fusain. C’était quoi ? J’arrivais pas à lire à l’envers, et puis, en fait, j’étais trop concentrée sur sa bouche pour observer ses doigts. « Envoie-moi un message quand tu arrives. » Oh ? C’était son numéro de téléphone ? C’était bon signe, non ? Ça voulait dire que je pourrais le contacter moi aussi, et qu’il voulait bien prendre le risque que je le contacte. Peut-être que j’aurais à nouveau droit à sa bouche, alors, dans un futur proche, finalement. « Faut que je fasse attention... » je me conseillais à voix haute, en écartant le bras de mon corps, le plaçant presque à la verticale pour ne pas risquer de l’effacer d’un simple frottement. Le stylo, c’était quand même plus pratique. Coup de klaxon. Oh zut, pourquoi avait-il fallu qu’il contacte le seul taxi rapide de nyc ? Du coup, je devais afficher une moue embêtée en cet instant, juste avant de l’attraper par la taille pour l’entrainer vers moi. Enfin, c’était le but de base, l’entrainer vers moi, mais j’avais oublié que je ne faisais clairement pas le poids, et finalement, c’est moi qui glissais les quelques centimètres qui nous séparaient, et venais réquisitionner, doucement, sa bouche. Tendrement, d’abord, plaçant même une paume contre cette joue que je caressais du pouce. Mais bien vite, un autre effet secondaire prit le pas : la gourmandise. C’était comme vouloir plus de tout. Plus de promiscuité, plus d’épiderme, plus de souffles qui se confondent, et plus de battements cardiaques complètement anarchiques. C’est un troisième coup de klaxon qui me fit reprendre mes esprits. Alors, je me détachais de ses lèvres pour venir poser mon front contre son épaule. Juste le temps de reprendre mon souffle, juste le temps de glisser, très discrètement, le billet de cinquante dans sa poche arrière. Au quatrième coup de klaxon, je reculais en prestant dans ma langue. « T’es super nul, tu sais ? Si j’avais su que tu allais m’obliger à prendre un taxi, j’aurais pu partir bien plus tard. » je laissais glisser tout en faisant rentrer mon chien dans mon sac, avant de le mettre sur mon épaule. « Mais promis, je t’enverrais un texto en rentrant. Peut-être même une photo pour prouver que c’est bien moi qui écris et non pas l’un de mes kidnappeurs très futé. Bonne nuit, monsieur Heaven. » je concluais, dans un sourire amusée, prononçant mal son prénom intentionnellement. Puis je passais le seuil, et dévalais les escaliers en un temps record, juste à temps pour retenir le taxi qui, un peu plus, serait parti sans moi.  


with: Even | date: 02/05/15
cassie at atf.
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MessageSujet: Re: even & ebba - we should just kiss like real people do

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