It's New York City bitches ! And it's my motherfucking dream

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dmitri & maia - angel of small death

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MessageSujet: dmitri & maia - angel of small death Sam 18 Avr - 23:55

« Il est partit ? » C’est la question qui avait franchie la barrière des lèvres de mon fils lorsque, nu comme un ver -monsieur aimait la nudité- je l’avais porté jusqu’à la salle de bain. « Est-ce qu’il va revenir ? » avait immédiatement suivi tandis que je contenais ces larmes qui ne demandaient qu’à inondé mes paupières. « Oui. » j’avais répondu avec conviction. Une conviction toute relative visant à me convaincre, en effet, que, non, ça ne pouvait pas se terminer ainsi, que, non, je ne venais pas de perdre, à nouveau, l’homme de ma vie. J’imaginais qu’il s’agissait d’une question d’heures, de jours, éventuellement d’une semaine, mais guère plus avant qu’il ne me revienne. Il avait eu besoin de temps, et je le comprenais parfaitement, mais n’en avions-nous pas déjà perdu assez, par ma faute ? Et puis, les heures s’étaient transformées en jours, les jours en semaines, les semaines en mois. Et aucun signe de lui. La première semaine, j’avais supporté, j’avais toujours cet espoir qui me faisait tenir. Un espoir tellement pathétique que j’avais même fait du shopping, un peu, en prévision de ce que je voudrais porter en sa présence, le contenu de mon armoire me faisant, brusquement, horreur. J’avais même acheté des fleurs pour améliorer un peu l’atmosphère de mon minuscule appartement, changé les draps par des nouveaux, rempli le frigo de tout ce qu’une femme idéale se doit de cuisiner dans l’imaginaire collectif... La deuxième semaine, j’avais fait le ménage à fond le jour, et pleuré la nuit, j’avais renoncé à beaucoup d’heures de boulot, au bar, afin d’être à la maison s’il lui venait l’envie, le besoin de passer. Il n’était jamais venu. Et la troisième semaine... La troisième semaine, je n’avais plus été que l’ombre de moi-même. Parfois, dans un sursaut d’espoir, je retrouvais un peu de courage, mais la plupart du temps, je ne parlais plus, je ne souriais plus, je ne riais plus, j’étais absente. Je ne mangeais presque plus. Néanmoins, j’avais encore eu la force de revêtir un masque en présence de mon fils, mais il n’était pas dupe, et passait son temps à tenter de me divertir. Jusqu’à ce que le mois complet n’arrive. Un mois, trente-et-un jours qu’il avait passé cette porte que je me plaisais à contempler pendant des heures de totale inertie. J’avais posé un arrêt maladie. Je ne sortais plus que pour amener mon fils à l’école et aller le rechercher, le reste de mes minutes, je les passais à fixer cette porte, pas habillée, pas coiffée, pas vraiment lavée non plus. « Tu sens pas bon. » m’avait dit Alek, un jour. Ça ne m’avait même pas fait réagir. C’est Duckie qui le fit, une semaine plus tard, débarquant avec son épouse qui s'avérait aussi douce et effacée qu’il était rigide et imposant. Il n’avait pas hurlé, mais ne s’était pas montré tendre avec moi, me secouant avec ses mots, ses accusations aussi acérés que des lames de rasoir. Puis son épouse avait pris le relais, me faisant couler un bain dans lequel elle me laissa comater tandis qu’elle rangeait mon appartement de fond en comble. « Il va pas revenir. » j’avais murmurer du fond de ma détresse en levant les yeux vers la femme qui me séchait délicatement la peau. « Il est déjà là. » m’avait-elle répondu en jetant un bref regard à la petite tête brune timidement appuyée sur le chambranle de la porte, nous observant avec inquiétude. M’observant avec inquiétude. Je n’avais rien dit à Duckie et sa femme, je n’avais rien confié de ma situation sentimentale et familiale, mais ils avaient compris. Duck avait comprit dès que Dmitri avait dansé avec moi, ce soir-là. Et si mon fils ne comprenait pas tout, lui, il avait mal avec moi, il avait mal pour moi, et ça m’était intolérable. C’est ce jour-là que j’avais décidé de sortir la tête de l’eau. Pas complètement, parce que j’en étais incapable, mais au moins suffisamment pour offrir une forme de tranquillité d’esprit à mon enfant. J’avais repris le travail, les trois, et je parvenais même à forcer quelques sourires de façades. Le matin je déposais Alek à l’école, puis je filais vers Flatiron District pour rejoindre le siège d’Elie Saab. Je passais ma pause déjeuné à enchainer les achats dans les boutiques à proximité pour quelques clientes, puisque je n’avais pas faim, je n’avais plus jamais faim, autant occuper mon temps et ma tête, et surtout s’empêcher de penser. À Seize heures je quittais Flatiron pour Harlem, et récupérais Alek devant son école. Parfois on rentrait directement à l’appartement, et d’autres fois je l’emmenais à Central Park qui recommençait à fleurir. Puis, je le confiais à ma voisine, avant de me rendre au bar pour rattraper toutes les heures que j’avais manqué. Duckie ne me ferait pas cadeau de ces dernières, et je ne souhaitais pas qu’il le fasse. Au moins, en travaillant, je ne pensais pas, je ne pensais presque pas. Ça m’évitait de devenir folle, totalement folle. Pas la légère folie de la dépression, non la folie du désespoir qui me poussait à le voir, lui, absolument partout, dans une ombre furtive, dans un regard que je sentais dans mon dos, dans la silhouette d’un conducteur au volant de sa voiture, descendant la rue et me dépassant. Comme s’il était là, comme s’il veillait sur moi, malgré tout. C’était stupide, il était probablement déjà retourné à San Francisco, désormais, mais l’imaginer juste là, derrière moi, dans l’ombre, avait quelque chose de soulageant. Ça rendait l’absence plus supportable. Une absence qui ne faisait que me faire prendre conscience de la torture que je lui avais infligé durant quatre ans. Lui non plus n’avait pas eu de moyen de me contacter, ni adresse, ni réseau social, ni numéro de téléphone. Lui aussi avait été dans l’impuissance la plus totale. Comme moi. Peut-être était-ce ce désoeuvrement qui poussait mon cerveau à compenser en l’imaginant derrière chaque regard posé sur moi, dans la rue, mais quoiqu’il en soit, plus les jours s’égrenaient, et plus cette présence devenait palpable, réelle. J’avais conscience d’imaginer, de fantasmer, mais... Et si ? Je n’en avais pas parlé, je ne m’étais pas confiée, je voulais garder ça pour moi, et surtout je voulais laisser croire au reste du monde que je remontais la pente, et non que je sombrais dans la folie. Je perdais pied et gagnais en confiance absurde. Je trainais pour rentrer, je laissais les rideaux de ma chambre ouverts sur la rue, j’emmenais de plus en plus souvent Alek au parc, juste dans l’hypothèse que, peut-être, je n’étais pas encore complètement folle. J’avais même accepté de faire la fermeture du bar, ce soir, chassant les derniers imbibés une fois l’heure passée. Je n’étais pas seule, il y avait Hyke, le videur-homme-à-tout-faire de l’établissement, qui m’avait aidé à me faire respecter, et à dissuader les mains baladeuses de cette jeunesse déjà ivrogne. Mais lorsqu’il m’avait proposé de me raccompagner chez moi en voiture, j’avais décliné. Il faisait tellement bon, cette nuit, et je n’étais qu’à quelques blocks de mon appartement. Et puis, j’avais mon ombre imaginaire. Je ne risquais vraiment rien. Hyke avait insisté un peu, mais avait fini par rendre les armes. Il avait quitté les lieux dix minutes avant moi. Chargée de mon gros sac et des poubelles, je n’avais pas prêté attention aux ombres, réelles celles-là, qui m’attendaient dans la ruelle près de la benne où je jetais les sacs les uns après les autres. Lorsque je les avais remarqué, il était trop tard. Depuis mon cul de sac, ils occupaient l’espace de ma seule sortie possible, la rue animée dans leur dos. Je n’avais pas eu peur, j’avais juste été profondément agacée de ce contre-temps. Mes doigts, au fond de mon sac, s’étaient déjà resserrés sur mon taser. Leurs ricanements, leurs propos salaces ne m’atteignaient pas, c’était comme s’ils s’adressaient à une autre que moi, à une moi plus avenante, une moi qui aurait réussit à retenir un homme. Pas moi. Pas la moi de maintenant, pas la moi d’un mois plus tard. Seulement, c’est bien sur la moi actuelle qu’ils s’élancèrent. Pas tous en même temps, je suppose qu’ils s’imaginaient avoir le temps et la force nécessaire pour y aller chacun leur tour. Le premier, ce fut simple, il ne s’y attendait pas, la décharge le surprit presque autant que moi. J’avais ça dans mon sac depuis toujours, mais c’était la première fois que je m’en servais. Les deux autres me savaient armée, maintenant, et ne firent pas preuve de courtoisie en s’avançant en même temps. Mon taser avait changé de main, et l’autre brandissait une bombe au poivre dont j’aspergeais les yeux de l’un des deux qui recula en hurlant. Bien. Il ne m’en restait plus qu’un... Ou deux ? J’étais pourtant sûre d’en avoir dénombré trois. Trois ombres. L’une était à terre, une autre gémissait en se frottant les yeux, alors comment pouvait-il y en avoir encore deux autres debout ? Enfin plus qu’une, puisqu’une ombre venait de me débarrasser d’une autre, ce qui n’avait aucun sens. Qu’importe, je ne réfléchissais pas, et levais mon taser en direction de la dernière forme debout à moins d’un mètre, prête à m’en débarrasser avant de prendre la fuite, lorsque les phares d’une voiture passant à toute vitesse, éclaboussèrent la toute dernière ombre. Qui n’en fut plus une. L’espace d’une seconde la silhouette eut une forme, un visage, une couleur, une identité... Une réalité. Je n’étais pas folle. Je ne l’avais jamais été. Pas sur ça. Le soulagement laissa place à la colère, et je me jetais sur la dernière ombre pour lui expédier ma rage au corps, répétant les coups sans force contre ces bras, ce torse, ce ventre à portée de poings, hurlant « J’suis pas folle ! J’suis pas folle ! Je savais que j’étais pas folle ! » avant que rage, corps et voix ne s’affaissent d’épuisement, le corps prenant appui contre celui si grand, si fort de l’ombre, trouvant refuge dans des bras que je prendrais de force, s’il le fallait. Je m’en foutais des agresseurs au sol, de mon sac abandonné plus loin, de la police qu’on devrait appeler, de la fuite qu’on devrait prendre. En cet instant, il n’y avait que ça qui comptait, son parfum, sa chaleur, sa forme réelle et palpable. Il était là. Il était là, et le reste du monde disparaissait.
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MessageSujet: Re: dmitri & maia - angel of small death Mer 22 Avr - 15:11

La honte. Pesante. Voire carrément écrasante. C'était la honte qui l'avait poussé à se cacher, à se retirer. Il aurait du rester. C'était ce qu'il s'était répété les premiers jours, en boucle, presque à s'en rendre fou. Il aurait du faire un effort. Prendre sur lui. Mais il n'y était pas parvenu. Il savait qu'il était trop faible. Il avait besoin de temps. Mais plus il attendait, plus le temps filait et tout son courage avec... Il était comme paralysé. Un combat intérieur entre la honte, la peur de devoir l'affronter de nouveau, et l'impatience, le manque, à chaque seconde qu'il passait éloigné d'elle. Il n'avait pas compté le nombre de fois où il avait émergé de sa stupeur, déterminé à la retrouver, déterminé à mettre fin à cette torture. Puis une fois sur le seuil de la porte, il faisait demi-tour. Lâche et pathétique. Honteux et en même temps complètement abruti par le manque. C'était de sa faute. Pourquoi attendre ? Pourquoi tergiverser ? Il l'aimait. Elle l'aimait. C'était simple. Et pourtant si compliqué. Il ne s'agissait pas juste d'encaisser la vérité, c'était une véritable lutte pour Dmitri. Parce qu'il savait, il en était certain, il ne la méritait pas. C'était ce qu'il s'était dit quand elle l'avait quitté la première fois. C'était ce qu'il se répétait, maintenant qu'il connaissait la vérité. Il ne la méritait pas. Et c'était probablement pour ça que, pendant quatre ans, elle avait élevé leur fils, sans qu'il ne soit jamais au courant. C'était de sa faute. Et il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'à cause de lui, depuis qu'il l'avait retrouvé, il avait tout gâché pour elle. Elle avait probablement été heureuse. Peut-être même qu'elle avait réussi à l'oublier. Elle avait fait sa vie et s'en sortait sûrement très bien sans lui. Sauf qu'il était revenu. Et qu'une nouvelle fois, il avait tout gâché. Il aurait du rester. Mais maintenant qu'il l'avait quitté, il essayait de se convaincre que c'était probablement mieux ainsi. Pas pour lui, définitivement pas pour lui, mais pour elle, pour eux. Sauf que la honte demeurait là. Remords et culpabilité en supplément. Il se réveillait et se rendormait avec. Comme une ombre qui le suivait partout. Il ne faisait rien de ses journées. Mangeait à peine. Vivait au ralenti. Parce que la vie ne valait pas vraiment la peine d'être vécu sans elle. Mais il ne parvenait toujours pas à se résoudre à la retrouver. C'était différent encore des journées qu'il avait passé avant, pendant ces quatre dernières années. Parce qu'il savait qu'elle était là. Si près et en même temps si loin. Elle était là. Il n'avait qu'un pas à franchir pour la retrouver. Un jour, il parvint même jusqu'au seuil de son appartement. Il regarda la porte, simple porte de bois, dernière barrière entre lui et Maia, puis il s'était retiré. C'était comme s'il se retrouvait face à un mur gigantesque qu'il n'avait pas la force de le franchir. Il était dehors, avait déjà traversé la rue, quand il l'avait finalement aperçu, de loin. Et le temps sembla s'arrêter. Elle ne l'avait pas vu. Et il ne fit rien pour se faire repérer. Il la regarda marcher jusqu'à son immeuble. Il n'avait pas su déchiffrer son expression. Mais le simple fait de l'avoir vu avait, en quelque sorte, redonné vie au jeune homme. C'est peut-être pour ça que le lendemain, il se retrouva de nouveau à cet endroit et attendit de la voir. Il avait juste besoin de ça. Ce n'était qu'une fois qu'il l'apercevait, qu'il pouvait repartir. Il attendait. Il ne faisait rien d'autre. Il essayait bien de retrouver son courage. De combler la distance qui les séparait. Mais il n'y parvenait pas. Alors il se contentait de l'observer. Pendant un temps il ne la croisa plus du tout. Au lieu de rentrer chez lui, il attendit encore plus, fixant les rideaux fermés de son appartement. Les jours passaient et son inquiétude grandissait, jusqu'à ce qu'enfin, il l'aperçut de nouveau. Elle sortait de son appartement. Et au lieu de rester à sa place, d'attendre son retour. Ses pas suivirent les siens. Toujours à distance. Il avait conscience que son comportement était stupide, voire carrément flippant. D'autant plus que le look qu'il arborait ces derniers jours n'avait rien d'avenant, avec ses joues mal rasées et son regard perdu dans le vague. Il la regardait se rendre au travail, il l'observait de loin avec son fils, dans le parc. Il ne faisait que la regarder et dans un sens, ça lui suffisait. Il essayait de s'en convaincre en tout cas. La même rengaine tournait en boucle dans son esprit : « Tu ne la mérites pas. » Mais il n'arrivait quand même pas à la quitter. Pas complètement. Il essayait bien de se convaincre de franchir le pas mais il n'y parvenait pas. Il aurait sûrement pu continuer encore longtemps à la suivre, avant de réussir à se décider, enfin, à aller vers elle. Jusqu'à ce soir là. Il ne comprit pas tout de suite. C'était un cul de sac et il n'y voyait pas très bien de loin la nuit. Il n'osait pas s'approcher, par peur de se faire repérer. Il attendait le retour de Maia. Sauf qu'il n'arriva pas. C'est au premier cri qu'il sortit de l'ombre. Il n'hésita pas une seule seconde. Il ne chercha même pas à comprendre. Il restait un homme debout et Dmitri le frappa avec rage. Ils avaient essayé de blesser Maia. Sa Maia. Et ça, il ne pouvait pas le tolérer. Il reçut un coup sur la joue mais son adversaire ne faisait pas le poids. Rapidement Dmitri relâcha l'homme, qui n'était déjà plus une menace. Ce n'est qu'à ce moment là qu'il redressa la tête. Le regard de Dmitri s'accrocha à celui de Maia, et enfin, il s'éclaira. Pourquoi ne l'avait-il pas retrouvé plus tôt ? C'était la question qu'il se posait alors que la jeune femme s'approchait soudain... et le frappa. « J’suis pas folle ! J’suis pas folle ! Je savais que j’étais pas folle ! » Dmitri ne fit rien pour se défendre. Il savait qu'il le méritait. Et quand elle se calma, il l'accueillit dans ses bras, serrant fort contre lui la silhouette frêle de la jeune femme. Après quelques secondes il se recula cependant, attrapa son visage entre ses mains pour la forcer à le regarder. « Est ce que ça va ? Tu n'as rien ? » Parce qu'il était prêt à y retourner pour les détruire s'ils avaient touché, ne serait-ce, qu'à un seul de ses cheveux... Du bout des doigts, il caressait son visage. Et il se rappela de la dernière fois. Quand il l'avait tenu dans ses mains, de la même manière, et lui avait demandé s'il était père. Il aurait du rester. Il le savait. Se détestait de ne pas l'avoir fait. Mais c'était trop tard. Il la touchait. Elle était là. Entre ses mains. Et c'était le plus important. « J'étais là. Finit-il par avouer à voix basse. Depuis le début, j'étais là... » Il aurait pu s'excuser. S'excuser d'être lui. D'être aussi faible. Il aurait pu la retrouver plus tôt. « Mais je n'avais pas la force. » De s'approcher. De la revoir. Parce qu'il ne la méritait pas. Mais en même temps, c'était elle, sa force.

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MessageSujet: Re: dmitri & maia - angel of small death Mer 22 Avr - 23:36

Je m’en foutais de mes agresseurs, je me moquais complètement de leurs intentions initiales, de ce qu’il aurait pu m’advenir, de savoir s’ils souffraient ou non, si des dommages irréversibles étaient à déplorer sur l’un ou l’autre, je me fichais de mon sac au sol, de son contenu, probablement, éparpillé, je n’avais pas la moindre inquiétude concernant la reprise de conscience de l’un d’entre eux, de son possible désir de revanche. Il n’y avait que lui. Comme toujours. Il n’y avait jamais eu que lui depuis l’instant où il avait exigé mon prénom dans cette bibliothèque. Il n’y avait que lui tout comme il n’y avait eu que lui ces quatre dernières années, et encore plus ce dernier mois. Je ne pouvais pas lui reprocher son absence, pas alors que ce n’était qu’un amuse-gueule en comparaison de ce que je lui avais fait subir, mais... Seigneur ! Ça faisait tellement mal. Ça éviscérait les tripes, ça comprimait le cerveau, ça meurtrissait les poumons, ça achevait toute forme de santé mentale. Cet homme, mon homme -parce qu’il n’y avait pas d’autre terme- était aliénant. Il était ce qui me rendait forte, et ce qui me rendait si faible aussi. Il était salvateur et destructeur. Il était puissant et c’est bien ce qui avait fait si peur. Pas à moi, pas à lui, mais à toute personne nous observant évoluer ensemble. Chaque témoin oculaire avait eu le même constat : nous étions dangereux l’un pour l’autre, mais nous l’étions encore plus pour tous les autres. Sa mère, pour commencer, elle avait eu conscience de cette emprise que j’avais sur lui, de ce pouvoir qui amenuisait le sien. Sauf que moi, à la différence d’elle, je n’avais aucune volonté de le manipuler. Pas plus que je n’avais eu la moindre intention de lui faire du mal. En vérité, je n’avais jamais eu conscience de ce pouvoir que j’avais sur lui, jusqu’à ce que je constate le résultat de mon absence de quatre ans sur lui. Naïvement, bêtement, j’avais cru être la seule à subir cette dépendance. Il avait été ma drogue pendant tellement longtemps... Ma drogue, mon équilibre, ma raison d’être. Et puis, j’avais disparue, mais pas lui, alors j’avais continué d’exister. Et lorsque l’inverse s’était produit, lorsque c’est lui qui s’était évaporé, j’avais cessé d’être. Je n’avais survécu qu’un mois, et encore, en l’imaginant dans mon dos à chaque minute de chaque jour. J’avais cru devenir folle. Et pourtant... Pourtant... Il était là, à présent, bel et bien là, réceptionnant les maigres coups que j’administrais sur son corps. Il était bien là, n’est-ce pas ? Je n’étais plus sûre de rien. Peut-être étais-je en train de l’imaginer, encore, me lovant contre un inconnu avec le besoin vital que ce soit lui, mon lui à moi. Alors, je relevais le regard vers lui, ponctuellement, m’assurant que les traits ne changent pas brusquement, qu’il soit toujours Dmitri d’une seconde sur l’autre. Non, c’était bien lui, je n’étais pas folle. Je n’étais pas folle. Je savais qu’il était là, qu’il avait toujours été là. C’était bien lui, n’est-ce pas ? Oui, c’était lui, encore lui. Est-ce qu’il m’avait vraiment suivi ? Ou bien avais-je imaginé ça ? Peu importe, il était là, maintenant. Mais était-ce bien lui ? Oui, c’était toujours lui. « Est ce que ça va ? Tu n'as rien ? » C’était sa voix aussi, son timbre chaud et... Inquiétant. Et son regard également, posé sur moi, ne me quittant pas. C’était lui, il était là, et je respirais à nouveau. « Non, ça va pas ! » je m’énervais sans parvenir à rassembler assez de force pour qu’autre chose que ma voix ne donne le change. « J’arrive à rien sans toi ! » C’était à moi que j’en voulais de ce constat, à moi que je reprochais d’être si faible au bout d’un mois, lorsque lui avait tenu des années. « J’arrive pas à dormir, j’arrive pas à manger, j’arrive pas à sourire, rire ou m’intéresser... » je poursuivais, toujours un peu plus agitée à chaque mot, comme une junkie en manque face à sa dose. Une junkie consciente d’être pitoyable. Une junkie sans plus une once d’amour propre. « Mais oui, sinon ça va, j’ai rien. » j’ajoutais, tout de même, plus calme cette fois, peut-être du fait de sentir ses mains sur mon visage, sa peau contre ma peau, son souffle glissant sur mes joues, son regard cherchant le mien, sondant le mien. « Toi, par contre... » C’était quoi sur sa joue ? J’élevais une main, y promenais le bout de mes doigts avec une délicatesse infinie, ne supportant pas l’idée que je puisse lui faire mal, à nouveau, de quelque manière que ce soit. « C’est douloureux ? » j’interrogeais à voix basse, comme celle que j’utilisais dans les églises. Un murmure délicat, comme mes doigts qui poursuivaient leurs caresses sur sa peau. Il faisait si sombre dans cette ruelle, j’étais bien incapable de prendre la mesure de l’étendue des dégâts. Peut-être n’était-ce rien, mais à mes yeux c’était déjà trop. Beaucoup trop. Et mon coeur qui n’en finissait pas d’accélérer. C’était son effet sur moi. J’étais amoureuse au delà du raisonnable, bien au-delà de l’improbable. « J'étais là. Depuis le début, j'étais là... » avoua-t-il à voix basse, me confirmant que je n’avais pas rêvé, que je n’avais rien imaginé, que je n’étais pas folle. Pas totalement. « Je le sentais, mais je n’en étais pas certaine. Je croyais que... Je pensais que... que passé un certain seuil de douleur, le cerveau compensait par la démence. » j’avouais, à mon tour, sans chercher à faire semblant, ou dissimuler l’étendue de ma dépendance. À quoi bon ? En sa présence, je n’avais pas d’égo, pas de fierté, je n’étais plus qu’une extension de lui-même, comme un bras qu’il aurait décidé de couper. Inutile, donc, sans le reste de son corps. « Mais je n'avais pas la force. » La force de quoi ? De me pardonner ? D’oublier le mal que je lui avais fait ? Pourtant, il était là. Il me serrait, il me touchait, il m’aimait. Est-ce qu’il me pardonnait aussi ? « Je comprends que tu veuilles me punir, et je l’accepte. Mais... J’y arrive pas, Dimi... J’suis pas aussi forte que toi. J’suis pas forte du tout. Tu veux bien lever la punition ? J’t’en prie ? Reste avec moi. » Je suppliais, pathétique, les yeux embués de larmes, la voix chevrotante, n’ayant absolument plus rien en commun avec cette fille, là, cette autre Maia qui mettait deux types au tapis. Parce que... Parce que sans Dmitri, autant me laisser abattre par ces types. Ça abrègerait mes souffrances. D’ailleurs, en parlant d’eux, un gémissement plus fort que les autres, me tira de cette bulle où plus rien ne comptait. M’arrachant à la contemplation de Lui, je tournais la tête pour remarquer un assaillant tentant de se relever. Il n’était pas en grande forme, mais... « Faut pas qu’on reste ici. » Non, il valait mieux partir, au contraire, aller au poste faire une déposition, prendre la fuite, rentrer, peu importe, dès l’instant qu’il restait avec moi. C’est avec cette crainte de le voir s’envoler à nouveau, que je laissais ma main glisser le long de son bras pour s’accrocher à la sienne, se cadenasser à la sienne, verrouiller la sienne, avant de m’avancer dans les profondeurs de la ruelle, traversant entre les corps, en direction de mon sac. « Dar por el culo, hijo de puta ! » je crachais, au passage, en balançant mon pied dans le bide de celui qui cherchait à se relever, avant de ramasser rapidement mon sac, et rebrousser chemin tout aussi rapidement. Ce ne fut qu’une fois dans la large avenue, sous la lueur aveuglante des lampadaires, et rassérénée par la circulation dense, que je ralentissais et cessais de tirer sur son bras pour me mettre à son niveau. Je ne le quittais pas des yeux, pas une seule seconde, plus une seule seconde. J’avais trop peur qu’il s’échappe encore, et parallèlement, je comprenais qu’il ne puisse pas me croire lorsque je lui promettais de ne plus jamais partir. « Il faut qu’on parle. » je constatais, finalement. Je ne pouvais plus lui taire la vérité, il avait besoin de savoir. J’avais voulu attendre qu’il soit prêt, j’avais remis tant de choses au lendemain, mais finalement, il ne serait peut-être jamais prêt. Je ne voulais pas que ça fasse comme pour Alek. Je ne voulais plus qu’il apprenne les choses de cette façon. « Tu veux qu’on marche un peu ? » en direction de chez moi, par exemple ? Je proposais, je n’imposais rien. Surtout pas mon domicile et la perspective de ce fils auquel il n'était, je présume, toujours pas prêt. Il était là, avec moi, et c'était déjà beaucoup à mes yeux. Vital. Salvateur. Je n’étais pas en position de force. À l’exception de... « Mais d’abord, laisse-moi regarder ça. » Maintenant que l’éclairage était décent, j’allais pouvoir mesurer les dégâts sur sa joue. J’avisais un escalier menant à une porte d’immeuble, l’y entrainais, et grimpais sur la première marche pour me mettre à hauteur. Ça n’avait pas l’air très sérieux, il allait survivre, mais... C’était déjà trop. « Merci... » je soufflais, alors, sans quitter sa pommette du regard. « Merci d’avoir été là, merci d’être intervenu, mais... Ne refais plus jamais ça ! » la dernière partie se voulant plus autoritaire. Je ne voulais plus qu’il risque quoique ce soit à cause de moi, et malgré mes doigts glissant de ses joues jusqu’à ses tempes puis ses cheveux, contredisant toute tentative de sévérité, j’étais on ne peut plus sérieuse. Il avait assez souffert par ma faute. « Ca va ? » et cette dernière question, toujours perchée sur ma marche, ne concernait pas seulement sa joue. Il avait l’air si épuisé... Outre ses cheveux trop longs, sa barbe pas du tout entretenue et ses yeux cernés, c’était tout son être qui semblait avoir été passé à tabac. Ses joues étaient creusées, ses traits fatigués, mais son regard brillait, vivait. À cause de moi ?
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MessageSujet: Re: dmitri & maia - angel of small death Dim 26 Avr - 11:32

Que se serait-il passé s'il n'avait pas été là ? S'il ne la suivait pas comme un psychopathe depuis plusieurs jours ? S'il n'avait pas pu la protéger ? Il ne voulait même pas y penser. Cette simple idée le dégoûtait profondément et animait chez lui une haine, encore plus viscérale, envers lui-même. S'il lui était arrivé quoique ce soit, il ne se le serait jamais pardonné. Jamais. Même là, alors qu'elle était saine et sauve, il avait besoin de savoir si elle allait réellement bien et de la regarder. Juste la regarder. De près. Enfin. Il s'était passé quoi ? Juste quelques semaines ? Un rien en comparaison de ses quatre années d'errance et de souffrance. Mais le manque avait semblé encore plus grand. Parce qu'après l'avoir retrouvé, il n'aurait pas imaginé devoir s'éloigner d'elle plus de quelques heures. Sauf qu'il avait trouvé un moyen de tout gâcher. C'était sa faute. La décision de revenir lui revenait. Il avait juste été trop lâche pour la prendre. « Non, ça va pas ! » Le visage de Dmitri se froissa aussitôt. Est ce qu'elle avait mal quelque part ? Est ce qu'un de ces enfoirés avaient posé une main sur elle ? « J’arrive à rien sans toi ! » Oh. Ses paroles eurent le même effet qu'un coup, coupant brièvement sa respiration, l'étourdissant, et ravivant la douleur. « J’arrive pas à dormir, j’arrive pas à manger, j’arrive pas à sourire, rire ou m’intéresser... » Il n'avait pas voulu la blesser. Il pensait... Il avait cru que ce serait mieux ainsi. Il s'était lourdement trompé. Il ne voulait pas la faire souffrir, et c'était tout ce qu'il avait été capable de faire. Était-il devenu si pathétique et malheureux que quiconque le côtoyait devait en souffrir aussi ? Quand tout ce qu'il avait voulu faire, c'était la préserver ? Il ne trouva pas les mots pour répondre quoique ce soit, ne parvenant même pas à s'excuser. Parce qu'il se sentait trop con. « Mais oui, sinon ça va, j’ai rien. » Dmitri se détendit un peu, au moins rassuré sur ça. Il ne parvint qu'à faire un petit hochement de tête, continuant à caresser le visage de la jeune femme. Il n'aurait jamais du partir. Il aurait du rester auprès d'elle. Tenter de la faire sourire. Rire. Comme auparavant. Il n'avait pas envie de lire ce qu'il voyait sur son visage à ce moment là. Parce qu'il savait que c'était de sa faute. « Toi, par contre... » Elle avait levé une main, caressant du bout des doigts l'endroit où on l'avait frappé. Il avait connu bien pire. Rien n'était vraiment comparable à la douleur d'un cœur brisé. « C’est douloureux ? » Honnêtement, si elle ne lui avait pas rappelé, il aurait déjà oublié qu'il s'était fait frapper, ayant à peine senti le coup. « C'est rien. » En comparaison du reste. Et de ce qu'il l'avait forcé endurer parce qu'il n'avait pas eu la force de prendre une décision. Elle aurait pourtant du être très simple. Si le manque était si envahissant, il aurait suffi d'aller la voir, parcourir les quelques pas qui l'éloignaient de son champ de vision. Mais il n'y était pas parvenu. Il lui avoua. Il avait été là. A seulement quelques mètres. A l'observer de loin. A la surveiller. A tenter de combler le manque. Mais ça ne pouvait pas être suffisant. Même s'il avait tenté de s'en convaincre. Au final, il avait fait plus de mal que de bien, tant à lui qu'à elle. « Je le sentais, mais je n’en étais pas certaine. Je croyais que... Je pensais que... que passé un certain seuil de douleur, le cerveau compensait par la démence. » Un nouveau coup. Les mâchoires de Dmitri se contractèrent. Ses épaules s'abaissèrent, comme si le poids de ses propres erreurs était devenu trop important d'un seul coup. C'était lui. Il l'avait mise dans cet état-là. Il avait voulu la protéger. La situation serait presque risible si le jeune homme ne sentait pas aussi misérable d'avoir provoqué ça chez elle. Tout ça parce qu'il n'avait pas eu la force. « Je comprends que tu veuilles me punir, et je l’accepte. Mais... J’y arrive pas, Dimi... J’suis pas aussi forte que toi. J’suis pas forte du tout. Tu veux bien lever la punition ? J’t’en prie ? Reste avec moi. » Une punition ? Elle avait pris ça pour une punition ? Mais elle était pour lui la punition. Il s'était puni lui-même. C'était lui qui avait décidé de ne pas s'approcher. Lui qui avait cru bien faire. Quand finalement il s'était contenté de la faire souffrir. Ses mains se figèrent d'abord. Puis il relâcha son visage, évitant soudain son regard. La honte était de nouveau là. Elle n'était pas vraiment partie. Elle était juste demeurée en second plan, latente. Ce n'était pas une simple honte, celle qui nous poussait à questionner nos actes, à regretter nos choix... C'était plus que ça. Le genre de honte qui vous rabaissait plus bas que terre. Vous faisait non seulement questionner tout vos choix, mais aussi votre existence. Méritait-il seulement d'être là, auprès d'elle, après tout ce qu'il lui avait fait endurer ? Les mots se bousculèrent dans la bouche du jeune homme. Un ramassis d'excuses sans valeurs. D'explications sans fondements. Il parvint à lever les yeux vers elle, ne parvenant sûrement pas à dissimuler la honte et la tristesse qui animait son regard. « Je ne voulais pas... » Te faire souffrir. Même ça, il ne parvint pas à le formuler. Ça aurait du être évident. Tout aurait du être évident. Évidemment qu'il n'aurait pas du partir. Évidemment qu'il allait souffrir en s'éloignant d'elle. Qu'elle allait souffrir. C'était une évidence. Il ne pouvait être heureux qu'ensemble. Il ne savait même pas comment il avait pu essayer de se convaincre du contraire. Il était encore en train de se demander comment il avait pu laisser la situation traîner quand elle le rappela à la réalité. « Faut pas qu’on reste ici. » Ah oui. C'est vrai. Dmitri adressa juste un regard aux ordures qui avaient attaqué Maia. Il regardait la jeune femme, aurait pu sourire, s'il en avait eu la force, en l'entendant insulter l'un deux, et lui donner un coup. Il se laissait entraîner par la jeune femme, qui maintenait sa main dans la sienne. Il se rendait compte qu'il avait besoin de ce contact. Il n'avait plus envie de la lâcher. Ni même s'éloigner de quelques mètres. Il voulait la garder tout près de lui, refermer la bulle autour d'eux, et supprimer tout le reste. Le monde extérieur, la douleur, même le passé. Mais il était encore trop hanté par ce dernier. « Il faut qu’on parle. » Oui. Il devait être capable d'aligner plus de quelques mots. Il devait lui expliquer. Il n'avait jamais voulu la faire souffrir. Il n'aurait jamais du s'éloigner. « Tu veux qu’on marche un peu ? » Un nouveau hochement de tête. S'il continuait comme ça, il n'allait pas sortir quoique ce soit. Il devait juste trouver le courage. La force. « Mais d’abord, laisse-moi regarder ça. » Il se laissa une nouvelle fois entraînée par la jeune femme, qui se retrouva soudain à sa hauteur. Son regard l'apaisait. Il s'était rendu invisible. L'avait été pendant toutes ses années, sans elle. Mais quand elle était là, quand elle le regardait, il avait l'impression d'exister. « Merci... Merci d’avoir été là, merci d’être intervenu, mais... Ne refais plus jamais ça ! » Elle le remerciait. Comment pouvait-elle le remercier ? Après ce qu'il leur avait fait endurer, à tous les deux ? Il parvint à sourire. Un sourire triste, empreint de regret et de honte. « Ca va ? » Est ce que ça allait ? La question était plutôt, est ce que ça irait un jour ? Les mains de Dmitri allèrent retrouver les joues de Maia. Elles glissèrent jusque dans son cou. Il dut hausser la tête pour déposer un baiser sur son front. « Maintenant oui. Murmura-t-il enfin contre sa peau. » Ses mains continuèrent à descendre, épousant un instant la forme de ses bras, puis allant trouver le creux de ses reins. Il appuya légèrement, approchant la jeune femme vers lui, comme pour finir de fermer la bulle dans laquelle ils s'étaient mis. Il la regardait, avait accroché son regard au sien, voulant être sûr qu'elle l'écoutait quand il parla. « Ce n'était pas une punition. Je ne voulais pas te faire souffrir. Je pensais... » Quel idiot. Comment est ce qu'il avait pu y croire une seule seconde ? Il avait même honte de l'admettre. « Je pensais que tu serais mieux, sans moi... » Il s'arrêta un instant, comme pour mesurer l'impact de ses paroles sur elle. Il raffermit sa prise dans son dos, appuyant encore avant de continuer : « Mais je me suis trompé. Je me suis comporté comme un idiot... Un lâche. » Elle devait le savoir, s'en était peut-être même déjà rendu compte. Ce n'était qu'un lâche. Il s'était renfermé sur lui-même. Avait laissé le doute l'abrutir complètement, les ombres reprendre le pouvoir sur lui. Mais ça ne pouvait pas durer. Il ne pouvait plus continuer comme ça. Et le seul moyen de s'en sortir, le seul moyen d'arrêter ce manège infernal, cette descente en enfer, il se trouvait en face de lui, dans ses bras. C'était elle. C'était elle depuis le début. Ça avait toujours été Maia. Il n'y avait pas de doute là-dessus. N'en avait plus en tout cas. « Pardonne-moi. Dit-il enfin, la voix rauque. » Pardonne-moi, de t'avoir fait souffrir. Pardonne-moi, d'être aussi lâche. Pardonne-moi d'être moi.
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MessageSujet: Re: dmitri & maia - angel of small death Dim 26 Avr - 14:35

Je n’avais aucun droit de lui faire des reproches, lui ayant fait subir bien pire, ou alors exactement la même chose mais sur tellement plus longtemps. Cela dit, je ne l’avais pas suivi, moi. J’en avais eu envie, évidement, mais je savais pertinemment que, ce faisant, je serais bien incapable de le laisser partir. Et puis, je me savais enceinte à cette époque, j’aurais eu l’air de quoi, neuf mois plus tard, sillonnant l’ombre avec mon gros ventre ? Mon absence avait été plus déchirante parce que je l’avais souhaité ainsi. J’étais partie. J’étais vraiment partie, mettant le plus de distance possible entre lui et moi, même si, en réalité, c’était de sa mère dont je souhaitais m’éloigner, de manière à ce qu’elle ne sache jamais que je n’avais pas totalement respecté le contrat. Un contrat tacite, un contrat supposé offrir une meilleure vie à Dimi, que celle qu’il aurait pu, qu’il aurait du passer avec moi. J’avais été con, et son absence du dernier mois n’avait fait que renforcer ce sentiment, m’exposer à la dure réalité d’un avenir totalement privé de lui. Parce que, durant quatre ans, de mon côté, je n’avais jamais vraiment cessé d’espérer. J’avais cette lumière au bout du tunnel, puisque j’avais quelques cartes en main. Mais lorsqu’il était partit, lorsqu’il n’avait plus donné signe de vie, j’avais été privé de cet espoir, de cette vision floutée d’un avenir éventuel. J’avais été coincée dans le présent immédiat. Un présent dur et froid, un présent qui me rendait malade, qui m’anéantissait. Et je le lui reprochais. Je ne réfléchissais pas vraiment à l’injustice de mes mots, moi celle qui était partie quatre ans, je faisais preuve de trop de spontanéité, de cette colère aveugle née du désespoir. Une colère immédiatement effacée dès que je traduisit ses traits, dès que je vis la réaction que je provoquais en lui. Je ne voulais pas lui faire du mal, ce n’était pas le but de ma réflexion, de mes accusations, je voulais justement qu’on arrête de s’en faire, et qu’il ne me quitte plus. Il devait comprendre que je n’étais pas lui, que je n’avais ni sa force ni son courage, que je ne parviendrais pas à supporter ce que, ironiquement, je lui avais moi-même fait endurer. Je n’avais pas besoin d’une démonstration pour avoir conscience de mon acte, je le regrettais déjà suffisamment ainsi, alors non... Non, cette punition ne pouvait pas continuer, pas s’il voulait pouvoir me retrouver ensuite. Parce que Dieu seul sait ce qu’une semaine ou deux de plus auraient donné chez moi, lorsque l’espoir se serait totalement désintégré dans le désespoir. C’est ce que je tentais de lui expliquer, c’est ce que je cherchais à lui faire comprendre, mais sa réaction n’eut rien d’attendu. Il s’était déjà affaissé lorsque j’avais évoqué la démence dans laquelle je croyais avoir sombré en l’imaginant derrière moi, tout le temps, en permanence. Mais ce n’était rien en comparaison de sa réaction lorsque je prononçais le mot «punition». Il ne parlait pas, ou très peu, se contentant de m’informer, plus tôt, que sa blessure à la joue n’était rien, alors je devais traduire, je devais lire et déchiffrer, ce qui n’était pas difficile. On le disait inexpressif, mais il était tout le contraire. Il parlait tellement avec ses yeux, avec ses traits, avec la position qu’adoptait son corps. Et là, ce que je lisais, n’avait rien à voir avec des remords. C’était pire, bien pire. C’était de la honte. Je savais, je connaissais, je l’avais expérimenté moi-même il n’y a pas si longtemps, et je la ressentais encore, à nouveau, face à sa honte à lui, regrettant immédiatement mes mots. J’aurais pas du lui reprocher quoique ce soit, je ne méritais rien de tout ça. Enfin si, la souffrance, la démence de la privation, ça je méritais. Mais je ne méritais pas de nourrir des reproches, de les exprimer, et de provoquer ça chez lui. « Je ne voulais pas... » Je le savais maintenant, et je regrettais mon état, je regrettais d’avoir baissé les bras si facilement, de m’être abaissée à n’être plus rien sans lui. J’avais été égoïste. J’avais endossé toute la responsabilité de sa fuite par orgueil, sans imaginer un instant qu’il pouvait avoir d’autres raisons de faire ce qu’il faisait. « Pardon. » je m’excusais, alors, dans un murmure, regrettant mes paroles, mes mots précédents, avant de l’inviter à quitter cette ruelle dans laquelle nous ne nous étions que trop attardés. Je récupérais mon sac, et après un dernier coup porté à l’un de ces connards qui avaient cru pouvoir s’amuser avec moi ou de moi, je rejoignais la rue vivante et bruyante sans jamais lâcher sa main. C’était trop important, c’était même vital, il ne devait plus s’éloigner, je ne devais plus prendre ce risque. Je connaissais les conséquences désormais, je serais plus prudente. Il fallait qu’on parle, il fallait que je lui parle, que je lui avoue tout. J’avais cru avoir le temps, mais il n’en était rien. Il pouvait disparaitre à tout moment, il pouvait ne plus jamais souhaité me revoir, et je voulais qu’il sache avant de s’évanouir dans la nature. Je voulais qu’il ait toutes les informations pour pouvoir décider de lui-même si oui ou non, je valais la peine d’être pardonnée. C’était sûrement très égoïste de ma part, sachant que je voulais, à l’origine, attendre de le juger prêt pour ruiner tout ce qu’il avait toujours cru savoir sur sa mère, mais... Lorsqu’il était partit, lorsqu’il m’avait laissé seule dans le noir, je n’avais fait que penser à ça, penser au fait qu’il ne savait pas, qu’il ne savait même pas. Au moins, il avait su pour Alek. Et pas grâce à moi. J’avais tant voulu prendre mon temps afin de l’épargner, de le préparer, sans même réaliser que du temps, nous en avions assez perdu comme ça. Il fallait qu’on parle, il acceptait, je voulais marcher un peu, il acceptait aussi, et puisqu’il ne lâchait pas ma main, je me sentais un peu mieux à chaque seconde, un peu moins sur le qui-vive, sans pour autant relâcher mon attention du coin de l’oeil. J’avais besoin de le voir, de le contempler, de m’assurer qu’il était bien là, qu’il ne s’agissait pas de la création de mon esprit dérangé. Et j’achevais ma course sur une marche afin de me mettre à sa hauteur, l’observer réellement, et prendre la mesure de l’étendue des dégâts sur sa joue. Est-ce qu’il allait bien ? Il avait l’air si mal en point. Pas que sa joue, non, l’intégralité de son être. Pire encore que lorsque je l’avais retrouvé, ou plutôt qu’il m’avait retrouvé, le premier soir, au bar. Ça me semblait si loin déjà. Pour toute réponse il alla déposer ses lèvres sur mon front, pour y murmurer un « Maintenant oui. » qui relança mon coeur. J’avais pas eu l’impression qu’il s’était arrêté, et pourtant, il tambourinait tellement fort qu’il ne pouvait que vouloir rattraper son retard de battements. Et puis, il quitta mon front et me rapprocha de lui, réaffirmant l’étreinte qui n’en finissait que lorsqu’il partait. C’était ainsi depuis qu’il m’avait retrouvé, il m’approchait, me serrait contre lui, m’aimait comme il ne suffirait pas d’une vie à d’autre pour l’expérimenter, et puis il partait. Pas de transition, jamais de transition. C’était tout l’un ou tout l’autre. Et je me laissais faire à chaque fois, n’étant réellement vivante qu’entre ses bras, tandis que les miens, cette fois, glissaient sur ses épaules, entourant son cou, pour se plier dans le vide et que mes mains s’en aillent remonter dans ses cheveux, contre l’arrière de son crâne. Au moins, nos corps semblaient moins stupides que nous, moins prompts à se faire du mal. « Ce n'était pas une punition. Je ne voulais pas te faire souffrir. Je pensais... » c’était quoi alors ? Si ce n’était pas une punition, quel était le sens de tout ça ? « Je pensais que tu serais mieux, sans moi... » Voilà, c’était là, le parfait parallèle de cette même souffrance que j’avais provoqué en lui, pour les exactes mêmes raisons. Stupides, évidemment, naïves et cruelles. On s’était gâché, on s’était à moitié tué par manque de franchise. Et ça faisait mal. Cette prise de conscience faisait divinement mal. J’avais envie de hurler de frustration, de le gifler, de pleurer toute ma rage envers lui, envers sa mère, mais surtout envers moi-même. Et mes lèvres se pincèrent pour retenir ces mots, ce flot de colère que je regretterais immédiatement, je le savais. « Mais je me suis trompé. Je me suis comporté comme un idiot... Un lâche. » Je lui en voulais de tout ces mots, ces maux qu’il se réservait, incapable de faire le lien entre son comportement et le mien. Il se jugeait idiot et lâche pour des actes que j’avais commis moi-même, et pourtant, il ne me reprochait rien. Comment pouvait-il être aussi aveugle ? « Dmitri... » j’appelais, j’implorais pour qu’il cesse, pour qu’il n’en rajoute pas encore, pour qu’il ne mette pas à mal le peu de contrôle dont je faisais preuve. Mais il poursuivit. Ignorant mes alertes visuelles et sonores. « Pardonne-moi. » Non ! Non ! Non, je ne pardonnais pas ! Et je le repoussais de toute mes forces. Je le faisais pour le gifler ensuite, mais ce dernier geste ne partit jamais, tant la simple distance suffisait à faire mal, à remettre les idées en place. « Arrête ! Par pitié, arrête ! » je criais peut-être un peu, mais je suppliais surtout, mes deux mains m’attrapant le visage pour reporter ma propre violence envers moi. « Arrête de demander pardon, arrête de t’en vouloir, arrête de te rabaisser comme ça, je le supporte pas ! » je grinçais encore. « Je suis partie quatre ans, Dmitri ! Quatre ans ! Tu as disparu quelques semaines ! Comment tu peux t’en vouloir autant sans jamais me reprocher quoique ce soit ? J’aurais voulu que ce soit une punition, joder ! Au moins ça aurait eu du sens ! J’aurais pu l’accepter ! Là... Là... Ça ne rime à rien, on s’est juste encore fait du mal pour rien, pour absolument rien ! Je t’aime, est-ce que tu peux le comprendre, ça ? Je t’aime, cabron ! Je ne peux pas être mieux sans toi parce que JE NE PEUX PAS ÊTRE sans toi ! » Et tant pis si les passants me regardaient bizarrement, tant pis si quelques fenêtres venaient de s’ouvrir pour connaître l’origine du raffut, je n’en avais même pas conscience. « J’ai commis une monumentale, une colossale erreur, alors venge-toi, punis-moi, mais ne me dis surtout pas que tu as fait ça pour que je sois heureuse ! Ça n’a pas de sens, Dimi... » Dimi... Et non Dmitri. Parce que je m’étais adoucie, parce que j’avais tant crié que je n’avais plus de force, du moins juste assez pour étirer un bras, attraper son col de veste, le rapatrier jusqu’à moi, nouer mes bras autour de ses épaules, et enfoncer mon visage dans son cou. « T’es pas un lâche et t’es pas idiot... » je murmurais, d’ailleurs, depuis ma planque. « T’es l’homme le plus fort que je connaisse. Je sais que t’es cassé, je sais que je t’ai cassé, mais t’as tenu quatre ans là où j’ai même pas supporté un mois. T’es fort, t’es incroyablement fort. N’en doute jamais. » j’assurais en sortant la tête de là pour l’observer, le regarder le contempler, virant délicatement quelques boucles de son front. « Et j’ai rien à te pardonner, tu n’as rien fait de mal. Le refais plus, c’est tout. On ne se quitte plus. » C’était pas une question, ni une suggestion, c’était même pas un ordre, juste un fait. On ne se quitterait plus. J’avais conscience que ce ne serait pas idyllique, ni un conte de fée, je n’étais pas assez naïve pour ça, on avait énormément de choses à réparer. Mais on ferait front ensemble, on surmonterait tous les obstacles un à un. « Ensemble on peut tout faire. » je lui promettais même. « Mais pour ça, plus de silence. On se dit tout. » C’était la condition indispensable si on voulait repartir ensemble, si on voulait réinstaurer une forme de confiance qui nous éviterait de paniquer dès que l’autre passerait la porte d’entrée pour aller faire les courses.  « Viens, je veux te montrer un endroit secret. » Mais on allait pas faire ça ici, pas en pleine rue, pas alors que les fenêtres ne s’étaient pas toutes refermées et que certains attendaient une suite façon porno amateur ou pire. Non, la suite n’appartenait qu’à nous. Alors, je récupérais sa main pour le conduire jusqu’à cet endroit, pas très loin. Puis finalement, j’enlaçais sa taille, ne parvenant à me contenter juste de sa main. Et je souriais, timidement, sans pouvoir m’en empêcher. J’étais presque sereine. On allait y arriver. On y parviendrait. Ensemble.
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dmitri & maia - angel of small death

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