It's New York City bitches ! And it's my motherfucking dream

Partagez|

[LIBRE] Début.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
MessageSujet: [LIBRE] Début. Dim 15 Fév - 20:08

Début.
But I must explain to you how all this mistaken idea of denouncing pleasure and praising pain was born and I will give you a complete account of the system, and expound the actual teachings of the great explorer of the truth, the master-builder of human happiness. No one rejects, dislikes, or avoids pleasure itself, because it is pleasure, but because those who do not know how to pursue pleasure rationally encounter consequences that are extremely painful.
« Je n’ai jamais vraiment cru qu’il était possible de vivre ailleurs qu’ici. J’en ai eu souvent envie pourtant. La grande ville, les milles et une possibilité d’exister dans la folie urbaine. Puis… J’ai toujours eu l’envie de vivre la fournaise New-Yorkaise de l’intérieur mais… Je n’ai jamais eu le courage. Moi j’ai peur, sans cesse. A l’idée de perdre ma mère, à l’idée de ne pas réussir à élever cet enfant qui vit en moi, à l’idée de perdre la ferme. Tous m’angoisse, absolument tout alors… Comment veux-tu que j’ose aller à la ville ? Je me demande comment tu fais toi. T’as peur de rien… Tu sais quoi Lys ? Merci. D’avoir passé ces quelques jours avec nous puis… De m’avoir écouté surtout. Tu sais ici, on parle pas trop puis… Les douleurs d’une femme au foyer on s’en fout un peu alors… Tiens. C’pas grand-chose mais… Au moins ça te permettra de tenir plusieurs jours sans avoir l’estomac dans les talons puis… Voilà, une couverture et des vêtements propres. C’pas grand-chose, tu m’as offert une tranche de vie alors… Merci. »

La voix lointaine résonne, emportée par le vent, elle trace sur tes lèvres séchées un sourire de satisfaction. Tu te souviens de son regard de mère tranquille, de sa peau parcheminée par les longues heures passées à remuer la terre dans l’espoir secret de faire, cette année encore, une bonne récolte. Jane. Fermière sans visage, inconnue aux regards des puissants mais qui, sans réellement le vouloir, avait laissé en ton esprit une trace qui jamais plus ne pourrais s’effacer. Ce n’était qu’une rencontre, une de plus s’ajoutant à la longue liste des visages et des mots échangés peuplant ta route. Tu aimais ça. La rencontre, l’instant de partage, la tranche de vie dévoilée dans un murmure, dans un silence, dans un regard. Vie que tu croques, que tu dévores, sans cesse haletante, à la recherche de l’extase de l’instant. On ne te comprend pas souvent, jamais pour ainsi dire. Pour autrui tu ne demeures qu’un mystère, un être de passage portant dans ses bagages plus de savoir qu’un homme ayant vécu cinquante années de ta vie. Et toi tu aimes ça. Raconter les frasques, les dangers, les rencontres étranges qui rythmèrent ton existence d’expériences riches parfois effrayantes. Tu te souviens de cette nuit dans  le cimetière, tu traversais ce soir là un petit village de l’ouest américain et n’avait pu trouver une maison acceptant de t’héberger. Tu avais fini dans un tombeau que le gardien du cimetière avait accepté de t’ouvrir en échange d’un peu de ton temps. Expérience cocasse que tu ne réitérais néanmoins plus jamais. Tu n’avais beau croire aux fantômes, le souffle de la mort glacée laissa sur ta nuque un souvenir bien fade et triste. Enfin… Ce n’était qu’une histoire de plus à laquelle ils pouvaient croire ou non. Tu passais parfois pour un clown ou pour une folle ayant depuis bien longtemps quittée les chemins de la raison. Il faut dire que tu n’appartenais à aucune case. Pas tout à fait une saltimbanque, pas tout à fait une sans abrie, pas tout à fait une femme. C’était dérangeant, ne pas pouvoir te classer, te nommer, justifier ton existence qui ne répondait à aucune logique, à aucune gouvernance. Parce que tu étais née liberté.

Et elle t’avait mené ici. Dans ce New-York qui faisait tant peur à ta fermière. Dans ce New-York que tu avais longtemps fantasmée, suant à l’idée des milliers de kilomètres qui restaient à parcourir pour rejoindre la fournaise américaine. Mais voilà. L’aboutissement du périple, le repos après la lutte contre le temps, le vent, la nuit, l’hiver et sa morsure glaciale. Ici, tu n’étais pas plus qu’à rien. Une ombre aux cheveux fauves traçant dans son sillage des tourbillons de feux. Aucun regard qui ne s’arrête, aucun visage qui se questionne. Tu es une ombre parmi les ombres, un pantin parmi tant d’autres, une nouvelle sans histoire, dont tout le monde se fiche : invisible.
Un sourire retrousse tes lèvres à cette pensée. Il était agréable de pouvoir parcourir les rues sans se sentir épiés, observés, imaginés. Toi qui avais connu le communautarisme des paysans de l’ouest, la colère de ceux qui n’acceptent aucun étranger, le racisme également. Parce que les gens ont peur, parce qu’aucun ne supporte l’image d’une demoiselle sans mère patrie, sans histoire, sans attache. Pourtant, tu n’étais pas dès plus désagréable à vivre, gentille, aimante, généreuse toujours à offrir un sourire à celui venant cueillir tes histoires. Mais qu’importe. Qu’importe l’avant et le passé seul compte le pavé sous tes semelles usées. Tu ne ressembles plus à grand-chose. Manteau long, d’un orange jadis flamboyant devenu pastel, usé par le vent. Jean usé, basket trouvé et visage cerné, tâché de grains d’automnes, les traits tirés, tu n’as pas dormit depuis deux jours mais cela ne te pause aucun problème. Il te faudra attendre encore un peu. Pour l’instant, tu ne songes qu’à tes poches vides et à ton estomac criant famine. Tu es perdu dans le grand Manhattan, tu ne connais pas les rues, ni New-York, ni les endroits où il sera plus facile pour toi d’attirer le regard des passants. Tu n’as pas eu le temps de prendre tes marques, pas le temps d’appréhender la ville ni même de trouver un toit pour te protéger des nuits glaciales. Ou dormiras-tu ce soir ? Tu avises ton reflet dans la vitre d’un magasin et ton sourire s’efface doucement. Avec une mine pareille il était difficile à parier que quelqu’un t’accepte sous son toit. Une chance que nous fûmes en hiver sans quoi l’odeur âcre de plusieurs journées de marche viendrait parfaire le tableau de la parfaite petite mendiante. Tant pis, tu n’as pas vraiment peur de dormir de la rue, ni du froid, ni de rien. Cela fait bien longtemps que tu as cessé de t’inquiéter pour si peu, habitué aux aléas, aux tourments, aux obstacles inattendues et contraignants. Sans doute ne vivais-tu que pour ça. Un jour, tu trouveras un crayon, un rouleau de p.q. et tu conteras ton histoire. Il te manque juste un compagnon de route, quelqu’un qui accepte ta sauvagerie, de vivre sans rien, au jour le jour et vogue la galère. Non. Bien sûr. Qui accepterait une telle vie ? toi-même tu ne pourras demeurer une éternité sur les routes. Ton corps serait le premier à en souffrir et… Que feras-tu lorsque ce jour viendra ?

Tu chasses tes pensées et t’installe à l’angle d’une rue. Tu ne sais pas réellement pourquoi tu as choisit cet endroit. Parce qu’il y a du monde, parce que la population semble contrastée, ni trop riche, ni trop pauvre et que, parmi ces âmes, une ou deux pourrait se faire alpaguer par tes mots.
Tu commences par une chanson. Ta voix délicate, soyeuse et modulée par de tendres aigues volatiles s’élèvent, survolent le brouhaha des passants trop occupés à se réchauffer péniblement pour t’écouter. Qu’importe, tu fermes les yeux et tu continues. Ainsi, deux puis trois comptines s’enchainent avant que tu ne mettes en musique l’histoire de ta fermière. L’histoire de ta petite Jane oubliée, veuve esseulée devant subvenir au besoin d’une mère mourante et d’un enfant bientôt naissant. Histoire à l’apparence triste mais que tu sais embellir pour n’en révéler que les instants les plus doux, les plus tendres, les plus lumineux et pleins d’espoirs.

Lorsque tes paupières s’ouvrent à nouveau, c’est un amas de quelques pièces lâchées vulgairement à tes pieds que tu aperçois. Tu souris faiblement, t’en saisis avant de te redresser tant bien que mal. Ton épaule percute quelque chose. Tu sors de tes rêveries, redresse le visage et ton regard de miel rencontre les abysses de deux pupilles sombres.
« Mes excuses. » Tu murmures doucement, encore perdu dans les volutes de tes souvenirs transformés en histoire merveilleuse.
crackle bones
Revenir en haut Aller en bas

[LIBRE] Début.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
i have a motherfucking dream ::  :: Archives :: Anciennes Archives-