It's New York City bitches ! And it's my motherfucking dream

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Hopeless wanderer ϟ Maia

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MessageSujet: Hopeless wanderer ϟ Maia Sam 14 Fév - 13:28

Une simple porte. Lever la main, appuyer sur la sonnette, attendre. Mais il n'y arrivait pas. Bloqué par une simple porte en bois. Peut-être qu'elle n'était pas là. Peut-être que ce n'était pas elle. Peut-être qu'on lui avait juste fourni cette adresse pour se débarrasser de lui. Il y avait trop de peut-être. Trop d'incertitude. La peur, qui le rongeait littéralement de l'intérieur. Peur de la perdre, encore. Peur de se perdre, encore. Il ne voulait pas replonger. Il n'y survivrait pas. Il était venu au bar, comme presque tous les soirs. Mais elle n'était pas là. Il avait attendu, en vain. Il attendait depuis quatre ans. Rien n'avait vraiment eu d'importance. Jusqu'à ce qu'il la retrouve. Maia. Il avait l'impression d'émerger peu à peu, grâce à elle. Chaque jour, il regagnait un peu d'espoir. Chaque jour était une nouvelle bataille, un nouveau pas de franchis vers la surface. Mais ce soir, elle n'était pas là. Il se tortura l'esprit pour trouver une explication. Peut-être qu'elle était malade. Peut-être qu'elle avait eu un problème sur le chemin. Peut-être qu'elle avait des ennuis. Peut-être qu'il se réveillait enfin et qu'il ne réalisait que maintenant que tout n'avait été que le fruit de son imagination. C'était peut-être ça le pire. Même après l'avoir vu plusieurs fois, après l'avoir serré dans ses bras, étreinte jusqu'à ne plus pouvoir en respirer, embrassé plus qu'il ne pouvait compter, même après tout ça, il doutait. Dmitri Vadim Romanov n'était pas sûr de lui. Il ne l'était plus. Il feignait de l'être. Mais devant elle, son âme était mise à nue. Il ne pouvait se cacher. Il ne pouvait ignorer ce qu'il était devenu. A quel point il avait changé. Et à quel point il avait peur de rester ainsi pour toujours. Il savait ce qu'il devait faire quand il était avec elle. Mais il ne parvenait pas à voir plus loin. Il se contentait de nourrir la bête, répondre à son besoin d'elle, d'eux. Il pensait aller mieux. Un petit peu. Mais il suffisait qu'elle ne soit pas là, juste une fois, et il était perdu. Déboussolé. Apeuré. Les mains qui tapaient sur le bar d'un geste impatient, le regard vif, scannant tous les visages qui pénétraient dans le bar, avec la même excitation à chaque fois que quelqu'un poussait la porte, et la même cruelle déception quand il se rendait compte que ce n'était toujours pas elle. Il finit par demander au barman. Non, elle ne travaillait pas ce soir. C'était le cas normalement. Pourquoi est ce qu'elle n'était pas là ? Avait-elle pris peur ? Est ce qu'elle l'avait abandonné, une nouvelle fois ? Son cœur se serra, douloureux, et un goût amer se forma dans sa bouche. Il hésita plus d'une fois à utiliser le numéro qu'elle lui avait donné. Mais il n'y parvint pas. Les mots se bousculaient toujours dans son esprit, indécis, brouillons. Alors il finit par demander son adresse. Il s'était attendu à devoir batailler plus longtemps, mais quelque chose chez Dmitri sembla le convaincre. Le désespoir dans son regard, la pitié ? Il n'aurait su dire. Mais même avec cette information, il hésita. Et si elle venait plus tard ? Et s'il la ratait ? Et si elle ne voulait juste pas le voir ? Et si elle n'avait plus besoin de lui, quand lui avait si besoin d'elle ? Avait-il ruiné toutes ses chances ? Était-il trop brisé ? Était-ce trop tard ? Sur un coup de tête il quitta le bar. Le doute s'insinuait dans son esprit, vicieux, sournois, et faisait plus de mal que de bien. S'il voulait une réponse, il suffisait de la trouver. Il ne savait pas à quelle distance du bar l'adresse se trouvait-elle mais il décida d'y aller à pieds. Il s'arrêta qu'une fois devant, regardant le bâtiment de haut en bas. Est ce que c'était là qu'elle avait passé ces quatre dernières années ? Il s'approcha, doucement, nerveusement. Maintenant qu'il était là. Devant la porte. Cette fichue porte. Son regard fixé sur l'étiquette portant le nom de Maia. Il n'arrivait plus à se décider. Appuyer sur cette sonnette, c'était reconnaître qu'elle était là. Vraiment là. Et que tous ses doutes, toutes ses peurs, ne venaient que de lui, et de son esprit torturé. Elle était si proche et en même temps si éloigné. Après ce qui lui semblait une éternité, il appuya. Après trois sonneries il entendit sa voix. C'était elle. Ça ne pouvait qu'être elle. Mais il demeura muet. Il ne parvint pas à articuler quoique ce soit, son esprit complètement bloqué. Il n'y arrivait pas. Il avait essayé, plus d'une fois, lors de leurs rencontres. Mais c'était trop compliqué. Comme s'il risquait d'éclater la bulle qu'ils s'étaient formés. Il avait peur. Trop peur. Il ne pouvait pas. C'était trop dur. Il était trop brisé. Une cause perdue. C'était trop tard. Il se retourna, décidé à partir, à se torturer l'esprit chez lui, quitte à s'assommer avec de l'alcool pour oublier. Sauf qu'une petite sonnerie retentit, signe qu'on avait ouvert la porte. Il s'arrêta, se retourna, et porta son regard sur les étages. Est ce qu'elle l'avait vu ? Il ne décerna rien, la nuit rendant difficile de repérer quoique ce soit. Comme si c'était la réponse à tous ses doutes, Dmitri pénétra finalement dans le bâtiment. Il monta les escaliers, jusqu'à s'arrêter devant la porte, légèrement entrouverte. Il leva sa main, doucement, et la poussa. Elle était là. C'était elle. Maia. Au milieu de la pièce. Il ne pouvait détacher son regard du sien. Paralysé, toujours sous le choc de la voir, vraiment. Elle était magnifique. Sa Maia. Il ouvrit la bouche et ne reconnut pas lui-même sa voix lorsqu'il prononça : « Tu n'étais pas là. » Ce soir. Hier. Pendant quatre ans.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Dim 15 Fév - 3:49

Il était venu chaque soir. J’avais tenu à être là chaque soir. Je ne voulais pas le rater, jamais, pas après tout ce que je lui avais fait endurer, pas alors que j’avais été le bourreau et non la victime, rôle que je m’étais plu à revêtir. Alors, j’avais enchainé les heures supplémentaires, les nuits sans sommeil, et ses coups entre mes reins. Toutes les nuits je m’étais offerte à lui, le voyant réapparaître un peu plus à chaque fois, un peu plus longtemps aussi. Je rêvais de l’entendre parler, de voir naître le désir de me garder dans ses bras... Mais, à chaque fois, il n’y avait que silence et disparition soudaine. Il restait toujours un peu plus longtemps, de jour en jour, de nuit en nuit, mais jamais assez, jamais complètement, et le temps d’un battement de paupière, d’une courte inattention, il n’était plus là. Je tenais en sachant qu’il reviendrait le lendemain, que je le verrais c’était certain. Comme une Psyché attendant son Eros, les minutes de chaque jour ne s’égrainaient que dans l’attente du soir, de l’instant où il passerait la porte du bar pour réclamer ce qui lui appartenait. Ducky ne posait plus la moindre question, il avait compris, il avait accepté, sans broncher, de me voir m’épuiser un peu plus chaque nuit en cumulant des heures qui n’étaient pas les miennes. Il avait un peu froncé des sourcils, et jeté ce regard paternaliste sur moi, il m’avait demandé comment allait Alekseï pour voir jaillir cette pointe de culpabilité dans mon oeil. Mon fils, ce fils que je voyais moins, que je croisais à la sortie de l’école et déposais chez ma voisine, avant de retourner au bar. Ce fils que j’aimais plus que tout mais qui devait son existence à ce père que je devais reconstruire. Alors oui, évidemment que mon coeur se serrait chaque fois que ses bras s’accrochaient à mon cou, cherchant à me retenir, mais... Je ne pouvais pas, je ne pouvais juste pas l’imaginer, Lui, en train de m’attendre, de m’espérer, et de ne me voir jamais arriver. Je ne pouvais pas parce que je savais exactement ce que ça lui ferait. C’est pour cette raison que j’avais cherché, en vain, une solution, imaginant m’absenter un court instant de l’appartement, juste pour me rendre au bar et l’attendre, lui laisser un message éventuellement, n’importe quoi lui signifiant ma présence, quelque chose apte à réfréner ce sentiment de panique saturant mes veines depuis le coup de fil de l’école, celui m’informant qu’il fallait que je passe récupérer mon fils souffrant. Un peu de fièvre, la gorge qui gratte et le nez qui coule, je venais d’hériter d’un petit garçon amorphe, les larmes aux yeux. Un petit garçon que j’avais tenté de soigner le mieux possible, fixant de l’oeil cette horloge accusatrice à la trotteuse impérieuse. Je ne pouvais pas laisser Alek, je ne pouvais pas le confier à quelqu’un d’autre dans cet état. Il était ma priorité, il le serait toujours. Alors, j’avais laissé la nuit tomber, mon portable bien en évidence sur la table basse, avec l’espoir qu’il se mettrait à sonner, annonçant un appel ou un simple message-texte. J’avais compté les minutes de chaque heure, j’avais tourné en rond, j’avais torturé mes mains, mes ongles, mes lèvres, j’avais eu envie de fondre en larmes à de nombreuses reprises. Le bar fermait à deux heures. Il était déjà vingt-deux heures. Puis vingt-trois heures. Puis minuit. Alek était au lit. Plus rien pour m’occuper l’esprit. Je vérifiais ma réception toutes les minutes, appelais une ou deux fois au bar, avant de raccrocher sans attendre qu’on me réponde, réalisant que je ne saurais quoi leur dire. ‘Est-ce que Dmitri est là ?’, ils ne savaient même pas qui était Dmitri. Ils devaient bien se douter de ce qu’on faisait, chaque nuit, lorsque je m’absentais avec lui, mais on n’évoquait pas ce genre de chose, on n’en parlait pas. Je crois que, quelque part, Ducky avait compris, qu’il avait su, dès le premier soir, qui était réellement Dmitri. Il connaissait suffisamment mon fils pour le reconnaitre dans les traits du père. Il savait. Et parce qu’il savait, peut-être qu’il nous aiderait ? Il était minuit passé de quatre minutes lorsque l’interphone se mit à grésiller. Un interphone auquel je répondais essentiellement pour l’empêcher de grésiller davantage et réveiller mon fils. Un interphone qui sonnait souvent en pleine lui, dans ce quartier ponctué de bars et d’ivrognes enivrés. En général, on répondait à mon « oui » par des rires gras ou des insultes, voir même, parfois, une demande en mariage. Ce soir, rien. Absolument rien. Le silence couvrant presque les parasites de la ligne. J’allais raccrocher et retourner à mes cents pas lorsqu’un doute me prit, ou un espoir, je ne sais pas, et, traversant la courte pièce, je sautais presque contre la fenêtre, écartant le lourd rideau pour entrevoir la rue quatre étages plus bas. J’allais ouvrir la vitre pour m’offrir un meilleur angle, lorsque la silhouette apparue, sortant de l’angle mort de la porte pour reculer jusqu’à l’extrémité du trottoir. C’était Lui, il était là. Il était venu, il... Mon dieu. Je n’eus pas le temps de réaliser que, déjà, j’étais de retour à l’interphone pour appuyer sur le bouton d’ouverture de porte, et revenir, en courant, sur mes pas, afin de m’assurer, depuis la fenêtre, qu’il ne reculerait pas. J’étais prête à lui courir après s’il le fallait, dévaler les quatre étages et m’essouffler dans la rue dans le simple espoir de le conserver auprès de moi. Je n’en eu pas besoin, puisqu’il disparu, bientôt, dans l’angle mort de la porte, pénétrant dans le bâtiment où je me trouvais. Un bâtiment où Alek se trouvait également. Voilà, c’est en cet instant précis que je prenais conscience de ce que je venais de faire, et des risques encourus. Bientôt, il serait là, dans mon antre, mon domicile, mon intimité, cette intimité que je partageais avec mon fils, avec son fils, celui qu’il ne connaissait pas, celui dont il ignorait l'existence, celui dont je n’étais pas encore prête à évoquer. Rien n’était très clair dans ma tête, je n’avais pas réfléchis aussi loin, pour la bonne et simple raison que jamais je n’aurais pensé l’emmener ici, l’inviter à m’y rejoindre et à entrer pour constater. Un constat que je tentais de retarder, en retournant, paniquée, m’assurer que mon fils dormait toujours, remontant les draps sur son petit corps, et vérifiant d’un baiser que la fièvre était bien tombée. Un constat que je chassais en refermant la porte de la chambre d’Alek, dans mon dos, avant de jeter un regard désolé à la pièce de vie jonchée de jouets, vêtements d’enfant, et autres médicaments trônant en évidence. J’étais une mère, mon appartement ne pouvait pas ressembler à celui d’une célibataire, même si, dans la dernière minute, je tâchais de jeter vêtements et jouets sous le canapé, glissant une dernière peluche, du pied, sous un meuble, alors que la porte -que j’avais entrouverte pour lui- s’ouvrait plus franchement. Je me figeais, les doigts se tordant entre eux, le regard fixe sur celui qui reflétait ma silhouette ridiculement immobile. Il était là, lui aussi figé, tout comme moi, et... Différent. Toujours aussi détruit, mais... Un peu plus comme avant. Il avait cette même lueur dans les yeux, celle qu’il arborait, habituellement, lorsqu’il était en moi, lorsqu’il savait que j’étais là. Sauf que, cette fois, il l’avait à distance, sans aucun contact physique, comme si... Comme s’il ne doutait plus. Et pour la première fois, la toute première fois, il fit entendre sa voix. « Tu n'étais pas là. » et mon coeur, vrilla. J’aurais pu en pleurer de soulagement, d’émerveillement, de déchirement. Lui, il était là. Totalement là. Complètement là. Et tout comme je ne parlais pas de sa simple présence sur le seuil, je me doutais qu’il n’évoquait pas mon absence au bar. Pas seulement. Et ce fut avec ce même sens profond que je répondais : « J’aurais voulu être là. » Être là, ce soir. Hier. Pendant quatre ans. J’aurais tellement voulu être là, tout le temps, pour toujours. Si seulement il pouvait comprendre à quel point j’avais eu mal, à quel point je souffrirais toute ma vie de cette erreur, alors il comprendrait à quel point il était inimaginable que j’autorise quiconque à nous mettre en danger. Pas même moi. Hésitante, j’approchais d’un pas, puis d’un autre, gagnant en confiance à chaque centimètre gagné, avant de finir rapidement contre lui, mon corps projeté contre le sien, mon corps s’enroulant autour du sien, mes bras, mes doigts, accrochant, serrant, dans une étreinte de soulagement, une étreinte de retrouvailles parce que, cette fois, je le savais, c’était moi qu’il réceptionnait contre lui. C’était la certitude de ce moi, c’était la conscience de ce moi. « Je suis là, maintenant. » j’affirmais, je promettais, je jurais sur tout ce que j’avais de plus cher, avant de me décrocher légèrement de son corps afin de m’aménager un accès jusqu’à ses yeux. Mes mains encerclèrent ses joues, mes doigts caressèrent ses pommettes, ses tempes, et mon regard accrocha tout le reste, de son menton à son front, en passant par ses lèvres, vérifiant, s’assurant, se rassurant. « Ecoute-moi. » S’il ne voulait pas parler, je ne le lui imposerais pas, pas plus que je ne le forcerais à m’entendre beaucoup. Mais il devait savoir, il devait comprendre, il devait accepter ça, juste ça : « Je voulais être là, j’aurais dû être là. Mais on m’en a empêché. » Ce soir, comme hier, comme il y a quatre ans. « C’est pas grave si tu ne me crois pas... » j’affirmais, dans un sourire timide mais serein, tout en échappant une main, pour claquer la porte dans son dos, l’enfermant avec moi, auprès de moi. « ... J’ai toute la vie pour te le prouver. » Je serais là, je ne bougerais pas, je ferais tout ce qu'il aurait envie de faire. Parler ? Garder le silence ? Lui expliquer ? Me taire ? Faire l'amour ou simplement se tenir là, comme ça, dans une étreinte interminable ? Se toucher, se contempler ? Qu'importe, je serais là, je l'aimerais de toutes les manières qui soient. Pour la vie. Toute la vie. Et au-delà.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Dim 22 Fév - 16:28

Elle était là. Il ne l'avait pas vu pendant un jour. Et, déjà, l'absence avait été trop grande. Il ne l'avait pas vu pendant quatre ans. Et l'absence l'avait détruit. Mais elle était là. Et il n'avait besoin de rien d'autre. N'avait jamais eu besoin d'autres choses. Sa simple présence suffisait à l'apaiser. Sa simple présence suffisait à calmer, un temps, le flou dans son esprit. Il s'interrogeait, encore, avait peur, toujours, mais petit à petit, ça s'apaisait. Comme un médicament qui tout doucement faisait son effet, comme une drogue qui à chaque fois apaisait le manque. Mais il avait envie de plus. Toujours. A chaque fois. Tous les jours, il réclamait sa dose, d'elle, d'eux. Et ce soir, quand il avait cru, pendant un instant, qu'il ne l'aurait pas, il s'était imaginé replonger. Les démons n'étaient jamais très loin, encore à proximité, toujours prêts à l'envahir. Ce n'était pas le genre de démons dont on pouvait se débarrasser si facilement. Pendant quatre ans, ils avaient grandi à ses côtés, envahi ses nuits, pourri ses journées, allant jusqu'à l'empêcher certains jours de se lever. Il avait rejeté toute la faute sur Maia. Souvent. Mais il savait aussi qu'au final, ses démons étaient une part de lui. Peut-être qu'ils avaient toujours été là et qu'ils avaient simplement attendu le moment le plus vulnérable pour attaquer. C'était réconfortant, par moment, de simplement rejeter la faute sur ses démons. Mais au final ce n'était que lui. Lui et ses démons. Lui et ses faiblesses. Sauf qu'elle était là. Sa force. Maia. Même si pendant – trop – longtemps ça n'avait pas été le cas. Aujourd'hui, il l'avait retrouvé. Peut-être pas hier. Peut-être pas il y a quatre ans. Mais il savait qu'elle était là aujourd'hui. « J’aurais voulu être là. » Lui aussi, il aurait aimé. Il avait espéré, l'avait supplié d'être là. Mais elle n'était jamais venue. N'avait jamais répondu à ses appels. Aujourd'hui c'était le cas. Peut-être que c'était trop tard. Peut-être qu'il n'était plus possible de réparer les dégâts. Mais il savait aussi qu'il n'était rien sans elle et quitte à devenir fou, il préférait l'être à ses côtés. Elle s'approcha et il ne la quittait toujours pas des yeux. Toujours impressionné de l'effet qu'avait un simple regard sur elle. Il se rappelait encore de la première fois qu'il l'avait vu. La manière dont son cœur s'était accéléré, et s'accélérait encore, de la fascination, qui s'était rapidement installée, et ne l'avait jamais quitté, de l'envie, irrésistible, d'en savoir plus, de la connaître, puis plus tard, de l'aimer. Ces sentiments n'avaient fait que grandir, s'ancrer définitivement, pour l'obnubiler complètement. Il n'avait jamais vraiment aimé avant elle, et ne pourrait jamais aimer quelqu'un d'autre qu'elle. Parce qu'il n'y avait qu'elle. Ici, maintenant, contre lui. Instinctivement il referma ses bras autour d'elle, accueillant son corps contre le sien. « Je suis là, maintenant. » Mais pour combien de temps ? Il était toujours celui qui partait. Alors qu'elle était celle qui était partie. La peur le faisait fuir. Il était lâche. Mais il revenait, toujours. Pour elle. Pour lui. Pour eux. « Ecoute-moi. » Elle s'était reculée, légèrement, agrippa son visage, avec force. Il l'écoutait, la regardait en même temps, son regard toujours avide de retrouver le sien. « Je voulais être là, j’aurais dû être là. Mais on m’en a empêché. C’est pas grave si tu ne me crois pas... » Il baissa le regard sur ses lèvres, qu'il n'était jamais lasse d'embrasser, toujours empressé de retrouver. Qu'est ce qu'il l'avait empêché ? Qui ? Pourquoi ne l'avait-elle pas retrouvé malgré tout ? Pourquoi ? Les questions, il n'en avait jamais manqué. Dès l'instant où elle l'avait quitté. Pendant quatre ans, il s'était torturé. Pendant un temps il avait cherché des réponses. Mais au final, il avait peur de savoir. Et si tout était de sa faute ? « ... J’ai toute la vie pour te le prouver. » Il releva son regard vers ses yeux, une expression triste sur le visage. Il n'était pas triste à l'idée de ce futur qu'elle promettait, il était triste des années qu'ils avaient perdu. Et perdraient sûrement encore. A cause de lui. Lui et ses démons. Son étreinte se resserra, appuyant sur ses hanches pour approcher encore plus son corps au sien. Il ferma les yeux avant d'aller déposer un baiser sur son front, inspirant en même temps son odeur, profitant au maximum de cette étreinte. « Promets-moi. Dit-il finalement à voix basse, désespérée, brisée. » Il baissa son visage pour le mettre à hauteur du sien, appuyer son front contre le sien. Il rouvrit les yeux pour la regarder, parce qu'il avait besoin de la voir, besoin d'être rassuré. « Promets-moi que tu ne partiras plus. » Peut-être que ce ne serait que des paroles en l'air. Mais il avait besoin de ça. Il avait besoin de l'entendre. Peut-être qu'elle était là maintenant. Mais peut-être que ce ne serait plus le cas plus tard. Il ne voulait pas y penser, ne souhaitait pas l'imaginer, mais la peur demeurait là, oppressante. C'était la faute à ses démons. Elle était là. Lui aussi. Lui et ses démons.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Dim 22 Fév - 22:05

Je pouvais lire le doute dans ses yeux, je pouvais voir les interrogations s’y former sans aucune difficulté, et les traduire. Il avait toutes les raisons de douter de moi, des mes mots, de ma voix. J’avais mentis, et pas qu’une fois. Je l’avais trompé en partant, pas dans les faits, mais dans les termes. J’avais soutenu partir pour un autre. Cet autre existait, évidemment, mais pas sous les traits qu’il imaginait, qu’il avait imaginé, qu’il avait du poursuivre d’imaginer. C’était un bébé, pas un homme. Un bébé qu’on aurait pu accueillir ensemble si on ne m’en avait pas empêché, si je n’avais pas été assez naïve pour entendre et croire les menaces. Je n’allais rejeter la faute sur personne d’autre, elle était mienne. Mais il devait entendre, il devait comprendre que ce n’était pas mon idée, que ce n’était pas ma décision. Il devait savoir pour accepter de ne jamais me voir recommencer. J’étais là. J’étais là, maintenant. Demain. Pour toujours. Et finalement, je l’avais toujours été, il n’avait jamais quitté mes pensées, ni ma vie. Il avait été là à chaque instant, au travers des traits de son fils. J’aurais pu le lui montrer, j’aurais pu lui dévoiler mon secret, notre secret, mais... Non. Je ne parvenais à m’y résoudre. À travers son regard triste, c’était sa mère, menaçante, que je percevais. Est-ce qu’elle le savait ici ? Est-ce qu’il lui avait dit ? Était-elle au courant de ses allées et venues entre mes bras ? Probablement pas, sinon elle serait déjà là, son index impérieux menaçant tout ce que j’avais de plus cher. Mais si elle apprenait, si elle venait à savoir pour lui, pour moi, pour nous, pour ce nous très large qui englobait le fruit de ce ‘nous’, justement ? Non, elle ne devait pas savoir. Elle ne devrait jamais savoir. Même si, pour ça, je devais taire son existence à cet être détruit qui me faisait face. Pour l’instant du moins. Juste encore un peu. Jusqu’à ce qu’il soit prêt. Jusqu’à ce qu’on soit prêt. Jusqu’à ce qu’il soit en état de l’entendre, de comprendre. Si tant est qu’il le soit un jour. Il parlait, désormais. C’était déjà un pas de plus vers moi. Un pas vers la lumière dans laquelle il ne cessait de pénétrer plus avant. Si je voulais qu’il y reste, je devais me montrer patiente, ne rien forcer, lui tendre la main, et attendre qu’il s’en saisisse pour de vrai. Pour l’instant, il ne faisait que tourner autour, la renifler, l’effleurer, s’y lover un instant, puis repartir. Je devais me contenter de ça. Je devrais me contenter de ça. « Promets-moi. » Son front contre le mien, je fermais les yeux, conservais, chérissais, savourais sa voix jusqu’au plus profond de moi, mes doigts remontant, à nouveau, de ses bras à son cou, de son cou à ses joues. « Promets-moi que tu ne partiras plus. » Pourquoi ça faisait si mal ? Je savais, je n’en doutais pas ou plus, du mal que j’avais pu lui faire. Le constater, pourtant, avait quelque chose de plus destructeur, encore. Mes doigts s’accrochèrent un peu plus, mon visage s’écarta quelque peu, aménageant une ligne directe entre lui et moi. Je voulais le voir. Il devait me voir. « Regarde-moi. » je lui disais, d’ailleurs, insistant sur ce point qui me semblait des plus importants. Je pouvais lui mentir avec mes mots, pas avec mes yeux. Je le savais, il le savait aussi. Ou l’avait su. « Je ne te quitterais plus. » je promettais en tentant de mettre autant de conviction dans ma voix que dans mon regard. « Alors me quitte pas. » Je ne sais pas si j’avais vraiment le droit de réclamer ça. Sûrement pas. Mais peut-être qu’en inversant les rôles, en lui exposant, sans artifice, ma propre cruelle angoisse de le voir partir, il réaliserait à quel point j’étais, moi-même, incapable de le faire. J’étais même pas sûre, désormais, de pouvoir survivre une nuit sans lui, sans ses bras, sans sa peau, même un court instant, même très temporairement. J’avais besoin qu’il soit là, contre moi, au moins une fois par jour pour que ce jour ait du sens, ou soit digne d’exister.  « Viens. » Ce fut le seul mot que mes lèvres furent capables de formuler avant un long moment. Un mot, un verbe, un ordre, une supplique presque, tandis que ma main récupérait la sienne pour l’entrainer vers la chambre, vers ma chambre, lieu où le seul homme a y avoir mit les pieds n’avait que trois ans. Bientôt quatre. Une chambre et surtout un lit. Un lit pour lui, moi, nous, un luxe, un confort dont je n’avais plus osé rêver tant j’avais accepté l’idée de lui offrir mon corps illégitimement, entre deux portes. Mais pas ce soir. Pas cette nuit, pas alors que nos peaux se frôlaient, d’enflammaient dans le froissement des draps propres. Pas ce soir, pas alors que nous prenions notre temps, chassant les vêtements du pied pour n’être plus que lui et moi, entiers, dévoilés. Pas cette nuit, alors que nos corps n’en finissaient plus de s’accrocher et refusaient de se séparer. Pas ce soir, alors que j’avais cru qu’il ne viendrait jamais. Pas cette nuit alors que ma peau assoiffée de la sienne, s’échouait contre son corps en me laissant emporter par la torpeur. Je l’avais sentit partir, je l’avais vu partir, je l’avais entendu partir, mon corps, l’intégralité de mon être en avait souffert. Je me rappelais avoir bataillé pour le retenir, pour l’obliger à rester avec moi, dans ces draps, malgré sa besogne accomplie. Mais sa peau avait glissé entre mes doigts, et mes jambes avaient empêché tout mouvement. J’avais hoqueté de terreur, et pourtant, pourtant, à un moment, j’avais du me rendormir. Comment avais-je pu me rendormir dans ces conditions ? C’était inconcevable, c’était tellement improbable que si je m’étais posé réellement cette question, du fond de mes songes, j’aurais su que ce ne pouvait être le cas, et que j’avais du rêver tout ça. Preuve, s’il n’en faut, que j’étais obsédée par cette crainte, cette hantise, celle de le voir me laisser. Sauf que je ne m’étais pas posé cette question, et tandis qu’on me tirait du sommeil en creusant mes joues, je demeurais convaincue d’être seule, à présent. Des joues creusées par deux petites mains tentant de s’accaparer mon attention, ou, au moins, de me forcer à ouvrir un oeil. Mon bébé. Je ne l’avais pas entendu se lever, ni même entrer. Pourtant, debout à côté du lit, il me contemplait avec inquiétude, avant de sourire à mon oeil ouvert. « Mon coeur... » j’échappais d’une voix pâteuse en tirant un bras de sous les couvertures pour effleurer son front de ma paume. La fièvre était tombée, et son mal de tête semblait lui être passé. « Tu te sens mieux ? » je demandais, doucement, en passant mon bras autour de son petit corps pour l’attirer à moi. « J’ai faim ! » il allait mieux, donc. « J’peux avoir des chocopic. » Chocapic. Mais il avait raison, Chocopic, c’était plus logique. « Tu veux pas dormir encore un peu ? Avec moi ? » Allez, fais plaisir à ta mère éreintée qui n’avait pas dormis plus de trois heures par nuit depuis une semaine. « Je peux pas... » me chuchota-t-il, alors, avec précaution, en jetant un regard par-dessus moi. « Y a un monsieur à ma place. » Quoi ? Quoi ?! QUOI ! Comment ? Que ? Mierda ! Brusquement, j’étais parfaitement réveillée, me redressant dans le lit pour découvrir le grand corps massif échoué à mon côté. Paupières closes. Ouf. Enfin non, pas ouf. Comment j’allais faire ? Aleksei, une fois éveillé, était plutôt inévitable, mon appartement n’ayant rien d’un palais à l’espace colossal. « J’peux regarder les nanimés ? » Les dessins animés, mais il avait raison, nanimés c’était plus court. « Chuuuuut ! Oui mais chuuuuuut ! » Pourquoi fallait-il qu’il parle si fort, brusquement ? « Avec des chocopic ? » « Avec tout ce que tu veux, mais... » « Bonjour ! » Trop tard. À en croire les salutations qu’il dirigeait derrière moi, le ‘monsieur’ devait être réveillé, et la mère que j’étais abattais une main contre mon front avant de m’en servir pour me cacher les yeux, comme si cela pouvait me rendre invisible. Au moins, il était bien élevé, il connaissait la politesse, mais... « Tu es qui, monsieur ? » Madre dio ! « Alek...sssse. » Merde ! « Va mettre la télé, Alex. J'arrive. » Ca passait ? Pitié, faite que ça passe ! Visiblement oui. Ne faisant aucune remarque sur ce changement de prénom, mon fils m’offrit un large sourire, puis un secouage de main très exagéré au monsieur, avant de cavaler jusqu’au salon, laissant la porte grande ouverte. Et maintenant ? Et maintenant, je prenais la fuite, en femme mâture que j’étais. M’extirpant du lit, je ramassais les premiers vêtements au sol pour m’en vêtir et quitter la chambre au plus vite. J’avais échangé un regard avec Lui, je savais tout de la nuée de questions qui devait lui parasiter le crâne. Mais je n’étais pas encore prête à y répondre. Pas maintenant, pas tout de suite, pas après cette nuit. Pas après ces quatre dernières années. Qu’est-ce qui m’avait prit ? Pourquoi je l’avais laissé s’endormir ? Pourquoi j’avais redouté qu’il ne parte ? Tout allait trop vite. C’était définitivement trop rapide. J’avais rien eu le temps de préparer. De me préparer. Et, trébuchant sur d’autres vêtements, je passais la porte pour rejoindre mon fils. Laissant son père derrière.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Lun 9 Mar - 21:07

Sa simple présence ne suffisait pas à le rassurer. Il avait besoin de plus. Une promesse. Réelle ou non. Elle était essentielle. Parce que la tenir dans ses bras ne suffisait pas. Il voulait passer ses journées à l'embrasser, ses nuits à lui faire l'amour, sans craindre qu'elle ne lui échappe, sans craindre qu'elle ne disparaisse du jour au lendemain. « Regarde-moi. » Il pourrait ne faire que ça. Maia. Sa Maia. Sauf qu'il avait toujours eu besoin de plus. Outre le fait de ne jamais la revoir, c'était peut-être ce qui l'avait effrayé le plus, quand elle était partie. Il avait tellement besoin d'elle... Alors comment aurait-il pu tenir une seule journée sans elle ? Il n'y était pas vraiment parvenu. Plusieurs lui avaient dit qu'il était en train de gâcher sa vie. Mais était-ce réellement une vie sans elle ? Valait-elle vraiment la peine d'être vécu ? Oui. Parce que dans le cas contraire, il ne l'aurait jamais retrouvé. Aussi douloureux cela avait-il été. Aussi insupportable l'idée de ne jamais la revoir avait été. Il revivrait toutes ces journées, sans elle, juste pour arriver à ce jour, avec elle, et obtenir la promesse qu'elle ne le quitterait plus jamais « Je ne te quitterais plus. Alors me quitte pas. » « Jamais, dit-il, comme dans un murmure, la conviction de son regard. » Il ne l'avait jamais vraiment quitté, non ? Toujours dans un coin de son esprit, toujours là pour l'aider à se relever quand il passait être au plus bas, occupant toujours toute la place dans son cœur. Cœur de papier, réduit en miettes, mais toujours là. Le résultat n'était peut-être pas encore très concluant, la guérison était longue et douloureuse, mais petit à petit, il allait mieux. Il la fuyait encore. Chaque soir quand il repartait dans son appartement, pour ensuite passer la journée à attendre de la revoir. Peut-être qu'il fuyait la réalité. Peut-être qu'il avait peur de voir les démons prendre le dessus, l'amertume le gagner. Mais il survivrait. Pour elle. « Viens. » Il aurait pu regarder la chambre, découvrir le lieu où elle vivait mais il y aurait le temps pour tout ça plus tard. Il la retrouvait juste et rien d'autres n'avait réellement d'importance. Rien d'autre qu'elle dans ses bras. Rien d'autre que leurs corps unis, encore, toujours, inlassablement. Et pour la première fois, il ne s'échappa pas. Il préféra rester, prolonger ce moment, la garder auprès d'elle toujours un petit peu plus, et ce, jusqu'au matin... Il émergea tout doucement, entendant des voix qui l'extirpèrent de son sommeil. C'était une des meilleurs nuit qu'il avait passé depuis... Quatre ans ? Quand il entrouvrit les yeux, il perçut finalement que quelque chose clochait. Maia ne parlait pas toute seule et cette petite voix, auquel il n'avait pas tout de suite fait attention appartenait à... un petit garçon ? « Bonjour ! Tu es qui, monsieur ? » Il ouvrit bien la bouche mais il était sûr qu'aucun son n'en était sorti. Et lui c'était qui ? Il sortait d'où ? Cette dernière question semblait assez évidente. Sauf qu'il ne voulait pas y croire. Non, il ne pouvait pas l'accepter. « Alek...sssse. Va mettre la télé, Alex. J'arrive. » Il l'avait oublié. Lui. L'autre homme. La raison pour laquelle Maia était partie. Était-ce... ? La vérité lui apparut. Brutale. Cruelle. Sans appel. Il se demanda comment il avait pu être aussi stupide. Pendant que lui devenait fou de chagrin, elle, avait continué sa vie. Avec lui. Cet autre homme. Pour lequel elle l'avait quitté. Et leur fils. Une vague de colère le traversa, électrisant sa colonne vertébrale, annihilant le brouillard dans son esprit. Pendant quelques secondes, il vit rouge. Puis le petit bonhomme s'approcha et le visage de Dmitri se détendit quand il lui tendit sa petite main. Dmitri s'était redressé, il n'avait rien dit, l'enfant était déjà parti. Et Maïa ne tarda pas à suivre, fuyant probablement les questions que se posaient Dmitri. Sauf qu'il n'en avait pas. Il ne voulait pas savoir. Pourquoi elle n'avait rien dit. Comment cet homme avait-il pu la quitter, alors qu'ils avaient un enfant. Ou peut-être qu'ils étaient toujours en contact. Peut-être même que tout ça n'était qu'une vaste blague dont Dmitri était la victime. Quand il en arriva à cette hypothèse, Dmitri se secoua. Non. Il ne pouvait pas laisser les démons gagner. Non. C'était... Peut-être que c'était autre chose. Il devait y avoir une bonne raison. Il ne voulait juste pas savoir. Parce qu'il avait trop peur. Il avait l'impression que tout lui échappait. Comme lorsqu'elle l'avait quitté. Tellement de questions. Sans réponses. Mais c'était peut-être mieux sans. Parce que la réalité était toujours douloureuse. Toujours brutale. Toujours fatale. Elle avait eu quelqu'un d'autre, assez important pour qu'elle ait eu envie de fonder une famille. Dmitri se trouva soudain ridicule. Il était pathétique. Pathétique d'avoir cru qu'elle avait souffert de son absence, elle aussi. Pathétique d'avoir cru qu'il n'y avait qu'eux, et qu'il n'y avait jamais eu personne d'autres. Ce n'était pas de l'hypocrisie. Dmitri avait bien rencontré des femmes mais aucune n'avait eu de l'importance. Aucune. Parce que ce n'était pas elle. Mais elle avait eu quelqu'un d'autre. Et il avait été assez important pour avoir un fils. Ses poings se serrèrent, les jointures blanches, et il dut se secouer pour ne pas sombrer, là, tout de suite. Il devait se relever. Pour elle. Et... Pour lui. Il s'habilla, un peu dans un état second. Après un moment d'hésitation, il quitta finalement la chambre. Son estomac était noué, ses sens sur le qui-vive, prêt à affronter une situation inconnue. Son regard dévia vers la porte d'entrée. Une demie-seconde. La fuite semblait être une bonne idée. Sauf qu'il ne pouvait pas. Pas maintenant. Il avait bien senti que Maia n'avait pas eu l'intention de l'informer. Il aurait pu lui faciliter la tâche en s'en allant. Sauf qu'il y avait quelque chose d'autre... De la curiosité. Mais aussi, de la jalousie. Qu'il ne voulait pas accepter non plus. Mais qui demeurait là. Sournoise, envahissante, mauvaise. Sans vraiment réfléchir à ce qu'il faisait, il alla trouver une place sur le canapé, juste à côté du petit bonhomme. « Qu'est ce que tu regardes ? » Le petit garçon lui jeta juste un bref regard, rapidement de nouveau captivé par l'écran face à lui. « C'est des super-héros. » Dmitri hocha la tête en regardant lui aussi l'écran. Il n'avait pas regardé la télé depuis une éternité. « Tu sais moi aussi j'ai un pouvoir. » Le garçon, visiblement mal à l'aise et ne sachant sûrement pas trop comment réagir face à cet étranger, le regarda cependant d'un air curieux. « Regarde. » Il approcha sa main du petit garçon qui sursauta puis la leva ensuite en l'air. « Hop j'ai pris ton nez. » Le petit eut soudain un air inquiet, louchant pour tenter de voir si c'était vrai. Mais Dmitri s'empressa de le remettre en place. « Et hop je l'ai remis. » Le petit garçon échappa un rire timide, prenant ce qui était visiblement son doudou pour le mettre à la bouche. Dmitri esquissa un bref sourire et posa finalement son regard vers Maia. Parce qu'il ne l'avait pas regardé une seule fois depuis qu'il était entré dans la pièce. Il demanda, l'air de rien : « J'ai le droit à des chocapics moi aussi ? » Il n'avait pas faim. Il ne se posait pas de question. Non. Il se haïssait juste d'avoir été aussi stupide. Il la haïssait juste d'avoir pu être heureuse, quand, lui,  il avait été au plus mal.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Mar 10 Mar - 1:34

J’avais pas prévu les choses ainsi. Je crois que je ne les avais pas prévu du tout. J’avais été égoïste, égoïste en gardant mon fils pour moi, égoïste en conservant Dmitri juste avec moi. À aucun moment, dans mon esprit, je n’avais projeté la rencontre de ces deux entités si importantes. Un jour, oui, sûrement, dans le lointain. Parce que... Évidemment, je ne pourrais pas priver Alek de son père plus longtemps, et évidemment que je ne pourrais pas cacher son existence à Dmitri éternellement. Mais je pensais avoir le temps, avoir encore du temps. Du temps pour reconstruire Dimi, du temps pour préparer Alek. Du temps que je n’avais plus, alors qu’ils se faisaient face, leurs mains jointes. Tout se précipitait, dans ma tête, dans les faits. J’étais supposée réagir comment, désormais ? À part paniquer, ce que je faisais déjà. Ils avaient besoin de moi, tous les deux. Lui parce que je l’avais détruit, et mon fils parce qu’il était perdu, découvrant, pour la première fois, le lit de sa mère occupé. J’observais les deux, un moment, j’hésitais, très longtemps, puis me levais, précipitamment. M’arracher à lui, à ce lit, à son regard puissant, était déchirant, littéralement. Mais je n’étais pas prête pour ses questions, ses interrogations, et les explications qui en découleraient. Est-ce que je le serais dans cinq minutes ? Heures ? Jours ? Mois ? Pas plus, mais au moins aurais-je eu l’illusion d’un laps de temps propre à toute réflexion. Alors je fuyais. Je m’habillais trop rapidement, et je prenais la fuite jusqu’à une autre pièce de ce minuscule appartement. Est-ce que je voulais qu’il parte ? Non. Mais je ne voulais pas non plus qu’il me suive. Pas tout de suite. Pas encore. Qu’il me laisse quelques instants, juste assez pour me remettre les idées en place et préparer une plaidoirie, quelque chose d’intelligent à dire sans avoir à exposer la cruauté de sa mère et ma stupidité à moi. J’avais été idiote et naïve, croire que le quitter et lui cacher tout ça pourrait être le mieux pour lui. L’imaginer heureux sans moi, heureux avec une autre, avec une famille peut-être, et une vie parfaite. J’avais été stupide d’imaginer pouvoir y survivre, comme si je n’avais rien appris, rien retenu des années passées à ses côtés. Et maintenant ? Maintenant je devais trouver comment expliquer l’inexplicable, comment rendre cette situation moins inconfortable, voire carrément bancale. Les doigts fébriles, l’esprit parasité par un milliards de pensées et émotions contradictoire, je m’employais à trouver le bol d’Alek, puis les céréales, et le lait, comme si je ne savais plus rien de cet appartement, de cette cuisine, comme si je n’avais jamais vécu ici. D’ailleurs, tout m’apparaissait différemment, et chaque regard que je posais était comme le tout premier, sur chaque élément. J’avais toujours aimé cet endroit, ce lieu rien qu’à moi qui, aujourd’hui, sonnait moche, terne, trop étroit. Je notais, d’un coup d’oeil, tout ce qui déplairait à Dmitri, m’interrogeant sur le pourquoi et le comment, j’avais pu me contenter de ça. Depuis combien de temps n’avais-je pas fait un peu de rangement, aussi ? C’était le problème, avec un enfant, le désordre succédait au désordre. Avais-je le temps de ranger un peu ? Rien qu’un peu ? Deux ou trois bricoles, et... Non. Lui venait d’entrer dans la pièce. Depuis le coin cuisine, mon coeur manqua un battement, et le temps sembla se suspendre. Tout se déroulait au ralenti, si bien que rien ne m’échappait, pas même son regard à lui se posant sur la porte de sortie. Porte d’entrée, en fait, mais comme il l’envisageait, elle était porte de sortie. La panique me submergea un peu plus. Si je n’avais pas envie de m’expliquer, j’avais encore moins envie de le voir partir. Dans l’idéal, j’aurais voulu pouvoir les enfermer là, tous les deux, avec moi pour l’éternité. Qu’importe s’il ne me regardait pas, s’il ne me parlait plus, s’il m’ignorait, du moment qu’il était là, avec moi. Sa simple présence suffisait, elle suppléait à tout. J’aurais su m’en contenter. Son départ, par contre... Je l’aurais compris, je l’aurais légitimé, j’étais la garce, et il était blessé, mais... Je ne l’aurais pas supporté. J’étais prête à lui courir après, même dans cette tenue, le poursuivre jusque dans la rue, jeter aux orties ma dignité, et me jeter à ses pieds pour le retenir, l’empêcher de m’abandonner. J’étais prête à tout, même a lâcher ce bol et ce paquet de céréales, pour me précipiter entre la porte et Lui. Sauf que, si je lâchais bien bol et céréales sur le sol, je n’eus pas besoin de bouger, il avait délaissé la porte au profit de mon fils, allant jusqu’à s’installer à ses côtés. Dès lors, je troquais mon hyperactivité fébrile pour une paralysie temporaire. Les céréales s’étalant à mes pieds, j’étais incapable de me baisser pour les ramasser, incapable d’autre chose que de les contempler eux, mon fils et son père, se faisant face pour la première fois. J’avais tellement rêvé de cet instant, je m’étais tellement surprise à l’imaginer, me le représenter, mais chaque fois il était de l’ordre du fantasme, sans aucune prise avec la réalité. Pourtant... Pourtant ils étaient là, dans cette réalité, dans ma réalité miséreuse, si semblable que c’en était douloureux. Évidemment que j’avais noté la ressemblance entre mon fils et son père à de nombreuses reprises, mais... Ainsi, côte à côte, elle semblait si évidente. Les mêmes épaisses boucles brunes, le même grand front, la même forme de visage, les mêmes yeux, le même regard, et surtout, surtout... Les mêmes expressions. Je pouvais donc répondre à cette questions millénaires, les expressions du visage étaient un inné, pas un acquis, puisque mon fils avait copié ce père qu’il ne connaissait pas. Depuis mon point d’observation, je pouvais le voir, dévorer de son regard timide et curieux, cet homme qui prétendait lui voler son nez, puis lui rendre, je l’entendais rire légèrement comme s’il savait qu’il pouvait lui faire confiance, mais n’osait pas encore. Je l’entendais, Lui, lui parler, plus qu’il ne m’avait parlé à moi en une semaine. Puis, son regard se posa sur moi. Son regard à Lui. Un regard que, pour la première fois, je ne savais pas traduire. Qu’est-ce qu’il pensait ? Qu’est-ce qu’il ressentait ? Je n’en avais pas la moindre idée, et ça me bouffait de l’intérieur. Mon intérieur statufié. « J'ai le droit à des chocapics moi aussi ? » Comme un déclic, sa voix me réanima, et je réalisais que j’étais restée là, immobile, durant tout ce temps, comme une idiote, comme une spectatrice inutile et impuissance. « Oui, oui, pardon. » je marmonnais rapidement, m’empressant de ramasser le désastre à mes pieds, tandis que mon fils le reprenait. « Chocopic. » qu’il disait en articulant bien pour l’adulte comprenne tout aussi bien. En vitesse, et en renversant plus que ce que je ne rangeais, je servais deux bols, l’un en plastique pour Alek, l’autre en faïence pour Dmitri, le lait se répandant plus sur le plan de travail que dans les céréales. Mais qu’importe, deux cuillères plus tard, je me tenais devant eux, plaçant les bols entre leurs mains, avant de m’immobiliser à nouveau, incapable de parler ou de faire autre chose que les observer. Ils ne bougeaient pas non plus, d’ailleurs, m’observant eux aussi, comme si j’avais un problème. Il me fallut quelques secondes pour réaliser quel était ce fameux problème, et récupérer les bols pour les changer de propriétaire. « Pardon. » je murmurais, à nouveau, en tendant le bol en plastique à l’enfant, et le normal à l’adulte. « Je... Je vais faire du café aussi. » j’expliquais, justifiais, tout en désignant le coin cuisine, sans bouger pour autant. Non, à la place, je le fixais lui, cherchant encore une explication recevable. Et si je prétendais faire du babysitting ? « Maaaaaman ! J’vois pluuus. » Raté ! Mon fils préférant voir la télé que d’assurer un alibi solide pour sa mère. Ce n’était pas plus mal, je lui avais déjà suffisamment menti, et repousser l’échéance ne servait plus à rien. Alors, sous les injonctions de l’enfant, je me mettais enfin en mouvement, retournant aux fourneaux pour allumer la cafetière, tous les sens en alerte, mon rythme cardiaque refusant de décélérer. Je ne revenais qu’une fois le café prêt, les tasses servies, et déposais le tout sur la table basse sur laquelle je m’asseyais. « Viens là... » j’ordonnais, doucement, à mon fils, l’empêchant de râler à nouveau, en l’obligeant à s’asseoir convenablement sur le canapé. « Montre ta gorge. » je poursuivais en tirant légèrement sur son menton pour lui faire ouvrir la bouche, avant de passer mes doigts sur son petit cou, cherchant un gonflement éventuel. Rien. Dans le doute, je poursuivais quand même le traitement, profitant de sa bouche ouverte pour appliquer le pschiiit. Enfin, ce qu’Alek appelait le pschiiit. Puis, je lui tendais les deux bonbons bleus avec un son verre de jus d’orange. Enfin, ce qu’Alek appelait les bonbons bleus. Et pour finir, je glissais ma paume sur son front, m’assurant que la fièvre était réellement tombée. « Avale les bonbons, carino. » J’insistais devant mon fils secouant la tête. « J’suis pu malade. » affirmait-il. « Ha oui ? Dans ce cas, tu vas pouvoir aller à l’école. » Argument imparable. En moins d’une seconde, il avait avalé ses bonbons dans une grimace digne des Oscars. Malgré tout, il voulu s’assurer que... « Je vais pas à l’école, alors ? » Non, il n’irait pas. Surtout que l’heure était déjà dépassée, et que je ne me voyais pas quitter cet appartement pour l’y conduire. Je ne voulais pas partir d’ici. Pas maintenant. Pas alors qu’eux... « Et le monsieur, il va pas à l’école ? » A l’école non, mais au travail, peut-être ? Est-ce qu’il avait un travail ? Est-ce qu’il vivait à New York ? Depuis combien de temps était-il là ? Qu’est-ce qu’il faisait dans la vie ? Autant de questions que j’aurais voulu lui poser, mais que je n’avais aucun droit de poser. J’avais des réponses à lui apporter, en revanche. « Il s’appelle Dmitri, et il va rester avec nous. » je répondais, mon regard se faisant interrogateur, tandis qu’il ne pas quittait le monsieur. « T’es d’accord ? » Cette question s’adressait à lui, d’ailleurs, bien que mon fils y répondit par un « Oui. » à sa place, avant de me tirer sur la manche en réalisant. « Comme le prince du pont rouge ? » Ha oui, mince ! J’avais pas prévu ça. « Et si tu allais prendre ton bain ? » je proposais en guise de diversion avant qu'il ne réalise que c'était, également, comme son deuxième prénom. Ce n’était pas une véritable question, mais il trouva bon de répondre « Non, ça va. » le plus naturellement du monde, sans quitter Dmitri des yeux. « Si, si, j’insiste. Va choisir tes jouets pour le bain, et j’arrive. » je répliquais armée de mon ton autoritaire, celui qui signifiait qu’il n’y avait à discuter. Je le comprenais, cela dit, il était fasciné par cet homme, le premier, qu’il voyait ici, d’aussi près. Il y avait bien Ducky, mais ce n’était pas pareil, c’était sur mon lieu de travail, et mon patron ne restait jamais bien longtemps aux côtés de mon fils. Cette fois, Alek découvrait ce à quoi il n’avait jamais eu droit : un papa à son réveil. Et ça aussi, il allait falloir que je trouve les mots pour l’expliquer, expliquer à Alek ce qu’était Dmitri pour lui. Mais avant ça, je devais parler avec lui, avec Dmitri. « Je te dois une explication. » je murmurais, d’ailleurs, une fois mon fils partit, en glissant sur la table basse pour faire face à l’homme à présent. « Je te demande pardon, je... Je ne savais pas comment te le dire. » je me lançais, torturant mes mains, fuyant son regard puis le cherchant. « Je voulais pas que ça se passe comme ça, je voulais... Je pensais avoir du temps encore pour trouver les mots, pour trouver une explication qui serait acceptable, mais... Elle n’existe pas, cette explication. » J’avais été naïve, idiote, vulnérable et, par extension, cruelle et égoïste. « J’ai pas d’excuse, je suis pas pardonnable, j’ai fait beaucoup de mal, à toi pour commencer, à moi aussi, et à Alekseï... Je... » Oui, je sais, je venais de nommer correctement mon fils, mais à quoi bon lui mentir sur son prénom, puisqu’il avait compris. Parce qu’il avait compris, n’est-ce pas ? Il ne pouvait pas en être autrement, ils étaient tellement semblable, et puis... M’imaginer avec un autre homme ? Il savait bien être le seul dont j’aurais pu porter l’enfant, non ? Et puis il y avait l’âge aussi. Autant d’indice qui ne faisait aucun doute. Il avait compris. Il avait forcément compris.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Jeu 12 Mar - 21:52

Il n'avait pas l'habitude des enfants. Parfois, aux réceptions, il y en avait. Il se revoyait au même âge, un peu perdu parmi toutes ces grandes personnes bien habillées, tellement sérieuses, tellement importantes, ou du moins, en apparence. Mais il n'allait plus à ce genre de choses. Ou seulement s'il n'avait pas le choix. Parce que ce n'était plus comme avant. Rien n'était plus comme avant. Maia avait eu un enfant. Avec un autre homme. Et lui, lui il était seul. Seul face à son chagrin. Seul face à cette douloureuse vérité. Où jalousie et colère se mêlait à l'amertume. Il retrouvait les traits de Maia chez l'enfant. Dans son sourire. Dans sa manière de regarder le monde autour de lui. Dans ses yeux. Le reste... Il n'avait pas envie d'imaginer les traits de cet homme, qu'il avait tué dans ses cauchemars les plus sombres plus d'une fois. Il lui avait volé Maia. Sa Maia. Il lui avait volé quatre ans. Lui. Il lui avait volé lui, ce petit garçon. Dmitri s'imagina aux côtés de Maia, avec leur enfant, à eux. Heureux. C'est à cette pensée que le rêve s'effaça de son esprit. La réalité était là, à côté de lui. L'enfant d'un autre. Et de Maia. Elle n'avait pas l'air à l'aise. Il pouvait comprendre. Elle n'avait pas prévu qu'il reste. Qu'il découvre la vérité. Dmitri non plus n'avait pas prévu. Jamais il n'y aurait cru. Mais il était difficile d'ignorer ce qui se trouvait juste sous ses yeux. Dmitri demanda des chocapic lui aussi, décidant de paraître le plus naturel possible. Pourquoi ? Parce qu'il n'avait pas envie de lui montrer. Au fils de Maia. Qu'il était faible. Incroyablement faible. Maia arriva près d'eux, deux bols à la main. Et Dmitri fixa son bol. Avant de regarder Maia. Qui comprit avec un temps de retard. « Pardon. » Elle s'excusait une nouvelle fois. Il n'aimait pas la voir comme ça. Aussi mal à l'aise. « Merci, dit-il avec un temps de retard lui aussi. » Ils étaient en décalage. Dmitri sûrement de trop dans le paysage. Imprévu. Mais là malgré tout. « Je... Je vais faire du café aussi. » Elle le regardait. Il la regardait aussi. Peut-être cherchait-elle à comprendre ce qu'il ressentait. Mais elle ne tenait probablement pas à savoir. A quel point il se sentait vide. A quel point il avait pris l'habitude de souffrir. Ce n'était qu'un nouveau coup dur, une nouvelle vérité à digérer. Il était faible. Il l'avait accepté. Ça ne rendait pas les choses plus faciles. Ni plus acceptables. Il avait juste appris à vivre avec. « Maaaaaman ! J’vois pluuus. » Dmitri décrocha son regard du sien en même temps que Maia reprenait vie et retournait en cuisine. Il prit une cuillère de son bol. Pour la forme. Geste machinal. Il regardait la télévision sans vraiment la voir. Il était un robot en mode automatique. Mille et une questions. Toute rangée dans un coin de son esprit. Il savait qu'elles ressortiraient. Toujours. Aux moments les plus douloureux. Quand il était seul. Encore. Toujours. Seul face à ses démons. Mais pour le moment, Maia était là. Avec son fils. Le fils d'un autre. Elle était revenue avec le café et demanda à ledit fils de s'approcher. Pour contrôler sa gorge apparemment. Il n'avait jamais imaginé Maia en mère. Ils n'en avaient pas parlé. N'en avaient pas eu l'occasion. Pas encore. Ils étaient jeunes. Ils avaient tout le temps au monde. Puis elle était partie. Et le temps s'était arrêté. Il l'observait s'occuper de son fils, ne parvenant pas à s'arrêter de la fixer. Qu'elle était belle. C'était la seule chose qui lui venait à l'esprit. Qu'est ce qu'elle était belle... Une nouvelle fois, cette image s'inséra dans son esprit. Celle d'un monde où il aurait été heureux avec Maia et leur enfant. Et il détourna finalement la tête, regardant les céréales nager dans son bol, mâchoires contractées. Il oublia où il était pendant un instant et se concentra uniquement sur le vide. La douleur. S'il avait pu tout arracher d'un coup, il l'aurait fait sans hésiter, mais comme une mauvaise herbe, ça repoussait toujours. Et même maintenant, quand il avait retrouvé Maia, même maintenant, il avait mal. Parce que la vérité était trop dure à accepter. « Je vais pas à l’école, alors ? Et le monsieur, il va pas à l’école ? » Le monsieur ? Ah oui. Il était là lui aussi. Ils ne pouvaient pas voir le vide, eux. Il tourna la tête vers le petit garçon. « Non. Je suis malade moi aussi. » Il fit semblant de tousser, portant même une main devant sa bouche, avant de la laisser retomber. « Il s’appelle Dmitri, et il va rester avec nous. » Son regard se porta cette fois-ci sur Maia. Oui, il restait. Pour le moment. Parce que même avec la vérité, juste à côté de lui, il avait besoin d'elle. Enfant ou non. « T’es d’accord ? » Dmitri avait compris que la question lui était adressée. Mais le petit répondit à sa place. « Oui. » Il esquissa un sourire au garçon. Sourire sans grande conviction. Il avait eu l'occasion de s'échapper, mais ne l'avait pas saisi. Parce qu'il ne pouvait pas fuir. Pas maintenant. Il ne comprit pas la référence sur le 'prince du pont rouge' mais Maia demanda finalement à son fils d'aller prendre son bain. Fils, qui aimait bien rechigner apparemment... « Je te dois une explication. » Il était encore en train de regarder la pièce où était parti le petit. Puis il posa son regard sur elle, qui s'était mise face à lui. Il ne voulait pas savoir. Il ne voulait rien entendre de cet autre homme. Il ne voulait pas se mettre en colère. Pas contre elle. Pas maintenant. « Je te demande pardon, je... Je ne savais pas comment te le dire. » Étrangement, il ne lui en voulait pas de lui avoir caché. Il comprenait dans un sens. Il était tellement misérable. Clairement pas le genre d'homme qu'on voulait présenter à son fils. Il était pathétique, il le savait. Il comprenait donc sa décision de le garder secret. Ce qu'il n'arrivait pas à pardonner en revanche, c'était tout ces moments, avec ce fils, ce père inconnu, qu'elle avait eu. Il lui en voulait d'avoir eu un fils avec quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'autre que lui. « Je voulais pas que ça se passe comme ça, je voulais... Je pensais avoir du temps encore pour trouver les mots, pour trouver une explication qui serait acceptable, mais... Elle n’existe pas, cette explication. » Il posa le bol sur la table basse, se recula dans le canapé pour s'appuyer contre le dossier, passer ses mains sur son visage. Il ne voulait pas d'explications. Il allait lui dire. Il n'en avait pas besoin. C'était de sa faute. Il aurait du partir cette nuit. Elle n'aurait pas eu à expliquer. Elle aurait pu garder son secret. Et Dmitri n'aurait pas eu à faire face à cette nouvelle vérité. « J’ai pas d’excuse, je suis pas pardonnable, j’ai fait beaucoup de mal, à toi pour commencer, à moi aussi, et à Alekseï... Je... » Alekseï ? Est ce que... Est ce que c'était une sorte de blague ? L'ensemble de son visage se froissa et l'incompréhension voila aussitôt son regard. Elle avait donné le prénom de son père... à son fils... « Alekseï. Répéta-t-il à voix basse dans un état second. » Sa respiration se fit soudain de plus en plus lourde, les battements de son cœur plus assourdissants. Ce n'était pas la vérité. Ce n'était pas... possible. Elle n'avait pas pu... Non. Ce n'était pas possible. Elle n'avait pas le droit... Mais elle se l'était octroyée. « Est ce que... » Non. Il ne pouvait pas le croire. Il n'avait pas envie d'y croire. Il ne pouvait pas l'être. Ça ne pouvait pas être la vérité. Curieusement, l'autre vérité lui avait semblé plus acceptable. Il aurait pu comprendre qu'elle lui cache l'enfant d'un autre. Il aurait pu l'accepter. Tout comme il s'était fait à l'idée qu'elle l'avait quitté pour un autre. Quelque part, de cette manière, ce n'était pas de sa faute à lui. Seulement celle de cet autre homme. Inconnu, détesté. Mais il y avait quelqu'un d'autre. Il ne pouvait pas croire en revanche... Non. Il ne pouvait pas l'imaginer. Y avait-il seulement un autre homme ? Est ce qu'elle l'avait quitté pour quelqu'un d'autre tout en... Tout en portant en elle son fils ? Il posa ses coudes sur ses genoux, sa tête enfouie dans ses mains. Pendant quatre ans. Elle lui avait caché. Elle lui avait menti. Pendant quatre ans. Il avait été père. Et il ne le savait pas. Ce n'était pas possible. Il redressa sa tête, chercha dans le regard de Maia ce qu'il craignait. Mais c'était ça, la vérité. Ses mains se levèrent soudain jusqu'au visage de Maia. Du bout des doigts, il caressait ses joues, avec douceur. Mais il n'était que confusion. Déni. Il ne pouvait pas accepter. Comment le pouvait-il ? Il était faible. Misérable. Pathétique. Il ne pouvait pas être père. Elle n'avait pas pu lui mentir. Ce n'était pas possible. Sa prise sur son visage se fit un peu plus ferme. Il déglutit avec difficulté, les mots se bousculant au bord de ses lèvres, formant un ramassis incompréhensible. Mais il devait lui poser la question. Parce qu'il ne pourrait pas vivre avec ce doute là. Il ne le supporterait pas. Il prit son temps, grimaça en entendant sa voix se briser alors qu'il demandait : « C'est... mon fils ? » Ça ne se pouvait pas. Parce qu'alors... C'était de sa faute, à lui. Elle était partie. Avait eu un enfant. Leur enfant. Sans lui. Elle n'avait pas voulu de lui. Et ce fut peut-être ça, le plus douloureux de tout. Pendant ces quatre ans, elle n'avait pas voulu de lui, près de son fils. Il avait été père sans le savoir. Elle avait été mère sans lui. Une question franchit alors le bout de ses lèvres, simple, et pourtant compliquée : « Pourquoi ? » Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi ne lui avait-elle rien dit ? Pourquoi avoir attendu tout ce temps ? Pourquoi ? Il maintenait toujours son visage, caressait toujours du bout des doigts ses joues, tentant d'effacer cette vérité, douloureuse, implacable. Il avait un fils.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Ven 13 Mar - 1:47

Ce moment, je l’avais attendu toute ma vie. Du moins, c’était le sentiment que j’en avais. Et toute ma vie, c’était toute ma non-vie, en réalité, ces quatre années écoulées sans lui, comme dans un rêve, ou plutôt un cauchemar, avançant, malgré tout, uniquement guidée, gérée, motivée par cet espoir, qu’un jour, peut-être, je pourrais lui présenter son fils. Sinon pourquoi lui aurais-je attribué ces prénoms ? Pourquoi lui ferais-je apprendre le russe plutôt que l’espagnol ? C’était pas mon héritage qui était important, parce que sa mère, il l’avait. C’était l’héritage de ce père absent que je tentais de lui offrir, trompant l’absence, justement, par cette multiplication de détail qui, dans ma tête, se traduisait par « c’est ton fils. » Parce que je lui parlais, à Lui, je veux dire. Je lui parlais depuis quatre ans, oui, comme une démente, comme ces gens qu’on croise à Wal-Mart et qu’on imagine, dans un premier temps, munis d’une oreillette, d’un kit main libre, avant de prendre conscience que non, non, ils parlent seuls. C’était mon cas aussi. Isolée dans ma chambre, au début, puis de plus en plus souvent, n’importe quand, en cassant un verre, en sortant les poubelles, en observant mon fils dormir. Je lui parlais, à Lui. Je savais qu’il n’était pas là, pas physiquement, mais quelque part, il était toujours en moi, avec moi, et puisqu’il ne pouvait voir, je lui décrivais. Et j’en parlais à mon fils, aussi, de ce père absent, au travers de cette histoire que je lui contais, le soir, évoquant l’existence de ce prince vivant au royaume du pont rouge, et de sa mère tyrannique qui le privait de son amour et de son fils. L’histoire se terminait toujours par une touche d’espoir, parce que je voulais y croire. Je voulais tellement y croire. J’y avais tellement cru. Ça expliquait tout le reste, du prénom jusqu’à l’histoire. Mais ça n’expliquait pas comment, une fois l’espoir perdu, il était réapparu. J’avais fini d’y croire, j’avais accepté le fait de ne plus jamais le revoir, le toucher, me bercer de son parfum, de la chaleur de son regard, de sa voix. Et brusquement, il avait été là. Ça m’avait pris en traître, comme ça, un beau jour, ou une belle nuit. Je ne regrettais rien, je savourais le fait de respirer à nouveau, m’enivrais de cet oxygène retrouvé. Mais je n’avais rien préparé. À croire que je n’y avais pas cru assez. Comment lui dire ? Comment lui expliquer ? Il acceptait à peine le fait que je sois partie, croyait peu au fait que je ne partirais plus. Comment lui faire comprendre qu’il avait un fils, que je l’en avais privé durant tout ce temps, de ses premiers pas jusqu’à ses premiers mots, de son premier cri jusqu’à ses premières classes, que j’étais vraisemblablement la garce de l’histoire, mais qu’il ne fallait pas qu’il me quitte pour autant, que s’il partait maintenant, sa folie me contaminerait définitivement. J’étais pas en droit de réclamer quoique ce soit, pas après l’avoir conduit, moi, dans cet état. Mais j’avais un fils. Nous avions un fils. Et il ne pouvait pas avoir une mère folle. J’avais surmonté tout ça, j’avais survolé tout ça, conservant ma raison grâce à Alek et à l’espoir de revoir son père. Mais sans cet espoir, alors... Alors, j’avais peur que mon fils ne soit plus suffisant pour assurer ma stabilité. Il ne serait plus qu’un rappel cuisant de tout ce que j’avais perdu. J’en avais conscience, et je m’en voulais d’en avoir conscience. Pourtant... C’était ça, nous. C’était comme ça qu’on s’aimait. À s’en détruire. À s’en autodétruire. Quelque part, le père serait toujours plus important que le fils. Non, pas plus important, mais vital. Son absence deviendrait invivable. Et qu’importe l’amour inconditionnel que je portais à mon enfant, il ne serait pas suffisant. Alors je m’excusais, je m’excusais encore et encore, le coeur au bord des lèvres, l’agonie flirtant avec mes iris. Je m’excusais tout en confessant que je n’avais aucune excuse, je le savais parfaitement. Alors, pourquoi devrait-il m’excuser l’inexcusable, me pardonner l’impardonnable ? Je n’avais pas d’argument, alors je me contentais de le supplier du regard, de lui avouer que je savais, je savais tout le mal que j’avais fait, que jamais je ne recommencerais, tandis qu’il se cachait derrière ses grandes mains, s’arrachant à ma supplique visuelle. « Alekseï. » répéta-t-il, finalement, comme une lame de guillotine s’abattant sur ma nuque. Je venais de comprendre. Comprendre qu’il n’avait pas compris, mais qu’il venait de le faire. Qu’avait-il imaginé ? M’avait-il visualisé dans les bras d’un autre ? Comment...? La réponse était simple, aussi facilement que je l’avais moi-même visualisé dans une autre vie, heureuse, sans moi. Raison pour laquelle j’avais accepté de partir, d’ailleurs, de le quitter. « Est ce que... » Oui. Oui. Oui... J’aurais voulu le lui crier, le lui hurler, blessée qu’il ait pu imaginer le contraire, mais je n’en faisais rien, terrorisée à l’idée qu’il me rejette. C’était comme ces mains que j’approchais de lui, de ses genoux, de ses cuisses, à défaut de pouvoir toucher ses bras, son torse ou son visage, qu’il me refusait, s’étant exilé si loin, si profondément dans le canapé. Des mains qui s’approchaient, lévitaient, puis s’en retournaient contre moi, sagement posées sur mes genoux. J’aurais voulu le consoler, mais j’étais le détonateur, pas l’équipe de déminage. Et lorsqu’il se redressa, ses grandes paumes s’élevant, mon réflexe premier fut de fermer les yeux dans un réflexe de crainte, comme si j’estimais recevable qu’il puisse me frapper. Il ne l’avait jamais fait, il n’avait jamais levé la main sur moi, mais je ne lui avais jamais caché la naissance d’un enfant non plus. Ses caresses légères furent d’un tel contraste que j’aurais pu en pleurer de soulagement, en gémir. Je me retins. Néanmoins, mes mains vinrent chercher les siennes, se déposer sur les siennes, réaffirmant le contact contre mes joues, avant que je ne daigne rouvrir lentement les paupières, et m’ancrer à nouveau. Comment avais-je pu me priver de ça durant tant d’années ? Comment y avais-je survécu ? « C'est... mon fils ? » s’étrangla-t-il, finalement, sa prise se faisant plus ferme sur ma peau, la chaleur plus dévorante encore. Était-ce juste le feu de ses mains ? Ou bien s’y mêlaient gêne et culpabilité ? J’hochais de la tête, incapable de trouver ma voix, ou n’importe quelle voix, incapable de m’entendre le lui dire, le lui affirmer, m’accuser de ce crime que je n’avais jamais voulu commettre. Et je la revoyais, cette femme et son sourire froid, cruel, sceller mon destin d’une simple phrase, qu’elle avait réussi à prononcer elle. Comment avais-je pu être si stupide et accepter de nous sacrifier pour... Pourquoi, au juste ? « Pourquoi ? » J’avais pas cette réponse. Du moins, rien qui ne saurait expliquer un tel désastre. Alors, à la place, je fermais les yeux, à nouveau, ne cherchant pas à fuir son regard, simplement cette réalité, cette réalité dans laquelle l’angoisse de le perdre encore était dévorante, asphyxiante. « J’ai peur... » je soufflais, presque inaudible, le souffle court, mes mains redescendant jusqu’à ses poignets pour les emprisonner entre mes doigts. C’était ma peur qui parlait pour moi. « J’ai peur de te perdre encore. » je répétais, plus distinctement cette fois, mes paupières s’ouvrant pour laisser échapper ses larmes incontrôlables, qui roulaient, sans ma permission, attaquant ma peau et ses doigts. Ces mêmes larmes que j’avalais, en soufflant encore « J’ai tellement peur... J’suis terrorisée, Dimi. » Comme une paralysie, une paralysie interne, bloquant mes pensées sur ce seul et unique fait, cette seule et unique crainte. « Je voulais pas partir. Je te jure, tu dois me croire. Je voulais pas partir, j’ai jamais rien vécu de plus douloureux que ça, partir, tout quitter, ma ville, ma vie, mes parents... Toi. Surtout toi. » Parce qu’il n’était pas le seul à ne plus avoir de nouvelles depuis des années, mais c’était sa seule absence qui avait été la plus insupportable à surmonter. « Je veux pas que tu me détestes. Je voudrais tout te dire, mais je veux pas que tu me détestes pour avoir autoriser d’autres à nous faire subir ça, pour avoir accepter que d’autres nous fassent ça, pour avoir été assez idiote pour croire que tu serais mieux sans moi. » je soupirais dans un souffle inégal, ma vue brouillée par les larmes n’offrant qu’une vision déformée de cet homme, de l’homme, le seul homme. « Je... J’étais pas supposée garder l'enfant. On m’avait dit de... » de m’en débarrasser, mais le mot restait coincé dans ma gorge, s’étouffant dans un bruit douloureux. « Mais j’ai pas pu ! » je protestais, comme si c’était là mon seul acte de résistance. C’était le cas, la seule preuve de caractère et de refus de soumission. « J’ai pas pu, j’pouvais pas tuer ton bébé. » Le sien. Parce qu’à ce moment, il n’avait pas encore été le mien. Ça n’avait été que lui, son enfant, son fils. Un peu de lui grossissant dans mon ventre. J’avais renoncé à tout le reste, ça, j’avais refusé qu’on m’en prive. Et, les paupières baignées de larmes, je récupérais une paume que j’embrassais avec cette dévotion, d’ordinaire, toute réservée au divin. « J’ai pas pu... » je répétais, une toute dernière fois, sur le ton d’un ‘ne me quitte pas’.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Lun 6 Avr - 10:27

Il était père. Lui. Dmitri. Père. C'était comme si les informations n'arrivaient pas à s'emboîter. Comme s'il manquait quelque chose. Quatre ans ? Mais pas seulement. Il ne comprenait pas. Ne pouvait pas l'accepter. Il était père. Il avait beau se le répéter, elle avait beau lui avoir confirmé d''un simple hochement de tête, l'information ne rentrait pas. Elle s'emmêlait face à l'incompréhension, la colère, la surprise mais surtout la peur. Il nageait dans l'inconnu et c'est peut être pour ça qu'il n'avait pas fui. Il avait besoin d'elle, d'un visage connu, pour ne pas perdre la tête. « J’ai peur... » Il était terrifié. C'était trop d'un coup. La retrouver, enfin. Apprendre qu'il était père, pourquoi ? Il ne pouvait pas l'être. Il survivait à peine. Comment pourrait-il aider quelqu'un d'autre à grandir ? Lui-même demeurait enfermé dans sa cage. Il avait bien essayé d'en sortir. Mais la douleur était trop grande, et il était trop faible. Personne n'avait pu l'en sortir, sauf Maia bien sûr. Il avait suffi d'un seul regard pour espérer de nouveau. Mais la cage était toujours là pour l'éloigner de la réalité, le faire douter. Autour de son cœur, autour de lui. La protégeait-il de l'extérieur ou protégeait-elle le monde de lui ? « J’ai peur de te perdre encore. » Il aurait aimé pouvoir lui dire que c'était trop tard. Elle ne pouvait plus le perdre. Elle ne l'avait jamais vraiment perdu. Il avait toujours été là. Pour elle. Et personne d'autres. Même quand il fuyait, il ne s'éloignait pas vraiment. « J’ai tellement peur... J’suis terrorisée, Dimi. Je voulais pas partir. Je te jure, tu dois me croire. Je voulais pas partir, j’ai jamais rien vécu de plus douloureux que ça, partir, tout quitter, ma ville, ma vie, mes parents... Toi. Surtout toi. » Il n'aimait pas la voir pleurer. Ses mains étaient toujours posées sur son visage. Il tentait d'effacer les larmes mais elles venaient toujours. Plus elle tentait de s'expliquer, plus il était perdu. Pourquoi être partie ? Si elle n'en avait pas envie ? Il ne comprenait plus rien. « Je veux pas que tu me détestes. Je voudrais tout te dire, mais je veux pas que tu me détestes pour avoir autoriser d’autres à nous faire subir ça, pour avoir accepter que d’autres nous fassent ça, pour avoir été assez idiote pour croire que tu serais mieux sans moi. » Est ce qu'elle était en train de dire que c'était de la faute à quelqu'un d'autre ? Elle n'était pas partie avec un autre ? Elle ne l'avait pas quitté parce qu'elle en aimait un autre ? Parce qu'elle ne l'aimait plus, lui ? Se rendait-elle compte de ce qu'elle était en train de dire ? A quel point il s'était rabaissé, lui, de ne pas avoir été assez à la hauteur, pour elle, pour eux. A quel point il se détestait d'être aussi faible. « Je... J’étais pas supposée garder l'enfant. On m’avait dit de... Mais j’ai pas pu ! » Tout lui échappait. Qui avait pu lui demander une chose pareille. Quelque part, Dmitri avait toujours rejeté la faute sur lui. C'était de sa faute. Tout était de sa faute. Il n'avait pas été assez bien. Il ne la méritait pas. N'avait pas réussi à la garder. Elle lui avait peut-être brisé le cœur, il avait peut-être maudit son prénom dans ses moments les plus sombres. Mais il avait toujours su que c'était de sa faute à lui. Il déglutissait avec difficulté. Écoutait sans vraiment être là. « J’ai pas pu, j’pouvais pas tuer ton bébé. » Son bébé. Le tuer. Dmitri était dans un état second. Il essayait d'avancer dans le brouillard qui avait pris place dans son esprit. Repoussait tout ce qu'il s'était imaginé pendant ses quatre ans. Tentait d'assimiler la vérité. Il était père. Quelqu'un était responsable de leur malheur. Et ce n'était pas lui. Il sentit les lèvres de Maia sur sa main. Mais même ça n'arrivait pas à l'apaiser. « J’ai pas pu... » Ses yeux se reposèrent sur Maia, sa Maia, un éclair de lucidité éveillant son regard. Il était supposé dire quelque chose. Faire quelque chose. Mais il ne comprenait pas. D'un seul coup, il se leva avec brusquerie. Lâchant Maia, abandonnant toute tentative de comprendre. Se regard se posait partout, sauf sur elle. Il passa une de ses mains dans ses cheveux. « Je... Je ne comprends pas, finit-il par dire. » Pourquoi elle n'avait rien dit. Pourquoi elle ne l'avait pas cherché. Pourquoi elle l'avait abandonné. Pourquoi quelqu'un avait voulu les séparer. « Tu n'étais pas supposé... » Avoir leur enfant, sans lui. Partir, sans lui. Continuer à vivre, sans lui. « On a un fils. » Même si l'information semblait encore étrange. Son autre main vint se perdre dans ses cheveux, maintenant sa tête comme pour essayer de ne perdre aucune information. « Mais tu es partie malgré tout. Quelqu'un... » Il secoua la tête. En colère. Révolté. Ses yeux retrouvèrent Maia et il s'exclama cette fois ci à voix haute : « Tu n'avais pas le droit. » Ses mâchoires se contractèrent. Il ne savait pas ce qui faisait le plus mal. Leur fils. Son abandon. La vérité. « Mais le pire dans tout ça, c'est que je ne te déteste pas, dit-il avec dégoût, toujours énervé. » Dégoût envers lui-même. Dégoût envers cette vie, cette demie-vie. « Je ne te déteste pas. Répéta-t-il. Mais... je ne peux pas. » Il ne pouvait pas être père. Il ne pouvait pas accepter que ses quatre ans étaient la faute de quelqu'un d'autre. C'était sa faute. Il était faible. Ne méritait rien. Ni Maia. Ni son enfant. Peut-être même qu'il ne méritait pas de vivre. Il ne méritait que sa folie. Ses démons. Sa cage. Rien d'autre.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Lun 6 Avr - 15:54

Je ne pensais pas que la vérité serait si dure à dire. Mais son regard changeait tout. Dans mes fantasmes, dans cette réalité alternée souvent et longtemps imaginée, son regard n’était pas. Il n’était qu’une silhouette face à laquelle j’exposais toute cette vérité. Dans la version fantasmée, tout n’était que soulagement, alors qu’à présent, j’avais pleinement conscience de cette chape de plomb que j’abattais sur lui, sur quatre années de survie. Lui annoncer que je n’étais pas partie pour un autre, était une chose, lui affirmer que je n’avais jamais cessé de l’aimer, aussi, mais lui avouer l’inavouable, à savoir que nous avions un fils dont je l’avais privé pendant quatre ans, c’était tout autre chose. Il avait passé ces dernières années persuadé que je ne l’avais pas aimé assez, qu’il était responsable de ma fuite, et désormais... Désormais, il devait réinitialiser intégralement le système en réalisant que je l’avais trop aimé pour rester avec lui, qu’il n’était en rien fautif, que d’autres l’avaient été pour lui. Je savais que ça lui demanderait des jours, voire des semaines à encaisser. Une réalité altérée, ça ne prenait pas deux secondes à comprendre, assimiler et accepter. C’est pourquoi je n’avais absolument pas souhaité cette confrontation avec Alek. Je ne voulais pas qu’il sache, pas maintenant, pas comme ça, pas alors qu’il n’était pas encore prêt, pas alors qu’il n’avait pas avalé le reste. On avait le temps pour ça. Certes, je leur avais déjà fait perdre quatre années, mais justement, nous n’étions plus à quelques jours, semaines ou mois près. Je devais y aller progressivement, ne pas bruler les étapes, le préparer, l’amener à accepter l’inacceptable. Sauf que je n’avais pas eu le droit à ça. Parce que, l’espace d’un instant, j’avais oublié toute forme de raison, toute forme de responsabilité, j’avais tout oublié à son contact, j’avais fermé les yeux et ne les avais réouvert qu’au matin, sur la petite silhouette bavarde de mon fils. Notre fils. Alors non, non, je ne pouvais pas le laisser croire que cet enfant appartenait à un autre que lui. Ça m’avait demandé un effort considérable, la première fois, de lui mentir en affirmant partir pour un autre, sans avouer que cet autre était, en réalité, dans mon ventre. Effort que je ne souhaitais, ni ne pouvais, reproduire aujourd’hui. C’était probablement très égoïste de ma part, mais je l’aimais trop pour accepter qu’il puisse nier ce fait en m’imaginant porter l’enfant d’un autre. Je ne l’acceptais tellement pas, que je n’envisageais pas que ce puisse être le cas, jusqu’à ce qu’il comprenne et s’étonne. Il n’existait pas de manière idéale de procéder, mais celle-ci était probablement la pire de toutes. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, pas avec Alek à quelques mètres, pas alors que j’étais terrassée à la seule idée qu’il puisse me laisser, m’abandonner, me détester pour ce que j’avais fait, ou accepté de faire. Le résultat était le même, j’étais autant à blâmer que sa mère, sa famille toute entière. J’en avais parfaitement conscience. C’est pourquoi je ne pouvais empêcher ses indécentes larmes de rouler abondamment jusqu’à ses doigts, tout en bégayant de vagues excuses et explications qui ne sauraient l’apaiser. J’en arrivais même à exiger, le supplier de ne pas me détester pour ce que j’avais fait. Il ne me regardait pas, il ne me regardait plus, et ce regard qui m’avait tant pétrifié, qui m’avait empêché de m’exprimer correctement, je le souhaitais, à nouveau, sur moi, de toute mon âme. Il n’avait pas rompu le contact physique, et pourtant ça ne suffisait pas, ça ne me suffisait pas. J’avais besoin de le voir, de le lire dans ses yeux, de constater les dégâts que je venais d’y occasionner. Et lorsque ce fut chose faite, je regrettais de l’avoir souhaité. C’était là, juste là, limpide et évident : je ne l’avais pas sauvé, je l’avais un peu plus égaré. Il allait me détester. C’est ce que je comprenais à sa manière de s’arracher de moi pour se redresser, s’éloigner. « Je... Je ne comprends pas... » disait-il, sa main martyrisant ses cheveux à défaut de pouvoir ou vouloir me martyriser moi. « Tu n'étais pas supposé... » Partir ? Avoir cet enfant ? Me laisser manipuler ? Je savais tout ça, évidemment. Je n’avais eu aucun droit de faire tout ça. Il aurait suffit... Il m’aurait suffit de lui parler, de m’en ouvrir à lui au lieu d’avoir la prétention de vouloir le protéger, et alors... Alors, rien de tout ceci n’aurait jamais eu lui. Rien de cette torture. « On a un fils. » Ca aussi, je le savais. Et à défaut d’avoir quelque chose d’intelligent ou constructif à répondre, je le laissais m’accabler, n’osant même pas un regard dans sa direction, toujours assise, voûtée, tassée sur moi-même et cette table basse. « Mais tu es partie malgré tout. Quelqu'un... » Il était en colère, et il avait toutes les raisons de l’être. J’aurais voulu pouvoir l’apaiser, mais je savais être l’épicentre de cette colère. Rien, émanant de moi, ne saurait le calmer. Je ne pouvais que l’attiser. « Tu n'avais pas le droit. » Je pleurais toujours, en silence, mais pas sur mon sort, non, sur le sien, sur ce que j’avais fait de lui, sur ce que je continuais de faire. Comment je pouvais prétendre aimer quelqu’un et le réduire à ça ? « Mais le pire dans tout ça, c'est que je ne te déteste pas. » Ç’aurait pu être un soulagement si je ne m’étais pas sentie si accablée. Ne pas me détester ne voulait pas dire m’aimer pour autant. Et s’il ne m’aimait plus ? J’avais, jusque là, vécu avec l’espoir qu’un jour on serait à nouveau ensemble, heureux... Venais-je de détruire la seule chose qui me maintenait encore en vie ? « Je ne te déteste pas. Mais... je ne peux pas. » D’un revers de main, je séchais ces inacceptables larmes, et reniflais bruyamment. Je n’étais plus à ça près. « Je ne te demande rien. » je parvenais à articuler sans, pour autant, parvenir à le voir. Peut-être était-ce de la fierté mal placée, mais je refusais qu’il me voit ainsi, qu’il puisse lire quelque chose sur mes traits et me prête des intentions que je n’avais pas. « Je... Je ne te demande pas d’être un père pour Alek, surtout pas alors que tu connais son existence depuis trois secondes. Je... » je quoi ? Je ne savais plus quoi dire ou quoi faire pour améliorer une situation qui ne pouvait pas l’être. Peut-être que c’était ça, le pire, finalement, cette sorte d’acceptation. J’avais tout ruiné, et je l’acceptais. J’acceptais tout, même l’entière responsabilité. « Je... J’ai fait des choix. Seule. Je n’ai pas le droit ni la prétention de te les imposer. Je mériterais que tu me détestes. » j’affirmais en me redressant, prenant un soin tout particulier à ne pas croiser son regard, ni même me rapprocher de lui. Je contournais le canapé par l’autre bout, lui offrant tout l’espace dont il pouvait avoir besoin. « Si tu as besoin de temps, prends-le, si tu veux partir, je comprendrais... » je reprenais en m’éloignant toujours plus, prenant la direction de la porte de mon fils, jouxtant celle de la salle de bain. « Tu dois juste savoir que... Je n’ai jamais aimé que toi, je n’aimerais jamais que toi, qu’importe le temps que ça te prendra de le réaliser, je continuerais de n’aimer que toi. Et je ne regrette pas d’avoir eu Alek. Je regrette de l’avoir eu sans toi, mais je ne regretterais jamais d’avoir mit au monde un petit toi. » j’avais conscience, en l’autorisant à rompre sa promesse de ne jamais me quitter, de prendre le risque de le perdre pour toujours, et d’en crever. De le voir passer cette porte pour ne plus jamais revenir. Mais j’étais qui pour exiger qu’il reste et accepte tout en une fraction de seconde ? Je l’aimais. Je l’aimais assez pour le laisser partir et me laisser.
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MessageSujet: Re: Hopeless wanderer ϟ Maia Sam 18 Avr - 19:32

Il avait l'impression d'avoir vécu la vie d'un autre. Ce n'était pas lui qui avait tenté de survivre à ces quatre dernières années. C'était un autre. Lui, il aurait du être là. Près d'elle. Et lui. Il n'aurait pas eu à se torturer l'esprit à propos d'un autre homme. Il n'aurait pas du tenter, jour après jour, de retrouver la surface, de reprendre vie dans cette non-vie qu'avait été la sienne. Il n'aurait pas du souffrir autant. Quand il aurait pu être heureux avec elle. C'était peut-être ce qui fit le plus mal à ce moment là. Réaliser tout ce qu'il avait manqué. Prendre conscience de ce qu'il avait enduré... pour rien. Il l'avait retrouvé oui. Mais il n'était plus lui. Et c'était trop tard. Il savait, qu'il ne serait plus jamais le même. La faille était trop grande, la blessure, trop profonde. Et en cet instant, ça semblait juste trop. « Je ne te demande rien. Je... Je ne te demande pas d’être un père pour Alek, surtout pas alors que tu connais son existence depuis trois secondes. Je... » Oui. Mais plus tard ? Est ce qu'il le mériterait ? Serait-il seulement à la hauteur, un jour ? Parviendrait-il à s'en sortir ? Parce que là, maintenant, il ne parvenait pas à se l'imaginer. Et s'il ne s'en remettait jamais ? Et si elle finissait par l'abandonner, une nouvelle fois, parce qu'elle se rendait compte qu'il était une cause perdue ? Irréparable. Détruit. Il était abattu. Dégoûté. Et seul les paroles de Maia le maintenait conscient que non, ce n'était pas un rêve, juste la vérité, froide et sans pitié. « Je... J’ai fait des choix. Seule. Je n’ai pas le droit ni la prétention de te les imposer. Je mériterais que tu me détestes. » Dans un sens il aurait préféré. Ça aurait été plus facile de la détester, de tout rejeter sur elle, de lui prêter tout ses maux et de se blanchir de tout ses actes. Sauf qu'il était responsable. Forcément. Personne n'avait pu convaincre Maia de le quitter. Il avait forcément sa part de responsabilité. Il n'avait pas été assez bien. Et ne l'était sûrement toujours pas. Définitivement pas. Comment pourrait-elle le reprendre, maintenant qu'il n'était plus qu'une version brisée de l'original ? « Si tu as besoin de temps, prends-le, si tu veux partir, je comprendrais... » Il la regardait s'éloigner, petit à petit. Le fuyait-elle déjà ? Il avait l'impression que tout lui échappait. Il demeurait planté sur place, incapable de réfléchir avec cohérence. Étrangement, il repensa à cette nuit, à eux, unis, comme auparavant, et au sommeil, paisible, qu'il avait eu, avec elle. Comment est ce que ça avait pu déraper de nouveau ? Ce n'était pas seulement la faute de la vérité, non. C'était aussi sa faute, à lui, toujours. Au moindre doutes, ses démons ressurgissaient, profitaient de ses instants de faiblesse pour l'entraîner plus bas encore. Il n'y voyait plus clair. Il avait cru que lorsqu'il retrouverait Maia, tout s'effacerait. Sauf qu'il en était déjà venu à l'évidence. Il était fou. Et il n'y avait plus qu'un pas à franchir, un simple pas, avant de le devenir complètement. Et ça le terrifiait. Même maintenant, avec elle, il n'était pas sauf. « Tu dois juste savoir que... Je n’ai jamais aimé que toi, je n’aimerais jamais que toi, qu’importe le temps que ça te prendra de le réaliser, je continuerais de n’aimer que toi. Et je ne regrette pas d’avoir eu Alek. Je regrette de l’avoir eu sans toi, mais je ne regretterais jamais d’avoir mit au monde un petit toi. » C'était là. Là que ses pas auraient du le mener jusqu'à la sortie. Loin de la vérité. Loin de la confusion pour retrouver cet enfer solitaire qui était devenu son quotidien. Peut-être que c'était le plus simple. Se cacher. Comme un lâche. Et ne plus revenir. Mais pour quoi ? Qu'y gagnerait-il ? Pensait-il vraiment pouvoir s'échapper ? C'était risible. Son comportement était pathétique. Il sentit, quelque chose, en lui, se briser de nouveau. Il savait ce qu'il devait faire et il ne réfléchit pas vraiment sur le moment. Il n'en avait pas besoin. C'était évident. Et c'est avec détermination que ses pas le guidèrent jusqu'à elle, comblant la distance qu'elle avait mis entre eux. L'anéantissant complètement en venant quémander ses lèvres. Il s'en empara avec force, passion, réclamant et s'octroyant de lui-même ce qu'il savait sien, depuis qu'il était tombé amoureux d'elle et elle de lui. Ses mains étaient posées sur ses joues, maintenant son visage, approfondissant son baiser, prolongeant son étreinte. Il n'avait pas besoin de respirer. Il avait juste besoin d'elle. Chaque seconde. Chaque heure. Tous les jours, pour le restant de sa vie. C'est ce qu'il voulait lui faire comprendre. Ce que les mots n'avaient pas semblé traduire jusque là. Mais il n'avait pas besoin de ça. Il voulait juste l'embrasser encore, et encore. Goûter ses lèvres, sa langue, sa peau, elle, toute entière. Sentir chacun de ses poils se redresser, chaque cellule, chaque atome, s'éveiller à son simple contact. Peut-être qu'il aurait du partir. Peut-être que ce n'était pas rationnel de rester. Mais rien ne l'avait jamais été. Ce n'était pas rationnel d'aimer autant quelqu'un. Ce n'était pas rationnel d'avoir besoin d'elle à ce point. Et pourtant il était toujours là. A l'embrasser. Comme si c'était la première fois. Et la dernière. Comme si rien n'avait plus d'importance en cet instant. Et quand il se recula, juste à peine, ce n'était que pour caresser ses lèvres des siennes, prolonger cet instant, pour ne pas le briser, pour ne pas se perdre. Parce qu'il avait besoin d'elle. C'était indéniable, il le savait. Les yeux fermés, les mâchoires contractées, il inspira doucement. Son odeur, si familière, ravivait en lui tant de souvenirs... Il ne pouvait pas partir. Parce qu'il savait qu'il ne serait plus rien sans elle. Il n'était pas parvenu à se reconstruire, il n'y parviendrait pas plus s'il la quittait de nouveau. Sauf qu'il devait se résigner. Arrêter de se cacher. Pour elle. Ses lèvres caressaient toujours les siennes, et c'est à voix basse qu'il répondit, enfin, par des mots : « я люблю тебя. N'en doute jamais... Tu me rends fou. » Il passa son pouce sur sa lèvre, comme pour effacer le passage des siennes ou en marquer l'empreinte. Un sourire triste étira ses lèvres. Tout doucement il s'éloigna. Il relâcha d'abord ses joues, éloigna ensuite son visage. Il ouvrit les yeux quand il fit un pas en arrière. Puis un autre. « J'ai juste... » Il la regardait, d'un air apeuré, perdu. « J'ai besoin de temps. Parvint-il finalement à formuler. » Ce n'était qu'une excuse pour s'éloigner. Il ne savait pas ce que le temps pourrait lui apporter. Si une seule seconde loin d'elle pourrait lui être bénéfique alors que ces quatre dernières années avaient été un cauchemar. Mais il était près à lui laisser du temps aussi. Parce qu'elle en avait sûrement besoin. Elle n'avait clairement pas prévu de lui présenter son fils, leur fils, aujourd'hui, et peut-être que c'était mieux. Oui. C'était probablement mieux. Il s'en convainquait, à chaque pas qui l'éloignait d'elle, vers la sortie, mimant ce qu'elle s'était contentée de faire auparavant. Il s'arrêta sur le seuil, la porte ouverte. Hésita. Et se retourna pour dire : « Mais je sais... Je sais que je ne serais jamais assez bien... Alors si tu ne veux pas attendre... Je comprendrais. » Une porte de sortie. Il parla d'une voix claire. Posée. Presque détachée. Comme si ça ne le coûtait pas de dire ça. Mais il devait aussi l'accepter. Malgré ce qu'elle lui avait dit, il savait, dans le fond, qu'elle pourrait aller mieux sans lui. Il n'était qu'un fardeau, qu'il ne voulait pas faire peser sur ses épaules. Elle avait bien réussi, pendant quatre ans, à survivre, peut-être y parviendrait-elle de nouveau... Elle l'aimait. Et cela seul aurait du le réconforter. Mais ce n'était pas le cas. Il était brisé. Et il avait peur, tellement peur, de ne jamais être à la hauteur. Pour elle. Et pour lui.

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Hopeless wanderer ϟ Maia

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