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kaya & noam - wedding day

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MessageSujet: kaya & noam - wedding day Lun 9 Fév - 3:29


wedding day
Kaya et Noam
On était arrivé en retard, évidemment. Les deux seuls perturbateurs, ceux qui poussent la lourde porte de l’église, pourtant déjà close, dans un grincement sinistre, provoquant l’interruption momentanée des programmes et des centaines de pairs d’yeux plantés dans nos silhouettes comme autant de lames affutées, ça ne pouvait être que nous. Qui d’autres ? C’était sa faute, elle m’avait indiqué un mauvais itinéraire, on s’était prit la tête, puis engueulé, elle avait exigé de prendre le volant, ce que j’avais, bien évidemment, refusé dans un éclat de rire, elle l’avait mal pris, ordonné que je la dépose là, sur le bord de la route, dans sa robe trop courte et ses talons trop hauts, au milieu d’on ne savait où, justement, puisqu’on était paumé ! Bref, ça nous avait demandé une bonne heure de rab’, ce délicieux instant privilégié. L’avantage de recevoir l’hostilité de toute une église, c’est que ça rapproche. Alors qu’on avait poussé cette porte en s’engueulant, l’adversité nous avait contraint au silence et au rapprochement. Rapprochement mental et physique, puisque, faisant front ensemble, on s’était excusé d’un même mouvement approximatif de main, d’un identique sourire crispé, avant que je n’attrape sa main pour aller nous ranger tout au fond, à quelques pas, sur une rangée de bancs pas totalement déserte, mais qui avait l’avantage d’être très proche. On voyait que dalle, mais au moins, personne ne nous voyait non plus, elle ratatinée sur le bois lustré du banc, et moi me planquant derrière ma bible ouverte. Celle-la même que je fis tomber, une bonne demi-heure plus tard, pile dans un moment de silence, avant de m’excuser d’une voix que j’avais espéré discrète et que l'acoustique avait fait ricocher sur toutes les voûtes de cette foutue église. Oui, bah ça va, pardon, hein ! Si on pouvait même plus dire pardon, justement. Il avait fallu attendre une éternité supplémentaire et une infinité de ‘Amen’ que je m’étais efforcé de mimer sans prononcer, avant qu’on nous autorise à sortir. Libération. « J’suis jamais à l’aise dans ce genre de lieu. » j’avais confié à Kaya en balançant une poignée de riz sur la grosse dame de l’autre côté de l’allée aménagée pour le passage de mariés. Désolé, j’avais peut-être mésestimé ma force de lancé. « J’ai toujours l’impression que Dieu m’observe en secouant la tête de désolation, tout en m’affligeant d’un ‘Miiii qu’is-ti fait, là, fils ? C’est pas li bon lieu di coulte !’... Oui, dans ma tête, Dieu a forcément l’accent feuj. Logique, en fait. » j’avais ajouté tout en offrant une grimace désolée à la grosse dame tentant, en vain, de débarrasser son chapeau à larges bords, de tout le riz stocké là. J’avais beau ne pas être très croyant, et pas du tout pratiquant, ma famille l’était -selon les principes qui l’arrangeaient, hein- et j’avais porté la kippa dans toutes les grandes occasions. Ici, ma tête se sentait nue. Pour rejoindre la salle de réception, on avait jugé bon, d’un commun accord, d’attendre le départ des autres, et de suivre les voitures. On prenait pas le risque d’arriver une deuxième fois en retard à un seul et même mariage. Elle râlait à cause ses chaussures, je râlais à cause de ma cravate m’étranglant et le flingue contre mon mollet. On râlait en continu, sans interruption, soutenant l’autre dans ses complaintes sans même écouter ce que cet autre disait. Dialogue de sourds qui fonctionnait pas mal, pour une fois, ponctué de « Absolument, mais moi... » et autre « T’as raison, je devrais les retirer... » Quoi ? Non ! C’est à cet instant que je réagissais, réalisant enfin ce qu’elle disait. À quel moment je l’avais autorisé à retirer ses escarpins ? J’avais dit ça, moi ? Quand ? « Tes chaussures, ma cravate. » je lui rappelais en immobilisant la voiture en face de l’immense bâtiment abritant la réception. L’ensemble n’était pas tout pour nous, puisqu’il s’agissait d’un hôtel, mais à vu de nez, la salle de réception, ou plus vraisemblablement l’une des salles de réception, devait être colossale. J’avais pas le droit de me garer là, mais il fallait bien qu’il y ait quelques avantages à être au FBI. Alors, fouillant la boîte à gants, j’en tirais un macaron qui, bien évidemment, n’annonçait pas FBI, sinon j’aurais été le dernier des cons, véritable pro de l’infiltration, au moins autant que ma soeur, mais qui, sans payer de mine, faisait son effet sur la flicaille de circulation. « Qui plus est, tu ferais comment pour traverser l’avenue ? » j’interrogeais en ouvrant ma portière côté avenue, justement, large artère qu’il nous faudrait traverser pour rejoindre l’entrée de l’hôtel. « T’espérais pas que je te porte, quand même ? » furent mes derniers mots avant que ladite portière ne se referme en un claquement. Pas totalement goujat, je faisais, tout de même, le tour pour aller lui ouvrir la sienne et lui tendre la main. Parce que j’avais reçu une bonne éducation, évidemment, mais surtout parce qu’elle était sacrément handicapée de mouvements entre ses talons et sa robe. Sortir d’une voiture, c’était jamais simple dans ces conditions. Une avenue traversée plus tard, en dehors des clous et avec seulement mon bras se brandissant pour immobiliser les véhicules, on rejoignait le hall où nous étions redirigés vers la bonne salle pour le bon mariage. À croire que c’était LE jour pour se marier, cet hôtel accueillait trois réceptions en même temps. Est-ce que j’appréhendais ? Oui, évidemment. Jouer la comédie devant une ou deux personnes, c’était autre chose que d’essayer de berner près de trois-cent personnes en même temps. Est-ce qu’il aurait mieux valu s’abstenir ? Oui, bien sûr, surtout que les réceptions de cette ampleur étaient proscrites dans toute mission de protection. Est-ce que j’aurais préféré qu’on reste à l’appart ? Jamais ! Rien que pour la voir dans cette tenue, ça valait toute l’appréhension et les risques encourus. Mes supérieurs ne seraient probablement pas d’accord avec moi mais, hey, ils l’avaient pas vu dans cette robe. Une robe que je redécouvrais, à nouveau, en la délestant de son manteau pour le confier au vestiaire, en plus du mien. Les tickets, je les lui confiais -elle avait un sac, minuscule certes, et pas moi- avant de m’empresser de récupérer sa main et l’entrainer, sans trainer, vers la salle en elle-même, en voyant la grosse dame au chapeau s’approcher. « Je crois qu’on l’a semé... » j’annonçais quand même, malgré l’improbabilité de cette affirmation, une fois devant le tableau de répartition des tables. Je la laissais nous chercher et nous trouver -rapidement, si possible-, moi je surveillais nos arrières, tout en ôtant des grains de riz égarés dans ses mèches ébènes. Comme quoi, j’étais pas le seul à mal évaluer les distances.     

electric bird.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Sam 14 Fév - 16:50

« J’suis jamais à l’aise dans ce genre de lieu. J’ai toujours l’impression que Dieu m’observe en secouant la tête de désolation, tout en m’affligeant d’un ‘Miiii qu’is-ti fait, là, fils ? C’est pas li bon lieu di coulte !’... Oui, dans ma tête, Dieu a forcément l’accent feuj. Logique, en fait. » Kaya échappa un rire, un peu mal à l'aise. Pas à cause de ce qu'il venait de dire ou du regard que la dame au chapeau leur avait lancé. Mais à cause de ses pieds. Quelle idée elle avait eu. Les talons. Une invention géniale pour sublimer les jambes, mais une véritable torture pour les pieds. Pendant la cérémonie elle ne s'en était pas trop plein. Elle était trop occupée à oublier l'humiliation qu'ils avaient subi en arrivant en retard – à cause de Noam évidemment. La cérémonie s'était, à part ça, plutôt bien passé. Mais maintenant qu'elle devait tenir debout c'était plus contraignant. Il ne lui tardait qu'une chose : retirer ses chaussures. Elle savait cependant qu'elle allait devoir les supporter encore longtemps. Alors elle se contentait de balancer du riz, et de sourire, même si elle avait juste envie de râler. Ce qu'elle fit dès qu'ils furent dans la voiture. Elle finit même par les retirer mais une fois la voiture arrêtée, Noam ne put s'empêcher de faire son rabat-joie. « Tes chaussures, ma cravate. » Elle poussa un soupir, exagérant exprès. « Qui plus est, tu ferais comment pour traverser l’avenue ? » « Pieds nus. Dit-elle aussitôt. » Ça lui semblait être une excellente idée. Le froid soulagerait sûrement même la douleur. « T’espérais pas que je te porte, quand même ? » Elle répéta sa phrase en tirant la grimace quand il claqua la porte du véhicule, puis forma un sourire sur son visage quand il ouvrit la porte de son côté, comme si de rien était. C'était un certain challenge avec sa robe de ne rien montrer en sortant de la voiture mais elle s'en sortit plutôt pas mal. Maintenant elle n'avait plus qu'à essayer d'avoir l'air naturel quand elle marchait. L'hôtel était vraiment joli. Vraiment grand aussi. Elle se demanda combien ils avaient dépensé pour la cérémonie mais d'un autre côté, elle ne préférait pas savoir. La salle était joliment agencée, peut-être un peu trop de roses mais si on écoutait Kaya il y en aurait toujours trop. « Je crois qu’on l’a semé... » Elle répondit un 'cool' machinal, n'ayant pas vraiment écouté ce qu'il disait. Elle essayait de comprendre où se situait leur table d'après le plan. Elle décida de partir dans une direction un peu au hasard et de regarder les noms inscrit à chaque table. Elle tomba finalement dessus, sur le côté de la salle. Elle déposait son sac sur la table quand elle entendit une voix plus que familière derrière elle. « Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à ma sœur ? » Peter. Travis à ses côtés qui souriait comme un idiot. « Tu ressembles presque à une fille. » Travis se mit à ricaner et Kaya leur adressa à tous les deux une grimace. « Ahah. Très drôle. Dickhead. » « Knobhead. » « Doucheface. » Puis Peter ouvrit ses bras et Kaya alla lui faire câlin. L'amour chez les Maddox se montrait d'une manière un peu particulière. Juste un peu. Elle se recula et prit Travis dans ses bras, qui ne put s'empêcher de lui ébouriffer un peu les cheveux. Ugh. Elle se les arrangeait quand elle remarqua le regard curieux de Peter vers Noam, d'autant plus que Travis lui serrait la main pour le saluer. Elle n'avait pas le choix, évidemment. Elle poussa un soupir avant de dire : « Peter, voici Noam... Mon petit-ami. » Elle ne pouvait pas mentir. Travis était déjà au courant. « Où sont les autres ? » Elle parlait de Trenton et Jace. Sauf que Peter ignora sa question, et semblait plutôt occupé à jauger Noam du regard. Il déclara d'ailleurs, bras croisés : « Alors c'est à cause de toi qu'on ne la voit plus et qu'on ne peut plus lui botter les fesses au poker... » Comme si. « Tu préfères être mangé à quelle sauce ? » What. D'une main elle attrapa le bras de Noam, pour qu'il se rapproche d'elle – comme si elle pouvait le protéger de quoique ce soit – et de son autre bras donna un coup de poing sur l'épaule de Peter. « Shut up. » Travis éclata de rire en voyant la scène, bientôt rejoint par Peter. Ugh. Elle les détestait. Pourquoi elle avait eu envie de venir au mariage déjà ? Elle espérait au moins qu'aucun de ses frères n'était à leur table. Elle ne les supporterait pas toute la soirée. « Chill, little freak. You guys look actually cute together. » Il racontait vraiment n'importe quoi. Même si elle sentit ses joues chauffer, et son cœur s'accélérer. Elle s'était gentiment moquée en voyant Noam en costume, mais ça lui allait plutôt bien en fait. Même très bien. Mais elle ne lui aurait jamais avoué. Maintenant elle réfléchissait juste à un moyen de faire partir ses frères et elle regarda dans la salle pour repérer Jace et Trenton. Il ne manquerait plus que les deux autres pour que la fête soit vraiment fun. Ou pas. Clairement pas. Ils allaient forcément la ridiculiser. C'était leur passe-temps favori. Et elle n'avait pas besoin de ça pour se sentir ridicule ces derniers temps.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 15 Fév - 5:25


wedding day
Kaya et Noam
Un noeud coulant. C’est en ces termes que mon père s’était toujours exprimé lorsqu’il était question de cravate. D’ailleurs, il était le seul, au FBI, à se présenter devant certains de nos plus hauts dirigeants avec son éternelle chemise entrouverte et son écharpe pendant de sa nuque. Tous les autres s’empressaient de se ficeler dans des costumes étriqués, et lui s’avançait nonchalamment dans sa tenue que ma mère jugeait négligée. Ça ne l’avait jamais empêché de très bien faire son boulot au point d’être respecté et craint de tous. Alors pourquoi Kaya s’obstinait-elle à me faire porter ça ? Ça serrait, ça grattait, ça...haaaaaa ! Ça démangeait ! Du coup, je devais avoir l’air passablement con à tirer dessus, à passer mon index entre le col et ma peau, à chercher un peu d’air dans cette torture d’asphyxie. Elle, elle s’en moquait, se plaignant continuellement de ses talons qui n’avaient pas vraiment l’air de la déranger lorsqu’il s’agissait de cavaler entre les tables. Elle cherchait quoi ? C’était les chaises musicales, c’est ça ? Fallait vite s’asseoir avant que la musique d’ambiance cesse, sinon on graillait en cuisine ? Ce fut lorsqu’elle déposa son sac sur une chaise que je compris qu’elle était, jusqu’à présent, en train de chercher nos noms, et qu’elle venait, à l’instant, de les trouver. Du moins, de trouver le sien, en réalité, parce que, il fallait que je vérifie mais, j’étais bizarrement inquiet qu’on ait pu m’oublier, brusquement. J’étais en train de déchiffrer ce qui devait être mon prénom orthographié Noham, donc Pasdejambon, lorsqu’une voix fit légèrement sursauter Kaya, et alerta, instantanément, tous mes sens. Réaction incontrôlée et incontrôlable, une forme de déformation professionnelle qui m’avait poussé, la dernière fois, pendant un film, et alors qu’un coup de feu tiré sur l’acteur principal avait surpris Kaya au point qu’elle laissa échapper une exclamation et un sursaut, à la projeter sur le canapé pour prévenir d’un danger inexistant, sauf dans la télé. Excessif ? Si peu. « Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à ma sœur ? » L’homme qui se tenait en face d’elle n’avait ni ponchon, ni moustache. J’avais presque envie dénoncer l’arnaque, mais me contentais de me ternir à l’écart, simple observateur de retrouvailles fraternelles presque aussi chaleureuse qu’entre Ava et moi. Lui, je ne le connaissais pas. Par contre, Travis ricanant à ses côtés, oui, nous avions déjà été présenté. Un Travis qui se détacha de son frère pour venir me serrer la main. Un truc qui ne m’étais jamais arrivé encore, ne restant jamais assez longtemps avec une fille pour que son frère ait envie d’autre chose que de me foutre son poing dans la tronche. Découverte surprenante, donc. La voix de Kaya annonçant : « Peter, voici Noam... Mon petit-ami. » me fit relever le nez vers eux pour comprendre que le fameux Peter n’avait pas la moindre idée du ‘fake’ statut de sa soeur. « Où sont les autres ? » Les autres ? Heu... Non, c’est bon, Kaya, on va peut-être s’arrêter là. Parce qu’à ce rythme, je pouvais aussi appeler ma mère et ma soeur pour qu’elle se joigne à nous. C’était volontaire l’oubli de me signaler que ses frères seraient présents ? « Alors c'est à cause de toi qu'on ne la voit plus et qu'on ne peut plus lui botter les fesses au poker... » Je connaissais ce regard, tout comme sa gestuelle ne trompait pas. J’étais sur la balance, et il scrutait l’aiguille pour connaître mon poids. « Non, ça c’est juste parce qu’elle culpabilise de vous dépouiller de votre argent à chaque partie. » Ok, c’était son frère, mais c’était moi son emmerdeur attitré et officiel. J’allais me laisser déposséder de mon titre aussi facilement.  « Tu préfères être mangé à quelle sauce ? » Deuxième round ? Ok. « Si je réponds sauce chili, tu vas te sentir insulté ? » Et cet éternel sourire en coin qui ne s’effaça que lorsque mon bras se trouva réquisitionné et que, sous l’effet de surprise, je chancelais sur les quelques cinquante centimètres qui m’avaient, jusqu’alors, séparé d’elle. Son ordre ponctué d’un coup contre l’épaule de... Peter, c’est bien ça ? me laissa, tout à la fois, perplexe et amusé. Amusé qu’elle puisse penser que j’ai besoin d’elle pour ma propre défense, et perplexe qu’elle puisse nourrir l’envie de me défendre, en fait. Ça sortait d’où, ça ? C’était nouveau ? L’éclat de rire qui s’ensuivit me laissa croire, d’ailleurs, que je n’étais pas le seul a être amusé et surpris. « Chill, little freak. You guys look actually cute together. » Cute ? Cute ?! Hot, je veux bien, mais cute ? Je m’apprêtais à leur rétorquer que eux aussi avait l’air cute tout les deux, mais fus interrompu par un coup occasionné dans ma hanche. Un coup en provenance d’un sac à main imitation croco, dont l’anse en imitation bambou reposait dans la main ridée et chargée de bagues improbables d’une grosse dame au chapeau -toujours- encombré d’un peu de riz. C’est qu’elle lâchait pas l’affaire, et me jetait son fameux regard noir tout en nous dépassant lentement. Elle se prenait pour Steven Seagal, ou quoi ? « Les cougars m’adorent. » je justifiais avec un potentiel de crédibilité proche de zéro, tout en me frottant la hanche pas vraiment endolorie. Mais... Elle comptait me stalker toute la soirée, ou... ? Non, elle se désintéressait, désormais son forfait accompli. J’espérais juste que toute l’église n’allait pas me passer dessus pour me faire payer notre retard, le grincement de la porte de l’église, mon lancé de bible, etc... Il valait mieux songer à une stratégie de repli temporaire. Et je ne disais pas ça à cause des regards curieux et plein de désagréables promesses des deux frères, non... Penses-tu ! Alors, « Je vais nous chercher du champagne. » je glissais à son oreille légèrement penché, légèrement tourné, parce que je ne m’adressais qu’à elle, finalement, et que j’étais déjà sur le départ aussi. Mais, à la dernière seconde, je me ravisais et rebroussais ce micro-mouvement de premier pas, pour ajouter : « Bouge pas de là, me complique pas le boulot. » Et le baiser déposé sur sa tempe, c’était pour la galerie ? Oui, probablement, s’il avait été fait consciemment. Peu importe, j’avais décidé de ne plus me torturer le cerveau pour des trucs comme ça. C’était la force de l’habitude, des automatismes qui n’avaient pas lieu d’être analysés, disséqués, étudiés et/ou expliqués, comme je l’avais trop fait par le passé. Et, l’encéphalogramme plat, je traversais la foule en quête de ce bar, de l’autre côté, où les serveurs s’évertuaient à remplir les verres d’hommes déjà blasés. Je devais jouer des coudes pour me faire une place, et passer commande. J’en profitais, d’ailleurs, pour commander à la place de ma voisine de gauche qui peinait à se faire entendre. Une petite blonde coincée entre deux géants. L’un d’eux, c’était moi. Sa robe d’une drôle de couleur ne lui allait pas du tout, mais elle dégageait quelque chose de touchant, comme une sorte de maladresse teintée de ce sourire asymétrique pas vraiment joli, mais pas déplaisant pour autant. Juste atypique. Déplacée. Autant que moi dans ce mariage. Elle s’appelait Virginia, mais préférait qu’on la nomme Ginia, puisqu’elle s’estimait ‘plus proche de Ginial que du Virgin.’ C’était ainsi qu’elle s’était présentée, avant de se mordre la lèvre en s’excusant de m’accaparer, ce qu’elle ne faisait pas réellement, puisqu’elle ne m’avait retenu qu’une minute, tout au plus, juste pour me remercier d’avoir passé sa commande. « Vous ne m’accaparez pas. » je lui avais d’ailleurs dit, avant qu’elle ne se justifie d’un « Votre amie ne semble pas être du même avis. » en observant un point dans mon dos. Un point qui n’était autre que Kaya. Ça ne pouvait être qu’elle, « mon amie », mais en plus, je venais de vérifier. « C’est surtout l’alcool qui lui tarde de voir revenir. » je la détrompais, parfaitement conscient que moins elle me voyait, mieux elle se portait, mais que, cernée par ses frères, le liquide que je tenais entre les mains lui faisait très très très envie. « Non. » me répondit, simplement, l’asymétrique lutin, dans un sourire énigmatique, catégorique, avant de pivoter sur ses talons, et disparaitre dans la foule la surplombant de plusieurs têtes. « Super étrange, cette fille. » je confiais, d’ailleurs, en réintégrant ma place initiale, tout en offrant une coupe à Kaya et en piquant un menu sur la table. « Génial ! De la bouffe comestible ! » Bon, ok, mon enthousiasme soudain était peut-être un peu exagéré sachant que Kaya ne cuisinait pas trop mal -même très bien, en fait-, mais ne pas l’emmerder c’était au-dessus de mes forces. D’ailleurs, il était temps d’en remettre une petite couche. « Votre père n’est pas là ? Kaya meurt littéralement d’envie de me présenter. Ce serait l'occasion. » Ca c’était pour sa provocation de la semaine dernière. Elle avait été prévenue, chaque action entrainait une réaction. Pas forcément immédiate, mais toujours aussi délicieusement sournoise.      

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 22 Fév - 18:11

Elle aurait du se douter que ce n'était pas la meilleure des idées de venir ici alors que ses frères étaient là. Elle aurait mieux fait de rester à son appartement. A regarder un match à la télé. Sans talons pour lui tuer les pieds. Sans personne pour l'embêter. Enfin si. Noam. Mais c'était différent. « Non, ça c’est juste parce qu’elle culpabilise de vous dépouiller de votre argent à chaque partie. » Elle échappa un petit rire, souriant avec fierté. « Il parle en connaissance de causes. » Pas vraiment mais personne n'avait dit qu'elle n'avait pas le droit d'en rajouter une couche. Quitte à se faire humilier par ses frères, autant en profiter quand elle le pouvait. Ça ne suffisait cependant pas à son frère qui surenchérit en demandant à quelle sauce Noam voulait être mangé. « Si je réponds sauce chili, tu vas te sentir insulté ? » Peter le dévisagea un instant avant d'éclater de rire. Apparemment il ne se sentait pas insulté... « Je l'aime bien celui-là, dit-il en s'adressant à Kaya. » Sauf qu'elle n'avait pas besoin de son avis. De toute manière ce n'était pas vrai. Il ne pouvait pas le savoir. Mais elle savait. Et ce n'était rien. Ils prétendaient juste que c'était le cas. Oui, ils prétendaient. Ils furent interrompus par la vieille au chapeau qui visiblement n'en avait pas fini avec Noam. Hum. « Les cougars m’adorent. » Elle tourna la tête vers lui. « C'est bien les seules, dit-elle moqueuse, mais avec le sourire. » Il y avait ses frères à côté après tout. « Je ne pensais pas que tu tiendrais aussi longtemps. » C'était Travis. Et bien sûr il ne s'adressait pas à Kaya, mais à Noam. Ugh. Idiot. Il fallait aussi le supporter, le Noam. Mais ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne savaient rien en fait. « Je vais nous chercher du champagne. » Il voulait probablement s'échapper des frères Maddox, elle pouvait comprendre. Elle en avait aussi envie. « Bouge pas de là, me complique pas le boulot. » Elle leva les yeux au plafond mais approuva d'un petit hochement de tête. Elle ne s'étonnait plus vraiment des petits gestes d'affection qu'ils échangeaient en public. C'était juste l'habitude et non pas parce que ça ne la dérangeait plus. Non non non. « Ça a l'air d'être du sérieux. » « Et tu ne m'avais rien dit, je suis vexé. » Elle ouvrit la bouche pour répondre mais eut des difficultés avant d'articuler quoique ce soit de cohérent. « Ce n'est pas... Je veux di... Noooon... Enfin... Il... Pfff. Vous êtes chiants. Bafouilla-t-elle avant de s'énerver. » Elle croisa les bras sur sa poitrine, son regard dérivant vers l'endroit où Noam était allé. Elle repéra aussitôt la jeune femme à qui il parlait. Il avait fallu que son frère répète ce qu'il disait pour qu'elle réagisse de nouveau. « Je disais donc, Jace et Trenton ne pouvaient pas venir. » Jace devait sûrement travailler. Elle se demandait en revanche ce qu'était l'excuse de Trenton, on ne savait jamais vraiment à quoi s'attendre avec celui-là... Elle répondit un « Ok » distrait alors que son regard dérivait de nouveau vers Noam. Elle faisait que regarder. Sans raisons particulières, vraiment. Elle ne se posait pas du tout de questions. « Tu n'as pas besoin d'en faire tout un secret tu sais, on ne va pas le faire fuir. Toi en revanche... » Cette fois-ci Kaya retrouva sa concentration et regarda ses frères. « Occupez-vous de vos affaires. Dit-elle d'un ton ferme. » Elle poussa un soupir quand il se mirent de nouveau à rire. Qu'avait-t-elle fait pour mériter des idiots pareils ? Ils étaient tous des idiots. Et ils l'énervaient. Tous. Noam inclus. Qui revenait d'ailleurs vers eux. « Super étrange, cette fille. » Elle leva à peine le regard vers lui, préférant s'intéresser à la coupe de champagne qu'il avait entre les mains. Elle en but une longue gorgée. C'était pas assez fort. Mais ça faisait du bien malgré tout. « Génial ! De la bouffe comestible ! » Elle lui donna un coup de coude sur la taille. Oui elle était d'humeur à frapper tout le monde. « Votre père n’est pas là ? Kaya meurt littéralement d’envie de me présenter. Ce serait l'occasion. » Elle dut se retenir de ne pas lui jeter un de ses regards noirs préférés, et à la place lâcha un petit rire, qui se voulait naturel mais qui ne l'était absolument pas. Ses frères la regardèrent d'un air un peu surpris mais elle les ignora en répondant à leur place à Noam. « Il ne vient jamais à ce genre de choses. Pas son truc. » Ça rappelait sûrement trop de mauvais souvenirs. « Mais ça serait une bonne idée ! On pourrait organiser un repas. » He. Did. Not. Elle n'aimait absolument pas le tournant de la conversation. Pas du tout. « Vous n'avez pas une table à trouver ? Demanda-t-elle pour changer de sujet. » « On pourra voir ce que tu vaux vraiment au poker. » Est ce qu'elle était invisible ou... ? « Kaya a juste peur de te montrer qu'elle est nulle. » He wish. Elle allait exploser, vraiment. Sauf que... « On en reparle dans la soirée ! » Est ce qu'ils partaient ? Oui ? Oh god. Elle jura en espagnol. Elle alla s'asseoir sur sa chaise et déclara : « Ils sont insupportables. »
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Lun 23 Fév - 0:25


wedding day
Kaya et Noam
« Je l'aime bien celui-là. » Tiens, c’était bien la première fois qu’un ‘frère de’ m’appréciait. En règle générale, ils avaient plutôt envie de me faire ravaler mon sourire à coup de clé de douze en travers des dents. Preuve que les Maddox étaient passablement inconscients. Une réflexion sur les cougars folles de moi, et c’est Kaya qui revenait à la charge, m’assénant un « C'est bien les seules. » Oui  mais non, le sourire, là, ma puce, ne suffirait pas à sauver tes fesses. « Parce que tu as cinquante-six ans, c’est bien connu. » Hein, mon coeur ? Et hop, une petite tape sur les fesses, histoire de bien-bien-bien faire chier. « Je ne pensais pas que tu tiendrais aussi longtemps. » Haaaa, Travis ! Si tu savais le nombre de fois où j’avais voulu me barrer, la planter là et courir loin et vite histoire de sauver les dernières bribes de ma santé mentale déficiente... « Ouai, moi non plus. » je répondais, bizarrement sincère et sérieux, avant de me reprendre et d’esquisser un sourire faussement moqueur. Le coeur n’y était pas. Mais, me satisfaisant de ça, et ne cherchant absolument pas à leur donner motif à me casser les deux jambes, ou du moins essayer de me les casser, je songeais à un repli stratégique en direction du bar, faisant la rencontre d’une sorte de croisement entre un farfadet et une femme. Elle n’était pas méchante, mais elle hallucinait grave. Selon elle, Kaya s'impatienterait de me voir revenir. Ouais, Kaya, la petite brune à sale caractère qui me détestait presque autant qu’un moucheron dans son verre de Chardonay. Quoiqu’elle ne devait pas consommer ce genre de boissons. J’abandonnais donc le lutin sous acide, pour rejoindre la tribu allumée de naissance, à l’instant où les garçons semblaient se prendre un savon par leur lilliputienne de soeur. Ils la dépassaient tous de trois têtes et de plusieurs années, mais rien n’y faisait, c’était elle qui faisait figure d’autorité. Il faut dire qu’elle n’hésitait jamais à s’attaquer physiquement à plus grand et plus fort qu’elle. J’étais bien placé pour le savoir, mon entrejambe avait encore la trouille en sa présence. Et, aujourd’hui ne faisait pas exception. Une toute petite réflexion sur le menu, et je me mangeais un coup de coude dans les côtes. « Aïe ! » Oui, non, pas vraiment aïe, mais voilà, pour le geste et la forme, je me devais de mettre en lumière son comportement d’une violence injustifiée. Oui, j’en faisais des caisses, et alors ? « j’suis affamé et maltraité, vous êtes témoins ? » Trois tonnes cinq de caisses, même. J’allais même jusqu’à en rajouter une couche, évoquant son père, et l’envie irrépressible de Kaya de nous présenter. Ça, c’était ma conception de la vengeance pour sa désobéissance de la dernière fois. Elle m’avait fait une promesse, elle l’avait brisé sans aucune gêne. Je n’oublierais pas ça. « Il ne vient jamais à ce genre de choses. Pas son truc. » Ce qui l’arrangeait bien, pour le coup. « Mais ça serait une bonne idée ! On pourrait organiser un repas. » Ce qui l’arrangeait moins, d’un coup. « Avec plaisir ! » j’enchérissais, sautant sur l’occasion malgré la panique plus que palpable de Miss Chili. « Et puis, ça m’offrira une nouvelle occasion d’avaler un truc digeste ! Deux vrais repas dans le mois ? Mon estomac va pas s’en remettre. » Avais-je précisé à quel point j’étais rancunier ? Au-delà de ça, j’avais une envie assez inexplicable de rencontrer son père. Non pas dans le but de rencontrer son père, même si c’était un bonus, clairement, mais surtout parce qu’elle ne voulait pas. Et que ça m’énervait. Ça gratouillait mon égo, ça me foutait hors de moi. Elle m’affichait devant tous ses amis, alors qu’elle aurait pu simplement décliner l’invitation, et nous offrir une soirée télé devant un match. Au lieu de quoi, elle m’imposait, mentait à ses frères... Alors, pourquoi pas son père ? Surtout que je l’avais autorisé à lui dire la vérité, lui expliquer pour le procès et la protection dont elle bénéficiait. Alors quoi ? Alors pourquoi ? « Vous n'avez pas une table à trouver ? » Oula non, n’essaye pas de changer de sujet, ma puce. « On pourra voir ce que tu vaux vraiment au poker. » Merci Peter ! « Préparez vos mises. » « Kaya a juste peur de te montrer qu'elle est nulle. » « Tellement nulle qu’on peut même partir sur des mises de groupe, les frères Maddox contre nous deux. » Elle et moi. « Partant ? » J’étais tellement confiant, que j’allais même jusqu’à posé un bras en travers des épaules de leur soeur si ‘nulle’, en leur offrant un regard de défi. « On en reparle dans la soirée ! » Ben voyons ! « Trouillards. » je soufflais en rejoignant mon siège, tandis que Kaya en faisait de même, lâchant un « Ils sont insupportables. » en même temps. « Je les trouve cool, moi. » Evidemment, puisqu’ils m’appréciaient et faisaient enrager leur soeur. Le scénario rêvé, en quelques sortes. Enfin, pour moi. Parce que pour elle, ça ne semblait pas vraiment être le cas. Elle avait même toutes les peines du monde à retrouver un peu de contenance. J’y avais peut-être été un peu fort, non ? Le coup du père, tout ça...? Étais-je réellement en train de m’en vouloir, là ? Après tout, c’était elle qui avait commencé. Oula, ‘c’est elle qui a commencé’, ? Vraiment ? J’en étais rendu à ce niveau-là de maturité ? Bonne excuse, excellente excuse, Noam ! Très intelligent, très adulte. Oui mais voilà, je m’en voulais, et j’aimais pas ça, m’en vouloir. J’avais pas l’habitude, surtout. Du coup, maladroitement, voir carrément timidement, je tendais un index pour écarter le rideau de cheveux qui me cachait son visage, m’assurant que... « Boude pas. » oui, voilà, ça. « Je dirais à tes frères que je peux pas, que j’ai un empêchement, que je suis pris tous les jours de la semaine prochaine, ou que je me suis cassé les deux bras, et que, du coup, j’peux pas tenir les cartes.... J’irais pas. » je promettais, étirant un peu plus sa rangée de cheveux pour les lui ranger derrière l’oreille, et cesser, de fait, de m’adresser à la soeur brune de Cousin Machin. « Boude pas, d’accord ? » J’insistais, peut-être un peu trop, en récupérant sa main sous la table, comme si ça pouvait l’aider en quoi que ce soit. Une main que je rapatriais de mon côté, toujours sous la table, pour la switcher, la faisant passer de la gauche à la droite, libérant la gauche pour récupérer ma coupe de champagne, sans avoir à la lâcher elle. Pourquoi je faisais ça ? Était-ce réellement pour donner le change, comme nous avions l’habitude de le faire en public ? Dans ce cas, pourquoi sous la table, loin des regards extérieurs ? Probablement parce que la raison principale était que je ne supportais pas l’idée qu’elle m’en veuille. Qu’elle m’en veuille vraiment. Et c’était véritablement important à cause de la date. Plus qu’une semaine.     

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Dernière édition par M. Noam Wigderson le Dim 19 Avr - 23:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 1 Mar - 23:08

« Parce que tu as cinquante-six ans, c’est bien connu. » Le sourire de Kaya dut paraître un peu forcé quand elle sentit la petite tape sur les fesses. Mais elle faisait des efforts. Vraiment. Elle avait pris l'habitude de jouer le jeu depuis tout ce temps – déjà ça c'était assez étonnant – mais elle avait plus de mal en présence de sa famille. Parce qu'ils la connaissaient mieux que quiconque. Et qu'elle avait peur qu'ils comprennent qu'il se passait quelque chose. Mais non. Ils étaient trop bêtes. Elle en venait à cette conclusion maintenant. Inutile de s'inquiéter. Vraiment, il n'y avait aucun risque. Deux idiots. Noam et Travis étaient tous les deux surpris que la relation ait tenu aussi longtemps. Pardon, trois idiots. Kaya était surprise elle aussi. Mais on ne lui demandait pas son avis de toute manière. Ce n'était pas non plus comme si ça avait une réelle importance, étant donné qu'ils n'étaient pas vraiment en couple. Noam profita d'un blanc pour s'échapper, laissant Kaya seule face à ses frères, décidément en formes. Elle n'était pas énervée en arrivant ici. Bon peut-être un peu à cause de ses chaussures. Mais ils semblaient tous vouloir jouer avec ses nerfs. Comment ça ça avait l'air sérieux ? Ils ne devaient avoir l'air de rien du tout. Enfin si. Mais pas vraiment. Parce que c'était pour de faux. Elle se répétait ça à peu près toutes les cinq minutes. Et ses frères n'étaient que des idiots, ils ne comprenaient rien, c'était ce qu'elle concluait dans sa tête en les rabrouant alors que Noam revenait. Pour faire une allusion à sa cuisine. « Aïe ! » Réponse clairement exagérée à son petit coup de coude. « j’suis affamé et maltraité, vous êtes témoins ? » Kaya échappa un rire qui s'arrêta tout de suite quand Travis crut bon de dire : « Rappelle toi ce que je t'avais dit, il secoua ses doigts comme s'il faisait des chatouilles à un être invisible, rien de tel pour la faire obéir. » Non mais non. Elle adressa une grimace à son frère. Elle allait tellement se venger. Un jour. Et elle était d'autant plus décidée à le faire quand Travis proposa d'organiser un repas avec toute la famille. Et Noam. Oui parce que sinon elle s'en fichait et ça ne la mettrait pas du tout dans cet état. Le pire c'est qu'elle ne pouvait pas montrer qu'elle était énervée. « Avec plaisir ! Et puis, ça m’offrira une nouvelle occasion d’avaler un truc digeste ! Deux vrais repas dans le mois ? Mon estomac va pas s’en remettre. » Elle leva la tête vers Noam et afficha son sourire le plus hypocrite pendant à peu près une seconde et demie. « Profites-en, ce sera tes seuls repas du mois. Dit-elle d'un air finalement bougon. » Elle savait qu'il faisait exprès d'en rajouter une couche. D'autant plus qu'elle était encore allée voir son père sans le prévenir, alors qu'elle avait promis de ne plus le faire. C'était probablement sa manière à lui de se venger. Mais même en en ayant connaissance, cela irritait la jeune femme. Qui essaya de détourner la conversation, mais les garçons commencèrent à parler poker. Évidemment. « Tellement nulle qu’on peut même partir sur des mises de groupe, les frères Maddox contre nous deux. Partant ? » « Carrément ! » Oui super. Kaya était ravie, est ce que ça se lisait suffisamment sur son visage ? Elle en aurait presque souri – presque – quand ses frères s'éloignèrent non sans un « Trouillards. » de la part de Noam. Kaya alla aussitôt s'affaler sur sa chaise, soulagée qu'ils se soient enfin éloignés, encore énervée malgré ses tentatives pour rester calme – bon ok elle n'en avait pas trop fait. Elle était juste un peu... stressée ? Elle regrettait de plus en plus d'être venue ici. Elle aurait dû le prévoir après tout, avec ses imbéciles de frères. Et Noam. Noam, qui en profitait encore plus. « Je les trouve cool, moi. » Oui, évidemment. Kaya se demandait s'il y avait plus fort que du champagne à ce mariage, parce qu'elle ne tiendrait pas sinon... Elle exagérait peut-être un peu. Faisait sûrement une montagne de rien du tout. Elle devait juste arriver à se détendre, profiter de la fête. Mais ce n'était pas facile. Pas quand... Elle jeta un coup d'oeil rapide sur le côté, sentant ses cheveux se déplacer. « Boude pas. Je dirais à tes frères que je peux pas, que j’ai un empêchement, que je suis pris tous les jours de la semaine prochaine, ou que je me suis cassé les deux bras, et que, du coup, j’peux pas tenir les cartes.... J’irais pas. » Elle réprima un sourire. « Boude pas, d’accord ? » Son regard s'abaissa sur la table quand elle sentit la main de Noam prendre la sienne sous la table. Ok. Peut-être qu'il pensait que ça arrangeait les choses mais en fait ça ne simplifiait rien du tout. Au contraire. « Je boude pas. Dit-elle finalement, en redressa la tête vers lui, tentant d'ignorer son cœur qui résonnait un peu plus dans ses oreilles. » Elle boudait juste un peu. Mais une Kaya qui ne boudait pas ce n'était pas une Kaya en bonne santé. Elle se mordilla la lèvre, un peu hésitante quand elle ajouta : « Je ne me suis pas vraiment excusée pour la dernière fois... » Elle ne le faisait pas vraiment là non plus. Mais c'était un effort. Petit, certes. Mais un effort. « Donc j'imagine que je l'ai un peu mérité. » Et elle reconnaissait qu'elle avait eu tort maintenant. Quelque chose ne tournait pas rond dans sa tête. D'abord son corps qui réagissait bizarrement, et maintenant cette envie de se faire pardonner pour quelque chose qui était arrivé y a plusieurs jours. Elle ne savait que trop bien qui était le responsable mais ça ne l'empêchait pas d'ignorer complètement cette petite voix dans sa tête qui cherchait à la perturber. Ce n'était rien. Elle attrapa finalement son verre de champagne, de sa main libre, tentant de prendre un air plus décontracté, en s'exclamant : « Ce qui ne m'empêchera pas de me venger... Le temps venu. » Parce qu'il en avait un peu trop profité. Et la soirée ne faisait que commencer. Elle sortit leurs mains de sous la table et déposa un baiser sur celle de Noam pour ponctuer sa phrase, avant de la relâcher. Petit sourire en prime qui se voulait plein d'amour pour le public éventuel. Ou peut-être que c'était juste pour arrêter de se sentir mal à l'aise, sa main finalement libre et les battements de son cœur qui ralentissaient. Elle termina son verre de champagne. C'était où le bar déjà ? Oui parce qu'elle avait bien envie d'y camper.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Mar 3 Mar - 0:15


wedding day
Kaya et Noam
« Profites-en, ce sera tes seuls repas du mois. » J’aurais du sourire, parce que j’aimais ça, là, lorsqu’elle réagissait aussi rapidement à mes propres provocations. Et je souriais, oui, mais pour la forme, pas vraiment spontanément. Je souriais parce que je savais, par expérience, que c’est ce que j’aurais fait en temps normal. Mais le temps, justement, c’est ce qui me privait de cette envie de sourire. Le manque de temps. Un mois. Elle parlait d’un mois complet lorsque je savais qu’il ne nous restait plus qu’une semaine. Il allait falloir que je le lui dise, je n’avais pas encore trouvé le...courage ? Le temps ? L’occasion ? Ou la force, peut-être, de lui en parler. Quelque part, je crois que je craignais de pas trop encaisser que cette nouvelle puisse la réjouir. Alors j’attendais, j’attendais encore, utilisant l’excuse du mariage pour retarder l’échéance. Officiellement, j’voulais pas lui ruiner le moral avant ce jour important pour ses amis et elle. En réalité, j’avais juste peur que ça ne lui ruine rien du tout. Alors, je souriais pour de faux et enchainais sur ma vengeance personnelle, arrangeant un déjeuner ou un diner en présence de son père. Puisqu’elle avait tant besoin de le voir, je lui offrais cette possibilité nouvelle... Avec moi. Parce que, ça aussi, ça me cassait les couilles. Pas qu’elle veuille voir son père, non, ça c’était normal, mais qu’elle s’obstine à le voir sans moi, surtout sans moi, m’obligeant à rester dans la rue comme un con, en attendant qu’elle sorte. Voilà, c’était juste une petite vengeance personnelle, un petit rappel puisqu’elle avait échappé à la tempête, ce jour-là, Ava ayant tout ramassé pour elle. Pourtant, une fois ses frères partis, et ma grande carcasse déposée à ses côtés, je regrettais d’être allé, peut-être, un peu trop loin. J’voulais pas qu’elle fasse la gueule, pas maintenant, pas alors qu’il restait si peu de temps. C’est pourquoi je décalais ses cheveux pour l’apercevoir, au moins un peu, avant de lui promettre de m’inventer tout un tas d’excuses pour décliner l’invitation de ses frères. Mais, pour ça, elle devait arrêter de bouder, et se détendre un peu. « Je boude pas. » finit-elle par m’affirmer après un moment passé à fixer sous la table. Quoi ? Ma main ? C’était juste pour la détendre, c’était pas bizarre, si ? C’était pas la première fois que je faisais ça, en plus... Si ? Peut-être que si, mais on s’en fout, c’était pas important, c’était juste pour la galerie. Même sous la table, oui !! « Je ne me suis pas vraiment excusée pour la dernière fois... » Et là, je manquais m’étouffer avec cette gorgée de champagne qui venait de passer par le mauvais trou, m’obligeant à toussoter dans ma main libre. Elle comptait s’excuser ? Genre vraiment ? Genre regretter de m’avoir mentit, trompé et berné comme un connard ? Pour de vrai ? « Donc j'imagine que je l'ai un peu mérité. » J’étais déjà à moitié en train de mourir et elle en rajoutait une couche. L’avantage c’est que j’avais pas eu l’occasion de boire à nouveau, et donc de m’étouffer à nouveau. J’allais peut-être survivre, finalement, même si mourir noyé dans du Ruinart, c’était un peu classe. Incapable de parler, encore, je me contentais seulement de l’observer avec surprise. Oh oui, elle méritait que je me venge, elle méritait même pire que ça, mais grâce à Ava et sa tendance intrusive, elle avait évité le pire. Alors, dans une moindre mesure, oui, elle méritait ce petit amusement auquel je m’étais adonné avec ses frères. C’était pas bien méchant sachant que, non, je n’irais pas. Pas sans qu’elle le veuille, elle aussi. J’étais con, finalement, puisque j’attendais une autorisation qui ne viendrait jamais. « Ce qui ne m'empêchera pas de me venger... Le temps venu. » Ben voyons. Je ne réprimais pas un sourire en coin, pas plus que je réprimais cette rapidité avec laquelle il s’effaça. Parce que, encore une fois, il y avait cette putain de notion de temps... « Ne tarde pas trop, alors. » je m’entendais répondre en planquant mon amertume derrière les bords de ma coupe, tandis qu’elle lâchait ma main après l’avoir brièvement embrassé pour la galerie. On en faisait, des choses, pour la galerie, aujourd’hui. Plus que d’ordinaire, non ? Était-ce le fait d’être à un mariage célébrant l’amour qui nous poussait à nous montrer à la hauteur de cette image, ou bien... ? Me décalant sur le côté tandis qu’un serveur s’apprêtait à resservir ma coupe en champagne, j’évitais un drame, lorsque le coude de ce dernier fit vaciller la sienne, de coupe, que je rattrapais prestement avant que son contenu ne finisse sur la robe de Kaya. « J’y tiens beaucoup à cette robe. » je grondais sous l’avalanche d’excuses du serveur, et les félicitations de la femme installée en face de nous. Oui, bon, bah, ok, j’étais vif, mais on allait pas en faire toute une histoire, si ? « Laissez nous ça, on en aura besoin de toute façon. » je lâchais, intraitable, en récupérant la bouteille à peine entamée, pour la déposer entre Kaya et moi, sur la table. J’en profitais même pour la resservir moi-même, tandis que le serveur s’éloignait, probablement vers le bar pour récupérer une nouvelle bouteille toute neuve. Nous, on avait la notre, à présent. « Tu connais tous ces gens ? » je lui demandais, d’ailleurs, discrètement, observant du coin de l’oeil le reste de notre tablée. « J’suis obligé de leur parler, ou je peux faire comme si t’étais la seule à exister ? » Je ne voulais pas passer pour asocial, mais les réunions de famille, j’avais déjà assez des miennes pour pas me sentir dans l’obligation de subir celles des autres, à savoir celles de la mariée ou du marié du jour. La grand-tante à moitié sourdre en bout de table, le reluqueur compulsif, le couple dont la femme était enceinte jusqu’aux yeux, et tous ces autres qui me semblaient totalement étrangers. « M’oblige pas à faire la conversation. Je suis pas doué pour ça. » Je préférais encore jouer le mec totalement accro à sa copine. Ce serait moins difficile. Presque trop simple, en fait.     

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Jeu 12 Mar - 16:32

Elle essayait. Vraiment. Mais ce n'était pas facile de se détendre. Elle aurait aimé dire que c'était juste à cause de l'épisode avec ses frères, ou des gens autour d'eux, mais elle savait pertinemment que ce n'était pas que ça. C'était plus. Mais en même temps, ce n'était rien. Il ne pouvait en être autrement. Même sa tentative pour le provoquer lui semblait sans grande conviction. Kaya qui s'excusait – tentait du moins – c'était déjà quelque chose, et la réaction de Noam était assez éloquente, mais si en plus elle avait du mal à faire ce qui lui venait le plus naturellement en temps normal... C'était la faute au mariage. Elle n'avait pas l'habitude de ce genre d'événement. Et des talons. Définitivement des talons. « Ne tarde pas trop, alors. » Elle lui jeta un regard en coin, surprise par cette réponse. Il était pressé qu'elle se venge ? « T'es bizarre. » Plus que d'habitude, s'entend. Peut-être que toute cette ambiance le perturbait lui aussi. Puis sa cravate. Sa cravate évidemment. Pourquoi se prendre la tête quand les réponses étaient aussi simples ? Un serveur venait les resservir – youpi – et Kaya n'avait pas vraiment eu le temps de réagir quand Noam rattrapa son verre, prêt à tomber. Elle n'était plus vraiment surprise de ses réflexes assez surhumains mais ce n'était pas pour autant qu'elle s'y attendait davantage. « J’y tiens beaucoup à cette robe. » Elle y tenait aussi pas mal, vu le temps qu'elle – correction, ils, Noam avait absolument tenu à donner son avis – qu'ils avaient mis à la choisir. Elle ne pensait pas Noam si attacher en revanche... « Laissez nous ça, on en aura besoin de toute façon. » Bonne idée. Elle le remercia quand il remplit son verre avant de glisser l'air de rien : « Je peux te l'offrir ma robe après le mariage, si tu y tiens tant que ça... » Pas sûr qu'elle la mette vraiment en valeur mais imaginer la scène suffisait à apporter un sourire sur le visage de la jeune femme. Elle porta le verre à sa bouche, ne se souciant plus de devoir faire un aller-retour au bar avec leur bouteille maintenant en réserve. « Tu connais tous ces gens ? » Les yeux de Kaya se portèrent sur les gens autour de la table, comme si elle avait besoin de revérifier. Elle allait lui dire que non sauf qu'il continua : « J’suis obligé de leur parler, ou je peux faire comme si t’étais la seule à exister ? » Étrangement, étrange oui parce qu'elle ne se l'expliquait pas, les battements de son cœur lui parurent s'accélérer de nouveau. La seule à exister ? Well. Non. Il voulait simplement dire qu'il n'avait pas envie de parler à tout le monde. Elle pouvait le comprendre. Elle-même n'était pas du genre à faire ami-ami avec tout le monde et c'était déjà bien assez difficile de gérer le peu de gens qu'elle connaissait ici. « Non, ne t'inquiètes pas. Finit-elle par dire à voix basse elle aussi. Tu peux les ignorer. » C'était ce que Kaya tentait de faire du moins. Parce qu'elle avait déjà bien assez de choses qui la préoccupaient. Surtout une chose. Une personne. Mais en même temps, il était juste à côté et c'était supposé être son petit-ami. Il était donc naturel de jouer le jeu. Parfaitement naturel. Trop naturel ? « M’oblige pas à faire la conversation. Je suis pas doué pour ça. » Le sourire de Kaya s'étira. « Si c'était que pour ça... dit-elle d'un ton qui se voulait moqueur. » Elle eut une seconde d'hésitation avant de se pencher vers son oreille, comme s'ils étaient juste un couple en train de se faire des messes-basses : « Je crois que je pourrais te faire toute une liste... A commencer par ton café. » Surtout son café. Les américains n'y connaissaient rien du tout. Kaya essayait de se comporter comme elle le faisait toujours. Parce qu'elle essayait encore d'oublier le fait qu'il y a de ça cinq minutes elle tentait de s'excuser auprès de lui. Quelqu'un avait parlé dans un micro, énonçant ce qui semblait être le menu mais Kaya n'y avait pas particulièrement prêté attention. En se reculant, elle remarqua cependant que tout le monde semblait avoir trouvé sa place et que les serveurs se déplaçaient maintenant entre les tables pour servir les plats. En découvrant l'entrée, Kaya regarda l'assiette d'un air assez dubitatif. Ils n'avaient pas fait les choses à moitié. Un peu trop guindé à son goût. « Bon je te l'accorde ma cuisine n'est pas aussi sophistiquée. » Kaya faisait des plats simples mais toujours goûteux – sans aucune prétention. Elle ne se prenait pas la tête avec la décoration. Tout comme elle n'avait pas envie de se prendre la tête avec cette soirée. C'était une simple fête. Noam était là. Pourquoi est ce qu'ils ne pouvaient pas juste en profiter et s'amuser ? Et surtout ignorer tout ce qui la perturbait, elle. Oui les gestes étaient devenus naturels, mais c'était normal après tout ces mois à jouer la comédie. Et ce n'était rien de plus. N'est ce pas ?
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Ven 13 Mar - 23:59


wedding day
Kaya et Noam
« T'es bizarre. » Oui, probablement. Certainement même. Rien que le fait que cette libération puisse me faire chier, était très bizarre. J’aurais du m’en réjouir, enfin j’allais pouvoir me débarrasser de cette mission à la con, et puisqu’elle aurait été un succès, espérer me retrouver affecté sur quelque chose de plus conséquent, de plus marquant, de plus reluisant sur mes actes de service. Nounou, c’était pas la classe, non. Alors pourquoi la simple idée de devoir la lâcher après le procès, m’affectait autant ? Probablement en raison de sa sécurité. Après le procès, il se passerait quoi ? Qui serait-là pour la protéger des représailles ? Oui, voilà, c’était ça la raison. « Pas plus que d’habitude. » je répondais, du coup, en finissant ma coupe avant qu’un serveur ne se pointe pour nous resservir. Un serveur en formation, visiblement, puisqu’il manqua inonder la robe de Kaya de champagne hors de prix. Non, pas la robe ! Surtout pas la robe ! Mes réflexes traduisant ma pensée, je rattrapais le tout in-extremis, sauvais sa tenue, et gagnais une bouteille de champagne en prime. Belle prise. « Je peux te l'offrir ma robe après le mariage, si tu y tiens tant que ça... » La robe ? Non. Ce qui me plaisait dans cette robe, c’était... « Je tiens surtout au fait de te l’enlever, ce soir. » je glissais, l’air de rien. Et puisque j’avais attendu, sciemment, qu’elle soit en train de siroter sa coupe avant de lâcher ma bombe, je savourais, à présent, cette si charmant quinte de toux, sur ma gauche. Elle le prendrait certainement comme une énième provocation ponctuant plusieurs mois de provocations incessantes, mais... Non, réellement, dès qu’elle enfilait cette robe, aujourd’hui comme lors des essayages, je n’avais plus que cette idée, cette envie, ce besoin en tête. Je n’allais pas le lui avouer, elle en profiterait pour en user contre moi, mais je n’en avais pas honte pour autant. Après tout, j’étais un homme face à une robe d’une pudeur impudique. Un homme en manque, aussi, faudrait voir à pas trop l’oublier. À la limite du sur-homme vu mon degré d’abstinence. C’est bien simple, si j’avais pas été juif, j’aurais pu postuler en tant que frère cistercien, ils m’auraient tous accueillis avec les honneurs. En attendant, ceux qui nous accueillaient, ici, c’était nos voisins de table, des illustres inconnus envers lesquels je n’éprouvais pas la moindre envie de me mélanger. Je préférais prétendre à tout autre chose, comme emprunter le rôle de la pièce rapportée tellement rapportée qu’elle faisait preuve d'asocialité. Ou même, l’amoureux transit pour lequel seule Kaya avait une forme d’existence. Ça, ça ne serait pas très compliqué à jouer. Un peu trop simple, même. Peut-être était-ce du au fait que nous passions vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble, au point qu’elle avait développé une forme de divertissement à mes yeux. Elle me suffisait. Amplement. Je pouvais passer des heures avec rien d’autre qu’elle dans le secteur, sans trouver le temps de m’ennuyer pour autant. Oui, voilà, c’était ça l’explication. Là encore, j’avais une raison valable. J’avais toujours une raison valable, pour chaque truc étrange. Comme quoi, il n’y avait aucune raison de se triturer le cerveau, tout était parfaitement normal au sein d’une situation qui ne l’était pas, mais qui n’était pas de notre fait. Enfin, du sien, peut-être un peu, puisque c’était elle qui avait refusé le programme de protection des témoins, mais... Bref. « Non, ne t'inquiètes pas. Tu peux les ignorer. » Tant mieux, parce que faire la conversation, c’était pas trop mon truc. J’avais pourtant assisté à de nombreuses réceptions, en grande partie à cause de ma mère, mais... Ouai, non, faire la conversation, j’étais pas doué pour ça. « Si c'était que pour ça... » Plait-il ? J’allais répliquer, mais son brusque rapprochement physique m’en empêcha. Non pas qu’elle soit en train de me ceinturer la taille et les bras pour m’immobiliser, mais, je sais pas, il avait suffit qu’elle approche un peu pour me faire perdre l’envie de mordre à mon tour. Ou alors, pas de cette manière-là. Mais... Je préférais virer cette pensée de mon esprit, purement et simplement, rien qu’en ayant parfaitement conscience que là, pour ça, je ne trouverais pas de raison valable à sortir comme un lapin de mon chapeau. « Je crois que je pourrais te faire toute une liste... A commencer par ton café. » C’était un coup bas, ça. Et ma main glissant dans sa cambrure de reins, en était un autre. Quoi ? On était censé être un couple, non ? Et on était probablement le fake-couple le plus chaud du monde. « Mon café en est un, au moins. » pas comme son maté, hein. « Et c’est quoi le reste de ta liste ? » je demandais, avant d’être interrompu par un gus à micro, annonçant le début du repas. Oui, parce que la valse des serveurs apportant les plats, ce n’était pas suffisamment explicite, évidemment. L’assiette sous mes yeux m’obligea -oui, m’obligea, pas me poussa ou m’offrit l’excuse de... m’obligea- à me détacher d’elle pour découvrir le contenu en m’installant plus convenablement. Ma fourchette alla se planter dans un aliment indéterminé, puis en déplacer quelques autres, comme lors d’une fouille archéologique. C’était quoi, tout ça ? Enfin ‘tout’ était un bien grand mot... C’était le menu enfant, ou quoi ? « Bon je te l'accorde ma cuisine n'est pas aussi sophistiquée. » Sophistiquée, c’était pas le mot. Guindé, prétentieux, péteux... J’avais toute une série d’adjectifs en stock, mais pas sophistiqué. « En général, je préfère pouvoir identifier ma bouffe. » je rétorquais, légère grimace aux lèvres, sans cesser de jouer avec ces choses. « Et pas crever la dalle en fin de repas. » voire pire que ça, crever tout court, éventuellement. « C’est quoi ce truc qui fume, là ? » je l’interrogeais en désignant la petite verrine dont s’échappait quelques volutes. « J’appelle l’équipe de déminage ? » En plus, j’avais des trucs qu’elle n’avait pas, et elle avait des trucs que j’avais pas. Pourquoi ? Elle m’avait commandé un menu casher spécifique ? Elle savait bien, pourtant, que j’étais pas vraiment à cheval sur ce genre de choses. D’ailleurs, j’allais piquer quelques éléments de son assiette pour les porter à mes lèvres. C’était pas si mauvais. C’était même bon. J’avais aucune idée de ce que je mangeais, mais... « C’est pas empoisonné, tu peux y aller. » Fake-boyfriend, garde du corps, nounou, et maintenant goûteur personnel, la liste de mes capacités professionnelles n’en finissait pas de s’allonger. Et, y aller, c’est ce que je faisais aussi, rapidement. Rapide parce que l’assiette étant déjà presque vide en arrivant devant moi, quelques coups de fourchette avaient suffit a lui faire son affaire, avant de m’affaisser contre le dossier de ma chaise en soupirant. J’étais toujours incapable de dire ce que j’avais avalé. Elle, elle picorait encore. Et par ‘elle’, je n’entendais pas la grosse dame du bout de table, évidemment. Alors, depuis mon dossier, j’observais la salle, les diverses tables, les gens, les mariés se dévorant du regard, les frères de Kaya nous dévorant du leur. Ça expliquait le bras que j’étendais sur le dossier de cette dernière, et la main que je glissais dans ses cheveux, plongeant jusqu’à sa nuque, pour y administrer quelques caresses machinales, ce que n’importe quel amoureux normal aurait fait. « On ira danser, après ? » j’interrogeais, le visage tourné vers l’espace libre entre les tables, où quelques convives se balançaient, déjà. « Oui, j’étais fourni avec l’option. » je répondais à ses questions avant qu’elle ne les pose. Je savais danser, je pouvais faire. J’aimais bien faire, même. J’étais pas Sinatra, mais ça allait, il suffisait de suivre la musique. « Et y a Papy qui me cherche, là. Quoi ? Qu’est-ce qu’yaaa, grandpa ? » je menaçais, faussement, un grand-père s’essayant au rock sur un air de valse, tout en me lançant des sourires, à moi, l’un des rares observateurs. J’prenais ça pour du défi. Challenge accepted !     

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 22 Mar - 22:18

« Pas plus que d’habitude. » Elle, elle se sentait mal à l'aise. Plus que d'habitude. Mais elle faisait tout pour que ce ne soit pas bizarre. Pourquoi cela devrait-il l'être ? C'était une soirée comme les autres. Bon il y avait deux de ces idiots de frères à quelques mètres, mais à part ça, elle connaissait au final peu de gens parmi la foule d'invités. Aucune pression. Vraiment aucune. A part celle qu'elle se mettait toute seule, clairement sans aucune raison valable. Valable à admettre en tout cas. Sinon il y en aurait d'autres. Mais elles ne les admettaient pas, justement. Alors elle essayait d'être normal. Si on pouvait appeler ça normal de jouer au petit couple avec Noam. Techniquement ça ne l'était pas. Ils n'étaient pas un couple. Ils étaient rien du tout. Mais depuis plusieurs mois c'était devenu normal. Trop normal. Mais il arrivait encore à la prendre au dépourvu. Comme lorsqu'il confia qu'il souhaitait surtout lui enlever sa robe, et qu'elle s'étouffa avec son champagne. Il plaisantait, elle le savait, mais ça n'empêchait pas son stupide cœur de réagir. Stupide stupide cœur. Mais tout ça elle le rejetait sur les talons, le mariage, l'ambiance générale à laquelle elle n'était pas habituée. Rien de plus. Du coup comme tout était normal, il fallait bien qu'elle taquine un peu le jeune homme. « Mon café en est un, au moins. Et c’est quoi le reste de ta liste ? » Elle sentit sa main dans le creux de ses reins, esquissa un sourire en réponse, comme si ça ne la dérangeait pas. « Non après c'est toi qui risque de bouder si je te fais toute la liste... » Bon sa liste n'était pas si longue et elle en viendrait probablement à bout rapidement mais elle ne voulait pas qu'il le sache. Quitte à inventer n'importe quoi s'il insistait. Elle se recula quand ils annoncèrent le repas et commencèrent à servir les plats. Des plats... plutôt particuliers. « En général, je préfère pouvoir identifier ma bouffe. Et pas crever la dalle en fin de repas. » Elle aussi à vrai dire. « On pourra toujours se prendre un mcdo ou un kebab en rentrant, dit-elle à voix basse. » C'était sûrement très bon. Mais si le reste du repas était composé de la même manière, son estomac ne serait pas content. « C’est quoi ce truc qui fume, là ?J’appelle l’équipe de déminage ? » Elle haussa les épaules, touchant du bout de sa fourchette pour examiner. Sauf que Noam vint attaquer son assiette avant qu'elle ne le fasse. « Hey, y a déjà trop peu à manger. » Si en plus il lui en volait un bout... « C’est pas empoisonné, tu peux y aller. » Kaya lui adressa un sourire forcé avant de prendre quelque chose dans son assiette à lui aussi. « Tu es trop prévenant mon amour. Minauda-t-elle non sans un certain sarcasme dans la voix. » Elle se concentra ensuite un peu plus sur ce qu'elle avait à manger, à savoir pas grand chose. Elle aurait cependant attendu si elle avait su qu'elle allait de nouveau s'étouffer à moitié quand il lui demanda : « On ira danser, après ? » Wait, what ? Elle se désintéressa aussitôt de son assiette. Il anticipa la question qu'elle allait poser, l'expression de son visage étant apparemment assez expressive. « Oui, j’étais fourni avec l’option. » Il voulait danser. Bon ce n'était pas vraiment le truc de Kaya. Elle aimait bien se défouler de temps en temps quand elle sortait avec ses amis mais de là à dire qu'elle aimait danser, c'était une autre histoire. Dans ce genre de circonstance il fallait même plutôt la forcer. Mais c'était ce que faisait les couples, non, à un mariage ? Il fallait aussi avouer qu'elle était assez curieuse. Et en même temps elle avait une certaine appréhension. Sûrement à cause de ses chaussures. Oui, c'était toujours la faute aux chaussures. Elle terminait son assiette, n'ayant toujours pas répondu à sa question, alors que Noam faisait ami ami avec un papy au loin. « Si tu fais un battle, je sors la caméra, je te préviens. » Juste pour se moquer plus tard. « Mais d'abord... » Elle s'essuya la bouche avec la jolie serviette à disposition puis se leva. « Je veux voir si tu vaux vraiment quelque chose. » Ce n'était pas comme si elle était en place de juger qui que ce soit sur la danse. Mais elle se débrouillait. Un peu. Elle tendit sa main vers Noam pour l'entraîner à sa suite. En même temps elle se demandait qu'est ce qu'elle était en train de faire. Est ce que c'était vraiment raisonnable ? Mais c'était normal après tout. Elle ne voyait pas ce qui pourrait poser problème. Elle le regarda, d'un air un peu idiot, ne sachant plus vraiment quoi faire une fois sur la piste. « Tu n'as pas intérêt à me marcher sur les pieds. Le prévint-elle alors, histoire de se donner une contenance. » Inutile d'en rajouter à la torture qu'était ses talons.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Lun 23 Mar - 4:31


wedding day
Kaya et Noam
« Non après c'est toi qui risque de bouder si je te fais toute la liste... » Ma liste de défauts ? Me faire bouder ? J’étais un emmerdeur, j’étais né pour la faire chier, alors plus la liste était longue et plus l’idée me séduisait. C’est si elle avait été courte qu’il y aurait eu un souci. Parce que si je n’avais pas de gros gros défauts, j’en avait une quantité de petits bien casse-couilles que je revendiquais totalement. Quoique... Est-ce que j’avais de gros défauts ? Est-ce qu’elle, elle trouvait que j’avais de gros défauts ? Du genre inconciliable avec elle ? Ouai, non, c’est vrai, j’en avais rien à foutre. Auto-persuasion : mode ‘on’. Rien à foutre, du tout du tout. C’est bien simple, j’y pensais même plus. Là, par exemple, j’y pense pas... J’y pense pas... J’y pense pas... N’y pense pas, bon sang !! Heureusement, l’arrivée de la bouffe focalisa mon attention sur tout autre chose. À savoir : la recherche de la bouffe dans mon assiette. Y avait plus de faïence que d’aliments devant moi. Et j’étais même pas très sûr de savoir quels étaient ces aliments, justement. Non seulement j’allais pas savoir ce que je mangeais, mais en plus j’allais crever de faim à ce train-là. « On pourra toujours se prendre un mcdo ou un kebab en rentrant. » Oooh, merci mon Dieu de m’avoir offert une fake-girlfriend aussi parfaite que celle-là ! Enfin, parfaite... Oui, c’est vite dit ! En attendant, on devait bien lire le soulagement sur mes traits, tandis que je levais une main pour un high five totalement logique dans ce contexte. « Deal ! » Voyez qu’on pouvait s’entendre parfois. Même que par pur esprit de professionnalisme poussé à l’extrême, j’allais goûter un morceau dans son assiette pour m’assurer que le plat n’était pas empoisonné. Enfin, c’était ma version officielle. « Hey, y a déjà trop peu à manger. » Oui, c’était ça ma vraie raison, j’essayais d’augmenter ma propre ration. Sauf que, pas d’bol, elle égalisa le score en piquant dans mon assiette à son tour. « Tu es trop prévenant mon amour. » ironisa-t-elle pour bien me faire savoir qu’elle n’était pas dupe. Au contraire de la vieille dame d’à côté qui, après un coup de coude dans les côtes de ce qui devait être son époux, nous gratifia d’un « Regarde comme ils sont mignons ! » Mignons ? Yeurk ! Hot, j’veux bien, mais mignons ? On était quand même ce qu’on avait fait de pire depuis la bombe atomique, hein. On pouvait imploser à n’importe quel moment et détruire tout l’environnement sur un rayon de plusieurs centaine de kilomètres. Faut pas nous sous-estimer, mamie. On est violent ! Violemment pas mignon... Quoique, après tout, si c’était l’image qu’on donnait, c’était plutôt pas mal pour la couverture, ça, ça voulait dire qu’on s’y prenait bien. Même si ça me dépassait un peu. Quoiqu’il en soit, je la laissais finir sa minuscule entrée tout en observant la foule alentours, les autres tables et les danseurs. Pas énormément de danseurs, mais ça viendrait. Les animations entre les plats, ça n’avait pas l’air d’être le style de la maison, alors les gens dansaient. Des vieux, essentiellement, mais pas que. Tour à tour, les couples se levaient pour se retrouver sur la piste. Et nous ? Je lui proposais. J’avais assisté à suffisamment de soirées mondaines pour que ma mère juge bon de nous inscrire à des cours de danse, tous ensemble. Même mon père. Il n’était venu qu’une seule fois, et avait passé son temps au téléphone. Du coup, j’avais du faire danser ma soeur ET ma mère. Deux fois plus de boulot. J’en gardais des séquelles. Pour preuve, je savais toujours danser. Visiblement, ma proposition la surprit puisqu’elle s’en étouffa. Encore. J’allais finir par foirer ma mission à cause de moi-même, asphyxie de ma protégée pour cause de trop gros choc administré par ma personne. J’allais gravir les échelons avec cette prouesse, c’était sûr. En attendant, elle ne répondait toujours pas, et moi je me retrouvais challengé par un petit vieux. Bon, ok, peut-être pas, mais c’est ainsi que je choisissais de prendre ses regards dans ma direction, tandis que sa pauvre partenaire peinait à le suivre dans un rock sur une valse. « Si tu fais un battle, je sors la caméra, je te préviens. » Ouai, non, j’voyais mal comment faire une battle avec l’autre couple tout en la laissant filmer. Avec une GoPro peut-être ? J’allais pas aller danser sans elle, si c’était ce qu’elle sous-entendait. On était pas dans le Bronx, là. « Mais d'abord... » Mais d’abord quoi ? Je reportais mon attention sur elle pour la voir s’essuyer la bouche puis se lever et me tendre la main. Hein ?! « Je veux voir si tu vaux vraiment quelque chose. » Sérieux ? Genre vraiment ? Elle voulait danser ? C’était pas une blague ? « Vas-y, j’te regarde. » Oui, salaud, je sais. Je savais même très exactement ce qu’on pouvait ressentir en pareille circonstance, je l’avais vécu lors de la Bar Mitzvah d’Aaron, lorsque Livia m’avait demandé si j’aimais cette chanson, puis si j’avais envie de danser, avant de me balancer cette même répartie cruelle et de partir en fou-rire avec ses amies. J’avais douze ans, y avait prescription. « J’déconne. » j’ajoutais rapidement, avant qu’elle m’envoie un truc à la tronche. C’était juste pour m’offrir une porte de sortie si elle voulait me faire le même coup que Livia. J’avais voulu la devancer sauf que... Elle ne semblait même pas y avoir songé. Du coup, je me levais, attrapais cette main tendue, et l’entrainais rejoindre les autres. Ce ne fut qu’une fois sur place que je pris conscience du potentiel mauvaise idée de mon idée, justement. « Tu n'as pas intérêt à me marcher sur les pieds. » Sinon quoi ? « J’essayerais de les éviter, mais j’promets rien, ils sont tellement disproportionnés. » je grognais, histoire de contrebalancer le rapprochement que j’opérais, attrapant ses mains pour les positionner à ma convenance, une sur mon épaule, l’autre restant dans la mienne. C’était le rythme du valse, mais j’étais pas André Rieu, hein, j’allais pas vendre du rêve poussiéreux. Une dernière pression de ma main contre ses reins, après quelques pas terriblement dans l’esprit bal de fin de collège avec chaperons, et je la rapprochais encore, quittant sa main pour la faire rejoindre mon autre épaule. Quitte à danser, autant éviter de paraître gêné, hein. D’autant que, pour le coup, les yeux étaient réellement rivés sur nous. Pas que nous, mais tout de même. « Souris, tes frères ont décidé immortaliser la scène. » je soufflais, d’ailleurs, à son oreille, en nouant mes doigts dans sa cambrure. Ils prenaient des photos là ? Parce que Travis semblait bien long. À moins que... « Ha non, my bad, ils filment en fait. » Enfin j’crois. « Ils sont même en train de faire tout un document animalier, là. » j’ajoutais, sourcils froncés, avant de la faire tourner, inversant nos positions pour prendre sa place et elle la mienne. « Alors ? » j’interrogeais en l’attrapant par la taille pour la soulever du sol, et lui permettre de voir par-dessus mon épaule. Dans le doute, j’avais bien envie de leur en donner pour leur argent, et la reposais au sol, et un bras dans son dos, j’attrapais une main pour la faire tourner en déroulant le noeud que nous formions. Rien de très acrobatique, ni de très compliqué. Je la faisais tournoyer sous mon bras levé encore un petit tour ou deux, puis la ramenais contre moi, dans notre position initiale. Ça n’avait duré qu’une demi seconde, mais avec ça, leur petit film serait un peu moins soporifique. « Et là ? » j’interrogeais encore. Ils avaient lâché l’affaire, ou bien ? Peu importe, j’les oubliais rapidement, au profit de mes pensées diverses et variées, ou pas si variées que ça, en fait, au rythme lent et lancinant des cordes et percussions. Je crois même, qu’à un moment, j’avais fermé les yeux. Et baissé ma garde. « Dis... tu crois qu'on est mignon ? » Le voilà le fond de mes pensées, la faute à mamie qui m'avait complètement déréglé, incrustant des questionnements bidons dans mon esprit. J'voulais pas qu'on soit mignon. Et ma garde venait de complètement exploser.     

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Lun 6 Avr - 11:37

« Deal ! » Kaya leva sa main pour le high five, avec un sourire amusé. Même si les quantités laissaient à désirer, la bouffe était bonne. Elle ne savait pas vraiment identifier tout ce qu'elle avait dans l'assiette et peut-être qu'elle n'avait pas envie de savoir... Elle aurait préféré en revanche que Noam ne touche pas à son assiette. Elle aussi avait besoin de manger. Elle avait besoin d'énergie pour supporter tout ça. Surtout lui. Et apparemment les gens à leur table. Comment ça ils étaient mignons ? C'était une illusion d'optique, ou quelque chose comme ça. Peut-être même que la vieille dame n'avait pas toute sa tête. C'était plus logique que d'accepter la vérité telle qu'elle était. Tout comme elle rejetait le fait qu'elle accepte de danser avec lui sur sa curiosité. Elle voulait juste voir si ce qu'il disait était vrai. Elle n'avait pas vraiment envie de danser avec lui. Non. Ça aussi, c'était une illusion. Un faux semblant pour tromper les gens présents au mariage. Ils devaient être en couple. Les couples dansaient. C'était donc tout à fait normal. « Vas-y, j’te regarde. » Ses yeux se levèrent au plafond mais elle ne retira pas pour autant sa main. Elle aurait pu mal le prendre mais elle avait l'habitude de ses provocations. « J’déconne. » Ahah. Il était hilarant. Mais elle ne parvint pas à expliquer l'espèce de soulagement qu'elle ressentit quand il attrapa sa main. « T'es sûr ? Parce que le papy a l'air en forme sinon... dit-elle pour masquer sa gêne, regardant ledit papy danser alors qu'ils s'approchaient. » C'est là que ça devint un peu plus compliqué. Elle aurait peut-être du y réfléchir à deux fois avant de se lever et laisser sa 'curiosité' entraîner Noam sur la piste de danse avec elle. Parce qu'elle n'était plus très sûre d'elle. Même sa remarque pour qu'il évite ses pieds lui sembla peu assurer. « J’essayerais de les éviter, mais j’promets rien, ils sont tellement disproportionnés. » Elle lui adressa une grimace qui s'effaça une fois qu'il l'attira vers lui, plaçant ses mains sans lui laisser le choix. Et peut-être même qu'elle lui en était reconnaissante parce qu'elle ne savait même plus pourquoi elle était là pendant un instant. C'était sûrement à cause du champagne. Ils firent quelques pas, entraînés par la musique, avant de s'approcher encore. Kaya se contentait clairement de suivre Noam, perdue dans ses pensées. « Souris, tes frères ont décidé immortaliser la scène. » Son regard s'éveilla aussitôt, elle essaya de les voir mais elle était cachée par Noam. « Ha non, my bad, ils filment en fait. » « Dios mío. » Ils étaient obligés de l'embarrasser jusqu'au bout. « Ils sont même en train de faire tout un document animalier, là. » Kaya poussa un soupir, secouant légèrement la tête. « Crois-moi, le jour où ils ramèneront une fille à la maison ils vont le regretter... » Ils en avaient déjà ramené mais ça n'avait jamais duré. Elle s'assurerait que ça ne durerait plus jamais maintenant. Noam la souleva soudain en l'air, ce qui lui permit de voir ses deux idiots de frères qui rigolaient, évidemment, comme des idiots. « Alors ? » Elle secoua la tête pour lui signifier qu'ils n'avaient pas lâché l'affaire. Elle ne s'attendit pas vraiment à la suite. Noam la fit tournoyer, danser, rendant probablement le petit film de ses frères moins ennuyeux mais un peu plus perturbant pour la jeune femme. « Et là ? » Elle ne prêtait plus vraiment attention à ses frères à vrai dire. Elle osa un regard vers Noam mais l'abaissa aussitôt, fixant son épaule comme si c'était tout ce qu'il y avait de plus fascinant. Elle n'était pas surprise, non. C'était... C'était la musique. Elle écoutait la musique.« Dis... tu crois qu'on est mignon ? » Les sourcils de Kaya se froncèrent instinctivement, un peu prise au dépourvu avec cette question. Ils n'étaient pas mignons. Ils étaient rien du tout. C'était pourtant évident non ? Enfin. En même temps, ils jouaient la comédie. C'était peut-être normal que les gens les trouvent mignons. « On est supposé l'être, j'imagine... dit-elle un peu avec hésitation. » Sans vraiment réfléchir, ses mains qui avaient retrouvés la nuque du jeune homme, caressaient du bout des doigts sa peau, la naissance de ses cheveux en haut de sa nuque. « Mais on sait que ce n'est pas vrai. Dit-elle plus pour s'en assurer qu'autre chose. » Elle haussa ses épaules d'un air qui se voulait toujours désinvolte, ajoutant : « On est à un mariage, les gens s'attendent à voir des couples mignons. » Ce qui expliquait les remarques de ses frères ou de la vieille dame. « Mais on est pas mignon non. Pas du tout. Vraiment pas. Dit-elle en le regardant enfin, d'un air faussement assuré, échappant même un petit rire. » Peut-être qu'elle cherchait un peu trop à s'en convaincre. Parce qu'elle n'était elle-même pas convaincue par sa réponse. Et ça, elle ne savait pas comment l'expliquer.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Lun 6 Avr - 18:04


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Kaya et Noam
« T'es sûr ? Parce que le papy a l'air en forme sinon... » Oui, non, quitte à danser, autant que ce soit avec une partenaire potable. Enfin, physiquement potable, à défaut d’avoir un réel talent pour la danse. Je ne jugeais pas sans savoir, c’est elle qui m’avait prévenu. Enfin, pas avec des mots, non, avec ses coups d’oeil inquiets. Raaaah, et ça me faisait chier, d’ailleurs, de la connaître suffisamment bien pour traduire ses regards. C’était les vieux couples qui fonctionnaient comme ça, non ? À base de dialogues muets, tout ça. Sauf qu’on était pas un vieux couple, on n’était même pas un vrai couple, en fait. Et faire semblant d’être un couple ne suffisait pas, normalement, à connaître l’autre à ce point. Fallait s’y intéresser un minimum, il me semble. Ça voulait dire que je m’y intéressais ? Genre à elle ? Hahahaha, non, même pas en rêve. Ou alors un peu, un tout petit peu ? Enfin, suffisamment pour savoir interpréter ses regards, quand même. Merde.... Merde ? Merde ! Et ce n’était pas le pire ! On nous avait qualifié de mignon. Mignon ! Comme un couple de chiots, ni plus, ni moins. Pourtant, j’étais un Pitbull et Kaya, sans prétention, un Rottweiler, pas le genre de canin à susciter la sympathie et l’émotion chez son prochain. Je voulais bien qu’on soit canon, surtout elle dans cette robe, voire carrément hot, mais mignon ? Non. Jamais de la vie. Ce sont ses interrogations qui me polluaient le cerveau tandis que nous étions supposé danser et se vider l’esprit. Enfin, jusqu’à ce que les frères de Kaya m’accapare l’attention en reportant la leur sur nous. Ils ne se contentaient pas de sourire bêtement, ils immortalisaient carrément la scène. « Dios mío. » Ouai, voilà, tout pareil. Ils comptaient montrer le film à leur père, après, ou quoi ? Ha tiens, voilà une pensée réjouissante. Réjouissante, oui, mais sans parvenir à m’expliquer pourquoi. C’était quoi mon problème avec son père ? Pourquoi je tenais absolument à ce qu’il soit au courant de mon existence ? De mon fake-statut ? Ça n’avait pas de sens, et si, au début, j’arguais qu’il s’agissait d’un nouveau et innovant moyen de faire chier Kaya, ça agissait bien trop sur mes humeurs pour que ce soit réellement le cas. Enfin, pas seulement. « Crois-moi, le jour où ils ramèneront une fille à la maison ils vont le regretter... » « Ouai, ou un mec. » je rectifiais en la décollant un peu du sol pour qu’elle puisse les percevoir par-dessus mon épaule. Est-ce qu’ils s’étaient calmés, ses frangins ? Non, visiblement, ils n’en avaient pas eu assez. Alors, je décidais de leur en donner pour leur argent -enfin, c’est pas comme s’ils allaient nous dédommager financièrement, mais...- et entrainais Kaya dans quelques tournoiements des plus simplistes, mais que ses frères apprécieraient forcément. S’ils n’avaient jamais vu Kaya danser, alors ils n’auraient jamais vu Kaya danser un peu bien. Alors ? Ils avaient apprécié ? C’est la question que je posais à ma partenaire, question à laquelle elle ne répondit pas, se contentant de lever un bref regard vers moi, avant de retourner à la contemplation de mon épaule. Ok, c’était quoi son problème, encore ? J’avais dit ou fait une connerie ? Bah non, visiblement pas, puisqu’elle n’avait pas l’air fâché, se contentant simplement de danser en silence. J’allais faire pareil, d’ailleurs, la serrant un peu plus, et quittant le monde des yeux pour me laisser guider par nos pas, nos mouvements, cette étreinte obligatoire et longue, longue... Plus longue que toutes les autres étreintes forcées au préalable. Sauf pour cette nuit, là, dans ce canapé. Mais on dormait, on avait conscience de rien, donc ça ne comptait pas. Ça comptait pas, pas vrai ? Tout comme ce qualificatif de mignon sur lequel mon esprit revenait sans cesse. Je lui posais même la question, tiens, reculant légèrement la tête pour voir sa réponse en plus de l’entendre. « On est supposé l'être, j'imagine... » Bah non, pas nécessairement, on pouvait être un tas d’autres trucs tout en restant crédible. On avait pas besoin d’être mignon pour être un vrai couple, si ? « Mais on sait que ce n'est pas vrai. » De quoi ? Qu’est-ce qui n’était pas vrai ? J’avais un peu -très légèrement- perdu le fil à cause de ce que ses doigts faisaient dans ma nuque. Ok, ça c’était mignon, mais pas que... Non, ça avait une autre particularité, un autre résultat sur moi qui pouvait se traduire par une hausse significative de ma température corporelle. Bon, j’avais pas la possibilité de prendre mon pouls, ça aurait paru bizarre, j’crois, mais je pressentais qu’il ne devait pas être à son rythme normal, non plus. « On est à un mariage, les gens s'attendent à voir des couples mignons. » En plus du couple marié ? D’ailleurs, je ne les trouvais pas mignon, eux non plus, un peu niais, trop souriant et complètement en auto-focus sur eux-même, mais pas nécessairement mignon. Ils avaient l’air pressé d’en finir avec tout ça, et de passer à l’étape nuit de noces. Moi aussi, pour le coup. Enfin, pour eux ! Pour qu’eux s’éclatent, hein ! Pas autre chose. Pas genre Kaya et moi... Non, haha... Pas du tout. Merde. « Mais on est pas mignon non. Pas du tout. Vraiment pas. » Tiens, elle aussi elle accusait un rire nerveux, mais pas dans sa tête. Remarque, il n’était pas forcément nerveux, peut-être qu’elle avait juste un rire moche. Pour ce que j’en savais. Elle ne riait pas souvent, et lorsqu’elle le faisait c’était plus spontané que ça, plus... Évident ? Oh, bordel, pourquoi je me posais toutes ces questions inutiles ? Qu’est-ce que j’en avais à foutre de son rire, sérieux ? Allez, on se concentre. « Ouai, enfin, quitte à ne pas être quelque chose que les gens croient qu’on est, je préférerais qu’on soit hot. » je grommelais en retournant contre son cou, vers lequel je tendais en ployant le mien, de cou, légèrement. Pourquoi les gens ne nous imaginaient pas en train de nous envoyer en l’air dès que l’occasion se présentait ? C’était pas le cas, évidemment, et j’atteignais, d’ailleurs, un record inégalé de frustration, mais... Ça pourrait ! On avait le profil pour ça. Surtout moi. Et brusquement, c’est ce que je voulais, ce que je voulais plus que tout, que le monde entier se représente notre ‘couple’ comme le plus charnel et sensuel jamais croisé. Je voulais que mamie regrette sa jeunesse, que papy s’empresse d’aller commander du Viagra, que ses frères cessent de la voir comme un mec croisé petite fille, et constate ce qu’elle était. Une chieuse, certes, mais une femme. Et ma femme, pour la galerie. C’est ainsi que je justifiais ce baiser déposé sur une épaule. C’était rien, c’était légitime et mignon. Mignon ? Bordel, non, on était pas mignon ! Alors, du bout de ces doigts qui venaient de quitter sa taille, j’écartais légèrement une bretelle pour m’aménager un peu d’espace, toujours sur l’épaule, mais à la toute base du cou. Alors, c’était mignon, ça, peut-être ? Non. Pas plus que lorsque j’empiétais un peu plus dans son cou, une fois, deux fois, soufflant un « On n’est pas mignon. » contre sa peau, juste avant la troisième fois. « On l’est pas, hein ? » je répétais en quittant son cou et l’obligeant à relever le menton vers moi, mon pouce et mon index caressant,  jouant avec sa peau, avec ses lèvres. « On est quoi ? » je lui demandais, tout de même, pas très sûr de vouloir entendre sa réponse, ou d’avoir besoin de l’entendre, en fait. Je crois que je l’avais lu, déjà. Je crois. C’est pourquoi j’allais quérir ses lèvres, sans précipitation, juste dans la continuité du reste, de tout le reste. Mais sans trop de pudeur, non plus, parce qu’en cet instant, ses lèvres m’appartenaient, et je n’avais rien à faire du reste. C’était pas pour la galerie. Enfin si, ça l’était puisque ça partait de cette volonté de ne surtout pas être mignon, mais sur l’instant, le reste s’effaçait, et il ne restait que ça, cet échange doux et frustrant, lent et quelque peu indécent. Dans une Amérique si puritaine, on baisait rapidement une bouche, on ne s’amusait pas à l’attiser comme je le faisais. Pas en public. Ou alors, dans un bar, avec une suite logique à prévoir. Et pourtant, je ne réclamais rien d’autre, juste ça, une respiration un peu courte, un pouls qui bat trop vite, et cette douce chaleur. Pour moi, comme pour elle. Je le savais, j’avais ma paume étalée le long de sa jugulaire.      

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 19 Avr - 14:43

« Ouai, ou un mec. » Peu importait à vrai dire. Elle se vengerait dans tous les cas. Kaya était peut-être la petite dernière, et seule fille, de la famille, elle savait faire entendre sa voix – au cas où personne ne l'avait encore remarqué. Il fallait bien avec ces idiots de frère... Qu'elle avait oublié dès l'instant où Noam décida de leur montrer ses talents de danseur. C'était simple. Mais elle fut plutôt impressionnée malgré tout, n'en montrant bien évidemment rien. Après ça, elle se contenta de ne rien dire. Réaction parfaitement normale. Vraiment il ne fallait rien chercher derrière son soudain mutisme. Elle allait bien. Tout allait bien. Elle réfléchissait. Ou essayait plutôt de ne pas réfléchir. De ne rien analyser. Même quand il l'interrogea sur leur supposé 'mignonitude', elle essaya de se convaincre que ce n'était rien. Ses doigts, qui jouaient naturellement dans sa nuque, ce n'était rien non plus. Elle réfléchissait simplement. C'était machinal. Naturel. Trop naturel. Mais pas mignon. Ils n'étaient pas mignon. Ne pouvaient pas l'être. « Ouai, enfin, quitte à ne pas être quelque chose que les gens croient qu’on est, je préférerais qu’on soit hot. » Un rire s'échappa de sa bouche. « Je m'en fiche un peu, le plus important, c'est qu'ils y croient non ? demanda-t-elle d'un ton qui se voulait détaché. » C'était le plus important non ? Mais peut-être... Peut-être qu'elle y croyait un peu trop. Ce n'était qu'une mission. Ce n'était rien. Est ce qu'elle avait envie qu'ils soient hot ? Well, ça voudrait dire... Non. Il ne valait mieux ne rien imaginer du tout. Elle était de nouveau en train de se convaincre de ne pas réfléchir. C'était mieux pour son rythme cardiaque, sa température corporelle... Sauf que Noam. Oui, ce simple mot résuma à peu près sa réaction au moment où il déposa le premier baiser sur son épaule. Il faisait quoi là ? Parce que s'il comptait la faire fondre, là, ici, en plein milieu de la salle, il était plutôt bien parti... Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait commencé à retenir sa respiration et la relâcha avec difficulté, alors qu'il continuait à tracer son chemin dans son cou. « On n’est pas mignon. » C'était une question ? Un constat ? Elle ne savait plus rien là à vrai dire. Ses doigts avaient arrêté de caresser son cou, mais demeuraient là. Elle avait peur de bouger. Il le sentait non ? Que sa température devait approcher les 3000 degrés ? « On l’est pas, hein ? » Elle aurait bien aimé pouvoir dire quelque chose. Sauf qu'elle était dans l'incapacité de formuler quoique ce soit. Ou du moins elle ne voulait pas prendre de risque, au cas où ce qu'elle prononcerait n'aurait aucun sens... Il avait redressé son visage, la forçant à le regarder, à lui faire face, caressait son visage. « On est quoi ? » C'était exactement la question qu'elle se posa en cet instant. Elle avait beau vouloir se persuader que tout était normal, sa réaction ne l'était clairement pas. Et quand il déposa ses lèvres sur les siennes, elle arrêta, enfin de réfléchir. Ce n'était pas la première fois. Mais c'était pourtant affreusement déroutant. La manière dont elle oublia un instant le mariage, ses chaussures, ses frères, tout, pour ne profiter que de ses lèvres, sur les siennes. C'est avec naturel que ses mains recommencèrent à bouger dans sa nuque, remontant, et prolongeant un instant leur baiser, approchant son visage encore plus. Avant de réaliser. De réfléchir de nouveau. Elle eut une micro-seconde de panique qu'elle dissimula derrière un rire. Oui elle se mit à rire. Allez savoir pourquoi, elle-même ne savait pas très bien. C'était sûrement plus nerveux qu'autre chose. Elle voulait faire comme si ce n'était rien. Parce que ça ne pouvait qu'être rien. Elle se recula, légèrement, et se mordilla la lèvre, espérant que son expression n'était pas trop bizarre. Parce que son comportement l'était. Elle essayait juste de prétendre que ce n'était rien. Qu'elle n'avait pas gâché l'instant avec son comportement bizarre. Parce qu'il n'y avait rien à gâcher. Plus que c'était rien. Alors pour parfaire son air de « non je ne suis pas perturbée du tout, tout est parfaitement normal », elle prononça : « C'est sûr que si on continue comme ça plus personne ne nous trouvera mignon. » Plus personne. Ni même... Elle tourna la tête dans un instant de panique et lâcha un petit soupir en constatant que ses frères discutaient avec les gens à leur table, sans leur prêter attention. Il ne fallait pas qu'ils voient... Quoi ? Qu'est ce que c'était ? Ils étaient quoi ? Elle croisa son regard avec celui de Noam. Et puis d'un seul coup, elle ne sait pas très bien pourquoi mais elle eut affreusement besoin de combler le silence. Il y a de ça encore une minute, elle n'aurait même pas réussi à prononcer un seul mot. Et maintenant... « Je crois que même papy a été impressionné. Il est peut-être même un peu jaloux. » Un nouveau rire. Oh my. « Il fait chaud ou c'est moi ? Oui. Il fait chaud. » Il fallait qu'elle se taise. Tout de suite. Sauf qu'elle réfléchissait trop. Et elle ne voulait pas. Alors elle devait dire, faire quelque chose, pour arrêter ça, ce truc. « Fuck. Je sais pas moi ce qu'on est. On est pas supposé être quoique ce soit, lâcha-t-elle finalement d'un ton agacé. » Il n'avait certainement pas attendu de réponse à sa question. Mais elle perturbait encore la jeune femme, sans savoir pourquoi ou plutôt, sans pouvoir l'admettre. Elle croisa son regard avec le sien. Et se mordilla de nouveau la lèvre, avec un air coupable sur le visage. Pourquoi elle se sentait coupable ? Oui hein pourquoi ? Ils s'étaient juste embrassés. C'était normal. Enfin non. Mais pour la galerie oui. Même si à ce moment là, elle ne pensait à rien d'autre que lui. Et c'est ça qui n'était pas normal. Ça, qui la rendait coupable.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 19 Avr - 16:51


wedding day
Kaya et Noam
« Je m'en fiche un peu, le plus important, c'est qu'ils y croient non ? » avait-elle demandé, à un moment. Et si, sur le coup, j’avais été tenté de lui répondre par l’affirmative, tout dans notre comportement en public visant à laisser croire que..., mais maintenant, là, tout de suite, j’étais plus aussi sûr de la réponse à fournir. Est-ce que c’était toujours ça, l’important ? Est-ce que j’en avais réellement quelque chose à cirer, sur l’instant ? Est-ce que j’étais capable de penser à autre chose que ça, ses lèvres, sa bouche, ses mains, ses doigts sévissant à nouveau contre ma nuque, son parfum, la souplesse de son corps s’harmonisant contre le mien ? Non. J’étais plus capable de rien, si ce n’est me retenir d’avancer plus loin. Et ça me demandait énormément d’effort, ça focalisait tout les restes, les miettes de mon attention. Je devais continuellement me répéter où nous nous trouvions et avec qui, avant d’oublier à nouveau, la seconde suivante. Ça n’avait pas la moindre importance, jusqu’à ce que ça en ait une. J’étais atteint d’un Alzheimer instable né de ce qui se passait plus bas, et en moi. Ce n’était pas de sa faute à elle, c’était la mienne, j’avais initié le truc et je me laissais emporter. Quelques mois plus tôt je n’aurais pas commis cette grossière erreur, mais quelques mois plus tôt, j’étais clairement pas aussi facilement échauffé. L’abstinence m’avait transformé en adolescent qui, au moindre échange un peu plus équivoque que d’ordinaire, se retrouvait avec le cerveau pollué d’idées et images censurées. Et ça, ce qui se passait dans ma tête, c’était pas pour la galerie, ça ne pouvait être pour la galerie, à moins qu’un rétroprojecteur n’affiche en temps réel le contenu de mes pensées sur l’un des murs de la salle, auquel cas ce serait vraiment emmerdant pour les plus jeunes. Et pour moi, aussi, puisqu’il me faudrait me rendre à l’évidence. Une évidence que je pouvais encore réfuter tant que ça restait là, à l’abri des regards et des oreilles. Et puis, y avait cette robe, ces talons, l’imminence de la fin de cette mission, ça jouait forcément un rôle dans mon dérèglement cérébral. Y avait les disputes aussi, comme celle dans la voiture, puisque chaque dispute faisait monter en moi une incontrôlable envie de la coller contre un mur. Et pas juste pour admirer le papier-peint, non. Souvent il y avait cette violence en moi. Une violence qui n’aspirait pas nécessairement au mal, plutôt à son contraire. Alors, les chicanes, les petites tapes et autres pichenettes, ce n’était pas pour lui faire mal, pas vraiment, c’était pour extérioriser un peu de cette violence qui ne demandait qu’à sortir sous une toute autre forme. Une forme qui m’était interdite, une forme qui n’avait pas de sens, une forme que j’avais absolument et catégoriquement réfuté jusqu’à maintenant. Jusqu’à cet indicible besoin de m’approprier son corps. Je ne réclamais rien, j’avais quand même ce sursaut de raison qui me poussait à ne surtout rien réclamer de plus. Mais mon souffle court, mon besoin quasi vital de sa bouche, c’était assez évident pour ne laisser aucun doute : dans un autre contexte, elle n’aurait plus eu le moindre tissu sur le corps, à l’heure actuelle. J’aurais pu m’affoler, paniquer, tout stopper à ce simple constat, celui d’en montrer trop, celui de laisser entendre ce que je taisais depuis longtemps, même à moi-même. Sauf que... Sauf que non. Je ne paniquais pas. Je ne paniquais plus, en réalité. Et c’était à ses réactions à elle que je le devais. Parce que ça avait quelque chose de rassurant de la sentir s’emballer un peu trop, de la sentir répondre à mes amorces et poursuivre malgré tout. Ça ne légitimait pas mon ressentit, ça ne me déculpabilisait pas totalement, mais au moins, je n’étais pas totalement isolé dans ce truc. Elle aussi, elle était là. Elle aussi, elle voulait. Je n’étais plus la demande, je devenais l’offre. Et elle était en demande. Je n’étais plus seul, et je retrouvais, un peu, de cette position de force que j’avais délaissé, un instant auparavant. Je maîtrisais. Je maîtrisais. Je maîtrisais. Et si je me le répétais suffisamment longtemps, ça pourrait devenir vrai. Je maîtrisais, mais c’est elle qui eu la force de reculer, de mettre fin à cet échange affamé, pour reculer légèrement, et nous offrir l’option respiration. Respirer et rire, visiblement, aussi. C’était normal, ça ? J’avais beau fouiller mon historique personnel, non, vraiment, j’avais jamais provoqué l’hilarité d’une femme. Je n’avais pas rouvert les yeux pour autant, mais je fronçais déjà les sourcils, regrettant l’absence de transition en plus du fait qu’elle se soit éloignée. Elle recula, d’ailleurs, encore un peu, avant que je ne daigne rouvrir les yeux, fixant mon regard sur cette lèvre qu’elle mordait. Un geste que j’aurais bien eu envie de copier, tiens, mais sur la même lèvre qu’elle, la sienne. « C'est sûr que si on continue comme ça plus personne ne nous trouvera mignon. » C’était le but, il me semblait. Je crois que c’est ce qui avait été le déclencheur, le fait que je ne voulais pas qu’on nous trouve mignon. Mais... J’étais plus trop sûr de rien. Alors, je gardais le silence. Une fois n’est pas coutume, je me contentais de fixer sa bouche en réfrénant, du moins tentant, mon envie d’y revenir. Elle voulait parler, elle avait besoin de parler, je la laissais faire, peu importe. À mon sens, y avait plus important, c’est pourquoi, elle avait beau reculer, je n’en faisais pas de même. Je restais à ma place, le cou légèrement ployé vers elle, soutenant son regard lorsqu’elle me l’accordait, et acquiesçant, parfois, à ses dires, histoire de ne pas la froisser. « Je crois que même papy a été impressionné. Il est peut-être même un peu jaloux. » Là, par exemple, j’avais acquiescé. J’en avais prodigieusement rien à foutre du papy -j’avais même oublié qu’il y en avait un-, mais j’hochais de la tête en rangeant une mèche de cheveux derrière son oreille. On ne dansait plus, j’avais cessé de bouger dès lors que mes lèvres avait rencontré sa peau, on demeurait immobile et emmêlé au milieu d’une piste de danse, définitivement à contre-emploi, alors Papy et le reste du monde, oui, j’m’en foutais un peu beaucoup, j’crois. « Il fait chaud ou c'est moi ? Oui. Il fait chaud. » Ok, ça ça me fit sourire. Forcément, c’était flatteur, un peu, non ? J’avais envie de lui répondre « c’est toi. » mais... Non, c’était pas elle, ou alors, c’était moi aussi. Bon, elle avait bientôt fini de parler, là ? La logique aurait voulu que j’en profite pour retrouver un peu de raison et le contrôle de la situation mais... Non, rien à foutre. La voir buguer de la sorte anéantissait toutes tentatives de come-back de la part de mon cerveau. « Fuck. Je sais pas moi ce qu'on est. On est pas supposé être quoique ce soit. » Si j’appréciais son début de phrase, la suite agacée avait quelque chose de plus agaçant encore. Au point de faire naître un grognement sourd des tréfonds de ma gorge. « Tais-toi. » j’ordonnais, finalement, rompant mon voeu de silence -et d’abstinence-, avant de l’obliger, définitivement, à se taire. Mes mains avaient délaissées son corps au profit de ses joues que je ramenais vers moi et immobilisais là, juste là, tandis que ma bouche repartait réclamer son du. Je savais pas vraiment si ça répondait à sa question, ou même s’il y avait une réponse exacte à cette question, mais j’avais rien d’autre en stock. Aucune autre volonté que celle-ci, celle de récupérer ses lèvres avec encore plus d’envie, encore plus de faim, et encore plus de cette fournaise qui, au passage, cramait mes derniers neurones viables. Je ne me contentais plus de l’attiser, non, je n’étais pas vraiment tendre non plus. Pas violent pour autant, mais le désir l’était, lui, et c’était plus qu’évident. Trop évident peut-être. Définitivement. Le souffle asthmatique, et la tachycardie douloureuse, je reculais à mon tour, à contre coeur, cherchant une respiration et un rythme cardiaque plus régulier, mais aussi un semblant de raison, ma bonne volonté venant d’en prendre un coup. « Faut que j’aille prendre l’air. » Oui, bonne idée. Une brise glaciale en pleine tronche devrait réfréner mes ardeurs. Sauf que... J’pouvais pas la laisser ici, j’en avais pas le droit. Alors, je rectifiais : « Faut qu’on aille prendre l’air. » tout en l’attrapant par la main, la forçant à pivoter et me suivre. Je pressais le pas, mais pas trop, déjà parce que je ne voulais pas paraitre bizarrement empressé, mais aussi parce que j’avais la décence de me rappeler ses talons et pieds meurtris. Au vestiaire, je demandais la direction de la zone fumeur et nos manteaux, avant de me faire indiquer une cour intérieure désertique. Il ne faisait pas assez chaud pour que les clients de l’hôtel de luxe sortent se prélasser sur les bancs et tables de ce jardin d’hiver, mais pour nous, ça ferait l’affaire. Je crois. Je tirais une cigarette de mon paquet, l’allumais et me laissais tomber sur un banc, en silence. Ça bavardait sous mon crâne, mais dans la cour intérieur, on entendait que le vent. Du moins, jusqu’à... « Faut que je te dise un truc... » Oui, il fallait. J’en avais marre d’attendre le bon moment parce que je savais qu’il n’existait pas. Pas pour moi. Alors il fallait que je lui dise. Mais encore fallait-il pouvoir...     

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 19 Avr - 18:25

Elle ne savait pas pourquoi elle parlait. Ni même vraiment ce qu'elle disait. Elle devait juste combler le vide qu'elle avait elle-même créé en se reculant. Elle savait qu'elle était ridicule. Que son comportement était tout sauf naturel. Mais c'était de sa faute à lui. Il continuait à la regarder. Mais pas juste la regarder. C'était plus que ça. Parce qu'elle comprenait son regard, ressentait la même chose dans le fond, mais essayait juste de le repousser. Parce que ça n'avait pas de sens n'est ce pas ? Mais l'embrasser, ça en avait eu, sur le moment. Un vrai bordel. Ce n'est qu'après, qu'elle se remettait à réfléchir. Alors elle parlait, et essayait d'ignorer, tant bien que mal, son regard sur ses lèvres. Dios mio. Est ce qu'il pouvait arrêter de la regarder comme ça ? Elle s'énervait même toute seule, parce qu'elle se frustrait plus qu'autre chose. C'était une grande et bordélique frustration, qui l'empêchait de réfléchir clairement – car il était évident, qu'elle n'avait pas tout ses esprits – et lui faisait dire n'importe quoi. Elle aurait pu continuer encore, s'il ne la coupa pas – enfin. « Tais-toi. » Elle connaissait déjà ses intentions, parce qu'elle avait les mêmes. Ses mains agrippèrent ses hanches, l'attirant vers elle alors qu'il agrippait son visage pour l'embrasser de nouveau. Et sur le moment, ça ne sembla pas assez. Elle avait envie de plus. Son corps tout entier en demandait plus. Seul un semblant de conscience lui rappelait où elle était. Et ce qu'elle était en train de faire. C'était Noam. Ils s'embrassaient. Et ça semblait normal. Juste. Sauf que les intentions derrière ne l'étaient pas. Parce qu'elle savait, qu'elle ne l'embrassait pas pour prouver aux autres qu'ils étaient en couple, elle l'embrassait, juste parce qu'elle en avait envie, terriblement envie. C'est lui qui se recula cette fois-ci. Et elle en remercia intérieurement, parce qu'elle constata qu'elle n'en aurait peut-être pas eu la force cette fois-ci. Et ça, ça ne pouvait pas être normal. Ils n'étaient pas... Ce n'était pas normal. Il y a quelques mois encore, elle n'aurait jamais cédé de la sorte. Elle aurait même été agacée de jouer au petit couple avec lui à un mariage. Mais elle ne l'était plus. A un moment, elle ne savait pas quand, elle avait commencé à s'habituer. Et en vouloir plus. Et ça foutait le bordel dans sa tête. « Faut que j’aille prendre l’air. » Kaya le cherchait justement, l'air, remplissant ses poumons avec difficulté. Elle avait craqué si facilement, c'était presque pathétique. « Faut qu’on aille prendre l’air. » La réaction de Kaya se résuma par un petit hochement de tête. Elle ne savait plus quoi penser et se contenta de suivre Noam. Qu'est ce qu'elle était en train de faire ? Elle en avait aucune idée. Elle n'aurait pas du céder aussi facilement à ses envies. Parce que ce n'était rien. Oui c'était rien. Alors pourquoi est ce que cela la perturbait autant ? Elle resserra les pans de son manteau autour d'elle une fois dehors, croisa les bras, et resta debout avec un air tout à fait naturel. Elle aurait pu s'asseoir, après tout, elle se plaignait depuis le début de ses talons. Mais rester debout lui semblait être une plutôt bonne idée sur le moment. Non pas parce qu'elle avait peur de ne pas pouvoir se contrôler si elle allait s'asseoir à côté de lui. Absolument pas. Elle avait juste besoin... de prendre l'air. Respirer calmement. Et de surtout, oh surtout pas, réfléchir. Ses yeux se posèrent à peu près partout dans le jardin. Sauf sur lui, évidemment. Elle appréciait la brise fraîche sur son visage et avait l'impression que cela apaisait, ne serait-ce qu'un peu, les battements de son cœur. « Faut que je te dise un truc... » Elle le regarda, haussant légèrement les sourcils avant de tout simplement demander : « Quoi ? » A vrai dire, elle ne s'était pas attendue à ce qu'il dise quoique ce soit. Parce qu'elle même ne savait pas quoi dire après... C'était quoi au juste ? Elle se mit de nouveau à se mordiller la lèvre, signe de sa nervosité. Pourquoi est ce qu'elle était nerveuse ? Pourquoi c'était tant le bordel dans sa tête ? Fuck. Fuck. Fuck. Ça n'avait pas à être compliqué. C'était supposé être simple. C'était une mission. Ils faisaient semblant. Point. Mais... Ce putain de mais venait foutre le bordel. Ainsi que toutes ces réactions, qui avaient commencé petit à petit à apparaître, qu'elle avait essayé d'ignorer, et qui étaient maintenant omniprésentes. Elle se trouvait des excuses, s'en trouvait toujours. Mais c'était de plus en plus difficile. Elle aurait aimé pouvoir dire quelque chose. Mais c'était trop le bordel. Frustration et bordel. Et elle avait peur de dire quelque chose qu'elle regretterait.

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 19 Avr - 22:50


wedding day
Kaya et Noam
Il y avait quelque chose d’apaisant dans cette fraîcheur venant fouetter mes joues, quelque chose d’un contraste absolument violent dont j’avais besoin. Ça glissait contre mon visage, refroidissait ma nuque si esseulée, là où sa main, ses doigts faisaient défaut, à présent. Ce n’était que maintenant, loin de tout, séparé de son corps, que je prenais réellement conscience de l’échange, des échanges. J’avais perdu mes repères, ou plutôt je les avais explosé. Ça faisait longtemps qu’ils l’étaient mais, au moins, je faisais toujours très attention à préserver les apparences. Pas ce soir. Pas alors que j’avais initié le mouvement, pas alors que j’avais refusé de ne lui offrir que le minimum syndical, pas alors que j’y étais revenu en lui ordonnant de se taire. C’était pas professionnel, plus rien ne l’était. Depuis quand ça ne l’était plus ? Ça ne datait pas d’aujourd’hui, c’était latent, évident, inévitable aussi, quelque part. Ne lui avais-je pas dit « après. » en sortant de chez ma soeur, ce jour-là, juste avant de nous rendre au siège du FBI ? N’était-ce pas ce ‘après’, justement, que je venais de précipiter entre elle et moi ? Et après quoi ? Après le procès. Un procès qui ne nous obligeait plus à patienter qu’une toute petite semaine. Alors pourquoi je ne l’acceptais pas ? Pourquoi je le redoutais ? Pourquoi je craignais cette échéance qui n’aurait du être que libération ? J’avais peur, je crois. J’avais peur, je comprenais. J’avais peur que tout ça, pour elle, ce ne soit que ça, l’histoire d’une mission, le temps d’une mission. Nous allions être séparés, elle allait avoir un autre logement le temps du procès, d’autres officiers pour la surveiller... Ça pouvait durer des jours, des semaines... Et après quoi ? Aurais-je les couilles de retourner la voir, frapper à sa porte, me pointer sur son lieu de travail ? Ça n’aurait rien de naturel, ça en serait, probablement, gênant. Je ne serais qu’un rappel constant et cuisant de ces mois de mensonges et de détentions. Elle avait été prisonnière. Prisonnière de sa propre vie, mais prisonnière tout de même. Elle voudrait tourner la page, et j’étais cette page. Les yeux dans le vide, je fixais le néant, ce néant vers lequel je devrais revenir, moi aussi, dans moins d’une semaine. Nouvelle affectation, nouveau logement, peut-être que je serais autorisé à suivre le procès, mais... En aurais-je seulement envie ? La cigarette aux lèvres, je laissais glisser le temps et le vent, me contentant de percevoir sa forme du coin de l’oeil, pas totalement là, mais présente tout de même. Mes idées se remettaient en place, mais les interrogations qui en découlaient, ne faisaient que semer un peu plus la confusion. J’apprenais à me comprendre, ou à m’écouter, à ne pas réfuter toutes les infos que mon cerveau me glissait, mais... Ça n’était que pire. Plus je comprenais, et plus l’inertie devenait tentante. J’étais pas là pour ça. C’était pas prévu. Ça n’aurait jamais du arrivé. Pas seulement aujourd’hui, pas seulement ce que je venais de faire, ce qu’on venait de faire, mais tout, absolument tout depuis des mois. Parce que c’était là, en moi, siégeant dans mes tripes et n’attendant que de sortir. C’était inévitable que ça sorte. Ça devait sortir. Et je m’en voulais, non pas de l’avoir laissé sortir et éclater au grand jour, mais d’avoir laissé les choses aller aussi loin. J’aurais du partir lorsque j’avais commencé à dérailler, j’aurais du aller au bout des choses lorsque je m’étais barré. Je n’aurais jamais du revenir. Je... Je... J’avais été con. J’avais voulu nié l’évidence, et je n’avais fait que l’entretenir, la laisser s’accroitre, et... Merde ! J’avais tout foiré. C’était peut-être pas important pour elle, peut-être qu’elle serait ravie d’apprendre pour le procès et sa future libération. Mais ça l’était pour moi. C’était important, parce que... Parce que j’étais perdue. Je n’y comprenais rien. C’était nouveau, totalement inédit. Je ne savais pas gérer ce genre de choses. Ça ne partait pas, ça restait là, squattant ma tête et mes entrailles. L’air frais calmait mes ardeurs mais n’atténuait en rien le désir. Elle aurait pu revenir à la charge, réclamer sa dose que j’y aurais répondu avec autant de ferveur qu’un peu plus tôt. C’était elle, c’était son effet sur moi, puissant, déroutant. J’avais beau me convaincre qu’il ne s’agissait que de frustration, de cette abstinence prolongée, je n’éprouvais pas ce type de ressenti envers une autre. Pourtant, elles étaient nombreuses ce soir, toutes moulées dans leurs robes invitant au viol, j’aurais pu, si ce n’est reluquer, au moins éprouver. Mais rien. Enfin non, pas rien, je trouvais ça charmant et parfois même appétissant, mais ça n’avait rien de comparable avec ça. Avec l’autre ça, le ça qu’elle, Kaya, inspirait en moi. Ça n’avait rien à voir avec tout ce que j’avais toujours connu, un plaisir léger, temporaire, vite rassasié puis expédié. C’était... Je ne sais pas. Je ne savais absolument pas, et ça me rendait dingue. J’avais envie d’elle, évidemment que j’avais envie d’elle. J’en crevais, même ! Mais ça n’avait rien en commun avec quelque chose de rapidement expédié. D’ailleurs, rien ne m’avait contraint à cette abstinence. Du moment que je me montrais discret, je pouvais tout me permettre, nous n’étions pas un couple. Et pourtant... Il fallait que je cesse de nier l’évidence, ce n’était pas qu’un professionnalisme exacerbé qui m’avait retenu. Il y avait autre chose. Quelque chose comme l’absence de satisfaction avec un placebo lorsqu’on avait le médicament sous le nez. Plus qu’une semaine, putain ! Plus qu’une semaine, et elle ne serait plus. Plus qu’une semaine, et elle ne voudrait plus. Parce qu’elle avait voulu. J’étais peut-être le dernier des cons, mais il y avait des choses que je savais remarqué quand même, et si j’avais été plus que clair concernant mes intentions, elle n’avait pas été en reste non plus. Est-ce que ça voulait dire quelque chose ? Oui et non. Parce qu’il y avait toujours cette page qui se tournerait, et notre rapport à celle-ci pouvait être bien différente. J’avais la trouille, j’étais mort de trouille. Ce petit être minuscule me fichait plus la frousse que tout ce que j’avais pu affronter en Irak. Comment c’était possible ? Ça ne pouvait pas continuer comme ça. Je devais savoir. Je devais voir. Je devais lui dire et observer sa réaction, à défaut d’être assez courageux pour lui poser directement la question. J’aurais eu l’air de quoi ? J’savais pas faire ces choses-là. La dernière fois, j’avais sept ans, et c’était dans la cour de l’école. Quelque chose me disait que ça ne se passait plus trop comme à l’époque. Je voulais bien lui tirer les cheveux, mais sa réaction serait probablement différente de celle de la petite Mary. Il fallait que je lui dise. « Quoi ? » Bonne question. Quoi ? J’avais tellement de trucs à lui dire. Qu’on était pas mignon, pour commencer. Qu’on était pas supposément rien. Qu’on était quelque chose, quelque chose d’indéfinissable, mais qui me semblait nettement plus important qu’un rien. Que le procès était dans une semaine, et que ça me tuait de devoir la laisser. Je crois que c’est à peu près tout ce que je lui disais, à travers ce regard que je venais de reporter sur elle, perdue au milieu de son gros manteau. « Je... » bien, j’avais déjà le sujet. Bon, c’était pas le bon, mais tant pis, c’était déjà un début. « Il faut que... » Raaaah, je n’arrivais à rien, je perdais patience, grattais ma nuque avec agacement, détournais le regard en espérant que ça rende les choses plus simples, plus faciles. Rien. Rien n’y faisait. Rien ne venait. « J’sais pas comment dire ça. » c’était pourtant pas si compliqué : Kaya, la date du procès est tombée y a un moment, il ne te reste plus qu’une semaine pour t’y préparer, et si je ne t’en ai pas parlé avant, c’était officiellement pour ne pas te stresser et te laisser profiter des derniers instants de calme, et officieusement par pur égoïsme parce que j’ai pas envie de te quitter, et j’ai pas envie de lire sur ton visage à quel point tu te réjouis de me quitter. Simple. Et pourtant impossible à sortir. « Je... » tiens, encore ce sujet, et toujours pas le bon, mais je venais de risquer un nouveau regard dans sa direction, alors je ne répondais plus de mon cerveau. Allez, courage, trois... Deux... Un... Oh merde, je venais de me lever. J’avais même jeté ma clope et écrasé cette dernière du bout du pied. Mon cerveau n’envoyait pas les bons ordres, ce gros con. Bon, on inspire, on expire, et on se lance. J’ouvrais la bouche, et j’avançais. Super, mais pas du tout ce que j’avais l’intention de faire. Allez, c’était pourtant pas si compliqué. En plus, on allait finir par crever de froid si je laissais rien sortir. Je... Je quoi ? « J’ai super faim. » Hein ? Wait ! Non, j’attendais pas, j’avais balancé mon sourire ‘tout va bien, c’est exactement ce que je voulais dire’, et j’avais même récupéré sa main pour la ramener vers l’intérieur. Ça n’avait pas de sens, personne n’y croyait, surtout pas elle, mais pas grave, je ne me dégonflais pas pour autant. Sur un malentendu, ça pouvait passer pour une énième provocation agaçante de ma personne envers la sienne, elle devait y être habituée. Sauf qu’à l’orée de la salle, devant l’animation, l’agitation, les éclats de voix et de musique, je prenais conscience que je ne voulais plus de ça. Je ne voulais plus de faux semblant, je ne voulais plus avoir à jouer la comédie. Peu importe ce qu’elle voulait, ce qu’elle vivait dans sa tête, dans la mienne c’était bien trop le bordel pour parvenir à maintenir l’envie de jouer un rôle. Alors, je m’immobilisais. Pas longtemps, mais juste assez pour glisser un « Je fais pas semblant. Je fais plus semblant. Depuis trop longtemps. Peu importe ce que tu penses qu’on devrait être ou pas, je voulais que tu le saches, c’est tout. » en fixant la foule oppressante, avant de me remettre en mouvement, sans lui laisser l’ombre de l’ébauche d’une possibilité de répondre. Je crois que j’avais pas envie de savoir. Je crois que j’avais bien trop peur de savoir. À la place de quoi, je ne rapatriais à notre table, où je soufflais un « Alors, qu’est-ce qu’on a manqué ? » pseudo jovial et enjoué à la ronde, tout en réintégrant mon siège. Bordel, qu’est-ce que je venais de faire ?     

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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Jeu 23 Avr - 15:23

« Je... » Kaya le fixait, toujours debout au même endroit. Elle n'osait toujours pas bouger. Elle pensait que cela pouvait l'aider à mettre de l'ordre dans sa tête. Le seul problème c'est qu'elle se posait beaucoup trop de questions pour réussir à y voir plus clair. La présence de Noam était encore trop palpable à ses côtés, l'échange qu'ils avaient eu bien trop présents dans son esprit... « Il faut que... » Quoi ? Eut-elle envie de dire une nouvelle fois. Mais à la place, ses sourcils se froncèrent. Elle était un peu perdue pour le coup. Qu'est ce qu'il voulait dire ? Est ce que c'était à cause de ce qu'ils venaient de se passer ? Est ce qu'il regrettait ? Parce que ce n'était pas un simple baiser pour convaincre qu'ils étaient en couple qu'ils avaient échangé. Du moins pour elle. C'était... plus que ça. Elle le savait. Ça faisait déjà un moment, que c'était plus que ça. Mais elle essayait toujours de se convaincre que ce n'était rien. « J’sais pas comment dire ça. » Et Kaya ne savait plus quoi penser. Du coup elle était stressée sans savoir pourquoi. Elle croyait s'être un peu apaisée. Mais c'était toujours le bordel. Et il ne faisait clairement rien pour l'arranger. « Je... » Elle le regarda se lever et s'approcher. Son cœur s'accéléra. Pourquoi il accélérait ? Pourquoi était-elle aussi stressée tout à coup ? Elle essayait en même temps d'avoir l'air parfaitement détendu mais se doutait bien qu'elle ne devait pas avoir l'air à l'aise. Qu'avait-il tant de mal à dire ? « J’ai super faim. » Oh. Okay. Inutile de préciser que Kaya n'était pas du tout convaincue par cette réponse et le regarda d'un air complètement confus. Mais il retournait déjà à l'intérieur, embarquant la main de Kaya pour l'entraîner avec, sans lui laisser l'opportunité de l'interroger davantage. Peut-être qu'il n'avait rien à dire. Peut-être que c'était sa manière de lui faire comprendre qu'il n'y avait rien à discuter et que tout était normal. Peut-être qu'elle était la seule à se faire des films, et que lui, se comportait comme d'habitude. Kaya laissa son manteau au vestiaire, toujours entraînée par le jeune homme qui s'arrêta qu'une fois devant la salle, brièvement, juste pour dire : « Je fais pas semblant. Je fais plus semblant. Depuis trop longtemps. Peu importe ce que tu penses qu’on devrait être ou pas, je voulais que tu le saches, c’est tout. » What. On rembobine. On réécoute. What. Quoi ? Ça voulait dire quoi ? Elle avait besoin de la traduction. De la notice. Et d'une explication avec des mots simples pour intégrer ce qu'il venait de dire. Qu'est ce qu'il voulait dire par là ? Il pouvait pas lâcher une bombe comme ça et partir. Parce que quand elle tourna la tête vers lui, il avançait déjà dans la salle, elle aussi entraînée à sa suite. Sauf que marcher et intégrer cette information ce n'était pas facile. Du coup quand elle arriva à sa place et que Noam s'installait déjà en demandant ce qu'ils avaient manqué, elle, elle resta debout comme une idiote. La chaise. S'asseoir. Avec trois ans de retard, elle prit place sur la sienne et jeta un regard perdu sur les gens autour de la table. Elle esquissa bien un petit sourire mais elle était perdue dans sa bulle. La seule raison pour laquelle elle cherchait à se persuader que ce n'était rien, c'était parce qu'elle était sûre, que pour lui, ce n'était pas plus. C'était une mission. C'était ce qu'elle se répétait tous les jours pour essayer d'ignorer les changements qu'il y avait eu, petit à petit. Parce qu'elle ne pouvait pas se permettre de ressentir quoique ce soit. Parce que si jamais ce n'était pas réciproque, s'il se contentait de faire son travail, et rien de plus, à la fin de mission, il partirait, elle serait seule. Et elle n'avait pas envie de souffrir en se rendant compte que pour lui ça n'avait jamais été rien de plus qu'une mission. Elle se cherchait donc des excuses, pour se protéger, pour tenter de se convaincre, que rien n'avait changé. Mais il venait de lui dire. Il ne faisait plus semblant. Les yeux de Kaya se fixèrent sur son assiette, qui avait été remplacée par une nouvelle, avec un nouveau plat, de nouveau très sophistiqué. Il ne faisait pas semblant. Kaya avait beau se le répéter, elle n'arrivait pas totalement à l'intégrer. Sa respiration s'était apaisée, de même que les battements de son cœur, étrangement. D'un seul coup elle tourna la tête vers lui, ouvrit la bouche : « J... » « Alors on s'éclate les tourtereaux ? » Son frère avait passé la tête entre eux, provoquant un sursaut chez Kaya. Travis s'éloignait déjà, entraînant par la main une jeune femme avec lui vers la piste de danse, un sourire hilare sur le visage. Mais du coup la chilienne ne savait plus ce qu'elle avait l'intention de dire et contempla de nouveau son assiette, sentant ses joues chauffer. Qu'est ce qu'elle allait dire ? Qu'elle ne faisait plus semblant elle non plus ? Il l'avait compris non ? N'était ce pas évident ? Ou peut-être que ce n'était qu'une blague. Mais il n'avait pas le droit de faire ça. Ce serait trop cruel. Mais elle avait peur d'un seul coup. Fuck. Qu'est ce qu'elle était supposée dire ? D'autant plus qu'ils étaient de retour à table, ce n'était pas forcément évident d'être discret. Elle songea un instant que s'il avait compris l'espagnol, elle aurait pu parler ainsi. Sauf qu'elle ne savait toujours pas quoi dire. Elle fixait toujours son assiette. Et d'un seul coup elle ouvrit effectivement la bouche. « Qu'est ce que c'est que ça encore... » Elle parlait de l'assiette évidemment. Bravo Kaya. Bonne réaction. C'était exactement ce qu'elle avait voulu dire. D'un seul coup elle repensa à ce que Noam avait dit, il y a de ça quelques minutes, dans la cours. Elle devait avoir l'air aussi ridicule tiens. Honnêtement, pourquoi est ce qu'elle se prenait la tête ? Où était passé la Kaya sûre d'elle, qui n'avait jamais peur de dire ce qu'elle pensait ? Elle se posait justement la question. Elle avait du la perdre quelque part sur le chemin en revenant à table. Mais s'il avait osé lui dire la vérité, elle pouvait le faire aussi. Qu'avait-elle à perdre ? Beaucoup. Mais encore plus si elle ne disait rien, songea-t-elle. Elle osa un bref regard en coin, vers lui. Elle n'avait pas osé le faire depuis qu'ils étaient revenus dans la salle. Elle tourna finalement la tête vers lui. Elle crut qu'elle allait se dégonfler pendant un instant, se contentant de le fixer sans rien dire. Puis elle se pencha finalement vers lui, et murmura au creux de son oreille : « Moi non plus. » Tout simplement. Elle se recula, accrocha son regard pendant une seconde, esquissant même un petit sourire timide. Puis elle attrapa sa fourchette et prit une grande portion du truc dans son assiette, qu'elle s'empressa de mettre dans sa bouche, le tout avec un naturel époustouflant – ahah. « C'est bon, marmonna-t-elle même en jetant un regard aux autres personnes à table. » L'élégance même. Si c'était une tentative pour faire comme si de rien était, elle n'était peut-être pas très réussie... Mais c'était bien trop le bordel dans sa tête pour qu'elle réfléchisse correctement. La faute de Noam, évidemment. Toujours.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Jeu 23 Avr - 23:21


wedding day
Kaya et Noam
C’était une évidente conclusion à laquelle je venais seulement d’accéder. Non, je n’étais pas totalement con, mais peut-être un peu dans le déni. C’était pas vraiment ma faute, j’étais pas là pour ça, j’avais, au contraire, des engagements à tenir qui n’avaient rien à voir avec celui-là. C’était même l’absolu contraire de ce que j’étais supposé faire. En même temps, est-ce que j’étais à blâmer ? On nous imposait un feint comportement à adopter en public, puis on nous abandonnait là, comme ça, des mois durant. J’avais pas quarante piges, mes cases n’étaient pas aussi bien délimitées que celles de mes aînés. Alors, j’avais voulu bien faire, trop bien faire probablement, me prenant au jeu sans même m’en apercevoir. Paraît que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Mes intentions étaient bonnes, mais le résultat était édifiant. Un résultat dont je prenais conscience en même temps que je le formulais à voix haute. Parce que, jusque là, c’était pas vraiment réel. Parce que, jusque là, tant qu’elle ne l’entendait pas, tant que je ne le prononçais pas, ça n’existait pas. Et pourtant... Je ne faisais plus semblant. C’était pas une hypothèse, c’était pas une interrogation à débattre, c’était un fait. Je ne faisais plus semblant. Et bordel, ça faisait un bout de temps que je ne faisais plus semblant. Depuis le début ? Non, peut-être pas. Même si elle m’avait plu physiquement, son incapacité à sourire et son caractère de merde m’avaient plutôt coupé toutes envies de plus. Et c’était peut-être ça, le problème, justement. Si elle avait été agréable et avenante, j’aurais simplement eu envie de me la faire, ce qui aurait peut-être été le cas, et basta. Mais là... Là, j’avais entreprit de la faire sourire, j’avais cherché, non pas à me faire aimer, mais au moins supporter, j’avais appris à ne pas simplement supporter ses états d’âme, mais plutôt à les comprendre et même les anticiper parfois. Et à force... À force, j’avais sombré. J’avais cessé de lui tenir la main par devoir, c’était devenu une habitude, un automatisme, puis un besoin et finalement une envie. J’avais cessé de l’embrasser pour la galerie, pour faire chier un de ses ex, ou même la faire chier elle, je le faisais par nécessité, par pulsion irrépressible. Ah ça oui, tout le monde y croyait à notre couple, et pour cause, puisque même moi je ne distinguais plus très bien la frontière entre ce qui était et ce qui devait être. Du moins, jusqu’à ce que je m’entende le dire. Pourquoi j’avais dit ça ? Pour me soulager d’un poids visiblement. C’est ce que je lui avais dit. Je veux juste que tu le saches. Pourquoi ? Ça n’avait aucun sens ! Elle allait faire quoi de cette information ? Dans le meilleur des cas, ce serait une arme de plus dont elle userait pour se foutre de ma tronche. Et dans le pire ? Une gêne absolument handicapante pour deux personnes contraintes de vivre ensemble. Il ne restait plus qu’une semaine, cela dit, mais ça, elle ne le savait pas encore. C’est ce que je devais lui dire, à la base. Alors, pourquoi était-ce tout autre chose qui était sortit ? Bordel, j’aurais aimé pouvoir revenir en arrière et dire à mon moi du passé de fermer sa grande gueule ! Je ne fais pas semblant... Putain. Qu’est-ce qu’elle pouvait répondre à ça ? Qu’elle non plus ? C’était probable. Au moins lors de cette dernière danse. Mais qu’est-ce que ça changeait ? J’étais son agent, j’étais pas son mec. J’étais même pas son agent, en réalité, j’étais juste UN agent assigné à sa sécurité. Il y avait des libertés que je ne pouvais pas me permettre. Et me permettre Kaya en faisait absolument partie. Et après ? Après quoi ? Toujours les mêmes questions. Ça changeait quoi, fondamentalement ? Elle aurait toujours autant besoin de tourner la page, et je serais toujours aussi rapidement réaffecté ailleurs. Elle n’avait été qu’une étape professionnelle. Une étape à laquelle je tenais beaucoup, mais qu’on ne me laisserait pas prolonger à loisir. C’était pas ça, mon job, le FBI n’étant pas un site de rencontre. Alors pourquoi je lui avais dit ça ? Bordel ! Si seulement je le savais. J’me sentais bien con, tiens, même que j’allais faire la conversation avec les décérébrés de notre table. Ils ne l’étaient probablement pas, décérébrés, mais j’avais jamais eu dans l’intention d’apprendre à les connaître ou même de les autoriser à exister dans mon espace sonore. Et pourtant, voilà que j’écoutais attentivement le récit d’une mamie sur l’incroyable rencontre du marié et de la mariée. Il était question de topinambour, je crois, et malgré le fait que je ne voyais absolument pas le rapport, j’hochais la tête en laissant échapper un « Aaaaaah... » admiratif. Tout plutôt que d’observer Kaya et de laisser entendre que j’attendais une réponse. Déjà qu’elle avait mit trois siècles à s’asseoir... Et puis, j’attendais pas de réponse, non, j’appréhendais une réaction par contre. J’avais peur qu’elle se glace. J’avais peur qu’elle m’en veuille. J’avais peur qu’elle m’accuse d’avoir tout gâché. Elle aurait eu raison sur ce dernier point. J’avais tout gâché. On avait trouvé un équilibre, on avait mit du temps à l’obtenir, et maintenant... « ... avec une collerette qui l’empêchait de manger correctement... » « Oui, moi aussi, j’adore les côtelettes. » Tiens, j’avais du dire une connerie, là. Okay, retour au simple hochement de tête ponctué de Aah et de Ooh, c’était plus sage. C’était pas de ma faute, ça non plus, j’étais un mec, faire plusieurs choses en même temps ne rentrait pas dans mes capacités. Alors, je ne pouvais pas être aussi réceptif à ce qui se passait sur ma gauche, ce qui se passait dans ma tête aussi, et être attentif aux histoires de mamie. Non. Parce que je ne pouvais pas ignorer Kaya, à quelques centimètres de moi, agitée mais silencieuse. Putain de merde, pourquoi j’avais dit un truc comme ça, moi ? J’osais même pas la regarder, et pourtant, je crevais d’envie de la toucher. De prendre sa main, de charrier ses cheveux, de la faire mienne en quelque sorte, de manière à ce que tout le monde le sache. Le monde le savait déjà, avant même qu’on ne quitte la salle pour s’aérer, mais... C’était différent, à présent. Elle savait. Et je savais aussi. Je comprenais, et brusquement tout s’illuminait, tout ce que j’avais refusé en bloc, tout ce que je n’avais pas réussi à m’expliquer jusque là. J’avais pas la réponse à toutes les questions, essentiellement parce que j’y connaissais rien, moi, j’étais du genre égocentrique de base avant de... Avant de quoi ? De la rencontrer ? Et merde, j’étais aussi pathétique que ça ? Elle avait essayé de parlé, je crois, mais fut vite interrompu par son frère, auquel je souriais tant bien que mal. Fallait sauver les apparences, et plus du tout pour les mêmes raisons, maintenant. Qui aurait pu comprendre ce que nous vivions à l’instant, alors qu’on était supposé être en couple depuis... Un an. Même lorsqu’elle s’interrogea sur sa bouffe, je ne relevais pas. Pourtant, la perche était monumentale, c’était la tour Eiffel, sa question. Il y a quelques minutes, j’aurais rebondi dessus avec plaisir, la noyant sous sarcasme et moquerie mielleuse. Mais pas maintenant. Plus maintenant. Maintenant je me taisais et j’attendais ma condamnation. Cela dit, elle avait raison, c’était quoi encore ce truc ? Ça avait un nom ? Une race ? Une origine extraterrestre ? J’avais envie d’un burger dégoulinant de graisse, et de frites trop salées, et de cette foutue robe glissant le long de ses jambes. Oula, stop ! Je me contenterais du burger, pour commencer. Le reste se jouerait dans ma tête, comme toujours. Enfin, si elle pouvait éviter de se pencher vers moi et frôler mon oreille, ce serait peut-être plus simple d’éviter ce genre de pensées. Est-ce que...? Est-ce que ma sanction allait tomber ? Est-ce qu’elle allait parler ? Me confirmer ce que je soupçonnais, que j’avais tout gâché ? « Moi non plus. » Moi non plus ? Moi non plus quoi ? Je lui offrais un regard perdu, bien malgré moi, avant de refaire notre conversation dans ma tête, et comprendre. Je crois. Elle non plus ? Depuis quand ? Depuis quand, Kaya ? C’est la question que mes yeux lui hurlaient. C’est la question que les siens fuyaient, retournant à la contemplation de son assiette pour s’en enfiler un -définitivement- trop gros bout dans la bouche. « C'est bon. » Elle ne s’adressait même pas à moi. À tout le monde sauf à moi. Génial, on avait tout gâché. Il fallait que je fasse quelque chose, que je restaure une forme d’équilibre. D’accord il ne restait plus qu’une semaine, mais on ne tiendrait même pas une heure dans ce contexte. Alors, je me reculais sur mon siège, m’appuyant sur le dossier comme pour me désolidariser du reste de la table, et de ne m’adresser qu’à elle. Est-ce qu’elle comprenait ma démarche ? Qu’importe... « Tu te souviens de ce que je t’avais dit chez ma soeur ? » je glissais, alors, la voix basse mais pas trop, afin de ne pas attiser la curiosité des autres et les inciter à tendre l’oreille. « J’avais dit ‘après’. » Et d’ailleurs, je ne savais même pas si elle avait compris sur le coup. Ni pourquoi j’avais été si lucide ce jour-là, et con comme une bite dès mon retour chez elle. Oh bordel de merde, est-ce que je venais de lui avouer ne plus faire semblant depuis ce moment-là ?! Bof, au point où j'en étais... « Ca n’a pas changé, y a toujours cet après auquel je dois me tenir. » Est-ce qu’elle comprenait ? Je ne pouvais pas me montrer plus explicite, je ne pouvais pas décoder au risque que d’autres qu’elle ne comprennent. Ce que j’essayais de lui dire c’est que j’avais beau en crever d’envie, je ne la toucherais pas, je ne ferais absolument rien, avec ou sans son autorisation. Après, si elle voulait encore de moi, si on ne s’était pas entretué d’ici là, alors oui, peut-être. Je ne savais pas comment ce serait possible, ni si c’était vraiment possible, mais avant c’était inenvisageable. « J’ai pas le droit. » j’ajoutais en osant un regard sur elle pour la première fois. Jusque là, je m’étais contenté de sourire à la tablée. Sauf que là, elle devait comprendre, elle devait voir et lire à quel point je... Je quoi ? À quel point j’avais envie d’elle ? À quel point je mourais d’envie de la forcer à se lever et quitter ce mariage à la con ? Ou à quel point je savais que ce mariage à la con, justement, c’était notre seule et unique occasion de nous adonner à ce qu’on faisait le mieux : ne pas faire semblant. D’ici une semaine tout, absolument tout serait différent, à commencer par mon absence à ses côtés, cela dit... « ...  Mais, en attendant, ici, on peut en profiter pour ne pas faire semblant. » je concluais, glissant deux doigts derrière son oreille pour y ranger ses cheveux. C’était à elle qu’appartenait la décision finale. J’étais pas sûr que ce soit l’idée du siècle, mais elle offrait au moins l’avantage de me déculpabiliser le temps d’un mariage. Et un semblant d'illusion de contrôle. Haha, naïf que j'étais...     

electric bird.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 26 Avr - 14:03

Ça aurait pu lui couper l'appétit. Mais non. Après, il est vrai que la grosse bouchée qu'elle s'était enfilée était plus pour faire une diversion sur ce qu'elle venait de dire, que par réel appétit. Elle avait faim. Mais ce n'était pas la question. Elle avait besoin de faire comme si tout était normal. Même si elle se comportait bizarrement. Elle attrapa son verre pour aider à tout avaler. Elle ne voulait pas qu'il y ait de changements. Même si ce qu'il venait d'avouer en avait déjà provoqué. Mais elle avait avoué ne plus faire semblant, elle non plus. Elle n'était pas douée pour tout ça. Faire semblant. Elle n'avait jamais été douée pour mentir. Elle ne savait même pas comment elle avait pu tenir aussi longtemps sans en dire un mot à son père. Peut-être qu'il se doutait quelque chose. Peut-être que c'était pour ça qu'elle allait moins souvent chez lui. Par peur de lire dans son regard, qu'il savait. Il se passait quelque chose. Ce quelque chose étant évidemment Noam. Pourtant, au début, ça se résumait simplement à un procès. Une protection jusqu'au procès. Un mec à supporter jusqu'à la libération. Mais elle ne savait pas faire semblant. Il était clair qu'au début elle avait eu du mal, mais petit à petit, elle avait commencer à supporter le jeune homme, et même à apprécier sa compagnie. Et la barrière entre le semblant et le réel s'était amincie, jusqu'à ne plus vraiment exister... Oh ça, elle avait tenté de l'ignorer. Kaya était bornée et si elle se répétait suffisamment quelque chose, éventuellement, elle pouvait finir par y croire, juste par esprit de contradiction. Mais les questions étaient devenues de plus en plus nombreuses, ses propres réactions, de plus en plus perturbantes. Parce que ça lui échappait. Elle n'était plus dans le contrôle. Et ses excuses devenaient absurdes. Elle le sentit bouger à côté et osa tourner la tête vers lui, constatant qu'il s'était reculé dans sa chaise. Peut-être pour se mettre en retrait par rapport à la tablée. Son comportement ne le montrait peut-être pas mais elle avait attendu sa réaction. Elle avait lu, dans son regard, le questionnement quand elle avait répondu, mais qu'elle avait évité en se comportant comme une goinfre... Honnêtement, elle avait un peu peur de ce qu'il allait dire. « Tu te souviens de ce que je t’avais dit chez ma soeur ? » Ils en avaient dit, ce jour là, des choses... Elle se rappelait surtout de l'éclat qu'elle avait provoqué juste... Juste pour le récupérer. En tant qu'agent. Parce qu'elle ne voulait personne d'autres. Peut-être que c'était déjà plus à ce moment là. Elle ne savait pas. « J’avais dit ‘après’. » Après. Elle y avait souvent pensé. Trop souvent. Qu'est ce qui allait se passer après ? Est ce qu'il partirait ? Est ce que ce serait la fin ? « Ca n’a pas changé, y a toujours cet après auquel je dois me tenir. » Qu'est ce que ça voulait dire ? Il comprenait pas qu'elle avait besoin d'explications claires ? Les phrases les plus simples entraînaient déjà chez elle mille et une question chez elle alors autant dire que là c'était le bordel. A quoi devait-il se tenir ? Est ce qu'il avait envie d'un après ? Ou au contraire il voulait lui faire comprendre qu'après, ce serait terminé ? Surtout qu'il ne la regardait pas alors il était difficile de déchiffrer quoique ce soit. Elle comprenait que c'était pour éviter des soupçons autour de la table mais là, elle était perdue. « J’ai pas le droit. » Quelque chose, dans son regard – qui se porta enfin sur elle –  entraîna une hausse de la température chez la jeune femme. Ça devait se voir non ? Ne serait-ce que sur ses joues, qu'elle sentait chauffer. Elle remerciait son teint hâlé beaucoup trop souvent ces derniers temps... Sa lèvre se retrouva une nouvelle fois entre ses dents. Il avait pas le droit. Mais c'était d'avoir envie ? « ... Mais, en attendant, ici, on peut en profiter pour ne pas faire semblant. » Il rangea une mèche de ses cheveux derrière son oreille, et la simple caresse de ses doigts provoqua en elle une réaction. Ce n'était pas nouveau. Elle avait détesté, ces réactions, au début. Ça la déstabilisait. Peut-être parce que son corps avait arrêté de faire semblant avant qu'elle ne commence à s'en rendre compte. De nombreuses réponses lui traversèrent l'esprit. Comme : « Pourquoi juste ici ? » « Profiter à quel point ? » Tout un tas de questions qui n'abaissèrent pas sa température corporelle ou son rythme cardiaque. A la place, elle choisit de faire semblant. Semblant d'être à l'aise. « Je crois qu'on se débrouille plutôt bien jusqu'à maintenant, tenta-t-elle de donc d'un ton léger. » A ne pas faire semblant. Elle esquissa même un sourire. Qui ne resta cependant pas longtemps sur son visage. Elle risqua un regard autour de la table, pour vérifier que personne ne faisait attention à eux. Elle leva ensuite ses mains puis se mit à ajuster le col de la chemise de Noam. Il n'en avait pas besoin. Mais elle avait besoin du geste pour occuper ses mains. Elle enleva de la poussière imaginaire sur ses épaules, et finissait d'ajuster sa cravate avant d'ajouter : « Puis... on a encore du temps avec cet après... On ne connaît pas la date. » Ils avaient peut-être encore plusieurs semaines à attendre, voire mois. La lenteur de la justice était presque sans égale. Ils avaient dans tous les cas encore du temps avant de penser à ça... Elle quitta la cravate des yeux pour les lever vers lui. Détends toi Kaya, se répétait-elle. La soirée se passait plutôt bien jusqu'à maintenant. Elle n'avait pas envie de tout gâcher. Et s'il voulait continuer à ne pas faire semblant ce soir, elle pouvait. « Si on devient trop sérieux on va nous prendre pour un couple coincé. Lança-t-elle donc, toujours pour détendre l'atmosphère. » Elle n'était pas celle qui détendait l'atmosphère. Elle, elle râlait. Elle se plaignait. Provoquait. Elle essayait juste de faire un effort. Elle se rendit compte qu'elle avait laissé ses mains en place, alors qu'elle avait fini, et les retira avec un temps de retard. Mais elle sourit de nouveau. Elle essayait, au moins. Parce qu'en réalité, elle avait envie de bien plus de choses...
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Dim 26 Avr - 17:10


wedding day
Kaya et Noam
C’était le bordel dans ma tête. Tout se mélangeait. Désir, envie, devoir, réserve, égo, fierté, ignorance, crainte. Je savais ce dont j’avais envie parce que ça crevait les yeux et que tout mon corps me le hurlait, mais... Je ne comprenais pas vraiment le comment du pourquoi. Bien sûr qu’elle était belle et foutrement sexy en cet instant, mais j’en avais croisé d’autres absolument divines qui ne m’avaient jamais fait cet effet. C’était la frustration, alors ? J’avais déjà fait preuve d’abstinence plus longue lors de mon service, et pourtant, je n’avais pas eu ce tel besoin de toucher un corps en rentrant au pays. Pas un corps. Pas n’importe quel corps. Son corps à elle. C’était inexplicable. Pas le fait que je puisse avoir envie d’elle, enfin regardez-là. Non, ce qui était inexplicable c’était que je puisse avoir à ce point envie d’elle et pas une autre. Même lorsqu’elle tirait sa tronche de marcassin, avec le sourire qui lui mangeait la moitié du visage et l’air totalement niais qui allait avec, j’avais encore envie d’elle. Même lorsqu’elle revenait du running, avec ses cheveux collés au front par la sueur, l’intégralité du visage rougeoyant et luisant, l’air défait et le corps façon mousse, j’avais encore envie d’elle. C’est simple, j’avais envie d’elle en permanence, lorsqu’elle tirait la tronche, lorsqu’elle me hurlait dessus de sa langue -surtout lorsqu’elle me hurlait dessus dans sa langue-, lorsqu’elle sortait de la douche, lorsqu’elle rentrait de promener le chien, lorsqu’elle faisait la bouffe dans cette tenue immonde mais confortable, lorsqu’elle critiquait mes choix de programme télé, lorsqu’elle me trait d’idiot, lorsqu’elle me fusillait du regard ou, au contraire, lorsqu’elle me regardait avec ces yeux-là, un peu perdu, tellement en recherche de quelque chose. Il y aurait pu y avoir Miss Univers en trikini à côté d’elle, ça ne m’aurait pas empêché d’avoir envie de Kaya et personne d’autre. Avouez que c’était assez incompréhensible. Miss Univers, quand même ! Alors oui, je repoussais tout à cet «après» qui n’avait de réalité que dans ma naïveté. Les questions, les réponses, et le reste, tout arriverait après. Après quoi ? Après le procès. Après le procès, si elle voulait encore de moi, alors on s’interrogerait et tout le reste. En attendant, il nous restait des instants comme celui-là, en public, où l’on pouvait ne pas faire semblant de faire semblant de ne pas faire semblant. C’est ce que j’essayais de lui expliquer, mais ne me l’expliquant pas très bien moi-même, j’étais pas certain qu’elle comprenne ce que j’essayais de sous-entendre. Peut-être parce que je ne savais pas trop comment me comporter avec elle, à la lumière de ce nouveau fait, j’attendais qu’elle le fasse à ma place, qu’elle se comporte, quoi. Comporte-toi, bon sang ! Et je m’adapterais en fonction. Sauf que... « Je crois qu'on se débrouille plutôt bien jusqu'à maintenant. » Bah non. Elle me prenait pour un débile profond, ou quoi ? Je pouvais lire sa gêne, son malaise, et sa tentative désespérée pour faire genre ‘tout va bien, je vais bien’. C’était justement ce que j’avais redouté, et pourquoi j’avais regretté de m’être laissé aller à cette confidence. Même son sourire ne tenait pas la route. Enfin, qu’elle fasse semblant d’aller bien pour les autres, j’m’en foutais. Mais pas avec moi. Si j’avais fait une connerie, si elle m’en voulait d’avoir ouvert ma bouche alors qu’il ne me restait plus qu’une semaine à tenir en la bouclant, il fallait qu’elle me le dise. Sinon, ça donnerait quoi, ce soir, en rentrant, lorsqu’il n’y aurait plus que nous deux pour partager le silence et la gêne. « Ne pas faire semblant, ne plus faire semblant, ça vaut aussi pour ça, là. » je disais en la désignant, en désignant son visage, ses traits, sa feinte sérénité. J’étais pas dupe, mais j’étais pas non plus très à l’aise avec les mots. Alors, elle devrait se contenter de mes gestes et deviner la chute de cette phrase toute seule. De toute façon, même si j’avais voulu, j’aurais été incapable de l’achever, tant le fait que ses mains se trouvent, brusquement, sur moi, me perturbait. C’était risible, vu qu’on avait fait bien pire, mais c’était la première fois qu’elle me touchait depuis que je savais qu’elle le faisait par envie et non plus par devoir. Et ça changeait tout. Elle réajustait mon col, nettoyait mes épaules, resserrait ma cravate... Oui, non, ce dernier point n’était réellement pas nécessaire. J’avais déjà le sentiment de ne plus savoir très bien comment respirer, alors avec ce noeud coulant autour du cou... « Puis... on a encore du temps avec cet après... On ne connaît pas la date. » Ha bah voilà, je ne respirais plus du tout. Fallait que je lui dise. Il fallait que je lui dise. Dis-lui. Dis-lui, bordel ! « En fait... » En fait quoi ? En fait rien. Elle venait de relever les yeux vers moi, et m’avait privé de toute volonté. Non, on avait déjà suffisamment de trucs à encaisser, je voulais pas en rajouter une couche. Est-ce qu’il s’agissait d’une excuse vaseuse ? Evidemment ! J’étais passé pro en excuse vaseuse ! Je voulais juste pas risquer ce qu’on avait là. Ce que j’avais là. Ce regard, ces gestes. Je les avais mérité, non ? C’était pas ma faute, la date du procès, j’étais pas responsable de cette échéance si proche. Je voulais pas qu’on me punisse pour ça, qu’elle me punisse pour ça. Je pourrais toujours lui dire après ? Après le mariage, ou après n’importe quoi d’autre, du moment que c’était après. « Si on devient trop sérieux on va nous prendre pour un couple coincé. » Cette fois, elle me décrocha un sourire. Oui, en effet, l’image du couple coincé, très peu pour moi. J’aimais déjà pas l’idée qu’on puisse nous trouver mignon. « Qu’est-ce que tu proposes ? J’ai bien quelques idées mais elles ne conviennent ni au contexte, ni au lieu. » j’avais lancé en attrapant sa chaise pour la rapprocher de la mienne. Forcément, puisque ce que j’avais en tête était censurable dans tous les états de tous les pays du monde. « C’est pour après. » j’ajoutais, insistant bien sur le mot ‘après’ pour réaffirmer ce que j’avais dit plus tôt, des fois qu’elle n’ait pas bien compris la première fois. « Et si tu commençais par m’autoriser à retirer cette cravate qui me rend aussi coincé et sérieux qu’un expert-comptable puceau de quarante-cinq ans. » Avec moi, tout était dans le souci du détail et de la mesure. Comptable ne suffisait pas, il fallait qu’il soit expert, puceau et vieux. Ça lui témoignait l’étendue de l’amour que je portais à ce bout de tissu que je n’avais supporté, jusqu’ici, que pour elle. Donc ajoutons dévoué à la liste de mes adjectifs qualificatifs. « Elle est très belle, votre cravate, jeune homme. » me lança, d’ailleurs, mamie, avant que je ne coule un regard vers Kaya. « Tu vois ? » j’avais raison. Vieux, coincé, puceau. « Donc, tu pourrais mettre tes mains... » je reprenais en allant chercher ses mains, doucement, tout comme le ton que je donnais à ma voix, histoire que mamie cesse de tendre l’oreille et se résigne à écouter une autre conversation. « Là... » je poursuivais en déposant ses mains sur le noeud qu’elle venait, quelques instants auparavant, de resserrer. « Et ce faisant, tu pourrais, je sais pas, en profiter pour... Ça. » j’expliquais encore, en ployant légèrement le cou pour atteindre ses lèvres et y déposer ma bouche. Trois fois rien, juste un baiser chaste mais amplifié par la conscience que... On ne faisait pas semblant, c’en était réellement un. « Par exemple, hein, ceci n'est qu'un exemple. Ou moi, je pourrais en profiter pour... Ça. » mes lèvres s’étaient échouées contre sa joue, puis contre son cou, décalant quelques mèches pour ce faire, avant de revenir sur sa joue, puis ses lèvres, plus longtemps cette fois, avant de me reculer à nouveau. Pas assez pour échapper à son parfum, cela dit, preuve que l’espace vitale était très secondaire en cet instant. « Kaya... Faut que je te dise un truc, mais faut pas te fâcher. » je reprenais, plus sérieux cette fois, coiffant et décoiffant ses cheveux, comme pour me donner le temps de trouver du courage. Ou de renoncer. C’était une bonne idée, aussi, de renoncer. Pourquoi ma conscience me torturait ainsi ? Parce que j’avais dit qu’on devait plus faire semblant. Alors je devais m’y tenir et ne pas faire semblant de ne pas connaître la date. Et ça aussi c’était incompréhensible. Pourquoi je ressentais ce besoin d’être honnête et franc ? Ça ne me ressemblait pas. Plus rien ne me ressemblait, en fait. « Je connais la date. » je me lançais, alors, comme on se jette du haut d’une falaise sans avoir vérifié, au préalable, si l’élastique était fixé ou non. « C’est ce que je voulais te dire, tout à l’heure, dans la cour intérieure... C’est ce que j’ai voulu te dire ces deux dernières semaines, sans y arriver. » je poursuivais, sans la regarder, fixant mes doigts qui jouaient dans ses mèches, jusqu’à ce que je ne puisse plus, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin de connaitre sa réaction, ce besoin supplantant la trouille éprouvée. « On n’a plus qu’une semaine, et j’veux en profiter. » je concluais en plantant mon regard dans le sien. Je voulais en profiter parce que... Parce que j’étais pas sûr que cet après existe vraiment, parce que j’étais terrifié à la simple idée qu’il n’existe pas du tout, du moins ailleurs que dans ma tête. Est-ce que c’était l’isolement qui me rendait dépendant d’elle ? Est-ce que c’était ce semblant de vie de couple totalement factice qui mettait monté à la tête ? Est-ce que je souffrais d’un syndrome de Stockholm qui allait disparaître sitôt que j’aurais retrouvé ma vie à moi, mon logement, mes potes, ma ville, ma famille, mes habitudes ? J’avais peur de moi, j’avais peur d’elle, j’avais peur de ne pas être en mesure de tenir cette promesse d’après, ou qu’elle n’en ait plus envie du tout, ou qu’importe... J’avais peur de renoncer à ça. Ça là, elle et moi. Parce que ça, c’était bien, c’était bon. Ça ne ressemblait à rien de ce que je connaissais, et c’est peut-être pourquoi j’avais peur, mais je ne voulais pas le perdre. Je ne voulais pas la perdre.      

electric bird.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Lun 4 Mai - 23:28

« Ne pas faire semblant, ne plus faire semblant, ça vaut aussi pour ça, là. » Parce qu'il croyait que c'était facile avec toutes ces questions, ces envies, ces réactions, encore nouvelles, tout ce bordel, qui se battait en duel ? Pendant une seconde, sa raison croyait prendre le dessus puis elle se trouvait à arranger sa cravate, qui n'avait pas besoin d'être arrangé, juste parce qu'elle en avait envie. C'était un bordel, certes, mais un bordel qui ne la dérangeait pas tellement. Parce qu'elle avait du temps. Ils avaient du temps. Le procès était encore loin. Une date inconnue. Un avenir incertain. Elle n'avait pas envie de réfléchir à ce que ça pourrait signifier. Elle avait envie de profiter de l'instant présent. Son état d'esprit n'avait pas changé, elle avait envie de profiter de cette soirée, avec lui. Oui, ils ne faisaient pas semblant. Oui c'était perturbant. Oui elle avait du mal à agir normalement. Mais elle essayait. Et là était tout le paradoxe. D'un côté, elle n'avait pas envie de changer quoique ce soit. Elle aimait la manière dont leur relation avait évolué, l'aisance avec laquelle elle s'était habituée à lui, à eux, ensemble, mais pas vraiment. Elle appréciait ce qu'ils avaient. Mais elle avait aussi envie de plus. Bien plus. C'était venu petit à petit. C'était ses propres réactions qui l'avaient d'abord surprises. Puis son comportement. Elle avait baissé sa garde. Noam, l'emmerdeur qui était venu chambouler son train de vie, lui avait fait baisser sa garde. Quand elle s'en était rendue compte, c'était déjà trop tard. C'était à cause de ça, toutes ses excuses. Son cœur s'emballait quand il s'approchait ? Probablement parce qu'elle n'avait pas bien dormi. Elle posait ses jambes sur lui en s'allongeant sur le canapé ? Seulement pour étirer ses jambes. Elle lui attrapait la main sur le chemin jusqu'à son travail ? C'était pour les autres. Parce qu'ils devaient faire semblant. Sauf que ce n'était plus le cas. Depuis quand, elle ne savait pas vraiment. Et ils le savaient maintenant. Elle le touchait ? Parce qu'elle en avait envie. Elle n'avait pas envie en revanche que ça devienne trop sérieux. Parce que c'était déjà trop à digérer. Il ne faisait pas semblant. Elle non plus. Elle eut un petit sursaut quand il tira sa chaise pour la rapprocher. « Qu’est-ce que tu proposes ? J’ai bien quelques idées mais elles ne conviennent ni au contexte, ni au lieu. » Elle leva les yeux au plafond, juste pour éviter de le regarder, de lire, ce qu'il devait probablement lire chez elle aussi. Ces « quelques idées » qui animaient son regard, emballaient tout ses sens... et qu'elle tenta de chasser aussitôt. « C’est pour après. » Après. Après le procès. Ça voulait dire quoi ? Son regard devint interrogateur et le duel dans sa tête reprit de plus belle. Partagée entre l'envie et la peur. Questions et incertitudes. Est ce que ça voulait dire qu'il s'attendait à un après ? Qu'il en voulait un ? Ou elle se faisait des idées ? Peut-être qu'elle n'avait rien compris. Peut-être qu'il voulait dire autres choses. « Et si tu commençais par m’autoriser à retirer cette cravate qui me rend aussi coincé et sérieux qu’un expert-comptable puceau de quarante-cinq ans. » Elle rigola, avec un temps de retard, mais son rire n'était pas forcé. Elle plaisait à la grand-mère sa cravate, au moins... « Tu vois ? » Les épaules de Kaya se haussèrent dans un geste qui se voulait désinvolte. « Tu avais presque l'air intelligent avec... » Elle arrivait toujours à le provoquer, c'était déjà ça. Elle pouvait gérer. Le bordel, tout ça. Elle pouvait y arriver. Elle avait le temps. « Donc, tu pourrais mettre tes mains... » Elle le laissa guider ses mains jusqu'à sa cravate. « Là... » Un sourire était resté sur le visage de la jeune femme. « Et ce faisant, tu pourrais, je sais pas, en profiter pour... Ça. » C'était rien. Et pourtant tellement à la fois. Une simple caresse des lèvres. Un petit baiser. Sûrement chaste aux yeux des autres. Mais il ne faisait pas semblant. Ils ne faisaient pas semblant. « Par exemple, hein, ceci n'est qu'un exemple. Ou moi, je pourrais en profiter pour... Ça. » A ce moment là, le bordel, le duel, tout ça, se rangea sagement dans un coin. La cravate toujours entre les mains, Kaya tira juste un peu dessus pour réduire encore la distance. Tout doucement elle dénoua le bout de tissus, consciente en même temps de sa proximité, de l'effet que chaque baiser avait sur sa peau, sur elle, toute entière. Ses gestes se figèrent quand ses lèvres se trouvèrent sur les siennes. Fuck. Elle gérait rien du tout. Elle se laissait aller. Ne retenait plus rien. Et c'était plutôt effrayant. Mais tellement plaisant. Fuck. « Kaya... Faut que je te dise un truc, mais faut pas te fâcher. » Ses sourcils trouvèrent leurs positions préférés, froncés. Pourquoi se fâcherait-elle ? Bon la question n'était peut-être pas très pertinente, elle pouvait se fâcher pour un rien. Mais là, en l'occurrence, elle ne voyait aucune raison de l'être. Elle ressentait bien des choses, et ce n'était certainement pas de la colère... « T'inquiètes pas, je vais pas m'énerver si tu me dis que moi en revanche, je suis obligée de garder mes chaussures. Dit-elle d'un ton léger. » Elle avait fini d'ailleurs d'enlever sa cravate, qu'elle déposa sur la table. Ses doigts retrouvèrent sa chemise, juste pour défaire un bouton, histoire qu'il n'ait pas l'air trop sérieux. Les doigts de Noam jouaient dans ses cheveux et si normalement ça aurait attiré toute son attention, son air tout sérieux la préoccupait davantage. « Je connais la date. » « La date. Répéta-t-elle en écho, encore concentrée sur ses gestes. » La date. Quelle date ? Il ne voulait quand même pas dire LA date ? Mais ça ne pouvait être que cette date. Quelle autre date aurait une telle importance ? Aucune. Parce que c'était LA date. Le procès. Oh. « C’est ce que je voulais te dire, tout à l’heure, dans la cour intérieure... C’est ce que j’ai voulu te dire ces deux dernières semaines, sans y arriver. » Deux semaines ? Il était au courant depuis deux semaines ? Ses mains retombèrent. Et c'était quand ? Pourquoi ne lui annoncer que maintenant ? Ce soir ? « On n’a plus qu’une semaine, et j’veux en profiter. » « Oh. » Le mot franchit ses lèvres tout seul, lèvres qu'elle se mit à mordiller. Un simple et pathétique « Oh ». C'était tout ce qu'elle avait été capable de sortir. Elle savait, que si c'était arrivé il y a quelques mois, elle se serait probablement exclamée un « Enfin » et même pourquoi pas un « Bon débarras. » Sauf qu'on n'était pas il y a quelques mois. C'était différent. Elle avait tellement eu de mal à l'admettre mais elle le savait. C'était différent. Ça avait changé. Le procès était devenu une date lointaine, une simple attente dont elle craignait de voir l'échéance tomber, et non plus l'objet de toutes ses pensées et de son impatience. Sauf que maintenant, elle savait. Et d'un seul coup, c'était la panique. Elle ne savait plus comment réagir et son regard devait probablement très bien traduire à quel point elle était perdue, là tout de suite, et apeurée. Non. Ce n'était pas supposé se passer comme ça. Elle n'aurait pas du ressentir tout ça. Elle n'aurait pas du avoir peur. Parce que la vérité c'était qu'elle était effrayée par ce après. Par ce qu'il pouvait signifier. Son regard retrouva Noam. Elle ne voulait pas attirer les regards par un silence prolongé et bizarre. Alors elle demanda : « Pourquoi est ce que tu ne m'as rien dit ? » Une semaine. C'était tellement proche. « C'est... » Si tôt. Trop tôt. Elle n'avait pas le temps de se préparer. A quoi devait-elle se préparer d'abord ? Elle ne savait même pas. Est ce qu'il allait partir ? Est ce qu'elle allait le laisser faire ? Reprendre sa vie comme elle l'avait laissé, comme si de rien était ? Est ce qu'il allait rester ? Et dans ce cas là, est ce que ça voudrait dire qu'ils étaient quelque chose ? Quelque chose de plus que ce faux couple qui faisait semblant mais plus maintenant ? « Dans une semaine. » Elle était particulièrement lente ce soir pour digérer les informations. « Tu aurais du me le dire, continua-t-elle, sans parvenir à cacher le reproche dans sa voix. » Elle poussa un petit soupir. Elle ne voulait pas qu'il voit sa peur. Elle le regarda un instant sans réagir. Puis d'un seul coup elle releva ses bras et l'attira vers lui, comme si c'était une simple étreinte. Elle posa sa tête contre son cou, pour cacher son visage. Non, ce n'était pas pour les gens autour. Elle-même se demandait pourquoi elle faisait ça. Oui, pour cacher sa peur, mais peut-être aussi parce que c'était sa manière à elle de montrer le peu d'enthousiasme que provoquait chez elle cette nouvelle. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle était énervée contre lui. Elle était énervée contre ce procès. Cette date. Elle-même. Ses réactions. Ce mariage. Tout. Même lui, en fait. Pour avoir provoqué en elle tout ce bordel. Elle n'osait plus rien dire. Se contentait de le serrer contre elle, respirer son odeur, devenue si familière. « En fait... murmura-t-elle contre son cou. Non. Est ce qu'on peut faire comme si tu n'avais rien dit ? » Comme si ce n'était pas le bordel.
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MessageSujet: Re: kaya & noam - wedding day Mar 5 Mai - 21:30


wedding day
Kaya et Noam
Je devais lui dire, je n’avais pas le choix. Je ne savais pas trop d’où me venait ce besoin de franchise et de bonne conscience soudain, mais c’était un fait, il était là. Je devais lui dire. Je pouvais plus lui mentir même s’il s’agissait d’un mensonge par omission. J’en avais terminé avec les excuses vaseuses, les ‘c’est pas le bon moment’ et autres ‘laissons la profiter des derniers instants d'insouciance’. En réalité, j’avais la trouille. La trouille de sa réaction, la trouille que cette dernière ne corresponde en rien à la mienne. Et si elle était contente ? Soulagée ? Et si elle ne rêvait que de ça, de se débarrasser de moi ? Ok, c’était pas totalement en harmonie avec ces quelques dernières minutes, mais... Bordel, qu’est-ce que j’en savais, moi ? J’étais pas dans sa tête ! Peut-être que quand elle disait qu’elle ne faisait pas semblant non plus, peut-être que ce n’était pas du tout au même stade que moi. Moi non plus je faisais pas semblant, avant, quand j’accostais avec mes techniques bien rodées. Je faisais pas semblant, non plus, quand je m’étendais dans leurs draps. Pas plus que je ne faisais semblant de me barrer aux premières lueurs de l’aube. Ne pas faire semblant ne voulait pas forcément dire qu’elle avait envie de la même chose que moi. Non, pas envie, besoin. J’en avais besoin. J’en avais besoin ? Oh merde... Oui, j’en avais besoin... Mais j’avais besoin de quoi, au juste ? Que ça ne s’arrête pas, je crois. Pas grand chose, dans les faits, juste continuer comme ça, sauf que c’était énorme lorsqu’on y pensait. Parce qu’on jouait au faux couple. Alors, ça voulait dire quoi si je souhaitais que ça continue ? Que je voulais être... Ewwww... en couple ? Oh merde, putain de merde ! Que la foudre divine s’abatte sur moi immédiatement et abrège mes putain de souffrances ! Non, non je voulais pas du tout être en couple ! Non, je voulais juste... Kaya. Voilà, je la voulais elle. Et je la voulais de toutes les manières qui soient. Je voulais pas être en couple, je voulais pas qu’elle le soit avec quelqu’un d’autre. Je voulais pas qu’un autre que moi s’installe dans ce canapé, fouille dans ce frigo, caresse et promène Rambo. J’avais ma mousse à raser dans la salle de bain, bon sang ! Et je crois que c’était ça, je crois que si je ne lui avais rien dit c’était parce que... Parce que je voulais qu’au moins l’un de nous deux continue de croire en la pérennité de ma mousse à raser à cet emplacement spécifique. C’était du déni. Du déni de ma part. J’avais laissé l’illusion continuer à travers elle. Moi, je n’avais pas eu le choix, je n’avais pu ignorer la lettre officielle. Elle aussi devait savoir, maintenant. C’était important. Et je savais d’avance les risques que je prenais. Comme la voir se fâcher, par exemple. « T'inquiètes pas, je vais pas m'énerver si tu me dis que moi en revanche, je suis obligée de garder mes chaussures. » Oui mais non. Si seulement. Quoique... « Ouai, y a ça aussi. » je réagissais, en retard, un oeil rivé sur ses escarpins. Pourquoi les femmes étaient aussi irrésistibles dès qu’elles enfilaient ces trucs ? Je veux dire, même nue ! Vous avez déjà vue une femme totalement nue, ne portant que ces talons ? Oui, bah, maintenant, imaginez la même chose avec un mec en derbies vernis... Ouai, hein ? J’accuse ! Injustice notoire ! Sauf que là n’était pas la question, et qu’il valait mieux que j’arrête de me la représenter nue dans ma tête, sinon j’allais jamais y parvenir. Je profitais de sa concentration sur le premier bouton de ma chemise, pour lâcher le morceau. La date. « La date. » Bien, au moins elle avait entendu, mais... Elle voulait pas avoir une réaction ? Même celle que je redoutais, c’était pas si grave, du moment qu’elle avait une réaction. Elle s’en foutait à ce point ? Alors j’enchainais, le ton plein d’excuses sans pour autant en formuler aucune. Ses mains lâchèrent mon col, et ce fut sa seule réaction pendant un moment. J’avais eu peur qu’elle me hurle dessus, mais honnêtement, en cet instant, j’aurais tout donné pour qu’elle le fasse. Au moins, elle gueulait, j’en rajoutais une couche, elle gueulait à nouveau, j’en devenais tellement exaspérant qu’elle finissait par lutter contre un rire, s’énerver encore plus, et finir par m’avouer à quel point j’étais le pire chieur sur terre, un fléau pour l’humanité, elle faisait la gueule une seconde ou deux, j’proposais d’aller sortir le chien en guise de traiter de paix, et tout allait bien mieux d’un coup. Ça, ça je pouvais le gérer, j’connaissais ce fonctionnement. Mais celui-là, là, avec un regard qui ne me regarde pas, une bouche qui ne parle pas, des mains qui ne me touchent pas... Je ne savais pas, je ne comprenais pas, je ne connaissais pas. Elle était comme éteinte. Ou alors, elle s’en foutait vraiment ? Au moins, elle n’avait pas sauté au plafond de joie, c’était déjà ça, non ? Je tentais ma chance, lui avouant à mi-mot que... Je sais pas, que j’avais pas très envie que ça s’arrête ? Oui, j’étais pas le mec le plus clair au monde, mais ça, là, c’était ma manière à moi de lui dire que je voulais pas de cette date. Lui dire que je voulais qu’on profite de cette dernière semaine, c’était faire semblant, semblant de gérer les choses, semblant de ne pas avoir la trouille de cet après, la trouille de perdre ce que j’avais. Perdre ce que j’avais pour de faux, ce qu’on m’avait imposé. Comme dans le Truman Show, j’avais appris à aimer mon décor en carton pâte, et je voulais pas qu’on m’en extrait de force. « Oh. » Génial ! Elle était abonnée aux réactions monosyllabiques ? Et est-ce qu’elle comptait me regarder à nouveau, un jour ? Non pas que je n’aime pas sa manière de fixer mon bouton de chemise, mais... Non, je n’aimais pas. Je préférais quand elle me regardait moi. Ha, au temps pour moi, elle venait de relever les yeux. Putain, j’étais télépathe ou quoi ? « Pourquoi est ce que tu ne m'as rien dit ? » Je pouvais pas vraiment lui parler du déni, et puis j’aurais eu l’air de quoi ? Maintenant que je percevais son regard, je pouvais lire sa peur dans ses yeux, dans tous ses autres gestes. Elle paniquait à l’idée de témoigner et moi, j’avais peur de l’après ? La mise en perspective était violente. « C'est... » C’est bientôt, oui. C’est injuste aussi, dans un sens. C’est... C’était prévisible, évidemment. Neuf mois d’attente pour un procès, forcément qu’il n’allait plus tarder. « Dans une semaine. » sept jours, cent-soixante-huit heures, dix mille minutes et quelques... J’avais déjà fait le calcul. « Tu aurais du me le dire. » Oui, j’aurais du, mais alors, elle aurait fait semblant, non ? Semblant de se réjouir, semblant d’être soulagée, et ça ne m’aurait pas fait du bien. Mais peut-être qu’elle n’aurait pas fait semblant ? Peut-être qu’elle se serait réellement réjouie. Peut-être qu’elle serait soulagée sitôt que sa panique du procès serait passée ? « Oui. » j’avouais, tout simplement, parce que oui, j’aurais du. Mais je n’y étais pas parvenu. Et puis, brusquement, elle m’attrapa, cadenassa ses bras autour de moi, enfouissant son visage dans mon cou. Ok, elle balisait grave, là. J’avais tellement craint qu’elle se réjouisse que j’avais oublié à quel point ça pouvait être flippant de témoigner au procès d’un baron de la drogue. Hashtag gros con. Et du coup, pépouze, je lui annonçais là, comme ça, au milieu d’une foule qui ne pouvait pas comprendre sa réaction. Au moins, elle jouait le jeu jusqu’au bout, cultivant les apparences en venant dissimuler ses craintes dans une fausse étreinte. Enfin, peut-être pas si fausse que ça, peut-être qu’elle joignait l’utile à l’agréable, mais je doutais qu’elle soit en état de penser à l’agréable. C’était juste la version officielle de mon égo, ça. « En fait... Non. Est ce qu'on peut faire comme si tu n'avais rien dit ? » murmura-t-elle tandis que mes mains s’en venaient lui frotter le dos -ce qui n’aidait pas à laisser entendre que tout allait bien- « Hey... Ça va aller, t’en fais pas. » je chuchotais, à mon tour, une main remontant dans ses cheveux, les caressant en un geste de réconfort. Enfin j’crois, j’avais vu ça dans les films. « J’te promets que ça va aller, t’as rien à craindre. » Bah non, au contraire, le plus dur était presque passé. Bientôt elle serait sous la protection de plusieurs agents et non pas d’un seul trouduc dont elle déjouait la vigilance chaque fois qu’elle souhaitait se rendre chez son père. « Au contraire... C’est juste un témoignage de quelques minutes, et après... Après ce connard finira sous les barreaux, tu seras tranquille, en sécurité -enfin, autant qu’on puisse l’être dans le Bronx-, tu seras plus en danger, ni toi, ni personne. T’auras juste à dire la vérité, rien d’autre. Ça va bien se passer. » je promettais à nouveau, le bout de mes doigts parcourant le haut de son dos nu offert par la robe. Un geste réconfortant mais pas que... Même que je déposais un baiser sur son épaule à proximité, avant de relever le nez sur un type, costume de tweed et permanente sur le dessus de la tête, nous observant avec curiosité. Quoi, il avait jamais vu des gens se câliner à table pendant que tout le monde dévorait son plat ? « Shhhhhhhhhh, elle a besoin de dormir, j’l’ai épuisé cette nuit. » Connard. Affichant son plus bel air indigné, typiquement anglais, l’homme poursuivi sa route sous mon ricanement amusé. Oui, j’étais fier de ma connerie. On avait beau ne pas faire semblant, on n’était toujours pas mignon. « T’inquiète, tu peux squatter là encore un peu, j’ai d’autres excuses en stock... La crise de narcolepsie incontrôlable, les sédatifs dans ton champagne parce que tu parlais trop, paralysie temporaire des membres, et, enfin, la dissimulation de cadavre. Bien que pour cette dernière excuse, faudra courir vite, j’crois. » En réalité, j’avais pas vraiment envie qu’elle sorte de là. Je voulais la rassurer, mais pas au point qu’elle sorte de là. Parce que j’avais conscience du caractère temporaire de l’instant. Encore plus maintenant qu’elle savait.     

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