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Mahalia & Dmitri - dirty dancing

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MessageSujet: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Sam 6 Déc - 21:20

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
La commande n’en finissait plus, à croire qu’ils étaient incapable de se décider entre la blonde et la brune. La bière. Ils en étaient à me demander les particularités de chacune, lorsque Big Duck m’appela depuis le bar. Vu son visage écarlate et son air agacé, il devait s’essoufflé depuis un moment à hurler mon prénom, mais avec la Salsa se déversant depuis la petite scène, il m’était difficile d’entendre autre chose que les ricanements idiots de mon groupe de client. « Ton homme. » m’informa-t-il en me tendant le téléphone sans fil, après que j’eus déposé mon plateau sur le bar. Mon homme donc. Un homme à la voix très féminine, étrangement. « Il ne veut pas dormir. » brailla la voix depuis l’autre bout du combiné. Je jetais un coup d’oeil à l’horloge murale. « Il est tard. Quelle est son excuse, cette fois ? » « Il... son... mais... pas... moi... » Pardon ? « Je ne vous entends pas. Allô ? Ne quittez pas, je vais... Ducky, je m’absente une minute. » D’un signe de tête il me donna son aval, et je m’éclipsais vers la sortie, le téléphone à l’oreille, bousculant quelques nouveaux arrivants que je ne remarquais pas vraiment. J’étais passée en mode Louve, et ce mode me coupait littéralement du monde autour. « Madame Esposito ? » « Oui, je te disais qu’il réclame son histoire du soir, et visiblement je ne sais pas la raconter comme toi, je suis, je cite ‘assez nulle’. » Etouffant un rire dans une quinte de toux, je lui demandais de me passer l’enfant que je grondais copieusement. Dans ce genre de cas, je me sentais coupable, doublement coupable. Coupable de devoir demander à une voisine de garder et endormir mon enfant lorsque je travaillais au bar, et coupable de ne pas être là pour son histoire du soir. « Elle connaît même pas l’histoire. » me rétorqua la petite voix trop éveillée pour l’heure tardive. « Y a des fleurs, et puis des moutons, et puis... » D’accord, elle lui avait lu Saint Exupéry. Rien à voir, en effet, avec ma propre histoire du Petit Prince, qui aurait pu, tout aussi bien, s’appeler ‘le petit Tsar’. Alors, rendant les armes, je passais les minutes suivantes à arpenter le trottoir en long et en large, frissonnante -n’ayant pas pensé à prendre mon manteau-, contant l’histoire vraie d’un Prince de Russie qui n’avait jamais eu de prénom, mais qui, pourtant, dans la réalité, dans ma réalité, en portait un que je taisais jusque dans mes songes. Je ne l’avais pas prononcé depuis quatre ans. Pas une seule fois. L’entendre, même de ma propre voix, aurait rendu l’agonie trop intolérable, trop invivable.  J’avais beau placer l’histoire dans un pays fort fort lointain, et dans une époque résolument différente, j’espérais, qu’un jour, il serait en mesure de comprendre que, chaque nuit, depuis sa naissance, c’était son histoire que je lui racontais, celle de son père, celle de sa mère, celle de sa conception. Je n’achevais jamais mon conte, peut-être parce que, dans mon esprit, l’histoire ne s’était jamais réellement terminée, et parce qu’Alek s’endormait toujours bien avant. Mais les années passant, mon fils luttait de plus en plus contre le sommeil pour obtenir la fin. Une fin que je redoutais d’avoir à lui offrir un jour. Ce ne serait pas ce soir. Dans un bâillement, je l’entendis me souffler un « Tu rentres bientôt, maman ? » auquel j’évitais de répondre. J’étouffais ma culpabilité en me promettant de passer toute la journée du lendemain avec lui, et lui affirmais que s’il dormait, le temps passerait plus vite. Une petite minute plus tard, il rendait les armes, et la vieille voisine récupérait le combiné pour me rassurer, et m’enjoindre à ne plus m’inquiéter de rien. J’avais du mal avec ce dernier point, mais raccrochais, tout de même, en m’engouffrant dans la touffeur salvatrice du bar. Il n’avait pas désempli en mon absence, au contraire même, et lorsque je retournais auprès de Ducky, ce dernier me priva de mon plateau, le levant au-dessus de sa tête de manière à ce que, jamais, je ne l’atteigne, et me désigna ce qui faisait office de piste de danse, d’un mouvement de menton. « J’vais perdre ma réputation si tout ce qui s’engouffre ici c’est de l’étudiant confondant Harlem et le tiers-monde. » Traduction : va donc inviter quelques habitués à danser, initier l’ambiance, avant que l’atmosphère de confrérie d’étudiants nous fasse figurer dans le top dix des bars branchouilles de NY. Les ambitions de Ducky restaient inchangées depuis qu’il avait ouvert ce bar deux décennies auparavant. Il se moquait de ce que Manhattan pouvait bien penser de son établissement, de ce que la mode ou la tendance notait. La mode passait, son bar restait. On y trouvait de tout. La communauté latino venait y danser et siroter quelques boissons du pays, les autres venaient pour le service, par habitude, par souci d’authentique. Et puis, il y avait les touristes puisque, étrangement, The Duck, figurait en bonne place dans les différents guides. C’était le bar où il fallait se rendre dans Spanish Harlem. Moi, j’y travaillais depuis mon arrivée dans la mégalopole, et si j’avais été engagée, ce n’était pas pour mes talents de serveuse -un job que je pratiquais pour la toute première fois-, mais plus vraisemblablement pour mes capacités de danseuse. Une lubie de ma mère qui avait tenu à ce que j’apprenne le tango et, plus tard, la salsa. Pendant que mes camarades d’école s’entrainaient aux entrechats, je prenais de cours de danse de couple. J’avais détesté ça. Aujourd’hui, ça m’était utile. Je n’étais pas une pro, loin de là, mais mon niveau me permettait d’obtenir des sourires ravis lorsque je tendais la main en direction d’un habitué, en général. Ce soir ne fit pas exception, et le trentenaire au crâne rasé, sur lequel j’avais jeté mon dévolu, répondit à mon appel silencieux en récupérant ma main. L’idée, c’était de donner l’envie aux autres de nous rejoindre, donc... Ne pas trop en faire, tout en maîtrisant chacun de ses pas, créant l’illusion qu’il n’y avait rien de plus simple que de m’imiter. Après quelques minutes, le nombre de danseurs se mit à grossir, au point que j’en passais de bras en bras, changeant de partenaire au gré des rythmes suaves et de la voix mélancolique. J’étais sur le point de changer une nouvelle fois, lorsque je le sentis. C’était diffus et précis. Je ne saurais dire comment j’ai su, mais j’ai su. J’ai su avant même de voir, et pivotant lentement sur moi-même, je redoutais l’instant où je pourrais voir, confirmer ou infirmer mon impression, mon intuition. Je ne savais même pas ce que je redoutais le plus, la confirmation ? Ou l’infirmation ? Alors j’y allais lentement, très lentement, repoussant l’inévitable. Je connaissais cette sensation pour l’avoir recherché toute ma vie, du moins toute cette seule période de ma vie qui mérite de réellement compter. Ce poids qui coulait sur moi, ce magnétisme sur lequel je n’avais jamais eu le moindre contrôle. Je sentais ces yeux. Ses yeux. Se pourrait-il qu’il s’agisse de ses yeux ? Il n’y avait aucune raison pour qu’il se trouve là, j’avais mis la distance de tout un pays entre nous, j’avais... J’avais... Non, impossible. Et pourtant, malgré les quatre années écoulées, rien n’avait changé, de son allure à son aura, tout était là... Comment ? Pourquoi ? Sur le milliard d’établissements recensés dans New York, c’était dans mon bar qu’il avait échoué ? J’aurais du fuir, j’aurais du baisser la tête, détourner le regard, prétendre qu’il n’avait rien vu, qu’il ne m’avait pas vu. Mais je n’en fis rien. À la place de quoi, à quelques cinq mètres de distance, la foule s’écartant façon mer morte sur le passage de Moïse, je me figeais. Je me figeais. Statique, fascinée, ravie, dévastée. Le vide en moi venait de, brusquement, se combler, et sous une avalanche d’émotions contraires, j’étouffais. Je suffoquais. Mes lèvres cherchèrent à former des mots sans jamais y parvenir, mes yeux fixèrent sans se détacher. Et même lorsqu’un danseur, inconscient de mon drame interne, vint me réquisitionner pour m’entrainer à virevolter, mon cou ne cessa de se tordre pour ne jamais le perdre de vue, sans même accepter l’idée de ciller des paupières. Un battement de cils et ma folie prendrait fin, un battement de cils et il aurait disparu à nouveau. Le vide reprendrait ses droits, et cette fois, je n’y survivrais pas. Quatre ans. Il m’avait fallu quatre ans pour réapprendre à respirer. Il lui avait suffit d’une seconde, une toute petite seconde, pour me rappeler la douleur de la suffocation.   
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Lun 8 Déc - 13:05

Un nouveau lieu. De nouvelles têtes. Sans importances. Et Dmitri. Il observait. Se contentait de regarder. Un verre à la main. Évidemment. Un énième verre à la main. Ce qu'il contenait n'avait plus d'importance, tant que l'alcool était suffisamment fort pour faire oublier. Mais la nuit était jeune. Le temps n'était pas encore venu de s'abrutir. Alors il quitta ce lieu. A la recherche d'un autre. Peu d'importance. Rien en avait. Il suivait le cours de sa vie, se laissant porter, improvisant du jour au lendemain. Parce que ça n'avait aucune importance. Un nouveau lieu. De nouvelles têtes. Toujours sans importances. Et toujours Dmitri. Les gens dansaient. Il fit le tour de la piste. Se contentait de regarder. Sans vraiment chercher. Et c'était peut-être ça le pire. Il n'était même pas en train de chercher. Il ne faisait que regarder. Observer. Puis il la repéra. Il s'arrêta. Le souffle coupé, la vision brouillée. Elle lui ressemblait tellement. Il avait cherché longtemps à la retrouver, vraiment. Puis quand elle n'était pas apparue, quand le manque était devenu trop douloureux, trop insupportable, il l'avait cherché au travers de d'autres femmes. De pâles copies. Elle n'avaient jamais le même air, jamais les mêmes expressions, jamais le même goût. Mais elle. Elle. Elle lui ressemblait trop pour être vrai. Alors il ne pouvait que rêver. Imaginer. Ce n'était pas la première fois. Sûrement pas la dernière. Quand la réalité n'était pas assez bonne, il imaginait ses traits. Son visage. Son sourire. L'illusion marchait un temps. Mais quand la réalité frappait, elle n'était que plus amère, d'autant plus douloureuse. C'était cependant la première fois qu'elle ressemblait autant. La première fois que le rêve semblait aussi réel. La première fois que sa beauté le frappa à ce point. Il n'avait pas oublié l'effet qu'elle pouvait avoir sur lui, mais il avait oublié ce que c'était de ressentir, vraiment, cet effet-là. Comment son souffle s'accélérait, comment sa peau irradiait, souffrait dans l'espérance de la toucher. Elle ne pouvait pas vraiment être là. Pas après toutes ses années. Dans un simple bar de Harlem. En train de danser. Dmitri se tenait droit, continuait de l'observer, continuait de se demander si son esprit lui jouait des tours, si la réalité n'allait pas cogner, briser ses illusions. Ou peut-être qu'il devenait réellement fou. Il savait qu'il n'en avait jamais été loin. Que le seuil ne manquait plus que d'être franchi. Il s'en approchait inexorablement. Peut-être que c'était le cas maintenant. Peut-être que ce n'était que le dernier pas avant qu'il ne sombre complètement. Mais même si ce n'était qu'un rêve, que l'objet de son esprit pervers et sadique, il ne pouvait pas fuir. Parce qu'elle semblait trop réelle. S'il devenait fou, il préférait encore que ce soit avec elle, même si ce n'était que le fruit de son imagination tordue. Alors il s'approcha. Se fraya un chemin. Son regard toujours fixé au sien. Parce qu'elle le regardait. Leur regard s'était connecté. Électrisant. Inévitable. Peut-être que c'était une preuve de plus qu'il ne rêvait pas. Mais peut-être que ce n'était qu'un autre tour de son esprit. Une autre illusion pour le convaincre, le satisfaire. Mais il ne serait jamais satisfait. Parce qu'il s'attendait toujours à la déception. A la plaie, qui coulerait de nouveau et ne se refermait jamais. Il se permit un bref regard vers l'homme qui dansait avec elle. Il ne demandait pas la permission. Il le prévenait. Elle ne pouvait pas danser avec un autre homme. Puis il la regarda encore. Sa poitrine se soulevait avec difficulté, sa mâchoire contractée au maximum. De près, elle semblait encore plus réelle. Elle faisait encore plus mal. Elle ne semblait pas avoir changé. Si ce n'est qu'elle était plus belle encore, plus ensorcelante, encore plus hypnotisante. Il n'avait d'yeux que pour elle. Illusion ou pas, elle était là. Pendant un instant, il crut qu'il ne parviendrait pas à se contrôler. Sa main se leva seule, voulant caresser sa joue, son visage, mais il s'arrêta à quelques centimètres. Même la distance était douloureuse. Mais si c'était le dernier pas avant de perdre complètement l'esprit, il devait profiter de chaque instant. Chaque moment. Alors il redescendit sa main, la plaçant doucement dans le bas de son dos. De l'autre, il attrapa une de ses mains, d'abord délicatement, puis il la serra. Fort. Parce qu'il avait trop peur que l'illusion ne s'efface, ne lui échappe alors qu'enfin, il avait pu l'approcher. Le contact de sa main dans la sienne semblait familier, comme si sa main ne retrouvait que maintenant le lieu où elle aurait du se trouver depuis quatre ans. Dans celle de Maia. Maia. Devenait-il fou ? Était-elle réellement là ? Cela n'avait pas vraiment d'importance. Rien en avait. Elle était là. Il était là. Alors il avança pour l'entraîner au rythme de la musique. Son regard toujours fixé au sien. Il ne voyait rien d'autre. Ne pouvait voir rien d'autre. Parce que c'était Maia. Peut-être. Mais ça n'avait pas d'importance. Seule Maia était importante.
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Lun 8 Déc - 21:08

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
Je n’étais pas certaine d’aimer ce que je voyais. J’aimais ce que j’avais devant les yeux puisque, fondamentalement, je n’avais jamais cessé de l’aimer, les sentiments n’avaient fait que gagner en évidence avec la distance. Je n’étais plus envoûtée par sa proximité, ni hypnotisée par l’enveloppe, alors ces sentiments qui m'assujettissaient toujours un peu plus ne pouvaient être feints ou illusoires, comme on me l’avait longtemps reproché. Je les avais entendu soupirer, chuchoter dans mon dos, maudire ce que j’étais, inventer ce que je devais être. Comme, il y a des siècles de ça, à la cour des rois de France, lorsque les bonnes grâces du souverain entrainaient la disgrâce du monde entier. Je n’avais jamais été une courtisane, ni une favorite, pas plus que je n’avais été intéressée par son argent ou sa position. Je l’avais aimé lui, ce lui que personne ne connaissait, ce lui qui n'intéressait personne, le superficiel étant déjà suffisamment étincelant pour qu’ils ne perdent pas en temps ou en effort pour l’aimer en profondeur. Je l’avais aimé de toutes les manières qui soient. Et je l’aimais encore, ce lui, devant moi. Ce que je n’aimais pas, c’était ce moi, justement, que je percevais en lui. Ce regard ancré au mien n’avait plus rien de comparable avec ce que j’avais toujours connu, ce que je me plaisais, encore, à me représenter, souvent, derrière mes paupières closes. C’était moi que j’y voyais, me reflétant sur ses rétines, le regard affolé, les lèvres entrouvertes. C’était moi que j’y voyais, c’était ce que ce Moi avait fait à ce Lui, le conduisant je ne sais trop où, mais pas seulement ici. Il était là, en face de moi, mais il n’y était pas totalement, pas tout entier. Une part de lui manquait, et si je ne savais où la trouver, je n’étais pas certaine, non plus, de savoir l’identifier. Je connaissais par coeur ses regards pour savoir que celui-ci ne correspondait à aucun de ceux qu’il m’avait jamais offert, qu’il était différent parce que Lui était différent, parce que quelque chose était cassé, brisé, et je crois que... Je crois que c’était moi, qui avais fait ça. J’aurais du fuir, réinstaurer cette distance qui m’avait amené ici, à l’autre bout du pays. Je le savais, je le devais, sinon rien de tous ces sacrifices n’auraient de sens, aucune seconde insoutenable des quatre années écoulées n’aurait servi à rien. J’aurais du fuir, et pourtant, je n’en faisais rien. Je demeurais là, soumise aux mouvements imposés d’un partenaire auquel je ne prêtais aucune attention. Mon seul espoir était qu’il prenne la fuite, lui. J’en crèverais, mais tout rentrerait dans l’ordre. Un ordre que je me rappelais absolument pas naturel, désormais que nos regards s’aimantaient à nouveau. Il n’y avait jamais rien eu de naturel dans cette distance, elle n’était que la volonté, l’exigence de quelques uns. On m’avait dit, on m’avait promis que c’était le mieux pour lui, qu’il gagnerait à ne pas être avec moi. Ce que j’avais sous les yeux ne ressemblait en rien à ce qu’on m’avait assuré. Ce qui s’approchait de moi, malgré mes suppliques silencieuses, avait tout d’un mensonge, de l’exact contraire de ce qu’on m’avait vendu, de ce pour quoi j’avais accepté de partir. Dévastée, je l’observais chasser mon partenaire, lui faire lâcher prise d’un simple et très bref regard, avant de le reporter sur moi. Sa main s’élevant, je la suppliais muettement de se poser contre ma peau, de restaurer le contact, d’apaiser mes maux. Ça non plus, il ne le fit pas, abaissant son bras comme on laisse tomber la lame d’une guillotine. J’avais envie de lui hurler que j’étais là, que c’était moi, qu’il fallait qu’il me touche ou qu’il m’achève, mais me résignais à serrer les dents et les poings, à nouveau immobile au milieu de la foule. Je ne méritais pas qu’il m’apaise ou m’achève, je ne méritais aucun sursit. Je ne méritais rien du tout. Pas après ça. Une pointe de culpabilité me troua la peau, déchirant mes tissus pour aller se ficher juste là, entre deux côtes, anéantissant le peu d’estime de moi qu’il me restait encore. J’avais été stupide de croire que... Pourquoi ? Pourquoi j’avais accepté ? J’étais supposée le connaître mieux que personne ! Comment avais-je pu imaginer qu’il s’en sortirait alors que je crevais sans lui ? J’étais partie parce que je pensais être la plus faible de nous deux. J’étais partie parce que je voulais être forte pour lui, au moins une fois dans ma vie. En réalité, j’étais partie parce que j’étais stupide. Je n’avais pas seulement ruiné ma vie. J’avais détruis celle de mes parents, celle de mon fils grandissant sans père, et... Et la sienne aussi. J’avais peut-être sauvé son héritage, mais à quoi bon tout cet argent si l’homme n’était plus... Qu’est-ce que j’avais fait ?!  Sa main dans ma chute de reins me rapprocha de lui, sans pour autant me tirer d’autres mouvements. J’étais simplement capable de le fixer, incrédule, statufiée, mortifiée par la conscience des choses que je me prenait en pleine face. Sa main ramassa la mienne et... J’en aurais pleuré de soulagement, de satisfaction et de douleur. Combien de fois avais-je rêvé de ça ? Juste ça ? Sa main dans la mienne, ses doigts sur ma peau. Je lui appartenais, corps et âme, et tout mon être le savait, tout mon être réagissait en un frisson me parcourant l’échine. Sa paume, d’abord délicate, se fit étau, serrant fort contre la mienne, comme pour me rappeler à la réalité, à cette douleur qui m’était familière et quotidienne. J’aurais voulu dire quelque chose, mais que dit-on dans ce genre de circonstances ? ‘Salut, j’ai failli attendre’ ? ‘Désolée d’être partie si vite, j’avais un truc à faire’ ? Ou simplement ‘Pardon’ ? Rien ne saurait apaiser le mal, tout ne ferait que l’exacerber. Alors je me taisais et me laissais faire, ramenant ma main libre contre un biceps, remontant en une caresse jusqu’à l’épaule pour s’y établir enfin, sans cesser de le contempler lui, pour ne jamais, surtout jamais, le perdre de vue et le laisser disparaître. C’était égoïste sachant que j’étais celle qui disparaissais, mais... La logique n’avait plus réellement sa place dans mon esprit. Sur la pointe des pieds, je suivais ses pas, m’appliquais à les appliquer à l’identique, comme nous l’avions fait des millions de fois auparavant. Peu importe si nous ne dansions pas en rythme, je tenais à lui assurer que j’étais là, que j’étais réellement là... Tout en appréhendant le moment où il saurait, où il comprendrait, et où sa détresse, cette détresse-là, se transformerait en colère envers et contre moi. Je mourais d’envie de me réfugier dans son cou, d’en savourer le parfum et le creux semblant avoir été créé juste pour moi, mais je m’y refusais. C’était lui, je savais que c’était lui, évidemment, mais cette trouille inexplicable de le perdre de vue ne me quittait pas. Et si au sortir de son cou, ce n’était plus lui ? S’il s’agissait d’un autre ? Est-ce que mon esprit était capable de ça ? Le matérialiser tout cassé devant moi, pour me le reprendre juste après ? Non, pas avec ce contact contre ma paume, pas avec ce corps répondant parfaitement au mien, pas avec ces pas qu’il exécutait avec la même facilité qu’autrefois, pas avec cette odeur saturant mes poumons. Les détails étaient trop réels, trop parfaits pour qu’il ne s’agisse que d’une illusion. Un cerveau humain n’était pas capable de ça. Nous si. Seulement nous. Ma jambe alla chercher la sienne, la remontant lentement, comme cette danse l’imposait, mais surtout parce que je le voulais. Serrant sa main à mon tour, je tendais le bras, le durcissais, et m’abandonnais complètement, totalement, à cette conversation corporelle dont mes lèvres s’avéraient incapables. Je ne dansais jamais comme ça avec les clients, simplement parce que cet échange confinait à l’intime, et je n’étais plus intime avec personne. Les pas contaient l’histoire d’un désir, d’une passion, mais avant tout d’une conquête qui n’avait pas lieu d’être. Il m’avait déjà. Il m’avait toujours eu, même lorsque je ne l’avais plus. Mon pied retourna au sol, et je tournais, je tournoyais, mais uniquement dans le périmètre restreint et délicieux de ses bras. Je ne m’éloignais pas. Jamais. Le contact visuel fut rompu une ou deux fois, rapidement, brièvement, mais jamais le contact physique. La force était là, trahissant une faiblesse qui ne se lisait qu’au travers des regards. Un regard que je posais à chaque fois sur lui avec affolement, comme terrorisée à l’idée qu’il ne soit plus. Mais il était. Il était toujours. La musique changea. Je ne m’en préoccupais pas. Si j’y avais prêté la moindre attention, alors j’aurais remarqué qu’elle changeait pour mieux coller à nos pas. La musique s’adaptait à nous, on faisait en sorte qu’elle s’adapte à nous, et non l’inverse. Un tango ? Était-ce ce que nous faisions-là ? Je ne sais pas. Je ne faisais que lui parler, avec mon corps, lui réaffirmer son emprise sur moi, mes regrets, ma culpabilité, et ce besoin de lui qui n’avait jamais cessé d’exister. Le rythme décélérant,  nous en fîmes de même, calmant nos corps pour se rapprocher à nouveau, jusqu’à se confondre. La promiscuité était telle que mon nez vint frôler le sien, mon souffle se mélanger au sien, et j’abandonnais toute retenue pour venir chercher ce que je me refusais jusqu’à présent : sa peau, son cou. Pas longtemps, juste assez pour ralentir mon souffle frénétique, mais pas mon coeur tambourinant contre mes côtes. Juste assez pour savourer son odeur, son parfum délicat, et son goût que je récoltais du bout des lèvres. Un baiser contre sa peau, un baiser discret comme un ‘pardon’ timide. J’étais là. C’était moi. C’était moi implorant pour son pardon, pour sa clémence. C’était moi suppliant pour être abjurée de mes pêchés. C’était moi, le suppliant de m’aimer encore, de m’aimer à nouveau. C’était moi, m’arrachant de son cou, plantant mon regard dans le sien, refusant de lutter contre lui, n’acceptant de lutter que pour lui. C’était moi, prenant conscience que j’avais un nouveau but : le réparer.    
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Lun 22 Déc - 0:25

Un rêve. Une illusion. Peu de différence. Si son imagination était capable de créer une image aussi parfaite, alors il voulait bien continuer à rêver. Un rêve. Où le contact de sa peau contre la sienne était le même que dans son souvenir. Doux. Envoûtant. Naturel. Évident. Un rêve, où il n'avait pas besoin de s'exprimer. Du moins, pas à travers les mots. Parce que son regard criait tout ce qu'il aurait aimé dire. Je t'aime. Je te hais. Es-tu vraiment là ? Tu m'as manqué. Est-ce un rêve ? Ou un cauchemar ? Tu es magnifique. Est ce que je deviens fou ? Je t'aime tellement. Vas-tu t'effacer si je dévie mon regard ? Tu es si belle. Comment as-tu pu m'abandonner ? Je te hais. Pourquoi est ce que la douleur ne part jamais ? Je t'aime. Pourquoi ? Mais il n'y avait pas besoin de parler. Il ne fallait surtout pas parler. Un seul mot. Et le rêve pouvait se briser. Éclater en mille morceaux pour s'enfoncer que plus douloureusement dans sa poitrine. Aucun mot. Seule la musique bourdonnait dans ses oreilles, guidait ses pas, ses gestes. Son emprise sur Maia demeurait ferme, contrôlée. Pour le moment. C'était un rêve. Mais les émotions étaient bien réelles. Son souffle chaud contre sa peau. Sa main dans la sienne. Les frissons. La chaleur. Le besoin. De la toucher toujours plus. De redécouvrir ce corps qu'il connaissait par cœur. Si c'était un rêve, il n'y en avait pas de plus beau. Un rêve où il pouvait la toucher comme autrefois. La regarder. Vraiment. L'illusion était parfaite. Peut-être que c'était réel. Il ne pouvait pas vraiment savoir. Ne voulait pas savoir. Il avait besoin d'elle. Pas d'une illusion. Pas d'un rêve. Pas d'un souvenir. Mais d'elle. Il n'y avait qu'elle. Seul son contact pouvait l'apaiser et déclencher en même temps une telle tempête. C'était son propre ouragan. Elle avait tout balayé au moment il avait posé les yeux sur elle. Détruit toutes ses certitudes. Il avait cru construire quelque chose avec elle. Mais tout avait été ravagé, anéanti. Pouvait-il reconstruire ? A quoi bon savoir ? Si ce n'était qu'un rêve. Il la regardait, mais ne cherchait pas la réponse à sa question. Un rêve ? La réalité ? Il se contentait d'embrasser du regard chaque parcelle de sa peau. D'enregistrer encore et encore les courbes de son visage. De ses yeux. De sa bouche, pleine et rosée. Même la forme de ses épaules, le chemin jusqu'à son cou, absorba toute son attention. Il ne s'était pas senti aussi vivant depuis longtemps. Chacune de ses cellules, chacun de ses atomes, réagissaient, s'éveillaient à son contact. La musique ralentit. Dmitri aussi. Il se trouva si près d'elle, à une distance si infime, qu'il put sentir son odeur. S'imprégner d'elle. A tel point qu'il crut réellement devenir fou. Comment une simple odeur pouvait-elle le chambouler à ce point ? Réveiller en lui de tels souvenirs ? De telles envies ? Un rêve. Probablement qu'un rêve. Elle quitta son champ de vision. Pour se réfugier dans son cou et y déposer un baiser. Juste un baiser. Et un ouragan intérieur. Il retrouva son regard quelques instants après. Figé. Elle allait le rendre fou. Elle le rendait fou. L'avait toujours rendu fou. Fou d'amour. Fou de colère. Fou de chagrin. Il était fou. Fou de l'aimer autant après avoir tellement souffert. Fou de la détester. Fou de se détester. Lui. Il haïssait ce qu'il était devenu. Mais n'avait jamais eu le moindre contrôle. Parce que c'était elle. Ça ne pouvait qu'être elle. La cause de tous ses malheurs. La cause de cet ouragan intérieur. Mais il l'aimait tellement. Il l'avait aimé depuis le premier jour. Et l'aimait toujours aujourd'hui. C'était sa seule certitude. Elle était la seule à pouvoir réveiller en lui de telles émotions. La seule. Toujours. Et pour toujours. Mais elle l'avait détruit. Tout n'était que confusion. Rêve. Réalité. Comment savoir ? Non, il ne voulait pas. Un simple baiser et il ne savait plus quoi penser. Ses sourcils se froncèrent, le regard brouillé, la bouche entrouverte, le souffle saccadé. Il n'était qu'un rescapé. Un survivant. A peine. Il rapprocha son front du sien. Ferma les yeux lorsqu'ils se touchèrent. Et inspira profondément. Il tentait de maîtriser la tempête. De la contrôler. En vain. Elle était lancée. Et il n'y avait plus moyen de l'arrêter. Ses deux mains allèrent trouver le bas de son dos, approchant son corps du sien, pour que ses formes joignent les siennes, ne fassent plus qu'une, enfonçant jusqu'à ses ongles. Il relâcha enfin sa respiration. S'écartant un peu pour retrouver ses mouvements, glisser doucement avec la musique. Ses mains se firent moins pressantes et plus douces. Caressant du bout des doigts son dos à travers le tissu. Son visage demeurait cependant tout près du sien. Tentateur. Ce n'était plus ses yeux qu'il fixait mais sa bouche. Il n'avait qu'un petit mouvement, qu'une petite inclinaison de la tête pour s'emparer d'elle. L'attraction était pesante, l'air électrique. Il releva son regard. Analysa son expression. Chercha dans ses yeux la même envie qui animait jusqu'au plus profond de son être Dmitri. Et il esquissa un sourire. Ce n'était pas de la joie. Le sourire était froid. Sans émotions. Une provocation. Si ce n'était qu'un rêve, il pouvait jouer. Comme elle s'était jouée de lui et de ses sentiments.
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Lun 22 Déc - 1:56

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
C’était douloureux, dans ma chair, dans mon âme. Une douleur mentale qui devenait physique à mesure que mes yeux rencontraient les siens. C’était comme se trouver face à un fantôme. Il était là, c’était lui, et pourtant, quelque part, ce n’était plus lui. Je l’avais déjà vu avoir mal, nous nous étions déjà disputés, j’avais parfois eu des mots blessants, et puis, il y avait ce jour-là, lorsque je l’avais abandonné derrière moi sous un faux prétexte, tellement ridicule que je lui en voulais d’y avoir cru. Ce jour-là, j’avais perçu le voile s’installer sur ses rétines, faire chavirer son regard pour le transformer en plomb fondu. J’y avais vu la détresse, l’incompréhension et la panique. Mais rien n’était à la hauteur du saccage que j’y observais désormais. Il était vide. Pas sans âme, non, elle était encore là, profondément enfouie. Mais vide de tout le reste. Vide d’envie, vide de bruit, vide de vie. Il était mort de l’intérieur, et l’agitation, l’affolement de ses pupilles, étaient comme autant de derniers sursauts. Comme les nerfs s’agitant une dernière fois avant que la mort cérébrale ne soit annoncée. Je l’avais tué, et je ne savais pas s’il était encore possible de le réanimer, de lui réinspirer un souffle de vie. Je ne savais pas si c’était dans mes moyens, ni même si j’en avais encore le droit. J’étais celle qui l’avait tué, comment pouvais-je espérer mériter de le ramener à la vie. À ma vie. J’aurais voulu que ce soit possible d’un simple baiser, un baiser déposé délicatement, timidement, au creux de ce cou qui avait été mien, et qui, bizarrement, l’était toujours un peu à mes yeux. J’avais beau me détester pour ce qui avait été fait, ce que j’avais fait de lui, je ne pouvais me résoudre à ignorer ce que je ressentais depuis toujours, ce que j’avais ressenti dès le premier jour, et tous les jours depuis, ainsi que durant chaque seconde de mon absence. Ce n’était pas de la prétention, juste de l’évidence. Même s’il ne ressentait pour moi qu’un dixième de ce que je ressentais pour lui, ça demeurerait ridiculement fort, ridiculement improbable. Ce n’était plus de l’amour, à ce niveau-là, il aurait fallu inventer un autre mot rien que pour nous, rien que pour ça. À moins que ce mot ne soit ‘folie’ ? Une folie qui l’habitait toujours, mais sous une autre forme. Une folie qui ne m’avait jamais quitté, mais que je combattais jour après jour, seconde après seconde, pour le bien-être de mon fils ? Parce que je l’avais privé de ça, aussi. Et son front contre le mien, fermant les yeux à mon tour, l’évidence de ma cruauté m’apparue enfin, me poignardant, perforant mes poumons, et me tirant une brusque expiration douloureuse, comme après un coup de poing. Une respiration difficile que je m’efforçais de retrouver un peu, tandis que sa volonté d’écraser mon corps contre le sien achevait de m’asphyxier. Chaque parcelle de mon corps s’en vint se confondre avec les siennes, et ses doigts s’enfonçant dans ma peau eurent l’effet escompté : me faire ressentir son mal. Qu’importe, je le méritais, et si je devais mourir ici et maintenant, autant que ce soit contre lui et de ses mains. Cette mort serait encore trop belle au vu du désastre dont j’étais responsable. J’aurais voulu le secouer, le gifler, l’obliger à se réveiller, à me regarder, à me regarder vraiment, à comprendre que j’étais là, à quel point j’étais là, et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de moi, mais... J’étais incapable du moindre mouvement. Lâche, j’attendais la sentence, je me soumettais, rendais les armes, et ne me battais pas, pas même un peu. Son front se détacha, sa chaleur s’écarta, et son regard me revint. Différent. Moins fou et, quelque part, plus fou encore. J’essayais de lire en lui, de traduire ce qu’il ne me disait pas, de retranscrire tout ce dont il me prévenait. Mais, lui-même, ne semblait pas encore avoir d’avis arrêté. Il était tout et rien, à la fois. Il me réinitia à la danse, et je me laissais guider, ballotter, transporter. Ça n’avait plus d’importance. Seules ses mains caressantes dans mon dos, en avait, et ses prunelles noires déposées sur ma bouche. Elles traduisaient son envie, pressante, envahissante, puissante. Elles trahissaient ses pensées, ses prochains mouvements, les prochains déplacements de ses pièces sur l’échiquier. Et pourtant, ce n’était pas un jeu. Je ne voulais pas que ça en soit un. Ça ne pouvait pas en être un. Je voulais que ce soit vrai, et plus que tout, j’avais besoin qu’il comprenne que c’était vrai. Que c’était nous. Que ça n’avait jamais cessé de l’être. Un nous tout puissant, un nous qui avait prit vie, un nous palpable et visible, un nous qui marchait, qui parlait, qui riait, un nous que j’avais élevé et chéri seule, égoïstement. Un nous dont j’avais conscience, mais dont je l’avais privé. Un nous que j’avais besoin qu’il comprenne maintenant, sous mes caresses, sous le feu de mes yeux, sous la tendresse et la prévenance de chacun de mes gestes. Un nous qu’il réduisit en poussière d’un simple sourire sans vie. Un sourire qui me força à déglutir et brouilla ma vue. Un sourire qui me figea, qui me frappa, me passa à tabac. Pitié, fais pas ça. J’t’en prie, reviens-moi, pars pas ! Parce que c’était ça, n’est-ce pas ? Les derniers résidus d’âme venaient de s’évaporé, et en voulait le réanimer, j’avais achevé de le tuer ? Ce ne fut pas une larme qui roula sur ma joue, ce fut toute l’étendue de mon désespoir qui cavala depuis mes paupières jusqu’à mon menton. Même après l’avoir quitté, ce jour-là, je ne m’étais pas sentit aussi seule et abandonnée que maintenant. C’était comme si je réalisais qu’il n’était plus, que mon indispensable m’avait quitté à jamais, me laissant seule et vulnérable dans cette vie dont je ne voulais pas. Pas sans lui. Poupée de chiffon, je résidais entre ses bras, me laissant porter par chacun des mouvements qu’il attendait de moi, mais en réalité, me contentais de le fixer, impuissante, incapable, inutile, de mes grands yeux trop mouillés. Mon prénom. Mon prénom encore. Une fois. Deux fois. Trois fois. Toujours un peu plus fort que la fois précédente, toujours plus impatient. Je cru qu’il s’agissait de lui, que c’était son âme qui m’appelait, à défaut de ses lèvres qui ne bougeaient pas, mais au cinquième « Maiaaaa !! » je réalisais, et explosais ma bulle de douleur. Je réalisais mais ne concevais pas encore de quitter son regard, me refusant à rompre le contact visuel pour quelque raison que ce soit. Il fallut que je sente de l’énervement et de l’urgence dans mon prénom, pour daigner tourner la tête en direction du bar, mes doigts réaffirmant leur prise sur cette épaule, et cette nuque pour ne surtout pas qu’il s’échappe. Ducky, derrière son zinc, m’observait sévèrement, torchon à la main. « Y a d’autres clients qui... » commença-t-il avant de, je crois, percevoir mon regard, et changer totalement d’expression. Sous ses airs bourrus, il avait toujours été compréhensif et bienveillant envers moi. Et puis, il adorait mon fils au point de m’autoriser à l’emmener avec moi lorsque je n’avais personne pour le garder. Il était comme un père de substitution, pas très doué pour exprimer ses émotions, mais protecteur et féroce. Féroce comme ce regard qu’il reporta sur ce Lui que je ne voyais plus à cause de lui. Un sentiment d’urgence satura mes veines, affola mon cerveau. Je devais faire vite, je devais agir vite. Alors, secouant la tête, j’espérais faire comprendre à Ducky qu’il se méprenait, que c’était mon bazar, que c’était moi la responsable de ces joues humides que je séchais rageusement d’un revers de main, avant de le laisser derrière moi, l’oublier provisoirement pour retourner chercher de la vie dans l’encre noire de ces yeux à Lui. « Pardon. » je soufflais, consciente que je n’avais pas le temps de le lui faire comprendre avec les yeux, avec les gestes, avec les battements de mon coeur. Un pardon concernant directement ce que je m’apprêtais à faire, et non pas ce que j’avais déjà fait. C’était impardonnable, ça. Dans un monde idéal, j’aurais attendu sagement qu’il décide ce qu’il comptait faire de moi, ce qu’il voulait faire avec moi, soumise et obéissante. Mais dans un monde idéal, Ducky ne serait pas en train de contourner le bar en se méprenant totalement sur l’identité de la victime et celle du coupable, et la vie n’aurait pas quitté si vite les yeux de Lui. Je devais le forcer à revenir, à réintégrer son enveloppe charnelle, a effacer totalement cet être froid et terrifiant, je devais le faire réagir, et, d’un même geste, faire entendre à Ducky que je n’avais pas besoin d’être sauvée de Lui. C’était Lui, qui me sauverait. Un pardon que je répétais une deuxième fois, mes mains encerclant ses joues, mes pieds s’étirant sur leur pointe, mes lèvres venant cueillir les siennes, et le temps se suspendant. J’aurais voulu attendre qu’il le fasse de lui-même, qui le décide, qu’il le veuille aussi, mais j’avais besoin d’un électrochoc, d’une décharge suffisante pour le forcer à revenir, à réintégrer son corps. Et le mien, par la même occasion. Je n’avais rien forcé, si ce n’est le contact premier, le pas dans sa direction. Mais mes lèvres ne s’entrouvrir pas sans lui, mes mains ne s’animèrent pas sans les siennes. Je suis là, hurlait mon baiser. C’est moi. Reviens. J’t’en supplie, pars pas. À mesure que je m’éternisais, à mesure que je m’épuisais, le message devenait de plus en plus désespéré, de plus en plus insensé et vital. Vibrant de désarroi. Je ne comprenais pas, je ne comprenais plus, hier encore, j’étais morte. Morte et presque satisfaite de l’être. Désormais je voulais vivre. Vivre pour lui. Vivre avec lui. Avec nous.    
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Jeu 25 Déc - 16:14

Avec elle, il avait respiré la joie. Chaque minute, chaque seconde, passée à ses côtés était une bouffée d'air pur. Un cocktail d'amour et de bonheur. Il y avait eu des disputes. Mais ce n'était rien. Jusqu'à l'ultime dispute. La rupture. Le gouffre s'était construit petit à petit, était devenu de plus en plus envahissant. Le vide. Un vide d'autant plus douloureux à son contact. Parce qu'il savait. Il savait que s'il se laissait aller, s'il oubliait la douleur un instant; cette douleur qui lui tordait les tripes, lui avait brisé le cœur, et lui balançait dans la figure tout ce qu'ils avaient vécu, et tout ce qu'il n'avait plus. S'il oubliait tout ça, ne serait-ce qu'un instant, le réveil ne serait que plus douloureux. Pendant quatre ans, elle n'était plus. Et ce soir elle était là. Mais la joie n'y était pas. Il était esclave de ses illusions, esclave de son amour pour elle, esclave de la haine qui l'animait. Elle était là. Entre ses bras. Mais il ne pouvait pas se réjouir. Parce qu'il était perdu. Comment pouvait-elle lui apparaître seulement maintenant ? Quand il avait eu tant besoin d'elle auparavant ? Encore aujourd'hui. Il avait besoin de la voir, de la toucher, de son sourire... Il avait besoin d'elle. Elle était là. Mais lui non. Elle était un rêve. Son rêve. Lui, n'était que l'ombre de lui-même. La coquille vide et froide qu'elle avait créé en le quittant. Elle était là. Mais était-elle suffisante pour combler le vide ? Il ne pouvait qu'essayer. Profiter de l'illusion, tenter d'apaiser la douleur. Elle était là. Et elle pleurait. Le sourire de Dmitri s'effaça, ses sourcils se froncèrent. Une interrogation. Pleurait-elle les années perdues ? Pleurait-elle la vision qu'elle avait sous les yeux ? Parce qu'elle l'avait créé. Il n'y avait pas d'autres raisons à sa souffrance. Mais pourquoi, alors, souffrait-il encore, maintenant qu'elle était là ? Pourquoi la colère était-elle toujours là ? Elle était là. La joie n'y était pas. Le rêve de leur retrouvaille avait traversé l'esprit de Dmitri plus d'une fois. Mais c'était la première fois qu'elle pleurait. Était-ce de la déception ? Il aurait aimé effacer la tristesse de son visage, effacer le poids de ses quatre années. Mais il ne pouvait pas. Même dans un rêve, il ne parvenait pas ignorer le vide. Elle était là. Il perçut l'instant de panique sur son visage, son regard qui lui échappa, mais ne remarqua pas l'homme qui approchait. Il n'entendait rien. Ne voyait rien. A part elle. Une vague de colère traversa le jeune homme. Elle ne pouvait pas se détourner. Il ne fallait pas qu'elle s'échappe, parce qu'il ne le supporterait pas. Elle était trop réelle. Les réactions trop vives. Pour qu'il puisse s'en sortir si elle partait. Mais elle capta de nouveau son regard. Dmitri relâcha sa respiration, atténua la pression de ses mains qui s'étaient faite plus forte dans le dos de Maia. « Pardon. » Pardon ? Il n'avait pas besoin d'excuses. La seule chose dont il avait besoin, c'était elle. Elle était là. Mais la joie n'y était pas. Elle agrippa soudain son visage, et d'un seul coup, combla la distance entre leurs lèvres. Dmitri demeura immobile. Ses yeux se fermèrent avec un temps de retard. Il lui sembla que le temps ralentissait, que quelque part dans l'univers quelqu'un avait appuyé sur pause afin qu'il vive pleinement l'explosion qui se produisait en cet instant. C'était plus qu'un baiser. Il n'y avait pas de mot pour le décrire. Un baiser. Une retrouvaille. Un pardon. Une explosion. Après ce qu'il lui sembla une éternité, il s'autorisa à entrouvrir la bouche pour goûter pleinement à la jeune femme. Ses mains pressèrent contre son dos pour rétrécir encore le gouffre qui séparait leur corps. Ce n'était pas assez. Et en même temps, c'était trop. Trop d'émotion à gérer, trop difficile à contrôler, c'était trop. Impossible de ne pas en demander plus. Le temps n'était plus ralenti, mais semblait encore trop lent pour tout ce qu'il aurait aimé lui faire. Il remonta une de ses mains et caressa la joue de la jeune femme, effaça les traces de ses larmes. Il l'embrassait comme si c'était la première fois, redécouvrait le goût de ses lèvres, de sa langue. Mais il l'embrassait aussi comme si c'était la dernière. Il respirait son odeur comme il aurait fait avant une longue apnée, s'appropriait sa bouche comme si c'était le dernier souvenir qu'il pouvait emporter avant... Avant quoi ? Dès que leurs regards s'étaient croisés, une bulle s'était créée, les avait coupé du reste du monde. Et il avait peur qu'elle explose. Il était même pétrifié à cette idée. Une telle explosion ne pouvait pas rester sans conséquences. Il écarta son visage avec brusquerie. La respiration haletante, il la regarda, vraiment. Maia ? Est ce que c'est toi ? Il approcha de nouveau son visage, tout doucement, caressa son nez avec le bout du sien. Puis s'empara de ses lèvres une nouvelle fois. Avec fermeté. Avec passion. C'était une drogue. Sa drogue. Et il ne pouvait pas s'en passer. Il était en manque. Et quatre années ne seraient pas suffisantes pour le combler. Peut-être que ce n'était pas un rêve. Peut-être que c'était bien réel. Parce qu'aucun rêve ne pouvait avoir un tel goût de perfection. Aucun rêve ne pouvait lui faire oublier, pendant un bref instant, le vide. Aucun rêve ne pouvait provoquer en lui cette émotion qui lui avait été étranger pendant quatre ans. Serait-ce de la joie ?
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Jeu 25 Déc - 22:16

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
Peut-être était-ce bien trop simple, bien trop lâche. Un simple pardon murmuré. Un pardon qui engloberait tous les autres pardon que je lui devais. Une séparation déchirante et sans raison apparente, quatre années d’absence et de mensonge, la mise au monde d’une vie lui appartenant autant qu’à moi et dont j’avais réclamé l’exclusivité. Et tout ça pour quoi ? Pour qu’il vive mieux sans moi, sans nous ? Ha oui, ça crevait les yeux, en effet, qu’il était au mieux de sa forme. Des années durant je m’étais punis en m’imaginant être la seule à souffrir. Bien sûr, j’avais envisagé de lui avoir fait de la peine, mais ça n’aurait pas du durer, c’était supposé s’atténuer, s’estomper rapidement. C’est ce qu’on m’avait vendu, c’est le mensonge auquel j’avais adhéré. Pendant des années je l’avais imaginé dans les bras et les draps d’une autre femme, au singulier, parce que le pluriel aurait été moins douloureux. Une seule femme dont l’annulaire aurait été orné d’un solitaire et le nom d’une particule bien comme il faut. Elle aurait eu un brushing impeccable, des perles aux oreilles et autour du cou, des lèvres au rouge carmin bien dessiné, un teint de porcelaine pour compenser celui, trop hâlé, d’un Romanov pas assez slave, et des jupes en-dessous du genou. Elle aurait été sage et précieuse en public, et sauvage et piquante dans l’intimité. Il l’aurait appelé ‘mi adorado tormento’ comme il l’avait fait, autrefois, avec moi, annihilant tout ce que j’avais été, attribuant ma place, ma vocation, mon destin à une autre. Une plus présentable, une plus évidente et manifeste dans son sillage, une qui n’aurait pas été à moitié bouffée et effacée par la puissance de son aura, une qui n’aurait pas eu a fermer les yeux en sa présence, de peur d’être éblouie. Une bien née. Une femme qui porterait son nom, à présent, et probablement ses enfants, également. Dans chacune de mes visions, c’est ce qui m’avait fait le plus de mal, l’imaginer avec d’autres Alekseï qui auraient profité de sa présence et son affection, tandis que j’en privais mon fils, lui expliquant, lorsqu’il posait la question, de plus en plus souvent, qu’il avait bien sûr un papa, mais que celui-ci était loin, dans son château. Un château par lequel on accédait via un grand, interminable et très beau pont rouge. Un papa à qui je demandais pardon, de qui j’implorais le pardon, désormais que je savais avec une absolue certitude qu’il n’avait rien vécu de ce que j’avais pu imaginer en guise de torture. C’était lui que j’avais torturé, pas moi. Et l’imaginer avec une autre, heureux et serein, n’avait pas été une punition, finalement, mais plutôt une vaine tentative pour me déculpabiliser. J’étais un monstre. Un monstre qui demandait pardon avant de s’emparer de ces lèvres auxquelles il n’avait pas le droit, le monstre. Elles ne m’appartenaient plus, j’avais tout entreprit pour ne plus les mériter, et pourtant... Pourtant je les récupérais, farouchement, y déposant les miennes sous couvert de vouloir faire passer un message à Ducky. C’était le cas, évidemment, mais ç’aurait été mentir que de prétendre qu’il n’y avait que ça et rien d’autre. Je voulais sa bouche sur la mienne, je voulais ses mains sur mon corps, et pas de façon étrangère et mécanique, je les voulais comme avant, comme lorsque connaissais son corps mieux que le mien, comme lorsqu’on ne pouvait pas tenir plus de quelques secondes sans se frôler, se toucher et, inévitablement, déborder. On avait été ça, deux corps en fusion, incontrôlablement poussés l’un vers l’autre, une valse perpétuelle de peaux, de lèvres, de caresses et possession. Je n’étais jamais assez complétée par lui, jamais totalement entière lorsqu’il n’était pas en moi, et systématiquement déficiente lorsque ce n’était pas le cas. Il avait été mon tout, mon périmètre, mon horizon, tout avait eu tendance à disparaitre à son profit dès qu’il apparaissait dans mon paysage. Et toutes mes pensées avaient toujours été tournées vers lui lorsqu’il n’était pas là. Il avait fallu mettre en place des mesures d’éloignement à chaque veille de partiels pour m’obliger à me concentrer sur autre chose que lui. Ça avait été un enfer, un enfer confortable et délicieux. Ça nous avait consommé, consumé, mais ça n’avait pas eu la moindre importance tant qu’on brûlait ensemble. J’avais besoin de ressentir ça à nouveau, mais avant tout de le lui faire ressentir, comme pour me prouver que c’était là, que ça existait toujours, comme pour lui prouver que j’étais là, que j’existais toujours, et l’obliger à revenir, réintégrer ses yeux, et ne plus jamais m’offrir ce regard froid auquel je ne survivrais pas. Aussi, je réclamais mais ne possédait rien. Il devait m’ouvrir et m’offrir, et là, contre sa bouche, j’attendais qu’il décide de mon sort. Il aurait pu me rejeter, il aurait du me repousser, je ne méritais pas mieux, mais, à la place, il s’anima, se réanima,  m’offrant tout, de la force de ses bras à la férocité de ses lèvres. Je ne me fis pas prier pour rendre coup pour coup, prenant tout de ce qu’il me tendait, n’osant réclamer plus encore, mais espérant tellement plus encore. Ce n’était pas moi, c’était chimique, comme une réaction incontrôlable dans mon cerveau, qui ne concevrait autre chose que d’aller crescendo. C’était comme respirer à nouveau, et s’étouffer en même temps, chercher à survivre et tout faire pour y crever. Je voulais tout lui donner de moi, et ça comprenait mon souffle jusqu’au dernier, et mes battements cardiaques, jusqu’au dernier également. Lorsqu’il se détacha de moi, ma bouche s’anima comme dépossédée, mes paupières s’ouvrirent de panique, et mon coeur rata plusieurs battements. Non, pas comme ça, pas encore, pas maintenant. Ma main agrippa automatiquement la sienne, contre ma joue, réaffirmant le contact, l’empêchant de s’y soustraire, et mes yeux fouillèrent les siens jusqu’à y trouver ce que je voulais : Lui. La vie. Il était là, de nouveau, avec moi, et l’éclat de compréhension qui traversa ses rétines ne fut qu’un bonus. Il aurait pu partir à ce moment-là, en comprenant que je n’étais pas vaguement quelqu’un, que j’étais ce quelqu’un, mais il n’en fit rien. Au contraire, il revint, s’approchant lentement, frottant son nez contre le mien, avec cette tendresse, cette affection, cette absolue adoration qui aurait pu me tirer des larmes de joie et de honte, tout à la fois, s’il n’avait pas, immédiatement, court-circuité mon cerveau en revenant à l’assaut de mes lèvres. Ce fut le baiser d’un condamné à mort, d’un soldat sur le départ pour la guerre, ce fut un bonjour, un aurevoir, une mise à mort, une résurrection, une sentence et une rédemption. Ce fut tout et son contraire, mais ce fut à chaque fois puissant, très puissant, tout puissant. J’étais là, il était là. Nous étions. Nous. Mes doigts crochetèrent une nuque, d’un côté, et une chute de reins de l’autre, à même la peau, cherchant le contact direct et franc. Mes dents mordillèrent une lèvre, pas pour faire mal, je lui en avais déjà trop fait, mais affamée, désespérée, incrédule, je ne contrôlais plus grand chose. Je n’avais jamais contrôlé grand chose en sa présence. Et puisque la seule chose qui l’avait été s’avérait un mensonge catastrophique, mieux valait que je me laisse dominer par ce qui me dépassait, et ne cherche plus jamais à interférer entre la volonté évidente et dévastatrice de deux corps. De temps en temps, dans un soubresaut de raison, ma passion féroce laissait la place à une tendresse douce et incrédule, sans que mes mains ne se résolvent jamais à suivre le mouvement. Il me fallait plus, il m’avait toujours fallu plus, et puisque le monde entier avait disparu, ça ne me posait aucun problème de réclamer ce plus ici et maintenant. Oh, le spectacle devait être improbable, la gentille petite serveuse, mère célibataire et si sérieuse, si douce, si timide et serviable, s’offrant de la sorte, en spectacle et à un inconnu, réclamant un corps, une âme, et tout ce qui allait avec, en disparaissant dans une étreinte, un échange passionné et intime qui n’avait pas lieu d’être en public. Mais le public n’existait plus, pas là, pas maintenant, du moins pas jusqu’à ce sifflement railleur qui traversa l’épaisseur de la bulle pour me tinter dans les tympans. Un bruit odieux et insultant, un bruit qui ne caractérisait en rien ce que nous étions, ce que nous avions toujours été. Ils interprétaient ce qu’ils voyaient, parce qu’ils ne savaient rien de ce qu’ils voyaient, qu’ils ne pouvaient comprendre pour n’avoir jamais rien vécu de semblable. Ça n’existait pas, ça n’existait que pour nous, qu’à travers nous. Et j’avais essayé de l’effacer, j’avais osé le piétiner, avoir ne serait-ce que l’envie de m’y soustraire. J’avais suffisamment insulté ça, je ne pouvais laisser les autres en faire de même. Et puisqu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils voyaient, alors ils ne devaient plus rien voir. C’était aussi simple que ça. Ce qui l’était moins fut de m’arracher à ses lèvres. Je m’y essayais plusieurs fois, avant d’y revenir à de plus nombreuses reprises encore. Je reculais, revenais, reculais encore, et m’y abandonnais toujours. À mesure, toutefois, je parvins à en réduire l’ardeur, achevant mon périple juste assez pour venir écraser mon front contre son torse, m’échappant de sa bouche et son regard, sans pour autant m’évader de ses bras et la force de sa protection. Là, je tentais de reprendre mes esprits, juste assez pour rendre visible l’invisible, et essayer de trouver une suite immédiate. Je ne comptais pas m’arrêter, pas même un peu. Je lui offrirais absolument tout ce qu’il réclamerait, et même si je n’avais aucune certitude, je savais qu’on ne pouvait pas rester là. Alors, j’attrapais une de ses mains, l’arrachais à mon corps pour la garder captive de la mienne, et puis je reculais. Je reculais sans le lâcher des yeux, afin qu’il comprenne que je ne m’éloignais pas de lui, mais que je m’éloignais avec lui. Je reculais, encore et encore, ses deux mains dans les miennes, quittant la pseudo piste de danse, traversant le flot de badauds, les laissant dans son dos. Et lorsque je fus suffisamment certaine de l’avoir rassuré et convaincu, je lâchais une de ses mains pour n’en conserver qu’une, et pivotais sur mes talons pour prendre la tête de la marche en étant bien plus efficace qu’à reculons. Une porte eu ma préférence, celle de la réserve, estampillée d’un ‘private’ qui saurait dissuader 90% de la population du bar. Les 10% restant n’étant qu’un détail, je refermais la porte derrière nous avant d’allumer un plafonnier grésillant projetant une lumière faiblarde sur les étagères ployant sous les bouteilles d’alcool divers et variés. Bizarrement, mon premier réflexe ne fut pas de me jeter sur lui pour reprendre où nous en étions restés. La feinte sécurité de la petite pièce m’apparu comme un havre de paix, un espace hors du temps où, étrangement, je pourrais prendre le mien. Mes mains retrouvèrent ses joues, relevant son regard jusqu’au mien, et mes doigts redessinèrent les contours d’un front, de tempes, de deux mâchoires, comme une aveugle apprenant un visage par coeur. Il était tellement beau que ça en était douloureux, tellement à vif que ça en était dévastateur. J’aurais eu tant à lui dire, j’aurais voulu le rassurer, m’excuser encore et encore, lui promettre de ne plus jamais le quitter, de ne m’évaporer que s’il me l’ordonnait, mais je craignais que le moindre mot, la moindre phrase prononcée brise les maigres progrès que je venais de faire. Il était là, avec moi, ses yeux étaient habités, son corps animé, je ne pouvais rien demander de plus, je ne devais pas trop vouloir en même temps. Je passais après quatre année de destruction, il allait me falloir plus de quelques minutes pour le réparer complètement. Si tant est que je sois en mesure de le faire, d’ailleurs. Alors, je me taisais, je ne laissais aucun mot franchir la barrière de ces lèvres qui venaient rejoindre les siennes pour les sceller en un énième baiser. Il fallait qu’il reste avec moi. Il devait rester avec moi. Alors, si je ne pouvais le lui dire, je devais le lui montrer. À quel point je l’aimais, à quel point j’étais à lui. Quitte à me détacher de lui, et reculer, reculer encore dans la lumière blafarde, jusqu’à rencontrer un mur, m’y adosser, et détacher lentement, timidement mais déterminée, un à un les boutons de mon chemisier, sans le quitter des yeux, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun et que, les pans désolidarisés, le tissu ne cache plus rien de ma peau, de mes seins, et que les deux mains se rangeant sagement de mon dos, je me soumette à son regard, à sa volonté. À ce destin qu’il voudrait pour moi. Lui ou le vide de tout. Le vide de Lui.     
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Jeu 8 Jan - 0:30

Il ne voulait rien d'autre que le contact de sa peau sur la sienne, leurs bouches sellées l'une contre l'autre, incapable de s'en éloigner. Ses mains n'avaient pas d'autres utilités que de caresser ce dos. Ses lèvres ne vivaient que pour embrasser les siennes. Ça ne pouvait pas être un rêve. Les sensations étaient trop familières, trop vives. Pendant un instant il oublia le manque. Pendant un instant seulement. Le manque se rappelait toujours à lui, parfois de manière insidieuse, et parfois avec plus de fracas. C'est ce qui l'avait maintenu éveillé toutes ces nuits, c'est ce qu'il avait essayé de combler, d'annihiler en sombrant dans l'alcool, la drogue parfois, tout ce qui pouvait assommer un instant le manque, la douleur. Mais au réveil, il était toujours là. Le manque. Comme un compagnon invisible dont il n'avait jamais demandé la compagnie. Le manque. D'elle. De son amour. De sa peau. De ses sourires. De ses baisers. De ses mots. De son corps. De sa présence. De tout. Elle était là. Entre ses mains. Peut-être. Elle était là. Mais ce n'était pas assez. Peu importe les gens autour d'eux. Ça ne concernait personne d'autres qu'eux. Il devait lui faire comprendre le manque. Au début, il avait cru qu'il ne pourrait jamais vivre avec. Comment pourrait-il supporter un tel vide en permanence ? Comment pourrait-il ne supporter ne serait-ce qu'un seul jour dans cet état ? Puis il avait appris à vivre avec. Si on pouvait appeler ça une vie. C'était le manque qui guidait ses gestes. Son amour pour elle. Sa colère. La joie de la retrouver. La tristesse de constater que ça n'était pas suffisant pour le soulager... Il y a eu des moments, qu'il regrettait à chaque fois, où il l'avait réellement haï. Il s'était imaginé la faire souffrir autant qu'elle le faisait souffrir, où il aurait rejeté toute la faute sur elle, toute sa douleur, simplement pour se venger. Parce qu'il ne pouvait pas y avoir d'autres explications à son malheur. A son manque. Mais elle était là. Et il ne pouvait pas la haïr. Il se haïssait lui. Pour ce qu'il était devenu. Mais il ne pouvait pas la haïr. Pas quand elle apparaissait devant lui après tout ce temps. Parce que le manque avait été trop grand. Il y a quatre ans, on lui avait arraché une partie de lui. On l'avait laissé brisé, meurtri, en miettes. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Et il avait toujours su, qu'elle serait la seule à pouvoir le réveiller. Elle était la seule, qui pourrait, peut-être, combler le manque. Parce que seul, il était trop faible. Il n'était rien. Une âme perdue qui errait sans autre but que la retrouver. Gâchant sa vie, son héritage. Il aurait pu faire tellement plus. Oui il aurait pu. Mais tous les sermons de sa mère n'avaient pas suffi. Il n'avait plus envie de s'entendre dire qu'il aurait pu être tellement plus. C'était faux. Il n'aurait pas pu. Il ne pouvait pas. Il n'était rien. Sans elle. Sans ses caresses. Il n'était rien. Si ce n'est le manque. Il aurait pu l'embrasser pendant des heures, ne pas remarquer le regard des autres, il aurait pu la prendre là, tout de suite, il s'en fichait. Mais elle s'éloigna, juste un peu d'abord, attrapant ses mains, qu'il resserra encore plus. Elle commença à reculer, maintenant son regard dans le sien. Il comprit tout de suite qu'elle ne partait pas sans lui. Mais avec lui. Il ne lâcha pas pour autant sa silhouette du regard, même quand elle se retourna. De peur que l'illusion ne s'échappe. Que le rêve ne lui glisse entre les mains. Il serrait sa main avec force. Elle l'amena dans un local mais il ne regardait pas le décor. Il ne regardait qu'elle. Qui déposa ses mains sur ses joues et le regardait, lui. Voyait-elle le manque dans son regard ? La douleur qui l'animait ? Percevait-elle l'ombre de ses quatre dernières années voiler son regard ? Elle combla la distance pour conquérir ses lèvres. Puis s'éloigna. Il aurait pu protester mais il savait qu'elle ne partirait pas. Il la regarda reculer, s'arrêter contre le mur, puis déboutonner un à un les boutons de son chemisier. Il la dévora littéralement du regard. Elle n'était pas seulement belle. Elle était envoûtante. Magnifique. Il aurait presque pu se satisfaire de cette simple vision. Embrasser du regard son corps jusqu'à la fin des temps. Mais il était faible. Et le manque lui criait d'en demander plus, de réclamer ce qu'il avait perdu, de conquérir chaque parcelle de sa peau. La seconde d'après il était sur elle. Ses lèvres d'abord sur sa bouche, puis glissant sur sa mâchoire, jusqu'à son cou, dans le même mouvement, ses mains allèrent trouver le chemisier de la jeune femme, qu'il finit de lui ôter. Il la souleva ensuite, plaçant ses mains sous ses fesses. Il aurait pu prendre son temps. Il s'arrêta d'ailleurs pour embrasser du regard sa poitrine, ronde, parfaite, avant de réellement l'embrasser, de caresser de la langue un téton, puis un autre. Il ne se lassait pas du goût de sa peau, il aurait pu le faire avec chaque parcelle de son corps. Non ce n'était pas un rêve. Ça ne pouvait être un rêve. Il tentait encore de s'en convaincre. Il était dans le brouillard depuis quatre ans, mais enfin, ce soir-là, il percevait une lumière. Était-ce réel ? Ça en avait le goût, les sensations. Mais il avait trop peur d'être trompé. Le manque était encore trop présent. La confusion trop envahissante. Et la peur. Peur de découvrir que ce n'était pas elle. Peur qu'elle ne s'échappe. Peur de se rendre compte que sa folie n'avait rien à voir avec elle. Alors il se dépêchait, profitait le plus possible de son corps tant qu'elle était là, entre ses bras. Il retraça le chemin inverse jusqu'à sa bouche, sa respiration hachée, son corps souhaitant déjà combler définitivement la distance. Parce qu'il avait besoin d'elle. De la sentir. De s'unir à elle complètement. Tout son être le réclamait. Le manque se rappelant d'autant plus vivement à lui alors qu'il était si près d'elle. Il n'était qu'ardeur et passion. Ne s'arrêtant que pour reprendre son souffle mais même là il se collait à elle, s'enivrait de l'odeur de sa peau. Maia. Un rêve. Après tant de cauchemars. Il la laissa redescendre doucement, et appuya ses deux mains contre le mur autour d'elle, presque chancelant sous les émotions. Il était à la fois perdu et heureux. Il n'expliquait pas sa folie. Mais il pouvait expliquer le manque. C'était Maia. Il ne comptait pas le nombre de fois où il avait prononcé son nom. Comme si elle pourrait réapparaître. Mais elle n'avait pas entendu ses cris. N'avait pas entendu sa souffrance. Elle lui avait terriblement manqué. Au point d'en avoir mal, physiquement et psychologiquement. Et la douleur était toujours là. Mais elle s'apaisait un peu sous les baisers de la jeune femme. Elle s'apaisait un peu en la regardant, en redécouvrant son corps. D'une main il alla glisser les cheveux de la jeune femme derrière une oreille, puis descendit jusqu'au creux de ses reins pour presser son corps contre le sien, qu'elle sente l'effet qu'elle avait sur lui, même si elle ne pouvait pas comprendre à quel point le manque était présent. A quel point le manque l'avait transformé.
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Jeu 8 Jan - 3:03

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
C’était étrange, intense, mais étrange. C’était comme une faille temporelle sans l’être réellement. J’avais conscience des quatre années écoulée, j’en avais une conscience saisissante et douloureuse. Mais ça ne changeait rien au fait que tout était là, la même attraction, la même tension, ce même besoin de lui, cette même envie inchangée, inégalée, et les réflexes... Ces réflexes naturels et spontanés. Comme s’il ne s’était rien passé, comme si rien n’était venu bouleverser ça. Lorsqu’on quitte quelqu’un, on ne se permet pas ce genre d’étreinte quatre ans plus tard. On ne se jette pas dans ses bras, on ne lui offre pas ses lèvres et tout le reste. À la rigueur, on lui demande des nouvelles dans un sourire un peu gêné, et dans le pire des cas, on s’ignore ou s’insulte. Mais lorsqu’on a quitté quelqu’un, on n’agit pas comme j’étais en train de le faire, et on n’y répondait pas de la manière dont il le faisait. Dans nos gestes, dans nos étreintes, dans nos caresses, c’était comme si nous nous retrouvions après une séparation de quelques semaines, quelques jours, voir même quelques heures. Il y avait ce besoin très intense, certes, mais nous l’avions toujours été. Non, c’était dans nos regards qu’on percevait la séparation, la douleur, l’agonie résultant de ces quatre dernières années. C’était dans ces regards échangés que le dialogue se déchiffrait. Dans le mien, déchirant de culpabilité, et dans le sien, ravagé de douleur et de cette folie que je traduisais à peine, refusant de l’accepter, refusant de le reconnaitre. Reconnaître que j’avais pu engendrer ça, que j’avais pu le conduire là. J’avais eu mal, pendant quatre ans, j’avais cru crever de douleur. La première année, surtout. Trois cent soixante cinq jours de torture physique et psychologique, avec ce mal au creux de mes reins, cette douleur insupportable dans le ventre, et ces cris qui ne sortaient pas de ma bouche déformée. Trois cent soixante cinq matins où j’ouvrais les yeux sur un lit vide, m’attendant à le trouver là, avant de réaliser... et encaisser. Mais... Ça n’avait rien à voir avec sa douleur à lui. Il est toujours plus confortable de quitter que d’être quitter. Je ne l’avais plus, mais je n’étais pas impuissante. Je savais où le trouver, et je me raccrochais à ça, à cette idée que, si un jour, le souffle m’en était coupé, je pourrais toujours rebrousser chemin, revenir vers lui, quitte à prendre tous les risques pour ça. Je ne l’avais jamais fait, m'enorgueillissant, bêtement, d’être assez forte, assez courage, alors que je n’étais rien d’autre que lâche. Je l’avais imaginé avec une autre tellement de fois, que je n’avais jamais cru pouvoir vivre ça, à nouveau, même juste une fois, rien qu’un instant. Pour moi, il avait refait sa vie, et j’agonisais en solitaire, en vain. J’étais stupide, j’étais aveugle et naïve. J’avais cru ce qu’on m’avait servi, je n’avais rien remis en question, pas une seule fois. Comme si je n’attendais que cette excuse-là. Dans un sens, c’était le cas. Consciente que je ne serais jamais à sa hauteur, j’avais préféré le quitter avant qu’il ne le fasse, utilisant cet ultimatum pour trouver enfin le courage. Parce que, encore une fois, il est tellement plus simple d’être celui qui quitte, plutôt que le quitté impuissant. Je l’aimais, je l’aimais tellement fort, je savais que s’il m’avait laissé, j’aurais fini par en crever. Littéralement. Au lieu de quoi, c’est lui que j’avais presque tué. Presque. Parce que mort, il ne l’était pas encore tout à fait. Il restait un bout d’âme, une étincelle de vie, dans ces yeux-là qui rencontraient les miens. Et plus je le touchais, plus je m’arrimais à son être, et plus la lueur s’intensifiait. Je pouvais le ramener, je pouvais le réanimer, et comme un secouriste s’épuisant sur un massage cardiaque, le souffle court, les membres gourds, et cette urgence dans chacun de ses gestes, j’employais la même énergie pour le ramener à la surface, jusqu’à moi, quitte à précipiter ma propre fin en m’offrant de la sorte, sans introduction. Je connaissais les risques à l’entrainer dans la réserve et me découvrir sous ses yeux. Ou plutôt, je connaissais le risque, celui du rejet. Un rejet que je ne saurais jamais surmonter. S’il me repoussait, alors... Alors mon monde s’effondrerait. Parce que, jusqu’alors, j’avais vécu dans l’espoir de le retrouver un jour. Il y avait toujours eu ça, cet espoir, accompagnant chacun de mes réveils, chacun de mes couchers. Un espoir vain, j’en avais conscience, mais suffisant pour tromper mon désespoir, justement, suffisamment pour me permettre de survivre un jour de plus. S’il me rejetait aujourd’hui, il tuerait cet espoir, le foulerait du pied, et moi avec. Mais ce risque, je devais le prendre pour lui. Et pour moi, un peu, aussi, pour museler cette culpabilité qui n’en finissait pas de grimper contre mon échine, tout comme ce frisson lorsque ses yeux rencontrèrent ma peau à découvert, et cet appétit que j’y lisais. De la force de cet appétit que je découvrais, à la seconde où il rejeta la vue au profit du touché. Il fut sur moi en quelques instants, quémandant et s’appropriant ma bouche avec fureur, cette même fureur qui sévissait contre mes côtes, les bombardant de coups de ce coeur sur le point de rompre. Il avait cessé de battre pendant trop d’années, désormais il semblait vouloir combler son retard en cavalant, cavalant, s’épuisant, m’épuisant. Mais ça n’avait pas la moindre importance. Contre ses lèvres, je revivais. Je pouvais bien crever ici et maintenant, au moins j’aurais vécu une dernière fois. Ses mains me soulevèrent, et j’enroulais mes jambes autour de ses hanches, dans un automatisme qui ne laissait rien entrevoir des quatre années passées. Je l’avais quitté, mais pas lui. Il avait accompagné, rythmé chacune de mes journées. Je n’avais jamais rencontré personne d’autre, parce que j’avais déjà quelqu’un : Lui. Son ombre. Son fantôme. Son espoir. Il n’avait jamais été question de le perdre, je ne pouvais pas le perdre, je ne devais pas le perdre. Et sa bouche contre ma peau, c’est moi qui me perdais, ou qui me retrouvais, je ne savais plus. J’étais noyée dans ce flot de sensations et d’émotions me submergeant, complètement. J’aurais eu envie de rire, de pleurer, de crier, de remercier, et d’implorer tout à la fois. Je voulais le voir, mais surtout pas qu’il s’arrête. Et tiraillée entre ces deux envies, ces deux besoins aussi vitaux qu’incompatible, j’optais pour l’inertie, le laisser faire. Je le laissais faire. Je le laissais jouer, découvrir, redécouvrir, goûter et se réapproprier ce territoire qui n’avait jamais cessé d’être sien. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment ? Lorsqu’il remonta jusqu’à mes lèvres, j’étais déjà à bout de souffle, et lorsqu’il me relâcha, je frôlais l’asphyxie. J’avais toujours eu conscience de ce manque de lui, mais ce n’était qu’à présent qu’il étanchait ma soif, que je réalisais à quel point le manque avait été cruel. Ses bras encadrant ma tête, les mains en appui contre le mur contre lequel il m’acculait, il m’offrait un sursit dont je ne voulais pas. Un sursit que je redoutais tant j’étais terrifiée à l’idée de perdre cette flamme dans son oeil. Je préférais qu’il m’épuise, qu’il me tue, si ça le ramenait lui, à la vie. Cependant, consciente de ne pas être en position d’exiger ou réclamer quoique ce soit, je subissais, sagement, impuissante, me contentant de déposer mes lèvres, doucement, tendrement, sur un avant-bras, puis sur l’autre, baisant, aimant, adorant chaque parcelle de son corps, chaque parcelle de son être. Mes doigts remontèrent jusqu’à une mâchoire, une pommette, un front que je caressais dans revers de main. Mon regard suivait le mouvement, savourant chaque contact comme s’il confinait au sacré. Et puis, ce fut son tour de m’honorer de cette tendresse qui m’avait toujours tant émue. D’une main il chassa quelques mèches derrière une oreille, avant de la glisser dans mon dos, contre mes reins, me plaquant contre les siens jusqu’à ce que je sois en mesure de sentir, en plus de ressentir. J’aurais pu m’en mordre la lèvre d’anticipation, mais... J’avais trop mal, pour ça. Un mal sinistre et insidieux, né de cet amour qu’il me témoignait, encore et toujours, alors qu’il aurait du n’être que vengeance. Je ne méritais pas ça, je ne le méritais pas, lui. Je voulais le sauver, et me retrouvais à être sauvée, moi aussi. C’était injuste. Je n’en avais pas le droit. Et pourtant... Pourtant les sauvetages étaient indissociables, je ne pouvais pas espérer le sauver si je ne le laissais pas me sauver. Alors je succombais, une fois de plus, faisant voler en éclats les dernières barrières de conscience, en détachant mes mains de son corps pour les glisser jusqu’à sa ceinture. Je la défaisais habilement, presque instinctivement, comme s’il n’avait jamais porter qu’une seule et même ceinture dont je connaîtrais le fonctionnement par coeur. Je n’avais même pas besoin de regarder ce que je faisais pour le faire, et tant mieux, puisque je ne le quittais pas des yeux, gardant mon regard ancré au sien comme pour lui affirmer que c’était moi, que c’était bien moi agissant de la sorte, ne lui offrant aucun doute possible. La ceinture détachée, les boutons défaits, je le laissais en l’état, non pas pour le torturer, mais pour qu’il comprenne que je n’étais pas là que pour ça. Que j’étais là, simplement, et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de moi. Je le quittais pendant quatre ans, puis lui sautais dessus à la première et unique occasion. Il ne devait pas se tromper de message. Ce n’était pas moi, l’important. Ça n’avait jamais été moi, l’important. Toujours Lui. À tout jamais, Lui. Alors, mes mains remontèrent jusqu’à ses hanches, puis contre sa peau, entrainant pull et tee-shirt d’un même mouvement, redécouvrant ce corps qui avait changé, et qui, pourtant, demeurait identique à mes yeux. Il s’était épaissit, s’était renforcé, il semblait plus puissant que jamais. Il était superbe, il l’avait toujours été. Mais malgré ces différences, ces évolutions, j’y retrouvais tous mes repères. Comme cette tâche de naissance sur laquelle je promenais mes doigts, sitôt ses vêtements ayant rejoint mon chemisier sur le sol. Ou encore ce coeur contre lequel je déposais mes lèvres. Une fois. Deux fois. Trois fois, en des baisers aux apparences de défibrillateur. Un coeur que j’espérais rafistoler, au moins un peu, juste comme ça. Un coeur contre lequel, après mes lèvres, je déposais mon front, ma tempe, ma joue. Un chat réclamant des caresses. Un chat submergé par l’émotion, les émotions. Désespoir, incrédulité, douleur, félicité, ébahissement, apaisement furieux. Quelques baisers, encore, puis je relevais le menton pour réclamer sa bouche, tandis que mes mains, affamées, glissaient le long de son dos, chutaient contre ses reins, s’insinuaient sous le jean, et s’établissaient sur ses fesses. Je n’étais pas là pour ça, pas que pour ça, mais s’il avait besoin de mon corps pour revivre, je me laissais conquérir totalement désarmée. Il devait s’assurer que c’était moi, il devait savoir que c’était nous, que j’étais sienne, que j’étais toujours et pour toujours sienne. Et pour ça, je devais lui faire l’amour. Parce qu’il n’y avait que moi pour l’aimer comme ça, parce qu’il n’y avait que nous pour s’aimer aussi fort, je savais, j’avais l’assurance qu’aucune autre n’aurait su le tromper sur ça. Il devait venir en moi, il devait se confondre en moi, devenir une part de moi, pour comprendre que ce moi était réellement moi. Ainsi, je laissais glisser mes mains contre ses cuisses, et le mettais à nu. Pour lui. Pour nous. Pour moi.     
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Mar 3 Fév - 14:22

Il hésitait encore entre rêve et réalité. Cette vision, si belle, si envoûtante, ne pouvait qu'être un rêve. Ces sensations, les gestes naturels, évidents, ça ne pouvait qu'être vrai. Ces quatre dernières années il n'avait rêvé que d'elle, de ses formes, de ses yeux dans lesquels il se perdait si facilement, de ce corps qui s'emboîtait parfaitement au sien... Le reste n'avait été que cauchemar. Un brouillard sans fin dont la seule lumière était l'image de Maia. Le souvenir qu'il avait d'elle. C'était ce qui l'avait maintenu en vie. Encore aujourd'hui. L'espoir. De la retrouver. De la voir. De l'étreindre à ne plus pouvoir respirer. Il connaissait chacun de ses traits par cœur, gravés dans son esprit, sur son corps. Et il les retrouvait ce soir. Réalité ? C'était les mêmes lèvres, la même courbe de la mâchoire, le même torse qui s'unissait au sien. C'était encore mieux qu'un rêve. Quatre ans qu'il avait perdu tout contrôle. Mais ce soir, ses gestes étaient maîtrisés, ses mains, sa bouche, tout son corps se rappelait de ce qu'il fallait faire, comme une chorégraphie dont il aurait appris chaque mouvement. Et pourtant, il avait l'impression de la redécouvrir complètement. L'angle était différent, le besoin déchirant, le désir insoutenable. Il n'avait été que l'ombre de lui même. Mais il lui avait fallu un seul regard sur elle, une seule de ses caresses, pour retrouver une partie de lui. Son esprit était flou mais il n'avait pas vu aussi clairement depuis quatre ans. Il aurait aimé pouvoir dire avec les mots à quel point elle était magnifique, mais les mots n'étaient pas suffisants. Il aurait peur d'éclater la bulle. Se réveiller. Découvrir que tout n'était qu'un rêve. Même quand l'émotion le submergeait, qu'il devait se maintenir au mur un instant, il ne pouvait pas se passer de son contact. Ses mains retrouvaient son dos, rapprochaient son corps du sien. L'espace était toujours trop grand. Son corps brûlait de désir à chacun de ses baisers contre sa peau. Il se laissa faire quand elle commença à le débarrasser de ses vêtements. Il frissonna. Pas de froid. Mais de désir. Brûlant. Obnubilant. Il était fou. Elle le rendait fou. Il ne voulait rien d'autre qu'elle. N'avait jamais voulu d'autres qu'elle. Il ne pouvait se passer d'elle. Sans la quitter des yeux il la débarrassa de son pantalon de la même manière. Ses mains se firent plus pressantes, plus possessives. Il était faible mais elle était sa force. Elle l'avait toujours été. Ses lèvres conquirent les siennes, ses dents agrippant sa lèvre inférieur, tirant dessus, avant qu'il l'embrasse de nouveau avec passion, sa langue dansant contre la sienne. Il ne pouvait plus tenir. Il n'était pas patient. Ne l'avait jamais été. Et il mourrait d'envie de la pénétrer, de ne faire qu'un avec elle. Il la souleva de nouveau, ses hanches s'emboîtant aux siennes, et en un mouvement elle était sienne. Un bruit indescriptible s'échappa de sa gorge, le désir criant jusqu'au plus profond de son être. L'ébranlait complètement. Une seconde il crut que c'était la fin. Tel plaisir ne pouvait exister. Ça ne pouvait qu'être un rêve. Mais il ouvrit les yeux. Regarda Maia. Sa Maia. Sa réalité. Elle était là. Avec lui. Une main dans son dos, l'autre derrière sa tête, il accompagna la jeune femme jusqu'au sol, sans se retirer, maintenant leur corps emboîter l'un à l'autre. Une fois au sol, il donna un coup de hanche, en même temps qu'il embrassait chaque partie de son visage. Il ne voulait plus la quitter, ne pouvait plus. Les mots ne lui étaient pas venus, mais il exprimait toute ce qu'il avait ressenti ces quatre dernières années à chaque coup de hanche. Son amour. Sa colère. Sa tristesse. Le manque. La haine. D'elle. De lui. Le rythme était lent mais intense. Il savait qu'il ne tiendrait pas longtemps alors il profitait de chacune des sensations qui l'animaient. Il avait été vide. Sans autre but que de la retrouver. Mais avec elle, en cet instant, il avait l'impression de revivre. Chaque baiser était une gorgée de fraîcheur, chaque coup de rein un pas de plus vers la réalité. Il ne retenait aucun gémissement, aucun geste, savourant de sa langue ses lèvres, sa peau, sa poitrine. Sa respiration était hachée, son cœur était prêt à exploser. Il sentit une larme rouler sur sa joue. Il la voulait au point d'en avoir mal. L'éloignement avait été une torture, mais maintenant qu'elle était là, peut-être, dans sa réalité tordue, le manque et le désir se rappelaient à lui douloureusement. Chaque parcelle de sa peau criait de se rapprocher, de ne plus s'éloigner, de rester là, pour toujours. Il ne vivait que pour être près d'elle. Il s'en était convaincu quand il cherchait des excuses à sa propre déchéance. Sans elle il n'était rien. Avec elle, il ne formait qu'un. Il retrouvait sa moitié, son essence, sa raison de vivre. Son odeur, son corps, sa drogue. Si c'était la fin, il ne voulait la passer nulle part ailleurs. Avec elle. En elle. Mais il savait que ça ne pouvait pas durer. Qu'il y aurait forcément un moment où il devrait s'arracher à ce rêve. Fermer les yeux sur son désir. Fermer les yeux sur cette joie qui animait actuellement ses gestes. Alors il s'accrochait encore plus à elle, une de ses mains se refermant sur une poignée de ses cheveux, tirant dessus, maintenant sa bouche contre la sienne, son corps dans le sien. Il voulait tout partager. Son désir et sa douleur. Il l'aimait tellement. La voulait tellement. Il n'était que passion. Il n'y avait pas de temps pour la douceur. Le temps pressait. Il devait lui faire comprendre. Lui montrer. A quel point il était brisé. A quel point il n'était rien. A quel point il avait besoin d'elle. Il accéléra le rythme, la danse de son corps contre le sien. Avec le sien. Il en perdait le souffle. L'esprit. Rêve. Réalité. Ses sensations ne pouvaient être qu'un rêve. Cette douleur la réalité. Sa réalité.
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MessageSujet: Re: Mahalia & Dmitri - dirty dancing Mar 3 Fév - 23:50

Mahalia + Dmitri
Dirty Dancing
Je le voulais en moi. Maintenant. Pas dans une heure, pas dans une minute, pas dans une seconde. Maintenant. Ce besoin se traduisait au-delà du simple désir. Évidemment, n’importe quelle femme en le voyant aurait nourrit la même envie que moi, sauf que la mienne n’avait rien de lubrique ou vulgaire. Je le voulais en moi pour me sentir entière. Je le voulais en moi pour lui rendre le sens que je lui avais fait perdre. Je le voulais en moi pas pour le posséder mais pour lui démontrer que c’était moi qu’il possédait. Qu’il n’avait jamais cessé de le faire. Oui, en réalité, je le voulais en moi pour effacer les quatre précédentes années. Je le voulais en moi par égoïsme, comme si cette offrande pouvait rattraper toutes mes erreurs, même les pires. Comme si je pouvais faire passer cette étreinte charnelle et intime pour un sacrifice. Ce n’en était pas un, pas du tout. Même s’il m’était dur de l’admettre, je prenais du plaisir, beaucoup de plaisir, certes tiraillé cette douleur et cette détresse qu’on se partageait, lui et moi, mais... Rien n’était comparable au bonheur, à l’euphorie de le retrouver, de le sentir contre moi, et, très égoïstement, très cruellement, de constater que j’avais encore du sens, pour lui. Je n’en avais plus, depuis longtemps, depuis quatre ans, à mes yeux. Je ne vivais plus pour moi-même, je vivais pour Alek, je vivais comme l’extension de mon fils, comme le souvenir de son père. J’étais une ombre, et désormais, sous la fureur de son regard, j’étais un soleil. Le sien. Je ne méritais rien de tout ça, ni plaisir, ni soulagement, ni même sens, j’étais la méchante, et la méchante n’avait jamais de fin heureuse. Alors oui, je le voulais en moi, mais pas seulement pour moi. Il y avait cette part, évidemment, mais infime, tellement infime puisque inavouable, intolérable, déméritée. Je le voulais en moi pour lui, et me laissais soulever avec impatience. Paradoxe de mes drôles d’envies. Je le sentais déjà, par anticipation, alors qu’il n’était pas encore là, toujours à l’orée de moi. Les souvenirs intactes, je savais parfaitement ce qui allait suivre, je savais ce que j’allais ressentir, ce que les émotions feraient de moi. Et pourtant... Pourtant... À croire que les souvenirs ne sont jamais à la hauteur de la réalité, ou que ces quatre années avaient absolument tout exacerbé, rien absolument rien, du passé, du présent ou de l’avenir, ne souffrirait d’être comparé à ça. C’était comme un feu d’artifice tiré droit entre mes cuisses, inondant mes entrailles, faisant crépiter mes organes. Je n’étais plus vivante, je n’étais même plus humaine, j’étais une survivante à fleur de peau, l’intégralité de ce que j’avais été se ratatinant et se resserrant autour de lui comme pour l’envahir à mon tour. Il était là, il était partout, dans mon antre, dans mon ventre, dans ma tête. Sa voix, son râle, me caressait, me secouait, m’hypnotisait, m’imprégnait. Sa peau, ses bras, ses doigts, m’arrachaient la peau, me la brûlaient, me réanimaient. Je voulais le sauver, moi, et c’était lui qui me secourait, me rappelant ce que j’avais été, ce que nous avions été. Ce ‘nous’, justement, supplantant le ‘tu’ et le ‘je’. J’avais eu l’habitude de dire que ma vie avait commencé avec lui. Et puis j’avais oublié, jusqu’à maintenant. Non, pas oublié, j’avais volontairement occulté le fait que ce qui valait pour moi, valait aussi pour lui. Il avait été un ‘tu’ incomplet, puis un ‘nous’ absolu. Comment avais-je pu croire qu’il deviendrait un ‘tu’ satisfait ? Il avait fermé les yeux, il avait clos les paupières, et je souffrais en silence. Je voulais qu’il me voit, je voulais qu’il fasse l’amour avec moi, pas avec une autre, pas une invisible, une impalpable, un fantasme, un mirage. J’étais réelle, j’étais charnelle. Je voulais qu’il le voit. Je voulais qu’il me voit. Et c’est ce qu’il fit, comme une réponse à mes prières muettes, rouvrant les paupières et me laissant apercevoir la surprise dans ses yeux. Oui, c’est moi, c’est vraiment moi. Tu le sais, à présent, tu le sens. Mes mains s’arrimèrent, mes mains s’accrochèrent, à sa nuque, à son cou, remontant, puis redescendant, caressant, cajolant, des joues, un cou, des épaules, des bras, avant qu’il ne décide de nous faire redescendre, une jambe après l’autre, un genou après l’autre, d’un mètre, puis de presque deux, m’allongeant sur le sol douteux qui, en cet instant, n’avait pas la moindre importance. Il était en moi, tout le reste, tout ce qui entourait la fusion de nos corps, n’existait plus. Ni le sol, ni les murs, ni la porte, ni au-delà de la porte, ce bar et cette musique que je n’entendais plus. Il n’y avait que lui, il n’y avait jamais eu que lui, il n’y aurait jamais plus que lui. La seule musique, le seul son, c’était son souffle, c’était son coeur battant contre ma main. Cette paume que j’avais élevé et posé contre son torse, savourant le fracas de cet organe tout contre moi. Le calme avant la tempête. Une tempête que présageait, déjà, son rythme cardiaque. Et puis, il commença, m’arrachant surprise et ravissement. Il récupérait son territoire, annihilant les autres, ces autres, ceux qui lui avaient succédé sans jamais remplacer, ceux qui avaient tenté sans jamais égaler. Mes cuisses se resserrèrent autour de ses hanches, mes jambes s’établissant dans sa cambrure de reins. La dernière fois c’était il y a quatre ans. La dernière fois c’était hier, c’était un siècle, c’était hier qui durait depuis des siècles. Cette dernière fois avait été déchirante. Cette fois-ci l’était tout autant. Il avait faim, il avait froid, il avait mal. Il me détestait, me haïssait, et m’aimait plus encore. Je voyais tout ça, je notais tout ça, dans chacun de ses mouvements, dans chaque va-et-vient. Il me punissait, il me renseignait, il m’honorait. Et il prenait son temps. Et moi, moi, je n’osais pas, je n’osais plus, je n’osais rien. J’avais peur de provoquer plus de plaisir encore, de m’offrir ce que je ne méritais pas. J’avais envie de sa peau, j’avais besoin de son goût, mais refusais de m’approcher et prendre le risque qu’il ne me voit plus, qu’il ne fasse plus que deviner. Alors, du bout des doigts, je me contentais de redécouvrir, redessiner. Entre deux hoquets asphyxiés, j’accentuais, de l’index, la courbe d’une pommette, suivais l’axe d’une joue, effaçais une larme. Il ne devait pas pleurer, il ne devait pas avoir mal, sa douleur m’appartenait, désormais. Je la lui prenais, la faisais mienne, un peu plus à chaque coup de reins. Un peu plus vite, un peu plus fort. Et, brusquement, je ne fus plus capable de rien. Prise à mon propre piège, je n’étais plus apte qu’à soulever et rabaisser le bassin, accompagnant ses mouvements, le rencontrant plus vite, plus fort, encore plus vite, encore plus fort. Lui même n’était plus que vitesse et force, improbable dans sa résistance. Il m’arrachait à moi-même. Tout mon épiderme était tendu à l’extrême, prêt à craqueler comme lors d’une mue, me laissant m’échapper, moi, la nouvelle moi, celle qui ne recommencerait plus jamais ça, celle qui ferait tout, absolument tout, pour le tirer de là. Il perdait le rythme, et je perdais la raison. Où trouvait-il tout ça, cette force de continuer, alors que chacun de mes membres n’était plus que fébrilité et tremblement, et l’intérieur de moi, un incendie flamboyant. J’allais exploser. J’allais imploser. J’explosais. J’implosais. Avant lui. Les paupières plissées à m’en faire mal, sous la force de l’onde, j’affrontais la brûlure interne et externe. Le plaisir absolue, la peine infinie. Parce que, oui, c’était beau, mais c’était tellement triste aussi. Il s’acharnait encore, le front perlant de sueur, le regard doux, le regard fou. Mes mains accrochèrent ses joues, mes lèvres les siennes, et mes jambes forcèrent les mouvements plus profondément. Pas pour moi. Pour lui. Les chairs à vif, je souffrais et savourais chaque invasion totale jusqu’à son implosion à lui, son éruption tout au fond de moi, sans obstacle, sans frein. Je n’avais pas pensé à ça, simplement parce que ça ne comptait pas. C’était lui, c’était moi. C’était peut-être stupide et inconscient, mais c’était nous. Et quatre années de séparation ne changeraient pas ça. Alors, mon regard dans le sien, j’assumais ce timide sourire en coin, ce premier signe d’accalmie après l’orage, après les orages. Et je cherchais mon souffle dans le sien. Les minutes s'égrenèrent, ainsi, sans qu’aucun de nous ne bouge d’un cil, ne se désolidarise de l’autre. Du moins, jusqu’à ce que la position ne me convienne plus, et que mes poumons, comprimés par son poids, se rappellent à moi. Alors, je me rehaussais d’un coude, puis de l’autre, l’obligeant à se redresser avec moi, contre moi, sans me quitter. Surtout, sans me quitter. Je ne l’aurais pas toléré. En position assise, toujours sur le sol, adossée contre la porte, je m’enroulais autour de lui, mes bras autour de son torse, mes jambes autour de son bassin, ma joue venant échouer contre une épaule. Je ne le voyais plus, mais il était partout. Contre moi, autour de moi... en moi. Plus rien d’autre n’avait la moindre importance, et je voulais rester toute ma vie ainsi, entre ses bras, sa peau à portée de ces baisers que je lui offrais, encore, ça et là. Et un « Я тебя люблю » murmuré, soupiré du bout des lèvres, contre sa peau, sans le voir, juste en le sentant frissonner. La seule chose que je savais dire en russe. L’une des choses que mon fils me disait souvent en russe. M’avait-il entendu ? Peu importe, ce n’était pas fait pour qu’il m’entende, c’était juste ma tête qui ne supportait plus le trop plein de ces mots qui tournaient, tournaient et l’asphyxiaient. Il fallait que ça sorte. Au moins un peu. Et ce fut le seul instant durant lequel le silence fut rompu. Du moins, jusqu’à ce que la porte pousse dans mon dos, m’obligeant à sortir le nez de son cou, et appuyer de toutes mes maigres forces sur cette dernière. Puis il y eu les coups, répétés, de plus en plus rapides, de plus en plus impatients. Ils cessèrent, et je cru qu’on avait gagné une nouvelle ébauche d’éternité dans les bras l’un de l’autre. Jusqu’à ce qu’ils reprennent, plus fort, ponctués d’une grosse voix. Celle de Ducky. Il répétait mon prénom, s’interrogeait sur mon état de santé, puis râlait, beuglait, menaçait, après avoir déduit que je ne souhaitais pas lui répondre. C’était le cas. Je voulais juste rester là, et oublier le reste, ignorer le reste. Je ne pouvais pas, je ne pouvais plus. Le reste était là, se rappelant à moi, m’annonçant cruellement que je ne pourrais l’éviter. Alors, avec ce sentiment d’urgence, je baisais cette bouche comme si ma vie en dépendait, je lui rendais un par un tous ceux dont je l’avais privé durant quatre ans. Le compte n’y était pas, évidemment, il n’y serait jamais, mais le temps nous manquait. Il nous faisait défaut. Alors, à contre coeur, je me détachais, m’arrachais de lui, tentais de lisser mes cheveux, ramassais les pans de mon chemisier contre ma poitrine et entrebâillais la porte juste assez pour laisser passer un oeil, rien de plus. Je rassurais Ducky, je présentais mes excuses à Ducky, promettais que tout allait bien, qu’il ne m’y prendrait plus. Mais je refermais la porte, ne laissant personne pénétrer dans ma cachette, notre cachette, cette réserve dont, pourtant, ils devaient avoir besoin. À contre-coeur, toujours, le regard désespéré, je ramassais mon jean, l’enfilais, avec ce sentiment d’être en train de faire la pire connerie de ma vie. Je voulais rester avec lui, auprès de lui, ne pas le quitter, pas une seule seconde, et pourtant... J’avais un service à terminer, j’avais une vie à gagner, j’étais responsable, et... Et j’étais aussi responsable de lui, de cette détresse, cette panique que je lisais, à nouveau, en lui. Alors, ramassant mon stylo-feutre au sol, celui qui me servait à prendre les commandes et qui avait du glisser de ma poche durant l’orage, je récupérais sa main, l’ouvrais sur la paume, et y inscrivais des chiffres. Une série de chiffres. Mon numéro. Je ne voulais pas qu’il parte, je voulais qu’il reste, qu’il m’attende encore un peu. Mais je voulais surtout qu’il comprenne que je ne partais pas, que je ne partais plus. Aurais-je du inscrire mon prénom aussi ? Le doute s’empara de moi, tandis que je retournais au bar négocier avec Ducky, mon départ précipité. Je ferais des heures supplémentaires le lendemain, mais là, j’avais besoin de ce temps pour moi. Je n’étais plus bonne à rien, visiblement, puisqu’il accepta sans discuter, avec ce regard sévère que je lui connaissais et qui, malgré tout, témoignait de son affection pour moi. Aurais-je du indiquer mon prénom ? Il le connaissait, mais... Avait-il besoin d’une confirmation ? Peut-être... Sûrement, puisque, lorsque je repoussais la porte de la réserve, il n’y avait plus personne, ni lui, ni son ombre, juste son parfum, encore et toujours, envoûtant, enivrant... Dévastateur. Et ma voix, ma voix plaintive qui me surprit moi-même, lorsque je réalisais que ce son, ce son étrange et déchirant, ce chant poignant, s’échappait d’entre mes lèvres.

Cette fois, c’était lui qui m’avait quitté. Et oui, j’avais confirmation, dans ce sens, c’était invivable. Insupportable. Insurmontable.    
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Mahalia & Dmitri - dirty dancing

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