It's New York City bitches ! And it's my motherfucking dream

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eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞

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MessageSujet: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Ven 19 Oct - 11:52

❝ enorah and. clyde ❞


    Trois heures du matin. D’ordinaire, Enorah avait plutôt un sommeil de plomb, de telle façon qu’une bombe nucléaire aurait pu exploser sans parvenir à la réveiller, mais un importun tambourinait tellement fort à la porte qu’elle fut bien contrainte de se lever, armée d’un peignoir en soie pour aller ouvrir. « Camille ?! Mais qu’est-ce que tu fous à cette heure-ci, tu vas réveiller Thaïs !! Mais… tu es beurré comme un p’tit Lu ma parole !! » Le trentenaire, trader de son état, était complètement hilare. Il força légèrement le passage avant de s’écrouler sur le canapé de sa jeune sœur, prêt à s’endormir sur le champ. Il expliqua néanmoins, de manière très brève, la raison de son état tout comme son envie de rendre une petite nocturne à Enorah : il était sûr qu’elle irait jusqu’à lui balancer un sceau d’eau glacée le lendemain matin s’il fallait aller jusque là pour le réveiller… à ceci près que la jolie pianiste n’était pas du genre à parvenir à dormir tout en sachant que son frère se mettait minable à cause d’un collègue un peu trop compétitif. C’était tellement gros qu’elle en souffla bruyamment, tentant d’obtenir un brin d’attention de son frère, mais sans succès : celui-ci ronflait déjà comme un vieux moteur diésel et Enorah n’eut plus qu’à lever les yeux au ciel d’exaspération. Elle se pointa dans la chambre de sa fille de deux ans, qui dormait tout en baignant dans une innocence enviable dans un grand parc dont elle ne pouvait pas sortir seule… parfait. Cela laissait quelques heures à la néo-zélandaise pour aller appréhender cet importun. Elle enfila donc une robe en quatrième vitesse, se poudra rapidement le bout du nez histoire de ne pas avoir une face de zombie et prit sa voiture, portable en main, accédant en même temps à la base de données de l’entreprise de Camille afin d’obtenir l’adresse de ce tristement célèbre Clyde. Elle n’était pas vraiment fière d’avoir utilisé le mot de passe de son frère pour obtenir ladite information… mais à la guerre comme à la guerre, on pardonnait tout à une célébrité de son standing et puis elle ne risquait pas grand-chose : il s’agissait d’un trader, pas d’un serial killer ! La tête pleine de certitudes du même genre, la jolie blonde finit par se garer sans peine à Park Avenue, après avoir roulé sans encombre dans les ténèbres de cette nuit sans nuages. Il faut dire que le collège de Camille n’habitait pas un immeuble pour personnes à petits moyens… il devait se gargariser d’être extrêmement bien payé tout en jouant des fortunes à pile ou face. Vous l’aurez deviné : bien que détentrice d’un très imposant portefeuille d’actions, la demoiselle n’aimait pas du tout cette profession et la dénigrait en silence dès qu’elle en avait l’occasion.

    « Monsieur Carmichael !!! » Au tour d’Enorah de tambouriner comme une folle à la porte du fameux trader, quitte à en avoir mal pendant des jours : il n’était pas question que son frère risque un accident de voiture en rentrant complètement imbibé, que ce soit à son propre appartement ou à celui de sa sœur. Il fallait que cela cesse maintenant, et pour se faire, il fallait que la musicienne comprenne. Elle n’allait donc pas partir sans avoir obtenu une entrevue avec cette personne, quitte à camper des heures derrière sa porte… bien que ce ne soit pas nécessaire : bientôt, ce bon monsieur Carmichael lui fit l’immense honneur de lui ouvrir et, malgré l’heure tardive, Enorah ne l’épargna pas en lui soufflant des mots délicats à l’oreille : « Je suis navrée de vous déranger à cette heure mais ça ne pouvait pas attendre. Je m’appelle Enorah Lacroix, je suis la sœur de votre collègue, Camille. Il semble que vous vous livriez à une petite… bataille ridicule et résultat, mon frère est venu chez moi à deux doigts du coma éthylique. Je ne sais s’il s’agit d’un jeu pour vous ou si vous êtes frappé d’idiotie congénitale, et à vrai dire ça ne m’intéresse pas du tout : ce que je veux, c’est que cela cesse. Démerdez-vous comme vous voulez, mais je ne veux plus voir mon frère se déglinguer la santé à cause de votre vendetta ridicule ! » Sa fin de discours avait été nettement moins polie, comme si Enorah souhaitait à tout prix que le message passe. Et, évidemment, alors qu’elle n’avait pas lâché d’une semelle les intenses yeux sombres de Clyde, elle était partie du principe qu’il était responsable de la situation… que ne ferait-elle pas pour son frère, y compris se rendre ridicule et risquer une très mauvaise publicité !
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Sam 20 Oct - 13:57

Soirée agitée en perspective, mêlant les échos bruts d'une musique sourde, les rires de crécelles de demoiselles à la tenue légère et à la pudeur inexistante – surtout lorsqu'il y avait un jacuzzi à proximité – et effluves de champagne très vite mélangées à de l'alcool blanc et autres cocktails douteux, mélanges insidieux s'il en est. Les heures avaient défilé dans un brouhaha frappant les murs élitistes du night club et promettaient de se muer en une nuit blanche interminable que je ne me sentais pas de terminer cette fois-ci. Une fois n'est pas coutume, j'avais décidé de ne pas accompagner mes camarades de fête jusqu'à l'aube, car investi d'une migraine terrible due moins à l'absorption d'alcool qu'au bruit sourd et incessant frappant contre mon crâne sous couvert du capharnaüm alentour, je n'avais qu'une idée en tête : rejoindre mon lit. Seul de surcroît, détail intrigant qui eut pour effet d'élargir les yeux d'un des invités. Croyant d'abord à une blague, il éclata d'un rire guttural à s'en défaire les côtes, semblant avoir avalé un tronc d'arbre en entier, avant de se stopper net lorsqu'il rencontra ma mine blême et fatiguée. « Non mais sérieusement... T'es malade ? »

Et pourtant – croyez-le ou non – je n'étais pas de ces hommes qui dans leur amour pour les courbes féminines (ou leur faiblesse du machisme, cela dépendait des cas) avaient une sainte horreur de dormir dans un grand lit froid sans personne à vos côtés pour vous réchauffer. J'appréciais autant ma solitude que les fêtes mirobolantes et excessives, à l'image de la Grosse Pomme... Ceci dit il était vrai que j'avais pris pour mauvaise manie de finir régulièrement dans les draps d'une demoiselle rencontrée au détour d'un bar, d'une piste de danse ou d'une banquette aux couleurs indistinctes (rien n'est jamais sûr, dans le monde de la nuit) et qu'en cela ma décision d'endosser le rôle de célibataire endurci avait écarquillé bien nombre de regards et arraché des rires amusés à des gosiers ivres. Qu'à cela ne tienne, mon mal de crâne s'intensifiait et je n'avais jamais autant rêvé de mon matelas pour y endormir l'orchestre invisible mais bruyant qui battait mes tempes.

C'est ainsi que je regagnais mon loft aux environs de trois heures du matin, heure à laquelle j'étais censé entamer tout juste un énième Old Pal ou danser dans des bars à salsa des recoins plus sombres de New-York. J'avais beau me draper de faste en apparence, beau costume, belle voiture, loft lumineux, je pouvais tout aussi bien troquer ma Rollex contre une monstre en plastique, mes chaussures italiennes contre des baskets, et mon Aston Martin contre... non, tout de même pas. En bref, si je jouais les riches traders et que j'appréciais le faste des fêtes et les jolies filles allant de pair, je n'étais pas non plus hermétique au monde moins mondain des soubassements de la ville au contraire. Rien dans ce loft ne pouvait pourtant prétendre à mon passé d'anglais modeste, tant tout suintait le faste, la lumière et la beauté – tout ce que, en somme, les pauvres ne peuvent se permettre d'acheter à moins de s'endetter sur des générations. Des toiles contemporaines accrochées dans le salon côtoyaient des œuvres de mon artiste préféré, Mac Adams et ses photographies de série noire donnant une étrange atmosphère à la pièce blanche et irradiante de lumière, les meubles se targuaient d'être en bois rare et de belle manufacture, et quant à la télévision, elle n'avait rien à envier aux fenêtres des bâtiments de Brooklyn dont la largeur semblait bien pathétique à côté. Ce fut néanmoins vers ma cuisine que je me dirigeais, en quête d'un verre d'eau et d'un aspirine.

« Monsieur Carmichael !!! » J'arquai un sourcil de surprise lorsque j'entendis une cinglée tambouriner à ma porte à s'en défaire les osselets. Portant mon verre aux lèvres, plissant le nez sous le goût âcre de mon médicament, je me dirigeai vers la source bruyante et braquai mon regard vers le judas. Nouvelle surprise lorsque je vis de l'autre côté une magnifique jeune femme dont le visage ne m'était pas inconnu : fêtes, vernissage, spectacle, journaux... télévision ? Dans tous les cas, la pauvre femme avait l'air soit complètement désespérée soit véritablement timbrée. Ceci dit c'était assez récurrent de croiser ici des personnes étranges, aussi je ne m'en formalisais pas et lui ouvris la porte. « Mademoiselle. » Ma voix suave et éraillée par la fatigue, prit des teintes à la fois courtoises et froides. Est-ce que au moins elle avait conscience de l'heure qu'il était ? Dans tous les cas au vu de sa mine colérique, je compris aussitôt qu'elle n'était pas ici pour se présenter en tant que nouvelle voisine. Peut-être n'avait-elle pas apprécié le tapage nocturne de ce dernier vendredi... Evitant finalement de trop spéculer sur sa présence afin de ménager ma foudroyante migraine, je me contentai d'attendre jusqu'à ce qu'elle n'explique sa venue, fait qu'elle s'empressa de cracher tel un chat enragé. « Je suis navrée de vous déranger à cette heure mais ça ne pouvait pas attendre. Je m’appelle Enorah Lacroix, je suis la sœur de votre collègue, Camille.» Ah, tout s'expliquait. Un rictus en coin voila mes lèvres blêmes. Ce cher Camille, qu'avait-il fait qui puisse provoquer chez sa soeur pareille furie : avait-il joué avec la bourse une fois de trop, à s'en retrouver ruiné ? Je jubilais intérieurement à cette idée, ce qui eut pour effet de faire perdurer mon sourire amusé que je ne m'empressai pas de noyer dans l'eau salée médicamenteuse. « Il semble que vous vous livriez à une petite… bataille ridicule et résultat, mon frère est venu chez moi à deux doigts du coma éthylique. » Moue piquée entre l'amusement et le mépris. « Je ne sais s’il s’agit d’un jeu pour vous ou si vous êtes frappé d’idiotie congénitale, et à vrai dire ça ne m’intéresse pas du tout : ce que je veux, c’est que cela cesse. Démerdez-vous comme vous voulez, mais je ne veux plus voir mon frère se déglinguer la santé à cause de votre vendetta ridicule ! » Un soupir las s'échappa de mes lèvres, et comme je finissais mon verre d'une seule traite je remis dans l'ordre les paroles et griefs de la demoiselle à mon encontre, fait difficile dans les méandres d'un esprit migraineux.

Enfin après un bref soupir et un silence rompu par le tintement d'un verre que je posai sur une commode à proximité tout en laissant l'intruse sur le seuil, je me retournai vers elle afin de lui servir mon laïus entre l'amusement, le mépris et la courtoisie glacée. « Pour information mademoiselle, je ne suis pas le babysitter de votre frère, et je n'ai à ce titre aucune responsabilité à prendre en ce qui concerne son taux d'alcool dans le sang. A moins que vous ne me payiez pour, je serais ravi de lui mettre le bavoir, des fois qu'il aurait envie de se saouler au whisky. Deuxièmement... » Et je haussais légèrement le ton de ma voix afin d'empêcher mon interlocutrice de surenchérir, ayant capté sa colère fulgurante. « Si vendetta il y avait, il y a longtemps que je me serais débrouillé pour le ruiner jusqu'à ce qu'il me supplie de racheter sa Cadillac pour éponger ses dettes. C'est une compétition entre lui et moi, miss. Je suis trader, pas ambassadeur de l'UNICEF. Troisièmement... » Et je fronçai les sourcils cette fois, d'un timbre d'avantage piqué, quoique toujours suave. « Si je suis un idiot alors vous êtes une véritable cinglée. Il est trois heures du matin, vous êtes chez moi, et vous me donnez encore plus mal au crâne que ma propre migraine. » Traduction : merci, au revoir.
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Sam 20 Oct - 21:44

❝ enorah and. clyde ❞


    « Oh mais oui, j’oubliais. Vous êtes trader, donc vous ne comprenez que les arguments financiers. C’est drôle, on croirait entendre mon banquier ! » Banquier, ou le métier le plus détesté au monde. Les traders n’étaient guère à la noce avec cette ambiance de crise se glissant dans les esprits telle une rumeur maudite. Cependant, il fallait bien davantage qu’un métier ou quelques phrases aussi glaciales que la neige de Sibérie pour décourager la jolie pianiste : quoi qu’il en dise, elle le jugeait personnellement responsable de l’état de son frère. Inutile d’argumenter dans le sens contraire : s’il n’y avait pas cette ridicule bataille entre eux, jamais Camille n’aurait eu le réflexe de s’alcooliser à tout va en sortant du boulot, jamais. Ou alors elle avait trente ans de retard sur ses connaissances en fratrie… mais en doutait fortement. Son néo-zélandais de frère était bien trop transparent pour lui cacher quoi que ce soit, tant et si bien qu’elle n’avait eu aucun mal à retrouver la trace du tristement célèbre Clyde Carmichael… celui-ci ne s’était d’ailleurs pas étonné de la voir débouler chez lui sans même qu’il n’ait transmis son adresse à son rival. Il faut dire que la demoiselle est débrouillarde, et ses réflexes en matière de fouilles devenus légendaires. « Je pensais qu’il n’y avait pas d’heure pour les braves… à moins que je ne sois tombée sur une petite nature davantage préoccupée par sa migraine. Si tel est le cas, toutes mes excuses : je pensais frapper à la porte de quelqu’un ayant les reins solides dans tous les sens du terme ! » Qu’il n’aille point imaginer quelque sous entendu là où il n’y en avait aucun… Enorah répondait toujours à la bêtise par de la bêtise, et à la provocation par de la provocation. Elle accueillit par conséquent le verre qu’il tenait en main avec un cynisme ne lui ressemblant pourtant en aucune manière : elle aurait pu reconnaître l’odeur de l’aspirine à des kilomètres. En tant que mère, c’était la moindre des choses… Thaïs était coutumière des migraines, tant et si bien que la jolie musicienne avait dû finir par trouver un palliatif à ce médicament, un peu trop extrême pour une enfant de cet âge. Ce fut sans doute ce qui tempéra légèrement la colère d’Enorah : elle haussa un sourcil dédaigneux avant de reprendre, sans pour autant changer de ton. « Vous ne risquez pas d’aller bien loin avec votre aspirine, ni de passer une nuit ne serait-ce que potable. Vous êtes donc tous handicapés, vous autre traders ? Je ne pensais pas qu’avec un travail comme le vôtre vous aviez encore besoin qu’on vous donne la becquée ! » Le ton précédemment employé par Clyde ne lui avait fait ni chaud ni froid, en un mot comme en cent. Il en fallait bien davantage pour l’effrayer, tandis que ses réflexes maternels se mettaient délicatement en œuvre sans qu’elle ne puisse y opposer le moindre contrôle. Ainsi, elle appuya légèrement sa main droite contre le torse du jeune homme afin de pénétrer à l’intérieur de son appartement, en toute impunité, tandis qu’elle sortait une sorte de baume de son sac. Inutile de dire qu’elle s’était dépêchée d’œuvrer avant d’être mise purement et simplement dehors… elle avait beau avoir un tempérament volcanique, sa carrure ne pesait pas lourd face à celle du trader.

    Bientôt, elle empoigna légèrement le bras de ce bon Clyde avant de le diriger au premier fauteuil qu’elle trouva à portée de main pour mieux appuyer sur ses épaules et l’inciter à s’asseoir. Elle fit de même, gracieuse comme un cygne, prenant ses aises alors que son but premier était de faire regretter à ce financier de malheur d’être venu au monde… à l’aide de ses mains, elle appliqua un peu de baume sur chacune des tempes du jeune homme, qu’elle commença à masser doucement avec ses doigts. Enorah avait beaucoup de pratique avec sa fille… mais il n’empêche que ce geste devait être terriblement agréable. « Fermez les yeux, cela n’en sera que plus efficace. » Pourquoi lui rendait-elle ce service, le mystère restait entier. Elle-même ne devait pas en avoir la moindre idée, si ce n’est qu’elle restait quelqu’un avec le cœur sur la main. Cela ne l’empêcherait certainement pas de reprendre son petit laïus sitôt sa « tâche » terminée, mais en attendant, elle avait trouvé en ce baume un calmant bien plus efficace que l’aspirine, pour peu que celui-ci soit appliqué par des gestes réguliers et experts. Comme tout, le coup de main s’apprend… « Dites-moi dès que la douleur diminue, même si cela ne devrait plus tarder en théorie. » Enorah s’était même empressée de chuchoter afin que sa voix ne soit pas la raison d’un regain de douleur. Il s’agissait de lui faire passer sa migraine et non de la faire doubler d’intensité…
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Dim 21 Oct - 0:55

La belle ne cessait de jacqueter, agressive sans être corrosive elle parlait d'un ton incisif mais naturellement franc, ce qui avait au moins le don de ne pas la faire passer pour une ménagère acariâtre. Certes je ne pouvais pas certifier que j'appréciais qu'on vienne jusque chez moi pour m'insulter – quand bien même imaginer mon pauvre rival dans un état pathétique avait quelque chose de satisfaisant, c'était au moins cela qui venait illuminer ma piteuse soirée – mais si je relativisais les choses, je pouvais au moins voir une jolie jeune femme au caractère bien trempé drapé de sensualité comme j'aurais pu me trouver en face d'une femme d'un certain âge, au physique ingrat et pestant sa haine de mes fêtes à répétition dans mon loft. Scène véritablement paradoxale dans la ville qui ne dormait jamais, mais soit, je ne mettais pourtant pas cette maigre probabilité de côté au vu de ma malchance cette nuit... Ce fut donc d'un regard à la fois polaire et intrigué, mon visage blême dessinant aléatoirement les traits de la lassitude ou de l'amusement jaune, passant par l'agacement, que je l'écoutais parler. Et plus elle se démenait, plus je me demandais d'où je la connaissais, elle et son visage familier, aux traits éthérés et fin, d'un teint opale voire poudré. Mon regard suivit distraitement la ligne de son cou gracile jusqu'à ses épaules (et je nierais m'être rincé l'oeil au passage de mes pupilles accrochant sa poitrine) pour finir naturellement sa course sur ses mains frêles, comme si mon subconscient tentait de me faire passer un message. Des doigts oblongs comme les siens, fins et élancés qui semblaient pianoter l'air avec grâce... Enorah Lacroix. Sous l'illumination tardive que je mis sur le compte d'une migraine m'assaillant de plus en plus les tempes malgré l'aspirine, je redressai la tête dans un soupir face à cette évidence même que je venais seulement de capter, avant de braquer de nouveau mon regard fauve sur la grande pianiste. Elle avait beau être charismatique, dotée d'un caractère qui me plaisait plus qu'il ne me répugnait, douée pour les laïus interminables et au portefeuille très certainement proportionnel à sa renommée, elle n'en demeurait pas moins chez moi, impossible à déloger quand je ne rêvais qu'une bonne nuit de sommeil. « Bien sûr, on vient rendre visite à trois heures du matin tout le monde le sait. Ceci dit j'ai connu un nymphomane qui avait les mêmes manières que vous. » Sourire hypocrite au possible, qui ne faisait que refléter mon agacement allant crescendo face à l'intruse qui refusait obstinément de partir. Soit elle était particulièrement buttée, soit elle n'avait pas compris un traitre mot de mes explications. En toutes probabilités, je la sentais bien être venue jusqu'ici pour se défouler et décharger sa colère emmagasinée depuis bien longtemps. Et si j'avais été en mesure de combattre, esprit et corps sains, j'aurais volontiers entamé une joute verbale aux syllabes aussi venimeuses qu'un black mamba, prêtes à lui entailler la chair. Malheureusement les soubresauts douloureux dans mon crâne me rappelèrent à ma migraine.

« Vous ne risquez pas d’aller bien loin avec votre aspirine, ni de passer une nuit ne serait-ce que potable. Vous êtes donc tous handicapés, vous autre traders ? » Tant de mots à la seconde, tel un fleuve de paroles agité et intarissable. Sentant mon mal de crâne s'intensifier je me contentais de me masser le front dans un grognement agacé, ce qui n'eut pas pour effet de stopper la pianiste sans gêne. « Je ne pensais pas qu’avec un travail comme le vôtre vous aviez encore besoin qu’on vous donne la becquée ! » Un regard désespéré levé vers le plafond et je fis ce que j'aurais du faire depuis longtemps ; je lui claquai la porte au nez. Du moins, cela aurait pu être efficace si un bout de sa chaussure vernie n'avait pas dépassé le seuil de quelques centimètres. La belle profita de cette tentative ratée pour ouvrir de nouveau la porte, m'écarter du passage et pénétrer chez moi sans vergogne. « Je vous en prie faites comme chez vous. » marmonnais-je non sans fermer derrière elle avant de la suivre. Mais très vite, un bref sourire charmé vint poindre sur le coin de mes lèvres. Sentiment implicite.

Oh bien sûr j'aurais pu tout simplement m'enquérir du bouton de sécurité de l'immeuble, qui en quelques minutes laisserait porte ouverte aux gardiens pour venir déloger l'intrigante, néanmoins je ne me formalisais pas tant des 'mauvaises' manières. Sans doute parce que j'avais toujours eu une vie de paria, et que je percevais le monde avec des codes et éthiques différentes que mes comparses. Par ailleurs même si je l'avais voulu, la surprise de me voir agripper le bras avec tant d'aisance et de détachement avait suffi à bousculer nombre de pensées dans mon esprit embrumé ; ainsi me laissais-je tomber dans le fauteuil, d'avantage interdit face à cette scène surréaliste que véritablement consentant. Le temps de balayer le trouble de mes pensées, et je repris mes esprits comme je dardais Enorah de nouveau. « Qu'est-ce que... » Sentence inachevée sous couvert de mains douces qui vinrent masser mes tempes à l'aide d'un baume agréable. La douleur cuisante s'estompait très vite tandis qu'un souffle de soulagement gagna mes poumons, mais néanmoins méfiant je m'obstinais à garder les yeux ouverts, guidés par mon instinct d'escroc toujours en fuite car toujours traqué. Cependant la simple invective de la demoiselle suffit à me convaincre puisque l'envie de fermer les yeux pour mieux profiter de l'apaisement était la plus forte. Je ne me fis guère attendre pour clore les paupières, me sentant léger et détendu lorsque la vague souffreteuse quittait peu à peu ma boîte crânienne. Bercé par la voix chaude et douce de Enorah, j'en avais oublié sa venue impromptue et ses insultes, un soupir d'aise passant la barrière de mes lèvres. « Trop de fêtes et de stress, pas assez de sommeil. » Un murmure suave qui se fit aveu presque involontaire, comme si le massage de la belle m'apportait tant d'euphorie tranquillisante que je me sentais d'aplomb pour déballer ma vie. Moi qui ne parlais que très peu de mon cadre intime, voilà qui était plutôt bluffant. « Dites ça à votre frère, c'est un bon rival mais s'il veut gagner en compétitivité il a intérêt à se ressourcer. Un bon adversaire est un adversaire de taille. » J'ouvris subitement les yeux lorsque je compris avoir parlé sans même censurer les vannes, déversant ma diatribe avec aisance et sans suspicion. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas parlé sans même réfléchir à mes propos au préalable, soucieux de ne pas laisser s'échapper ne serait-ce qu'une information minime. « C'est quoi votre secret, tout est dans le baume ou dans le poignet ? » Un sourire amusé enfin, loin d'être vulgaire quoique dépourvu de candeur tout de même.


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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Mar 23 Oct - 18:33

Clyde & Enorah

❝ Hell and truth ❞

    Finalement, la situation venait de subir un revers dramatique tout à fait spécial : non seulement la colère d’Enorah venait de fondre comme un caramel sucré au soleil, mais elle était en train de faire un massage crânien au trader ayant si aisément provoqué sa rage. Il semblait s’adoucir au rythme de ses doigts, ayant même fini par fermer les yeux à sa demande. Plus il se relaxait, et plus le sourire de la jolie pianiste s’agrandissait, immanquablement. Elle n’aurait jamais imaginé que tous les traders soient en vérité de grands enfants manquant cruellement d’attention. Combien de fois avait-elle été au secours de son frère, pourtant réputé être son aîné sans peurs et sans reproches, afin de le sortir de la mouise ? Enorah avait endossé tous les rôles : la sœur qui empiète aisément sur les plates bandes de Camille, l’excuse en cas de conquête trop collante, l’alibi pour son patron même une fois… la néo-zélandaise ne comptait plus le nombre impressionnant de fois durant lesquelles elle lui avait porté secours, à sa façon. Parfois, un simple câlin lui suffisait à repartir, parfois, il fallait lui sacrifier une nuit, même avant un concert très important, afin qu’il ne se sente mieux. Parfois, Enorah n’avait aucun mal à comprendre pourquoi aucune femme ne restait jamais entre ses bras plus d’une nuit. Camille était trop détaché, centré sur son boulot et rien d’autre. Il ne se préoccupait pas d’autrui tant qu’il ne s’agissait pas de sa sœur ou de sa nièce. Autrement dit, il avait tout le temps du monde pour s’adonner à cette ridicule bataille en compagnie de Clyde, quitte à s’esquinter la santé au passage… qu’importe, il restait jeune et beau selon lui. Voilà bien un discours qui la faisait bondir de rage à tous les coups. A ceci près que cette fois, ce n’était pas les tempes de son frère qu’elle était en train de masser, mais plutôt celles de son rival, manifestement devenu comme un coq en pâte au gré de ses doigts de fée. « Tout est dans le poignet, évidemment ! Pur jus pur fruit » osa-t-elle rétorquer non sans continuer son massage magique. A vrai dire, elle ne savait pas du tout pourquoi elle lui rendait ce service, ce jeune homme n’étant strictement rien pour elle… Enorah n’était-elle pas venu pour lui passer le savon du siècle, au départ ? Sans doute, mais au fin des minutes, la raison de sa venue devenait de plus en plus éloignée et floue, comme prête à disparaître dans les méandres de son cerveau. Sans doute pourrait-elle tirer un semblant d’avantage de cet échange inattendu : Clyde ne serait sûrement jamais moins compétitif, le métier de trader semblant couler dans la lave constituée par ses veines, mais il verrait peut-être en Camille, à terme, autre chose qu’un adversaire. Il s’agissait d’un projet complètement fou et probablement irréalisable, mais la jolie musicienne n’était pas habituée à ce qu’on lui dise non… bien au contraire. Sans jamais avoir pris la grosse tête, elle apposait toujours des arguments massue histoire d’obtenir gain de cause. « Je connais quelqu’un qui souffrait d’affreuses migraines. Il n’en dormait plus la nuit, était à deux doigts de s’effondrer en larmes à la moindre pointe de lumière, et ne vivait plus normalement… j’ai fais des recherches et suis tombée sur ce remède de grand-mère totalement au hasard. Appliqué avec un massage, il s’est toujours révélé efficace. Même pour les fêtards stressés comme vous… la preuve en est ! »

    Enorah n’avait pas encore commenté son petit laïus au sujet de Camille, mais elle ne perdait pas ces paroles de vue, bien au contraire : il était tout de même la raison de sa visite, bien que celle-ci n’ait pas été faite dans les règles… ni à un horaire normal. Mais après tout, les traders vivent la nuit, c’est bien connu ! Enorah n’aurait jamais eu la chance de croiser sa route dans la journée, ni même eu le temps à cause de son propre emploi du temps surchargé. Non, vraiment, elle avait eu du flair et ne cessait de s’en féliciter implicitement et silencieusement. « Mon frère EST un bon adversaire. Sans quoi vous en auriez changé depuis des lustres, je me trompe ? Mais votre argument tient pour votre personne également, si je ne m’abuse : si un bon adversaire est un adversaire de taille, alors imaginez combien un adversaire migraineux peut être inefficace… » Et bam, ramasse ton dentier à la petite cuillère. A ceci près que ce n’était pas réellement une attaque mais plus une plaisanterie légère, comme l’attestait la présence de son léger rire. Enorah ne cessa pas de masser les tempes précédemment douloureuses de Clyde, sans pour autant perdre de vue à quel point elle venait de lui sauver la mise tout de même, bien que son geste ait davantage relevé du réflexe qu’autre chose… « Je viens de vous sauver la mise, en somme. Vous m’en devez une. Reste à savoir si un trader est définitivement un escroc ou sait payer ses dettes. » La jolie pianiste le défiait, certes, mais sans une once de sérieux derrière son discours : elle n’attendait et ne voulait rien de lui. Elle n’était pas généreuse pour une raison particulière, et si elle était parvenue à lui faire passer son mal de tête, alors il avait gagné sa soirée, et n’était pas plus malheureuse de son côté pour autant. « Alors dites-moi, vous qui n’êtes pas alcoolisé jusqu’au bout de vos ongles : qui est en tête dans votre ridicule compétition : vous ou mon frère ? Sachez que je ne croirais pas une seconde votre réponse, qui ne peut être objective… » Clyde allait finir par la mettre dehors pour son insolence, mais tant pis : c’était presque jouissif d’appuyer sur la corde sensible.


Dernière édition par Enorah L. Lacroix le Ven 26 Oct - 20:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Jeu 25 Oct - 11:59

La pression de ses doigts fins sur mes tempes allégeait le battement d'un flux sanguin qui s'alliait vicieusement à ma migraine. Je me laissais pourtant aller dans un paradoxe confortable, entre le soulagement d'un massage improvisé et la suspicion piquant encore mes veines bleues, et recueillais avec lucidité ces gestes doux qui ne pouvaient pas être gratuits. Elle était arrivée en meuglant derrière ma porte sur les coups de trois heures, piaillant avec virulence combien mon jeu déloyal lui donnait de l'urticaire – quoique sur une peau au grain parfait telle que la sienne, j'en doutais – et à présent se targuer de pouvoir me soulager par sa seule présence. Considérant le petit jeu terminé, dans un élan mêlant fierté et perspicacité, je repoussais la main de la demoiselle non sans plonger mon regard pénétrant dans le sien. Nulle menace sous-entendue ; ma pupille ronde et noire ne faisait que voir tout ce qui m'était donné de voir, luttant contre la force ennemie de mon silence qui se faisait polaire. Car la pianiste n'avait eu de cesse de se montrer lassante, entre pics malmenés et bavardage intempestif quand je ne demandais rien : j'avais après tout confié ce que j'avais à dire sur son sacro-saint frère, et je n'étais nullement impressionné par la venue d'une soeur protectrice au point d'abandonner notre rivalité. Enfin, lorsqu'elle me laissa le temps de glisser quelques mots durant sa diatribe interminable, je lui offris un rictus carnassier ainsi qu'un murmure suave en guise de réponse. Si elle me pensait touché par ses soit disant vexations, c'était mal me connaître. Que dis-je ; en toute probabilité nous n'avions pas même l'envie de nous connaître d'avantage, l'un étant un loup pour l'autre. « Vous ne m'avez rien sauvé du tout. Si vous n'aviez pas meuglé derrière la porte, je n'aurais pas l'impression d'avoir Oprah qui chante à tue-tête dans mon crâne. Mais vous avez réparé votre erreur, je vous en remercie. » Propos cinglants et amusés bien sûr, après tout le bras de fer que nous avions engagé était loin d'être terminé. Preuve en était que la pianiste avait confirmé mes soupçons en parlant dettes et donc retour : ce geste n'était pas gratuit, et incluait une requête que je voyais d'un mauvais oeil. Si elle me demandait d'arrêter la partie avec son vénéré Camille, je pense que j'aurais éclaté d'un rire guttural et moqueur. Oui enfin, j'aurais pu, si quelques soubresauts souffreteux ne frappaient pas encore ma boîte crânienne.

J'avoue avoir tiqué sur le mot escroc, demeurant de marbre néanmoins j'avais encore en moi la crainte des services secrets implantés ici et là, semant en moi une petite paranoïa latente. Je repris très vite mes esprits cependant, m'assurant avec verve que la demoiselle ne pouvait absolument rien savoir de mon passé ni de mes secrets. Le souffle retenu en mes poumons se relâcha sous le stress évacué. Diable que je détestais ce genre de situation, lorsqu'un mot se fait balle et mitraille votre esprit de spéculations et de doutes. Un véritable peloton d'exécution angoissant, qui me valait un coup de fil à Buddy, soit mon meilleur ami et ma couverture, pour m'assurer que je n'étais pas découvert. Finalement l'intruse me sortait de ma léthargie, et à l'issue de ses mots audacieux je me contentais de me reposer sur l'appui-tête du fauteuil confortable, la toisant d'un sourire amusé. Je lui rendais son insolence avec cynisme grinçant, considérant que c'était là un excellent tonique sanguin. En d'autres termes, la joute verbale est bonne pour la santé (d'avantage que ces satanés fruits OGM dans tous les cas, j'en suis persuadé). « Tout comme votre point de vue n'est pas objectif. Donc pourquoi me poser la question si vous avez déjà votre réponse, hmm ? Que votre frère est grand, beau et fort... Quel est le problème, vous avez besoin de vous l'entendre dire, vous avez un orgasme à chaque éloge ? ...Ah le sexe et l'égo, combinés ensemble, c'est plutôt crade non ? » Un sourire insolent avant de continuer. « Mais allez-y je vous écoute, parlez moi encore de votre sacro-saint Camille, vous qui adorez visiblement n'en entendre que du bien. Mais sachez que je ne vous croirais pas une seule seconde. » Qu'elle parle ou non, qu'elle s'en offusque ou s'en esclaffe, peu m'importait. Au mieux elle parlait pour m'assommer, au pire elle s'ébrouerait. L'effronterie couplée au jeu, ça aussi c'était plutôt crade.


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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Ven 26 Oct - 21:33

Clyde & Enorah

❝ Hell and truth ❞

    Qu’on se le dise, Enorah avait une sainte horreur du showbiz. Elle ne se rendait aux réceptions qu’en cas d’extrême obligation ayant pour origine son manager, et haïssait chaque minute qu’elle était contrainte de passer en face de ces gens arrogants, puants et tous plus insupportables les uns que les autres. Aussi, au fil des minutes, alors qu’elle tâchait d’analyser Clyde avec une minutie toute particulière, elle peinait à comprendre ce que la gent féminine pouvait bien trouver d’attirant chez lui. La jeune femme ne voyait pas en lui quelqu’un de sympathique, ou même de charmant, et bien qu’effectivement son avis ne soit guère objectif, elle ne voyait aucune raison de le considérer de différente manière. La joute verbale, qu’il continuait désormais avec bien plus de brio sans la présence de sa migraine, était lancée. Ce n’était pas pour déplaire à Enorah, dont le quotidien manquait légèrement de piquant dernièrement, toute occupée qu’elle était par ses concerts et voyages en préparation. La jolie pianiste ne semblait vivre que pour cela, sa musique. Tel était l’avis de la presse people d’ailleurs, ne dépeignant jamais un portrait d’une femme amoureuse, et encore moins celui d’une mère de famille, la néo-zélandaise s’étant battue pour que personne ne connaisse l’existence de sa fille. Clyde ne saurait pas la démonter, lui qui ne connaissait d’elle que les potins qu’il lisait probablement dans les magazines, et à moins qu’il ne soit en mesure de se faire une image d’elle par ses propres moyens, il serait probablement mis dans le même sac que tous ces hommes incapables de voir plus loin que le bout de leur nez. Était-il seulement doté d’une intelligence supérieure, lui qui se targuait d’être un adversaire à la taille de Camille Lacroix ? « Peut-être que le problème réside simplement dans le fait que vous n’êtes tout bonnement pas à la hauteur, vous qui vous gargarisez d’être si parfait dans votre genre… » Qu’il n’aille pas s’imaginer des choses : Enorah n’avait pas besoin que l’on ne tarisse pas d’éloges à l’égard de son frère pour qu’elle le trouve formidable. Elle lui devait tout, et si son avis n’était pas nécessairement objectif à son égard, elle n’avait cure de l’avis des autres. Sa question était aussi rhétorique que polie, la seule déception qu’elle puisse en tirer résidant dans l’absence de finesse de la part de son adversaire de joute… « Détrompez-vous : je n’ai aucune besoin de vos paroles si mesurées et choisies pour avoir une image de mon frère bien définie. La différence entre vous et moi, c’est que je le connais… et que je sais à quel point il aime son métier. Vous semblez être de la race de ceux que rien ne peut atteindre. Appréciez-vous seulement quelque chose hormis votre petite solitude ainsi que votre sacro-sainte migraine, Monsieur Carmichael ? »

    Inutile de dire qu’elle n’avait pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds, c’était une affaire plus qu’entendue, mais elle n’était pas pour autant stupide au point de le défier ouvertement sur son terrain. Ils se trouvaient tous deux dans son appartement, elle restait une femme seule face à un homme, et personne ne pouvait prédire la réaction exacte des gens, pas même la jolie pianiste. Elle maîtrisait donc autant ses paroles que Clyde semblait le faire, sans pour autant lui laisser le bonheur d’avoir le point final… à moins qu’elle ne s’y risque, pour se délecter d’obtenir le point final. « Pardonnez-moi, mais… plus je vous observe, et moins je comprends cet engouement que possède la gent féminine à votre égard. Vous n’êtes ni agréable, ni un challenge de séduction en soi et n’avez strictement rien à offrir qui soit suffisamment piquant pour que l’on s’arrête sur vous plus de dix minutes. N’ayez crainte, j’ai bien conscience que mon avis n’a que peu d’importance… mais voilà bien une question qui m’a frappée en vous voyant, tout migraineux, au bord de l’agacement. Pour sûr, vous ne devez pas recevoir de visite aussi tardive dans votre modeste antre. Après tout… vous n’êtes qu’un modeste trader. Adversaire passionnant sans nul doute, mais modeste trader quoi qu’il en soit. » Enorah ne le rabaissait pas, elle n’était pas suffisamment stupide pour cela : elle le testait pour connaître ses capacités de réaction. Cela ne résultait pas d’une quelconque curiosité, mais plutôt du fait qu’elle ne voulait pas avoir l’impression d’être venue pour rien. Autant que cette joute ne dure quelques temps pour qu’elle sache si ce trader en face d’elle avait réellement les reins solides.
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Sam 10 Nov - 0:12

Les dires de la demoiselle me faisaient sourire ; non pas parce que je les trouvais en soi amusants bien sûr – il eut fallu que je sois piètre masochiste et dépourvu de toute personnalité pour ce faire – mais parce que je voyais en eux les traces d'une arrogance exacerbée doublée d'un intolérance enrobée d'une pseudo politesse. Elle lissait ses impressions bancales par des 'pardonnez-moi' ou autres propos qui se voulaient nuancés, tout en se targuant être ouverte d'esprit et m'incriminer moi comme le plus intolérant des deux. Jusqu'à preuve du contraire, c'était pourtant bien la pianiste qui s'était infiltrée chez moi pour me balancer des éléments du puzzle qui lui manquaient, avant de m'accuser être quelqu'un que je n'étais pas. Pauvre chose naïve qui se croyait forte et dotée d'un savoir universelle ; mon rictus cynique et grinçant était d'avantage à l'encontre de ses faux pas plutôt qu'une quelconque admiration face à sa faculté de parler pour ne rien dire. Aussi je me contentais de arquer les sourcils avec légèreté, roulant le regard vers le plafond d'un rire discret ou d'un sourire amusé, attendant que le venin ne s'étende sans même qu'il ne me touche... Un soupir tout au plus trahissait parfois ma lassitude et mon ennui ponctuel, une pointe glacée venait se loger dans l'arceau brun de mes pupilles par instant lorsque je lui conférais de rares sourires forcés hypocrites, mais aucun son ne s'échappait encore de ma gorge. Ni intimidé, ni abattu, juste suffisamment lucide pour savoir quand et comment frapper. En toute probabilité la couper dans sa diarrhée verbale n'avait rien de judicieux et je n'avais pas même l'envie de tenter l'entreprise tant elle semblait si bien partie. Seules quelques paroles légères venaient rythmer de temps à autres sa diatribe, que je ponctuais parfois de 'ah' semi-dédaigneux semi-négligent, notamment lorsqu'elle dressa un portrait chaotique et faux de ma personne. Mais comment pouvais-je en vouloir à une demoiselle côtoyant argent et popularité après tout : elle ne devait juger probablement que par la couverture. « Détrompez-vous : je n’ai aucune besoin de vos paroles si mesurées et choisies pour avoir une image de mon frère bien définie. La différence entre vous et moi, c’est que je le connais… » « Sûr qu'au contraire vous me connaissez bien. » « ...Et que je sais à quel point il aime son métier. Vous semblez être de la race de ceux que rien ne peut atteindre. » « Excepté la migraine. Au moins une fois par mois... » Boutade légère face à ses griefs infondés. Sourire aux lèvres et oeil malicieux je laissais l'intruse continuer. « Appréciez-vous seulement quelque chose hormis votre petite solitude ainsi que votre sacro-sainte migraine, Monsieur Carmichael ? » « Le silence. » Un murmure suave glissa sur mes lèvres sans même que je ne laisse d'indices sur la véracité de mes propos ; je préférais répondre subtilement et participer à la joute verbale avec brio, plutôt que de me confier à une parfaite inconnue qui de toute évidence n'écoutait personne d'autre qu'elle-même.

Ceci dit cela ne marqua que l'entracte de la première scène, car bientôt ce furent d'autres propos de la part de la demoiselle qui m'arrachèrent un plus large sourire, amusé à défaut d'être contrarié ou vexé comme elle aurait pu s'y attendre. Je n'étais pas d'habitude si conciliant, et encore moins à cette heure-ci et en compagnie d'une intruse rustre et d'apparence psychorigide. Elle avait dans ses propos toute la rudesse d'un esprit cartésien hermétique, s'essoufflant jusqu'à ce que la dernière bouffée d'air ne subsiste dans ses poumons. Intéressant. Enfin, lorsqu'elle eut terminé son laïus interminable serti d'a priori et autres clichés douteux dépeints par son sacro-saint frangin, je laissais s'écouler quelques secondes de silence seulement rompues par le heurt des tissus. Posant dès lors mes avant-bras sur mes cuisses, je m'avançais subrepticement non sans planter mon regard fauve dans les prunelles décidées de la demoiselle. Le rictus avait disparu au profit de lèvres plus sèches mais toujours aussi débonnaire malgré le timbre tranchant et sombre qui s'en échappait. « Je comprends à présent pourquoi vous êtes pianiste, au moins tant que vous jouez vous gardez les lèvres closes. » Moue de circonstance avant de continuer sur ma lancée. « Ce qui m'a frappé en vous entendant, c'est votre modeste jugement que vous portez sur moi sans même me connaître et que vous vous gargarisez pourtant d'être impartiale alors que vous ne jurez que par votre frère. Mais soit, je ne vous en veux pas... J'imagine que trop jaloux de se retrouver seul avec sa bouteille comme compagne il a du vous conter quelques uns de mes exploits envers la gente féminine que vous vous pressez de balancer dans une conversation qui n'a rien à voir. Oh bien sûr, lorsque je parle d'exploits je reste ironique. Tombé dans l'oreille d'une bornée et partiale telle que vous, ce mot d'apparence bénigne pourrait tourner en pugilat, aussi bien que ma migraine, ma façon de m'habiller voire ma façon de respirer. Sachez que je n'ai pas couché depuis deux semaines, que je suis anglais mais que j'ai horreur du thé, et que ce matin même après avoir déposé mon chèque mensuel à mon association préférée j'ai serré la main d'un SDF tout sourire mais je n'ai pu m'empêcher de me la laver trois fois après coup. A présent que vous connaissez en détail ma vie intime et que vous avez tous les griefs contre moi pour vous occuper encore trois jours je vous prierais... » Sourire convenu et appuyé comme je désignais la sortie. « De quitter ma garçonnière. Claquez bien la porte en sortant, avec un peu de chance vous réveillerez quelques voisins aigris qui viendront à leur tour m'extirper de ma si précieuse solitude. » Ou comment demeurer grinçant, direct et expéditif tout en rebondissant sur les dires de l'adversaire.
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Ven 16 Nov - 18:22

Clyde & Enorah

❝ Hell and truth ❞

    Ce bon Clyde semblait attaché au silence de marbre caractérisait les églises, ou les cimetières, sans nul doute. Probablement était-il de la race de ceux allant se repaître de leurs crimes éventuels dans les mausolées… offrant un silence tellement plus inspiré que les éventuelles compagnies peuplant ces jours placés sous le signe du challenge. Enorah n’aurait jamais apprécié d’avoir sa vie. Bien qu’elle ne soit pas du genre à coucher à droite et à gauche ou même à se satisfaire de quelques présences dont l’intérêt ne pouvait qu’être fébrile, elle se refusait d’admettre qu’ils puissent avoir quelques points en commun. Après tout, telle n’était pas la raison de sa visite, et bien qu’elle ne connaisse en vérité pas la moindre parcelle de vie pouvant être la sienne, se gargariser avait été un bon moyen de tester ses nerfs et sa capacité à résister à une emmerdeuse de première, dont les attaques caractérisées étaient aussi ridicules qu’un mauvais film humoristique français sans aucun budget. Pour l’heure, elle se devait d’admettre qu’il avait plutôt bien remporté cette manche, tout fier qu’il était comme un coq n’ayant cure d’avoir les pieds dans la fiente tant qu’il était en mesure de pousser son cocorico. Enorah n’avait rien répondu à la tirade impressionnante dictée par Clyde, profitant d’un silence qu’elle n’avait pas créé pour mesurer les futures paroles qui seraient les siennes. Le doute était encore présent dans son esprit. Son interlocuteur possédait certes un génie du verbe, mais cela n’en faisait pas nécessairement quelqu’un de compétent… et le défier à nouveau pour le savoir, tout en sachant qu’il lui avait pointé la sortie de sa garçonnière avec insistance, risquait de relever du suicide. Enorah n’avait pas envie de mourir si jeune, et encore moins de risquer à son frère de nouveaux ennuis. Camille était suffisamment grand pour s’y mettre tout seul sans l’aide de quiconque, inutile pour lui de devoir supporter le caractère indomptable de sa bien aimée petite sœur en plus de tout le reste… il n’y survivrait pas, pas avec la gueule de bois titanesque qu’il risquait de se payer une fois le jour levé et le réveil prêt à sonner avec insistance. Finalement, la jolie pianiste néo-zélandaise opta pour un rire. Le peu d’amabilité dont faisait preuve Clyde, bien que tout à fait légitime, lui arracha un rire cristallin et franc qu’elle n’avait pu contrôler, et qu’elle eut un mal de chien à apaiser. Il faut dire qu’elle avait tout de même un esprit tordu… ainsi qu’un cheminement de pensée qu’il aurait été bien complexe de déchiffrer à l’avance, face au manque cruel d’indices qu’elle avait laissé.

    « Ne me jetez pas ce regard assassin, je vais quitter votre garçonnière sous peu, vous pouvez en être assuré. Mais avant… je vais vous dévoiler la véritable raison de ma venue. » Sous entendu : vous avez intérêt à écouter car cela vous concerne et pourrait bien même vous passionner, contrairement à tout le reste de mon discours précédent. « Vous avez les reins solides, c’est parfait. Voilà bien tout ce que je voulais savoir au travers de ma mauvaise foi indéniable, de ma présence forcée et de ma diatribe insupportable. Sans dire que tout ceci était voulu… tout ceci était bien voulu ! Je ne serais jamais venue ici si je n’avais pas été persuadée que vous puissiez vous occuper de mon cas. Et quand je dis cela, n’y entendez aucune proposition non recommandable. » Enorah était tout de même la reine pour noyer le poisson… mais la proposition qu’elle comptait faire en valait la chandelle, par conséquent, elle avait beaucoup moins de scrupule à s’adonner à ce passionnant petit jeu. « Je n’ai hélas pas la possibilité de confier mon patrimoine ainsi que mon portefeuille titres actuel à mon frère, bien que je ne doute pas un instant de ses capacités. Mais confier une telle enveloppe au premier venu reviendrait à dire que je ne suis qu’une sotte n’ayant pas un sou de jugeote… et je ne pense pas que ce soit le cas. Il m’a longuement parlé de vous, et bien que cela l’ait presque tué de le reconnaître, mon frère estime beaucoup votre flair. Et je fais confiance au sien… mais il fallait que je puisse voir par moi-même si vous êtes quelqu’un avec des nerfs solides ou juste un crétin de plus dans cette immense ville. » Enorah avait une fortune très, très conséquente à son actif, la chose était évidente. Mais les banquiers avaient réussi à perdre sa confiance depuis longtemps et en matière de placements, elle voulait quelqu’un sur qui se reposer, même en cas de pépin. Peut-être l’avait-elle trouvée, au bout du compte. « Pardonnez mon intrusion et mes attaques infondées. Je n’ai pas pensé un traître mot de tout ce que j’ai bien pu vous dire, du reste. Je me suis contentée de défendre mes intérêts. » Après, s’il estimait avoir trop de clients et qu’il refusait d’être son conseiller, elle allait quitter sa garçonnière sans attendre. Mais c’était un projet en or qu’elle lui proposait, tout comme un challenge à sa taille. « Libre à vous de préférer que je ne quitte effectivement votre garçonnière, cher trader. »
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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞ Mer 21 Nov - 1:02

« Mais avant… je vais vous dévoiler la véritable raison de ma venue.  » Il n'en fallut pas moins, bien sûr, pour attiser mes soupçons et bloquer mes poumons contrits par l'angoisse lorsqu'une multitude de scenarii divers et invraisemblables s'égrainaient dans mon esprit agité. Jaugeant la demoiselle dans l'espoir de la sonder avant même qu'elle ne m'explique la raison véritable de sa venue, je tentais de calmer mes spéculations inquiétantes en m'assurant qu'une pianiste reconnue ne pouvait pas baigner dans les histoires sinueuses des services secrets. Avec un génie comme le sien fourmillant de ses tympans jusqu'au bout de ses doigts, on flirtait avec le piano plutôt qu'avec le danger. Plus encore son physique plus qu'agréable, sa démarche chaloupée et son sourire de starlette en devenir assuraient un profil de figure reconnue plutôt que figure de l'ombre. Oh bien sûr mes pensées étaient pour l'heure sexistes, moi qui ne jugeais pourtant jamais sur l'apparence ni ne me permettait de sous-estimer un inconnu sur son genre (et là l'expérience parlait avec virulence), je me laissais aller au moindre réconfort, au moindre petit détail même puéril pour m'assurer que la jeune femme n'était pas venue pour me passer les menottes. L'espace de quelques secondes, mon coeur loupa nombre de battements et vint s'échouer dans les méandres des angoisses et des sueurs froides, emportant avec lui les quelques bribes de ma respiration quasi inexistante. L'espace de quelques secondes, et je me promettais de ne plus jamais retomber dans l'escroquerie tant les instants comme celui-ci étaient à la limite de la torture mentale. Promesse que je ne tiendrais pas, bien sûr. Yeux rivés sur Enorah je me demandais bien pourquoi la donzelle tournait-elle autant autour du pot sans jamais vraiment s'avancer, préférant partir dans une diatribe introductive qui me perdait plus qu'elle ne m'accrochait : mon esprit était ailleurs, quelque part dans mes spéculations intérieures qui me rendaient blême. Et enfin, elle avoua. Une histoire de test – ou dirions-nous de 'reins solides', pour reprendre ses propos – de portefeuille bien garni et d'actions. Je me détendis alors, quand bien même extérieurement je n'avais eu de cesse de rester impassible tel un acteur endossant son rôle dans l'indifférence générale. Mieux valait que mon don pour la composition soit inconnu de tous de toute évidence, c'était bien meilleur pour les affaires. « Libre à vous de préférer que je ne quitte effectivement votre garçonnière, cher trader. » Il me fallut de nouveau quelques secondes pour tout assimiler, faire retomber le stress poignant et absorber les propos de la demoiselle. J'avais cette étrange impression de ne rien avoir écouté depuis le début et que son monologue me revenait soudainement de plein fouet sans pour autant m'embrouiller : j'analysais, je déduisais, j'approuvais ses propos avec la chaleur d'un banquier (c'est à dire minime), l'exaltation d'un businessman (avec tempérance), et l'embrasement d'un trader (véritable, mais intérieure pour le coup). Enfin, un sourire charmant s'esquissa sur mes lèvres lorsque je vis mon angle de profit, comme je me redressais non sans une lueur pétillante dans mon regard d'ambre.

Taciturne mais déjà moins placide, je plongeais ma main dans la poche interne de ma veste pour en ressortir une carte de 'visite' sobre : nom, prénom, numéro de portable professionnel et adresse du bureau. La tendant dès lors vers la jolie blonde je ne pus m'empêcher de rétorquer d'une voix suave : « Si j'avais su que vous vouliez traiter affaires, je vous aurais au moins offert un martini. » Ou l'adage des requins des affaires : sois sympa avec celui qui te promet sa black card. Un regard vers la carte qu'elle avait entre les mains, et je renchéris aussitôt d'un timbre plus sérieux. « Le mieux serait que vous passiez à mon bureau dès que vous êtes disponible, histoire de monter votre dossier. Il sera en de bonnes mains. » Ne pouvais-je m'empêcher de rajouter sur le ton assuré du jeune homme venant de se faire berner. Pour autant je ne pouvais nier que sa 'surprise' était agréable – quoique un peu poussée, au vu de la manière théâtrale dont elle l'avait amenée – et qu'elle venait d'illuminer ma nuit blanche, fait qui n'était pas couru d'avance. Imaginer mon rival grincer des dents sous cette nouvelle, tout comme pouvoir jouer proprement avec un portefeuille vraiment garni avait quelque chose de grisant. « Au passage, vous devriez penser à vous reconvertir comme actrice. Martini ? » A trois heures du matin (presque quatre par ailleurs), certes, mais le verre de la victoire n'avait pas d'heure.

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MessageSujet: Re: eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞

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eno&clyde ❝ what the hell do you know about the truth ? ❞

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